Accompagner la sortie victorieuse de l’enfance en coaching clinique d’entreprise

Quatre visages de l’enfant qui souffre.

L’enfant qui a peur.

L’enfant agité.

L’enfant qui mord, qui tape, qui casse.

L’enfant meurtri, humilié.

La détresse et l’excitation des premiers temps. L’agressivité et l’infinie tristesse, inaccessible, murée, du petit enfant.

Tels sont les quatre temps du cycle de conférences « Quatre visages de l’enfant qui souffre » à l’adresse des professionnels de l’enfance en ce mois de mars 2017. J’ai assisté à l’enfant meurtri et à celui qui mord etc. pour ne pas être mort ? Deux visages qui me sont familiers. J’ai lu « L’enfant qui a peur » qui était une lecture en somme. Monique Prieur-Bertrand est, des dires mêmes de André qui a assisté à l’intégralité, une psycho-préhistorienne, conteuse en séance.

Qu’est-ce d’autre que la préhistoire de notre histoire les conditions de notre enfantement puis de notre puberté ? Pubère comme pubis, du latin pubere, qui se fournit de poils. L’animal rattrape l’humain. Ce qui change : je peux me reproduire, au propre comme au figuré. Je peux à mon tour enfanter, et je peux survenir à mes besoins et à ceux de ma descendance, je peux alors tout aussi bien cueillir, chasser, créer. Pour le reste, rien ne change, je suis celui que j’ai été. L’infantile persiste, il se range dans l’inconscient c’est tout. Il demeure plus ou moins dérangé par endroits.

C’est pourquoi celui, et celles, que j’accompagne aujourd’hui en provenance de l’entreprise, c’est sur cette tranche du passage en puberté qu’il est susceptible d’encore un peu se changer. De laisser, dans son enfance et au plus pacifié, le trop plein de subi et d’agi, le trop vide aussi. De défaire par endroits et par instants, le phénomène automatique de l’amnésie : du refoulement des passions et du clivage des traumatismes avérés ou fantasmés, jamais parlés ou pas assez.

« Infans » est celui sans la parole, sans l’échange qui humanise, resté animal en détresse, en attaque ou en embuscade.

Historien et psychanalyste lui-même, spécialiste de la filiation, Pierre Legendre le dit ainsi : « la parole a pour décor l’indicible et pour être habitable, le monde doit être mis en scène avec les mots. »

LE PARLÊTRE

C’est cela le premier apport d’un accompagnement, vous permettre de parler lorsque la retenue cède en vous.

Penser, vous le faites, vous ruminez, ou décidez, passez à l’action, comme souvent ne le pouvait pas l’enfant. Vous changez de voiture de fonction voire de poste ou même de job, mais que décidez-vous au fond ce-faisant ? Parler à voix haute, cela inscrit dans le corps votre pensée – vous savez bien que lire un texte en l’écoutant n’est pas la même chose que de le parcourir en silence, il vous emmène malgré vous -, parler seul ou même parler alentour, n’est pas être entendu.

ETRE ENTENDU

C’est cela le deuxième apport de l’accompagnement, vous invoquez « la grâce, les dieux ». Invoquer est le verbe transitif qui met en mouvement et en correspondance avec quelque chose, son complément, le mot « voix », la vox latina. Et le cri primal de l’enfance se module et vous modèle.

Parler à d’autres et surtout à un autre, bien précis, dans ce souci de se faire entendre et satisfaire, vous pensez aussi le faire, sauf que cet autre fait partie de votre scénario de vie. Vous avez choisi tous deux la scène de la famille qu’est l’entreprise. Vous vous y retrouvez. Jusque dans la souffrance qui a longtemps été votre jouissance.

Et à l’extérieur ? Le bain vous colle à la peau depuis nourrisson.

L’effraction du réel par-delà les défenses, ou le fantasme refoulé qui dans la situation contraire, de vide du réel, prend toute la place, cela fait partie du quotidien dans l’entreprise, avec les injonctions du moment, d’un temps court, changeant ; les ruptures de lien et de rythme recouvertes de la seule explication d’un « that’s business as usual » ; les rumeurs comme des vérités qui circulent, ou alors le vraisemblable mais faux ; les dénis et les valeurs affichées. Quoi se dire lorsque tout est sous scellé ? De la marque et du contrat d’exclusivité et de confidentialité.

Ce qui change est de parler de tout ce que vous vivez, pensez, agissez, ressentez, répétition ou pas à un autre qui n’est pas de la partie, d’aucune partie, même pas de la sienne ou à peine. L’accompagnateur professionnel est payé, c’est tout. C’est sa seule part dans la relation, qui vous appartient entièrement. C’est cela le troisième apport de l’accompagnement.

ETRE SINGULIER

Okay okay : les inconscients s’emmêlent, mais le professionnel est censé travailler le sien en continu. Ce troisième apport se vérifie dans le temps. Puisqu’il s’agit d’un accompagnement, de rencontres régulières qui maintiennent le désir présent, et son analyse autant.  Si l’accompagnateur vous propose des séances toutes rondes, résolutoires, toutes-puissantes, elles seront ratées quant à l’objet et quant au but alors. Il se dérobe en tant qu’objet transférentiel. Il vous prive du sens qui se dérobe qui est le vôtre, même fuyant, il affleure et relie le réel et le fantasme un instant, et ceci est « good enough » du terme de Winnicott.

Et même dans ce cas, la jouissance de l’accompagnateur vous donne le signal d’alarme. Sa jouissance est votre angoisse. L’angoisse est le non-sens pour Freud. Pour Lacan, une fois la clinique du lien de Mélanie Klein adossée à celle d’Anna, l’angoisse est la jouissance de l’autre sur soi. Et vous lui retirez votre confiance. Très formellement, au terme du contrat de coaching. Ceux qui entreprennent un accompagnement qui accompagne le passage dont il est, ici, question, ceux-là, ils s’affranchissent du cadre de l’entreprise ; ils optent pour un temps qui est le leur, et ils sont pleinement accompagnés alors.

ETRE ENTIER

C’est cela l’apport qui résume les trois autres, rien qu’en vous faisant accompagner vous avez franchi le passage, vous survenez vous-mêmes à vos besoins, vous créez votre destinée, vous vous l’appropriez.

Mais je ne vous ai encore rien dit des apprentissages des « confs », des parallèles entre les fixations infantiles et les blocages en entreprise les plus intimes. Par rapport au billet précédent, celui de moi qui vous accompagne, je vous ai regardé vous, que j’accompagne ou pas. Vous dans votre chemin vertueux qui va.

A suivre au prochain post si la curiosité se fait sentir.

L’enfant curieux aurait traversé le passage vers l’adulte « dans son génie »* !

Il croque la vie.

 

*L’expression « dans le génie de son sexe » pour une psychanalyse (ou toute autre démarche créatrice) aboutie, est de Françoise Dolto.

L’illustration de couverture appartient à Kate T. Parker Photography

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Tagués avec : ,
Publié dans Slide Home, Whatever Works

Laisser un commentaire

Pour ne rien rater de nos publications et apporter vos commentaires.

Suivez-vous!

Recommandé par psychologies