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Des cas limite en entreprise

Les cas limite assimilés à des cas asociaux s’intègrent dans l’entreprise aisément. Même si le contenu de l’inceste, de la drogue et du surinvestissement imaginaire qui désinvestit la réalité complexe et fragile de chacun, n’est souvent qu’une métaphore pour représenter l’abus, la dépendance et l’emprise vécus ou agis par certains., ce que la formation psychanalytique m’en apprend est une boussole pour tous les intervenants en entreprise.

Session du mois d’octobre au centre de santé mentale de Paris 8 : nous traitons un cas d’inceste en psychodrame psychanalytique et ouvrons sur l’enseignement de Christopher Bollas en psychanalyse intégrative, en intervention d’accompagnement professionnel possiblement intégrative si nous cessons le déni des fondements humains sur le terrain de l’entreprise. Tout intervenant sérieux doit superviser et analyser la dynamique du transfert inconscient d’affects.

La psychanalyse intégrative

La subjectivité de l’analyste, en particulier à travers ses réactions affectives, est au service du vrai self du patient lui manifestant une « reconnaissance », c’est-à-dire l’aidant à repérer, à souligner les manifestations de son « instinct de vie », sa créativité dans l’utilisation de l’objet analyste.

La visée de Bollas est clairement intégrative, divergente de celle de Freud en 1918 (Les voies nouvelles de la thérapeutique analytique) où ce dernier met l’accent sur l’analyse progressive des résistances et insiste sur le caractère spontané, voire automatique de la « psychosynthèse » chez l’analysant. Cependant, Bollas avec une langue originale, à propos de l’hésitation de l’analysant comme temps d’introjection, de constitution d’un objet interne, préparant la révélation dans l’échange avec son analyste se montre au plus près des écrits techniques de Freud, ses constatations cliniques bien avant le besoin d’échafauder une théorie qui se tient (Le début du traitement, 1913).

Pour Bollas, le patient fait un usage sélectif d’éléments de la personnalité de l’analyste. Ce dernier doit donc repérer les éléments de contre-transfert et voir à quel transfert ils correspondent.

. « Ce sont donc les différents types de transfert qui établissent la fonction des éléments de personnalité composant le contre-transfert »

À deux, analyste et analysant vont construire des « objets intermédiaires », c’est-à-dire des objets mentaux, nés du jeu entre deux subjectivités, deux dialectes de la langue : l’existence de ces deux idiomes distingue l’objet intermédiaire obtenu de l’objet transitionnel, imaginé d’un seul.

L’originalité clinique et la générosité de Ch. Bollas se révèlent dans la description de tableaux cliniques rendant compte de formes spécifiques d’oppression du vrai self et de constitution d’un faux self avec attaque de l’espace transitionnel. La « personnalité fantôme » représente un type de patients schizoïdes ayant constitué un monde d’objets « alternatifs » imaginaires, anti-évolutifs du vrai self et coupés du monde réel avec mort de la vie transitionnelle. Bollas décrit aussi l’écrasement de la vie psychique par le « traumatisme de l’inceste » sous le nom de « renversement topographique » provoqué par un père ayant détruit sa propre fonction en venant représenter le corps (muni d’un pénis à la place du sein) de la mère auprès de l’enfant.

La peur transférentielle doit alors être verbalisée par l’analyste, qui souvent éprouve d’abord dans ces conjonctures cliniques un vécu dépressif correspondant à l’éprouvé de la réalité de l’inceste.

Très intéressant est l’exemple de la toxicomanie au LSD. L’auteur propose dans sa lecture du « trip » le sens d’un scénario identificatoire et historique dans le comportement toxicomaniaque, un script de la perversion tel qu’imaginé aussi par R. Stoller. La perception endopsychique du toxicomane permise par la prise de drogue est dissociée de l’éprouvé subjectif et attaque les processus mentaux.

Dans ces portraits cliniques, Bollas expose aussi l’ « anti-narcisse », idolâtré pour son talent par sa mère, qui, de ce fait, empêche à son vrai self une relation avec elle et favorise le court-circuit du complexe d’Œdipe. II fabrique alors un faux self négatif et fataliste, rebelle, entravant sa destinée pour s’imposer un destin, seule issue face à l’objet maternel tout en restant porteur de l’espoir du conflit avec la figure du père. L’analyste, déstabilisé, devra se fier à son intuition première lors de la rencontre avec l’autre (les réelles potentialités de son patient) et déjouer la planification d’un échec de la cure.

D’un échec de l’humain dans l’entreprise désaffectivée, véritable écologie désertée depuis bien d’années.

What else ?

« Aujourd’hui, dans ce monde dit hypermoderne, où l’on s’accorde si rarement de revenir à soi, la cure analytique demeure un des derniers espaces de promotion du langage et de l’imaginaire le plus secret. Un lieu à l’abri du vacarme et de l’urgence, un refuge où, sans aucun gadget « prothétique », sans autre support que la présence si particulière de l’analyste, un analysant est amené à revivre son histoire intime, les revers comme les grâces qui la jalonnent pour se les réapproprier et comprendre comment il est devenu, au gré de ses rencontres et de ses expériences, des moins dicibles aux plus belles, un être singulier, unique dans son identité, ses affects et sa pensée.

Au fil des séances, la parole si ténue, si fébrile au départ gagne en aplomb et en densité, elle traverse le dérisoire, tous ces détails anodins qui importent tout compte fait, elle file vers ces blessures que l’on n’osait même pas se rappeler, elle se débarrasse de ce fatras de bizarrerie et de haine, l’abandonne dans cette oreille, attentive et sereine, un écrin, elle y puise la lumière pour éclairer chacune de ses ombres que nous sommes aussi. Le patient se redresse, se libère des aliénations qui asphyxient son désir, peut-être même apprivoise-t-il cette souffrance qui l’avait conduit à consulter la première fois, jusqu’à ce que peu à peu elle ne lui serve plus à rien, qu’il s’en défasse enfin. Je vous parle d’un « patient » abstrait pour illustrer mon propos, d’un patient indéfini, mais ce patient, je le fus. »

Eloge indocile de la psychanalyse, Samuel Dock, édition du Kindle 2019

Un désir féminin

Nous pouvons donner un exemple tout simple de la présence des pensées préconscientes. Imaginons une jeune femme non-psychotique qui n’est pas vraiment amoureuse de son copain avec lequel pourtant elle vit depuis des longues années. Elle reste avec lui, au fond, seulement pour cause du confort matériel que sa belle position sociale, patrimoniale et professionnelle lui procure. Dès les premières séances, elle se plaint d’avoir parfois des pensées perturbatrices qui deviennent légèrement conscientes et qui disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues. Ces pensées parasites se présentent de façon fugace, fragmentaire et avec une faible intensité, mais toujours au sujet justement de cet anamour qui l’irrite depuis longtemps. Sans aucun doute, elle sait très bien qu’elle n’aime pas son copain d’un amour vrai, même si toutefois elle l’apprécie énormément et même si elle a pour lui une tendresse et une admiration presque filiales.

