L’art du lien en live et en duo

– J’ai passé la journée sur un projet avec un de nos consultants. Un homme très bien, que j’apprécie humainement et professionnellement. C’est lui qui m’a sollicitée pour  » brainstormer  » ensemble, et enrichir la proposition faite au client. Ce sont des choses que je fais volontiers, en ma qualité de Dirigeante Associée du Cabinet. Et avec certains mieux qu’avec d’autres. Et lui il en est. Alors… Pourquoi cette foutue migraine qui s’installe pendant l’échange me laisse le goût de l’échec ? Je ne mets pas en cause les contenus que nous avons abordés ni même l’issue de nos entretiens. Je suis même convaincue que tout s’est passé pour le mieux, que nous avons su dépasser nos incompréhensions, et que nos points d’accord sont fructueux. C’est le contact en lui même qui m’aurait entamée ? Qu’est ce que c’est difficile de tenir chacun son bout du lien !

Nicole a tout compris à l’accompagnement. Qu’il soit productif ou pas, soutenant ou confrontant, le lien au service des autres est une violence naturelle que nous nous infligeons. Comme une renaissance à chaque instant.

– Une violence ? – Émile intervient aussitôt, en groupe de consultants réuni autour de nous deux pour l’art du lien. – Cela me fait penser à ceux dans mon propre Cabinet qui donnent tant d’eux mêmes en leurs missions, et dont le travail se trouve vite nié si le client veut jouer le déplu et le déplaisant. D’autres associés que moi n’hésitent pas à aller sans hésiter dans le sens du client, et demander de revoir sa copie au consultant, ou, pire et plus souvent : eux mêmes « faire » à sa place.

– Comme si la mère toute puissante avait pu rendre la propreté à l’enfant en s’y substituant… C’est le premier signe d’autonomie. Le lui empêcher est non-lien, fusion-annulation.

Nicole parlait d’empathie et de l’effort qu’elle nous demande et de comment elle nous modifie, douleur alors. Émile parle ici de l’autre cas extrême. Celui qui est souffrant non pas parce que cela implique de laisser place à autre que soi en soi, mais parce que comme le disait Lacan  » si je prends sa place qu’elle place lui reste t il ?  » Et surtout où est la mienne alors ? Qui suis-je sans ?

– L’associé semble heureux de son coup pourtant ! C’est « son moment ». Il y en a même, je l’ai vu, qui en réunion de lancement invitent le client à « venir vers moi » aussitôt que « ça n’ira pas ». Comme une fatalité qu’il aura à cœur de vaincre en héros. Et que ce soit alors « bien » ou « mal » le client le sollicite pour avoir toujours plus.

– C’est souffrant pour le consultant, mais c’est souffrant au fond aussi pour l’associé qui se conduit de la sorte. S’il n’était pas en grande souffrance il n’aurait pas besoin de rendre chaque projet mortifère à l’avance, pour venir s’y loger dans une excitation qui lui appartient. Et qui lui rend un sentiment d’existence, temporaire. Jusqu’au prochain « coup ».

Pour ce qui est de Nicole, qui collabore en amont, et en lien, et non pas en supposé sauveur de la fin du monde, si elle souffre de cet effort, c’est bien une des vertus de la créativité à deux.

Du sentiment d’existence à préserver, à la prise de risques et créer, il est là un chemin initiatique qu’il nous plait de parcourir en ce groupe de l’art du lien.

Des sessions bimestrielles en afterwork, le mercredi, animées en duo d’Eva & André. Vous êtes professionnel du lien ? Contactez nous pour rejoindre le parcours 2015 si vous aimez.

 

Illustration on extrait de l’œuvre de théâtre The Old Woman, Lambert Wilson absurde et sublime

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Publié dans Slide Home, Whatever Works

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