Cependant, à chaque fois que ces pensées apparaissent, elle ne leur accorde pas beaucoup d’importance et tend très rapidement à les minimiser. Mais elles reviennent sans cesse comme s’il s’agissait de perturbations aussi gênantes qu’inévitables. Alors, cette jeune femme les maintient à l’écart, sous le poids de la censure morale, en leur ôtant toute valeur de vérité et donc toute légitimité pour influencer ses prises de décision.

Le problème est que ces pensées censurées mais non refoulées, car toujours capables de devenir conscientes bien qu’en alternance avec d’autres préoccupations hypocondriaques, viennent également peupler certains de ses rêves. Elles le peuplent toujours sous une version positive, c’est-à-dire comme si elles impulsaient la figuration d’un désir très positif quoiqu’apparemment lointain ou impossible. Elle rêve ainsi d’être dans les nuages, de partir loin avec un prince charmant, de se trouver dans une plage paradisiaque… Sans aucun doute, elles alimentent une sensibilité, une spiritualité, une idéalisation de petite fille qui pourtant, comparées à la réalité, lui montrent par contraste la prison dorée de sa vie de couple. Dans son confort quotidien, tout va bien, sauf l’amour et la sexualité. Il n’y a que cela qui pose un petit problème. Et elle s’arrangerait très bien avec tout ça, s’il n’y avait pas ces pensées préconscientes qui l’embêtent constamment, lui rappelant de façon désobligeante et intrusive son problème.

Curieusement, en face de ces pensées préconscientes, se trouvent d’autres éléments, ceux-ci refoulés, qui lui apportent, en condensé, une version plus que négative de sa vie, une version horrible. Ainsi, les pensées préconscientes de ne pas aimer son copain et d’accepter malgré tout un commerce sexuel insatisfaisant avec lui, se combinent avec les pensées refoulées de son histoire personnelle et de l’histoire familiale des générations précédentes. Cette combinaison préconscient-inconscient produit des rêves d’angoisse et des cauchemars où s’impose bizarrement l’image d’être violée, d’être abusée ou d’être vilement traitée…

Nous nous apercevons que les rêves-éveillés d’un “Volare nel blu, dipinto di blu”, délicieuse idéalisation de l’amour et de l’accomplissement sexuel, qui pourtant demeurent lointains et sans voix, sans incarnation et sans véritable espoir, n’ont pas besoin d’interprétation. Car ils sont sans exception accompagnés des pensées préconscientes qu’elle censure lors du temps de la vigile. Mais également parce qu’elle est consciente, par périodes, de ces pensées toujours en filigrane lors des circonstances malgré tout heureuses vécues avec son copain.

En revanche, les éléments refoulés qui alimentent bizarrement les rêves d’angoisse et les cauchemars ont besoin d’une relecture, d’une réécriture et donc d’une reconstruction. D’une part, on croit deviner derrière l’image du “viol” le désir fort de se trouver finalement devant un véritable désir sexuel un peu “violent”, comme dans les histoires passionnelles qui lui font terriblement défaut selon elle. Mais, d’autre part, ce “viol” figure aussi des composantes intrusives venant de l’histoire familiale et qui trouvent à se (re)loger dans son couple aujourd’hui. Mais cela est une autre question.

Ses pensées préconscientes la perturbent à tel point que tout moment de bonheur “conjugal” est ravalé par elles au niveau d’une insatisfaction pénible. Mais ce côté négatif des pensées préconscientes doit être tempéré par leur valeur positive et par leur très grande utilité pour la cure. En effet, ces mêmes pensées préconscientes, y compris dans leur capacité de produire de l’insatisfaction et le sentiment d’inconfort, permettent paradoxalement à la patiente de ne pas se conformer avec cette relation pseudo-amoureuse qui rend sa vie profondément pénible malgré tout. Et tout ceci peut l’aider à se poser progressivement les bonnes questions pour se rendre finalement libre de l’injonction des parents, lesquels ont lourdement poussé pour qu’elle choisisse le confort matériel au détriment de l’amour. C’est donc grâce à ces pensées préconscientes pénibles que cette jeune femme peut se ressaisir et suivre, contre vent et marée, son véritable désir.

Retranscription de German Arce Ross

Tu ne tueras pas et surtout pas ton propre je

L’écologie de soi

Le personnage de notre époque est l’homme inoffensif d’apparence, séducteur par sa jovialité qui laisse place par moments à une attitude concernée, notamment lorsqu’il déçoit et c’est souvent. Il aime ça. Vulnérable à la vie à la mort. Comme au tout premier temps.

C’est mal connaître le narcissisme que de le penser, de se penser, honnête et responsable dans ces conditions. Les relations sont faussées. Ce garçon ne s’adresse qu’à sa maman, à la mère des temps premiers. Quelle que soit la nature de la relation. Peu importe le caractère réel de l’interlocuteur et son répondant. Animé, il devient inanimé, objet de l’autre, de son phantasme d’enfant.

C’est cette difficulté à se séparer d’une prétendue douce mère des temps premiers qu’il répète sans cesse, le personnage contemporain. Il enferme la relation dans des stéréotypes. Il rompt dès qu’une évolution devient possible.

C’est le client type, le partenaire type, le conjoint type, le chef type, l’employé type. Il est le patient type aussi bien en psy qu’en conseil ou en coaching à la seule différence qu’une prestation se termine. Il provoquera des ruptures à l’intérieur du cycle prévu. Des retards, des inconvenances, des absences. Vous les vivrez comme des résistances. Elles seront des attaques contre vous et le processus partagé. Il a son propre process. Celui d’une séparation permanente pour inexistante.

Nous avons rencontré cet individu en psychothérapie prescrite, ayant pour but de stabiliser et nuancer les rapports aux autres et à son propre travail. Nous le rencontrons tout autant en groupe d’analyse de pratiques professionnelles où il cherche à « faire mieux ». Entretemps, il s’agit d’avoir le courage prétendu de se rater, d’en parler avec jouissance, d’être pris en charge par d’autres et fournir très peu de changement à chaque fois, à peine une amorce, tout en magnifiant la visée. Et c’est ce qui compte : la visée commune tient le groupe. Analyse alors sans fin. Puisqu’elle ne peut commencer. Sans séparations progressives. Avec la rupture qui, seule, appartient à tout un chacun.

Cet individu est parfaitement intégré dans le groupe. Tout groupe humain qui ne fait rien est assimilé à un groupe de parole mais ce qui est important ici est la figuration. L’image dit davantage que le son. Le personnage de notre temps est beau parleur ou précieux silencieux, mais, nous l’avons dit, peu consistant. Il s’excuse d’avance et après, et entre les deux, il vous remercie d’être là ; il se donne et il ne donne rien ; et vous, vous n’y êtes pas. C’est la choréographie de l’ensemble qui renseigne sur les mouvements de l’âme, sur ce qui est vivant et détruit.

Par le biais du jeu de rôles ou par le simple jeu social, l’homme Narcisse bien intégré aussi en société, qui a su prendre plusieurs femmes ou sauver son couple une fois et encore après, qui a su embrasser des vies professionnelles plus ou moins, cet homme que vous côtoyez, prend place et donne des places aux autres, mais n’admet aucune autorité. Les animateurs que nous sommes, sommes tenus à l’écart. Car ce sont les variantes du jeu qui se crée qui sont intéressantes à explorer, sans chercher à les installer. Mais lui, il ne peut pas céder le moindre détail de son « savoir y faire » qui est, pour les initiés, un faux-self, même pas dans des situations imaginaires… Puisqu’il prend lui-même ses désirs, pauvres, pour des réalités, puissantes.

Eclairage sur l’écologie de soi au plus petit pour prétendre au plus grand

Si cet homme en est là c’est qu’il n’a pas su remplacer la mère par la rêverie comme il est d’usage dans le développement psychoaffectif. Il n’a pas su ensuite agir son propre désir. Il agit la rencontre ratée avec la mère, indifférenciée de lui. Il fuit la rencontre du père, du tiers effectif. Cette rencontre n’est pas celle de la punition, de la violence, de la rupture infligée mais bel et bien celle de la tendresse envers et dévers un homme comme lui, comme lui il allait pouvoir devenir. Et transcender la vraie vie.

Eva Matesanz, vers une nouvelle écologie de l’esprit à paraître en 2020

Dans le cas d’une co-animation homme-femme, il peut être plus aisé de permettre à cet homme de lâcher un peu prise si la femme le tolère dans ses exigences, et pose peu à peu les siennes, si l’homme demeure respectueux voire tendre à son égard.

Il demeure le rapport au groupe dans lequel cet homme s’insère et qui présente des « cas similaires », effroyable miroir. Il est une diversité de situations personnelles et professionnelles et une diversité d’humeurs à chaque instant mais ce ne sont que des nuances du même patron. Puisque nous sommes tous, chacun de nous, construits sur un narcissisme rampant.

Celui qui exprime davantage que les autres son vécu à la limite les soulage, de le faire, et même, de le vivre. Les réponses des co-animateurs, a contrario, sont vécues comme étant inappropriées : possessives et séductrices. La projection à horizontale devient verticale, dressé, « phallique » en termes que personne n’aime mais qui sont si appropriés. L’autre est l’objet. Le seul objet qui compte est l’objet de désir dit « le phallus » qui n’existe pas. Alors je le fétichise. Le fétiche devient son symbole basique, improductif, possessif. Si. Il produit un groupe soudé pour ne rien changer, illusoire et amniotique.

Dans le cas évoqué, le fait de représenter un couple, peut compliquer la donne puisque les deux partenaires Incarnent de plus une rivalité entre eux. Ceci complique la vie de groupe car chacun peut y trouver les figures du bon et du mauvais « flic », du violent et de l’aidant, jamais les mêmes entre eux et même selon les moments ; ceci nourrit la vie fantasmatique car chacun peut séparer le bon du mauvais objet en lieu et place de la mère idéale tant recherchée. Une évolution larvée peut commencer. Pourvu qu’elle se poursuive jusqu’à la métamorphose du narcisse en être social et naturel du même pas.

Ceci est de mon expérience, de notre expérience à deux, avec André de Chateauvieux, dans des groupes par essence narcissiques dont nombre qui ont éclaté où se sont fragmentés, avec la dérive d’un, deux ou trois de leurs membres vers les contrées obscures du hors groupe qui ne permet plus rien.

Ceci reprend aussi la réflexion menée dans notre groupe de référence, dit de psychodrame analytique au sein du Centre Kestemberg de Paris. Présentation du Docteur Benaroch le 4 septembre : rupture et séparation. Dans son cas, s’il est directeur de scène c’est le directeur du centre qui a joué le complément du duo, en entretien individuel hors groupe, pour permettre la réintégration, sans aucune assurance d’issue favorable, d’un Narcisse très peu stable. Demeurer face à son reflet, tout le temps qu’il faudra pour réaliser que chacun est davantage que son reflet, que la mère des temps premiers, est la condition d’une pensée plus légère et d’une mise en mouvement certain. En homme honnête avec soi même et responsable y compris de ses prochains et ses lointains. Comme Lévinas a décrit l’humanité.

NB. Bisexualité psychique oblige, l’homme ou la femme peuvent être interchangés, comme ici dans le cas du directeur de scène et du directeur du centre. Nonobstant le cas présenté correspond à la réalité de l’homme resté « pervers » ou « narcissique » au sens de l’infantile. Nous viendrons dans d’autres partages à l’évolution entravée de la femme. A suivre alors.

Illustration Getty Images

Petit à petit

On ne passe pas d’un ordre qui relie des éléments selon des interrelations spécifiques à un autre ordre, celui qui les relie dans un meilleur accord avec d’autres, différents, sans passer par le désordre. Ce désordre laisse chaque individu « sans qualité », sans consistance propre, avant qu’un nouveau système d’interrelations lui redonne consistance en l’impliquant dans la nouvelle dynamique globale.

La peur de l’inconsistance fait qu’on s’agrippe à un autre, à des idées, à une communauté dans le but de trouver désespérément son Double, tout en ne pouvant échapper à l’irréductible vide existentiel qui sépare l’image « réelle » de l’image « idéale ». Le drame de Narcisse…

La « quête de soi », le développement personnel est un nouveau marché. Chacun commerce avec ce qu’il n’a pas. Mais n’est ce pas aussi le propre de l’amour ? Sans vouloir échapper finalement à cette rencontre avec l’intrinsèque vacuité de « soi », la bataille originelle contre le néant, le besoin de l’autre, l’envie à deux et au-delà.

Une pensée pour mes étudiants du DUEC University of Cergy-Pontoise #executivecoaching

Le G7 biarrot aurait-il accomplit le désir ardent d’un écosystème politique et de son management ?

A l’heure où tous les pouvoirs politiques présents sur terre sont interconnectés et peuvent se retrouver côte à côte en temps reel quelles que soient les distances et les lieux de passage auparavant obligés, le multilatéralisme est mort. Les assemblées jadis convoitées, ONU, UE, OCDE, CSCE, ne tiennent plus que par leur idéologie désuète et leur structure technocratique bien ancrée en certains pays qui tolèrent leur siège comme on tolère un vieillard, sage et fini. Il est un retour surprenant et en même temps naturel des états nations et des états régions (la Catalogne toujours au corps à corps avec Madrid dans le cas espagnol). Chacun de nous se rapproche de son clocher, de sa langue, de ses terres, de son rythme, maintenant que tous les autres sont connus, comme au XIXe siècle, à la fois proches et tenus à l’écart : les grandes guerres du siècle dernier ont mis fin aux velléités d’annexion.

La domination mondiale organisée par sujets d’intérêts qui se juxtaposent aussi devient possible. Seulement, le G7 dans sa forme souple d’une conférence à plusieurs dont l’un se fait l’hôte à chaque fois comme une corvée partagée permettent autre chose que les échanges bilatéraux réguliers. Les tiers étant présents, et s’ils ne le sont pas, ils arrivent par le jet du lendemain, comme cela a été le cas d’Iran en cette rencontre biarrote, franche et décontractée, il est possible de se départager sur le champ et de se projeter dans le temps un peu, et ce peu de temps est precieux.

De plus, il est le terrain partagé où que l’on soit, d’où que l’on vienne et que l’on y retourne sans tarder, de cette planète bien davantage physiquement reliée qu’elle n’est virtuellement interconnectée, par le climat, par la guerre et la pauvreté, par les chaînages économiques et financiers. Il s’agit alors de ne faire plus qu’un, celui qui prend ses responsabilités.

Il est alors un écosystème politique, capable à la fois d’une dynamique et d’une solidité, d’un avenir et d’un ancrage, qui semble émerger. Et à la façon des écosystèmes d’entreprises il nécessite d’un management qui n’a plus grand chose à voir avec le pouvoir en terme de répartition des statuts, des rôles et des fonctions.

Emmanuel Macron l’a incarné ces quelques jours. Il a été défini déci delà comme étant le leader facilitateur du moment et de la situation. J’y ajouterais la fonction de synthèse pour sa capacité à puiser dans les expertises les plus variées l’essentiel, passer de l’une à l’autre et aussi les associer.

Il a su faire entendre à chacun ce qu’il voulait lui même faire comprendre aux autres sans vraiment le comprendre lui-même et de telle façon que les différentes ententes ne se trouvaient pas opposées. Cela ne l’empêche pas de se faire entendre lui-même, médiateur et partie à la fois. Cette capacité personnelle sous-tend à la fois son leadership et l’effacement que cela requiert d’intervenir en pur support.

L’écosystème politique, comme tous les écosystèmes, a besoin de « parasites » qui le traversent, de microorganismes qui font colonie. Ce serait, en définitive, le colon, le nom à donner au manager des écosystèmes humains en formation. Hâte de découvrir les capacités d’autres « bactéries » actives sur les rééquilibrages chacune à sa façon. Un véritable leadership mieux que tournant, concomitant. Après tout, les effets du caractère bon vivant, instinctuel et tueur, aussi beau parleur que mauvaise langue d’un Trump ont été aussi visibles à l’œil nu en cette colonie de vacances qui « a fait le job » comme cela ne le faisait plus. À suivre alors.

À suivre peut-être, mais surtout diffusez, commentez, complétez, soyons fous, hors norme révolue : faisons écosystème de pensée en mouvement.

Écosystémiciens du monde

Je vis à la campagne depuis quelques années. C’est ce qui m’a fait réfléchir à l’écosystémie nécessaire au genre humain. Bien loin des écosystèmes vantés dans le cadre de la French Tech et de bien d’autres nouveaux modèles d’exploitation de l’homme par l’homme. Ici, il est un véritable territoire à partager. Au sein de ce territoire le monde minéral, végétal, animal et social s’interpénètre sans que jamais cela puisse être l’exploit d’un seul ou d’une communauté. Chacun gagne, chacun cède. La mort fait partie de la vie. La mort de tout ou partie d’un être. Avez vous remarqué comme un arbre s’accommode de la foudre qui le scinde en deux ? Comme un rongeur traîne sa patte nécrosée sans l’oublier ? Chacun réapprend à vivre avec ce qu’il est à chaque instant, là où il est. La symbiose aussi est prodigieuse. Les êtres et les milieux se complètent. En temps réel. Pas de projet ni de levée de fonds miraculeuse qui se termine en vente lâche ou en croissance traître. C’est ce qui m’a donné envie d’écrire, avec quelques autres qui se joignent à moi, sur cette chance qui est la nôtre de réintégrer l’écosystème plutôt que de continuer de dresser les forteresses humaines qui s’érodent sous le soleil et les cyclones. À suivre si vous êtes des nôtres.

Le transfert en coaching ou l’approche psychodynamique de toute forme d’accompagnement humain, individuel et collectif

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Psychogėnèse du transfert d’affect,
génèse des transferts d’affects

« Le bébé, tel que Kohut le voit, est un être fort – jamais faible – qui naît dans une matrice psychologique d’objets-soi qui répondent aux besoins. Il existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur des objets-soi, tout comme l’oxygène qu’il respire existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de son corps. Réfléchi dans les objets-soi (effet de miroir), capable de fusionner avec leur sérénité et avec leur puissance (idéalisation), ressentant la présence silencieuse de leur similitude (gémellité), le bébé est fort, sain et vigoureux. »

Reflets en miroir, facteur thérapeutique en groupe analyse, Malcolm Pines, psychanalyste de la Tavistock Clinic, présidentde l’Association Internationale de Psychothérapie de Groupe, 1983

Et le petit d’homme croît et la séparation s’organise entre le dedans et le dehors, entre le mauvais et le bon. Il devient « le sujet divisé » dont il nie la division, bien enfouie dans l’inconscient mais qui lui revient par en dessous et bien au-dessus de lui, dans ses rapports avec autrui.

La petite d’homme grandit aussi. Mais elle crie de tout son corps, de tout l’amour qui la traverse, le conflit qui l’habite. L’« hystérie » féminine a éclairé notre inconscient.

« Une femme possède deux images d’elle-même. Il y a la personne magique perçue ou rappelée par ceux qui l’aiment et dont les qualités suprêmes sont la chair et l’esprit éclairé. Elle connaît elle-même ce soit idéal ; elle le projette tant qu’elle reste confiante en elle-même ; ou elle le produit dans ses rêveries ; ou encore elle le perçoit avec reconnaissance dans le regard admiratif des autres.

Il existe en même temps une seconde image ; la femme telle qu’elle est perçue par ceux qui n’ont pas d’amour pour elle ou la craignent. Cette image cruelle trouve un miroir d’une puissance extrême dans sa propre idée négative d’elle-même. C’est avec crainte qu’elle voit ses propres pulsions ravageuses et, ce qui est encore plus pénible, une image disgracieuse, monstrueuse et indigne de tout amour sur son soi physique.

Tel était le miroir que ses parents avaient tendu devant Edith. Ses frères la voyaient avec amour. Quant à elle, elle connaissait les deux images. Sa vie et sa poésie constituaient une fuite devant la seconde. »

Extrait par Malcom Pines dans l’article cité précédemment qui est recueilli dans le no. 41 de la revue psychosociologie parue dans la collection Connexions EPI de « Edith Sitwell, une biographie » par Victoria Glendinning, Weidenfield and Nicholson, Londres 1981, p. 35

L’accompagnement, un processus de transferts successifs d’affects depuis l’angoisse jusqu’aux émotions

Le transfert narcissique dans un premier temps, un transfert de l’expérience la plus précoce de l’enfant ; un transfert de dépression comme transition vers un transfert dit « névrotique », de véritable mise en relation de deux personnalités structurées, différemment. En 4 étapes, cela donne un processus type comme suit, avec des itérations possibles sur le temps long.

1ère étape : nouer le transfert

L’accompagné transfère dans la relation d’accompagnement son mode relationnel habituel qui est basé sur son expérience de la vie et de la relation, depuis qu’il existe. Pour la part qu’il ne connaît pas, celle de la prime enfance, c’est un fantasme qu’il garde enfoui mais c’est un fantasme universel dont il perçoit mal comme il s’applique aussi à lui. Les nouveaux nés, tous les nouveaux nés, sont sur une position psychique squizo-paranoïde : ils séparent, comme cela les arrange, les images de leurs vécus multiples entre ce qui est de l’ordre du bon et qui est de l’ordre du mauvais. Ils ont des besoins et ils éprouvent autour d’eux une tension qui les stimule, une excitation qui est pulsion de vie, et un manque qui les abat, qui les fait percevoir le danger de mort imminente.

Dans leur représentation, purement imaginaire, ils dissocient des attaques et une vaillance. Les attaques correspondent à une issue paranoïde, qui isole le danger. La vaillance produit le narcissisme primaire. À partir de deux mois de vie la présence extérieure de la mère se fait enfin clairement sentir.

De deux mois à huit mois, l’âge où ils expriment pour la toute première fois leur angoisse de séparation, les nourrissons prennent pour objet la mère : les attaques et l’effort de soutien sont tous les deux « externalisés ». La mère qui n’est pas un objet psychique mais un sujet à son tour reçoit de l’enfant lui-même des attaques et des satisfactions. La relation est née et avec elle le quiproquo.

L’amour de la mère lui permet de faire un effort. De dépasser les inévitables des-accordages.

L’enfant lui-même, en grandissant, parvient à contrecarrer l’angoisse par d’autres moyens que son imaginaire tout-puissant. L’enfant joueur de un an à deux ans peut commencer à se représenter dans la manipulation d’objets extérieurs la disparition et la réapparition, la destruction et la reconstruction. Cet enfant peut prendre une part active dans le soutien d’une mère défaillante. L’amour lui est aussi possible, l’amour de lui, l’amour de la vie, l’amour de l’autre. Il garde en lui les traces d’une agressivité qu’il a pu exercer : soit avec la mère, soit avec les objets, soit au moins dans son imaginaire ce qui est notre privilège d’humains. Cette agressivité est intimement liée à l’angoisse de cette période, à l’insécurité nécessaire pour trouver le chemin de la dépendance qui nous est naturelle à l’indépendance, à l’individuation et à la subjectivité qui nous est tout autant naturelle, qui font notre humanité. L’accompagnateur reçoit, aussi et souvent, dans un premier temps, le transfert des restes affectifs de cette expérience précoce. Ainsi, le transfert initial peut être très positif parce qu’idéalisé, empreint d’un imaginaire très infantile, ou, de plus en plus souvent, dans les cas d’un accompagnement par prescription, un transfert négatif, celui d’une grande déception, d’une profonde colère contre soi-même avant tout.

Nous nous en voulons, sans le savoir, de cette agressivité que nous avons dû déployer quoi qu’il arrive, pour suppléer au maternel, pour nous séparer de ses bienfaits. Dans les deux cas, l’agressivité est nécessaire. Lorsqu’elle est transféré dans la relation aux autres et dans la relation d’accompagnement elle prend des formes sauvages puisqu’elle date d’un temps qui ne contient pas de traces verbales. L’agressivité est impensable, indicible et pourtant très présente.

Si la rencontre est désirante aussi bien l’accompagné que l’accompagnateur vont pouvoir mettre de côté leur narcissisme et leurs projections pour se parler, peu à peu, en faisant confiance au temps qu’ils s’accordent dans le cadre d’un accompagnement processuel, transformateur.

2ème temps : la rectification subjective

Lorsque le transfert s’installe, il prend ainsi d’abord une dimension essentiellement imaginaire qui touche davantage au personnage qu’incarne le thérapeute que à ce qui se met en scène dans la cure, à une capacité d’observation et de réflexion sereine en somme. Il est nécessaire de veiller à installer le contre-transfert sans qu’il soit une réponse massive au transfert de l’accompagné : l’accompagnateur se trouverait sous différentes formes d’emprise.

Il est nécessaire de greffer un savoir-faire d’accompagnateur, une réminiscence d’assez bonne mère, ni parfaite, pour permettre à l’autre de vivre son agressivité de la déplier, ni absente ou défaillante pour lui permettre de vivre aussi ses difficultés avec la confiance d’un soutien. Il n’y aura pas de réponse totale ni à la demande explicite, à l’objet de l’accompagnement, ni à la demande affective qui le sous-tend. Le transfert d’affects dans la relation a son propre objectif : rentrer dans une boucle relationnelle qui empêche le changement. Transfert et demande doivent rester séparés pour échapper à la fois à la toute-puissance et à l’impuissance. S’ils se superposent c’est une transformation impossible qui s’avance. La demande reste toujours du côté de l’accompagné, c’est la garantie de son existence en tant que sujet désirant. Le poids que le transfert donne à l’analyste lui sert à obtenir tout naturellement de l’accompagné qu’il redresse et qu’il assouplisse par la même occasion les jugements erronés qu’il porte sur lui-même ou sur l’analyste et qu’il renonce à la jouissance morbide, le reste d’une période périmée, qu’il entretient . Ce travail est un véritable sevrage qui impose au sujet de sortir de l’excitation sadomasochiste de ces premiers temps. D’une hyperactivité qui lutte contre la dépression nécessaire au lâcher prise de tout un imaginaire qui se réalise dans la relation.

3ème temps : la dépression de transfert

Lorsqu’il accepte de faire face à son angoisse, la réaction du sujet est une dépression qui le fait passer sur un plan différent et d’une manière originale par rapport à ce qu’il a pu vivre antérieurement lors d’épisodes d’épuisement et de suractivité. Le passage par la dépression de transfert est l’itinéraire le plus sûr, c’est celui du développement du nourrisson vers l’enfant, de l’enfant vers l’adolescent, d l’adolescent vers l’adulte. C’est un deuil qui a pu être une panne avec les autres sujets de l’environnement qui l’a vu grandir. Si le processus est maintenu, voire prolongé si davantage de temps est nécessaire et c’est la plupart du temps, que l’accompagnateur garde un désir d’accompagner cette personne sans la surprotéger ni la sur solliciter, il peut y avoir en effet une sortie de route ou une panne qu’on va pouvoir adresser. Attention aux arrêts maladie qu’il s’agit d’accompagner.

« C’est une expérience intense de travail psychique, un moment délicat au cours duquel le sujet doit pouvoir s’appuyer sur l’aide de son thérapeute pour élaborer les représentations qui lui permettront d’intégrer la violence des pulsions sadiques et masochique qui caractérisent la vie pré-oedipienne . » Olivier Bouvet de la Maisoneuve en Séminaire Psychanalytique du 21 juin 2019

La violence adressée à la mère est tempérée par la projection de cette figure sur l’analyste simple réceptacle du transfert imaginaire, tout en accueil et contenance. Son transfert à lui c’est cette construction qu’est l’amour, qu’est le savoir relatif et non tout-puissant.

4eme étape : le retour à l’équilibre névrotique, à une personnalité adulte structurée

L’efficacité de la réparation permet de sortir progressivement de la dimension imaginaire qui prévaut au départ pour introduire les deux autres dimensions de la vie humaine que sont le sens des réalités et le sens du symbole. L’accompagnateur peut trouver pleinement son rôle ; il n’est plus réduit à un support de projection. Un échange peut avoir lieu autour de ce qui fait l’objet de l’accompagnement, depuis les personnalités respectives des participants. Des scénarii de plainte plus précise, de colère motivée et de séduction reconnaissable parmi les arguties humaines vont pouvoir tourner et c’est dans un processus quaternaire et non triangulaire (bourreau, victime, sauveur) – le triangle reste fixé à l’Œdipe, au groupe d’origine – qu’ils vont pouvoir évoluer. La quatrième position est celle de l’effet de vérité (insight).

Le champ transférentiel

La vie sociale plonge chacun de nous dans des groupes dits secondaires pour les distinguer du groupe primaire qu’est la famille. Dans ces groupes il est un réseau d’identifications latérales. Les membres qui les composent peuvent aspirer à nouveau à un idéal qui peut être incarné par un leader ou bien attribué à l’intelligence collective de nos jours.

Le groupe va vivre dans ses échanges l’acceptation d’une dés-idéalisation et l’acceptation des différences qui les composent. Un « pacte dénégatif » en référence au terme employé par René Kaes, va s’employer dans un premier temps à nier leurs différences et les limites de leurs idéaux. Ce pacte permet la cohésion du groupe mais il fige son évolution et surtout sa production. Des effets de vérité vont surgir dans les rapports autres que la violence encore une fois et la séduction mutuelle, les deux formes du blocage d’un groupe, dans la complaisance et la fusion et l’adoration du ou des leaders ou dans l’opposition au contraire, et la destruction d’au moins l’un des membres, le bouc émissaire, ou du groupe entier sacrificiel.

Les groupes contenus dans une institution, ou encore mieux, dans un écosystème, permettent aux participants de vivre des appartenances multiples (métier, grade, statut, etc) et d’expérimenter directement les limites de leurs idéaux, la diversité des réalités et le caractère symbolique de leurs contributions. De leur impuissance individuelle naît un transfert vertueux d’affects et de parole échangée en continu et en action.

Le coaching d’équipe ou d’organisation permet à une équipe intervenante et même à une institution dans le cas d’un organisme de formation d’offrir des échanges nouveaux qui peuvent être d’abord sauvages et projectifs, plus ou moins explicités sous des contraintes techniques et sociales (modèle d’intervention, soumission des apprenants). Qui peuvent permettre ensuite, dans une reconnaissance sincère des difficultés, aussi bien matérielles qu’affectives, de venir à reconnaître ses propres difficultés et les adresser enfin. L’identification avancée ne fait pas une identité. Le transfert n’est pas direct. Comme à titre individuel, chacun peut se réattribuer ce qu’il cherchait à éviter : sa vérité disgracieuse, ou plutôt, belle de sa nudité. Sans les attributs et les honneurs.

Un écosystème vertueux forme une matrice psychologique d’objets-soi qui n’appartiennent à personne et c’est tant mieux. La vie y est forte, saine et pleine de vigueur.

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Mon conseil modernité des ressources humaines et du management diffusé sur les réseaux

Conseil RH et modernité : Le collaborateur ne doit se conformer à l’entreprise seulement sous certaines conditions. Toutefois, il faut veiller au développement professionnel et personnel de chacun dans cette innovation, afin que le collaborateur puisse se démarquer sereinement en entreprise

Doit-on se conformer à ce que l’entreprise attend de nous ?

Approchée au travers du réseau LinkedIn par le réseau RH Expectra pour répondre à cette question sur un positionnement bien tranché, j’ai choisi mon camp et j’ai développé au plus près de mon expérience à la fois stratégique et terrain.

Eva Matesanz

 » Une entreprise, qu’elle soit grande ou petite, est davantage qu’un groupe humain. Une entreprise est une institution. Elle institue des rôles et des rapports entre ses collaborateurs. Elle engrange une culture du fait de son histoire et de ses réalisations. Cette culture est celle d’un savoir vivre ensemble qui se développe pour réaliser le savoir-faire. Cela dit, il est contre-productif de vouloir engager des collaborateurs qui soient en conformité a priori avec l’institution.

Comme il ne faut pas empêcher les collaborateurs actuels d’évoluer comme évolue naturellement le vivant et de faire évoluer l’institution »

Eva Matesanz, chargée d’enseignement universitaire en psychodynamique, conseille les directions des ressources humaines et les directions générales d’entreprises.

Pour Eva, collaborateur comme entreprise doivent être innovants et non conservateurs. Si l’on s’en tient à ce que l’entreprise attend de nous, il est difficile d’avancer.

J’ai vécu des rachats, des transferts d’activité, des fusions, des restructurations. Ce sont les collaborateurs les moins attachés à leur statut, à l’historique ou à un mode de fonctionnement trop marqué par la « norme sociale » qui ont constitué mes équipes-projet d’accompagnement des transitions à partir de leur lieu de travail et sur le champ. Nous constituions un réseau soudé d’acteurs du changement au naturel ».

Face aux problèmes croissants de recrutement et aux transformations digitales, l’entreprise ne doit pas s’attendre à ce que le collaborateur se conforme à elle, elle doit plutôt s’adapter à lui.

Ce sont les écarts des collaborateurs qui permettent d’instituer, non seulement de nouveaux choix industriels ou de services, mais aussi de nouvelles formes de travail collaboratif. Les rapports directs du community manager avec les clients d’une grande marque étaient impensables il y a quelques années ! »

La conformité peut être un frein alors qu’en se complétant, collaborateurs et entreprises, peuvent y gagner beaucoup.

J’avais moi-même dans mon équipe une assistante qui faisait un travail formidable de codage spécifique autour des bases de données de l’entreprise. Elle manquait de tact, voire était rejetée des interlocuteurs qu’elle bousculait par son « mauvais caractère », d’après eux. J’ai pu mettre en évidence sa compréhension lucide et active du « business ». Je l’ai faite passer cadre et elle occupe aujourd’hui la direction de l’activité marketing d’une importante branche pharmaceutique ».

En somme, le collaborateur ne doit se conformer à l’entreprise seulement sous certaines conditions. Toutefois, il faut veiller au développement professionnel et personnel de chacun dans cette innovation, afin que le collaborateur puisse se démarquer sereinement en entreprise.

L’Oedipe, ça marche, pour une transition humaine

L’Œdipe ramène à la difficulté majeure d’accepter la responsabilité du choix inconscient, à chaque pas, à chaque réorientation. Comme l’écrit le grand patron de notre temps, Emamnuel Faber, dans son ouvrage « Chemins de traverse » pourquoi nous plaignons nous de l’embouteillage alors que nous sommes en voiture ? Nous sommes l’embouteillage ! Nous sommes la l’entreprise et la famille éclatée, la planète exsangue, le manque de solidarité y compris avec les proches. L’EHPAD, la PMA et d’autres démissions créatives de notre actualité récente.

Si la naissance, la venue au vaste monde, ouvert et divers, à partir du corps unique et fermé de la mère, est vulgairement considéré comme le prototype de la séparation et d’un début d’existence humaine, singulière, les acquis du souffle propre, du cri et d’un début de motricité choisie ne suffisent pas à engager la séparation symbolique, l’individuation, la subjectivation. C’est l’épreuve de l’Œdipe, le traumatisme psychique, plutôt que celui de la séparation physique, qui permet à chacun de gagner son propre chemin. De se mettre debout en effet, tout pied bot qu’on est (le pied bot est l’étymologie vraie de l’Œdipe, ni violeur, ni meurtrier, ni aveuglé).

L’Œdipe est la réponse que trouve l’enfant, l’adolescent puis l’adulte, au sexuel étrange et source de sensation qu’il perçoit dans son corps. Car si c’est par le besoin que nous nous découvrons dans notre corporéité réelle – par la faim, le froid, la peur -, c’est par le plaisir et par le déplaisir que nous nous dirigeons vers la vitalité qui nous permet de pérenniser notre existence et déployer notre activité inaliénable et irremplaçable.

La réponse à ce sexuel étrange qui est d’abord vécu entre soi et soi sera en fait de sexualiser l’autre, le corps de l’autre, la mère, même pour la fille dans un premier temps.

L’Œdipe devient par la même occasion la figure de la rencontre, la figure du lien. Il s’agit d’une rencontre corporelle, sexuelle, sexualisée. La rencontre autistique, première, est celle que nous faisons avec notre propre corps et avec son éprouvé sexuel, l’un et l’autre sont perçus comme autres, avant d’être intégrés par l’autoérotisme, le narcissisme bien compris, l’amour de soi nécessaire à la vie. L’autisme, le trouble psychique le plus précoce s’installe lorsque l’aut(o-éro)isme s’avère difficile. Pour des raisons génétiques, toxiques ou/et relationnelles. L’hypersensibilité s’installe et rend difficile la suite du processus. Un accompagnement spécialisé peut soutenir l’éclosion. En effet, l’oisillon dans sa coquille est l’image d’un lien transitoire, entre mammifère et de couvaison.

Nos incubateurs, couveuses et autres dispositifs d’hébergement de nos transitions professionnelles dans l’écosystème ouvert qu’aujourd’hui nous fréquentons révèlent ce besoin qui resurgit de notre préhistoire. La psychanalyse de mes patients me donne à voir comment des troubles très précoces y trouvent un soutien complémentaire de la démarche d’accompagnement dans l’élucidation et la responsabilisation que j’offre.

Vient ensuite le temps de la rencontre du corps de la mère, du corps de tout autre, qui vient enfin réduire l’altérité de « l’étranger à l’intérieur » en le situant enfin à l’extérieur, chez un ou une autre. Ce mouvement communément désigné par le terme « projection » est un mouvement défensif.

Le névrosé, celui qui parvient à faire du complexe de l’Œdipe un symptôme, parvient à tisser une maladie imaginaire : en se représentant le mal que l’autre, tout autre,  peut faire sur son corps – c’est le cas de l’hystérie légendaire – ou bien dans sa pensée : c’est le cas de l’obsession qui a gagné du terrain depuis le siècle dernier, y compris du côté du féminin. La dépression et la manie occupent les esprits. Les accidents vasculaires et les poussées auto-immunes, qui s’attaquent littéralement au corps propre (cancers, multiples scléroses) remettent à l’intérieur ce qui a voulu être éjecté sans parfaire la rencontre. La misère sexuelle est la seule expression d’une quête œdipienne qui est effectivement errance, à l’image du mythe râté.

Car, plus que comme une réponse, Œdipe est à entendre comme une question, la question toujours ouverte. Il n’y a pas de disparition de l’Œdipe, il y a reconduction selon des modalités différentes.

L’Œdipe est la rencontre sexuelle avec l’autre inconscient, il est ouverture sur l’objet impossible, celui qui ne viendra jamais combler, assumer de l’extérieur, redonner paisiblement. La projection se complète d’une introjection tout aussi dévastatrice. L’autre est autre, il est sujet et non l’objet de nos besoins et nos envies. Il projette ses propres démons.

L’Œdipe en tant qu’interdit premier de confusion avec père et mère donne aussi bien l’élan vers l’autre, il est moteur, qu’il trace une frontière, qu’il met la limite. C’est aussi la ligne qui préserve l’intégrité du corps. Pour que la cohésion narcissique soit maintenue il est important d’établir un point d’impossible, un point d’exclusion. La « castration » évoquée en psychanalyse est avant tout une enveloppe psychique entre les corps et, de fait, entre les psychismes, chacun le sujet de sa pensée et de son action.

Les fantasmes légendaires de la psychanalyse – le viol de la mère, le meurtre du père et leurs correspondants introjectés, l’abus par la mère ou le père d’ailleurs, la mort qu’ils peuvent nous donner par négligence ou maltraitance,  – ne sont que des traversées imaginaires, très intenses, qui préservent le sens, la symbolique, d’une existence digne d’être vécue ; d’une transmission saine à notre tour.

Toutes les peurs de notre vie contemporaine – le harcèlement professionnel, le licenciement, le freelance, la faillite, le divorce, l’adolescence de nos enfants, les vraies maladies d’un corps fragile puis vieillissant, les conflits entre partenaires, les familles éclatées, les familles envahissantes, l’empoisonnement de la terre et de l’air et d’autres auxquelles vous ne pourrez pas échapper sauf à vivre dans le déni et dans l’illusion du pur consommateur – si elles ne sont pas moins ancrées dans le réel, ont des origines inconscientes.

L’Œdipe abordé dans la cure analytique ramène à la difficulté majeure d’accepter la responsabilité du choix inconscient, à chaque pas, à chaque réorientation. Comme l’écrit Emamnuel Faber, grand patron du géant Danone, dans son ouvrage préféré « Chemins de traverse » pourquoi nous plaignons nous de l’embouteillage alors que nous sommes en voiture ? Nous sommes l’embouteillage ! Nous sommes la famille et l’entreprise éclatée, la planète exsangue, le manque de solidarité y compris avec les proches. L’EHPAD et d’autres démissions créatives de notre actualité récente.

En lien avec personne, aliénés de nous-autres, l’autre ou les autres en nous.

Le psychanalyste confronte comme nul autre l’analysant. Avec lui-même.

« Curieuse libération qui ne se fait pas sans douleur et sans angoisse, d’aucuns se chargeront de le reprocher avec force à la psychanalyse. » – conclut Christian Pisani en Séminaire Psychanalytique mars 2019 m’ayant permis de revisiter l’Œdipe comme, peut-être, vous parviendrez à l’aimer. Sans folklore. Tel qu’il est. Tel que vous êtes : un seul, un autre et pourvu que vous fassiez avec, le temps d’une traversée. Avec d’autres. La vie, la vraie.