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Écosystémiciens du monde

Je vis à la campagne depuis quelques années. C’est ce qui m’a fait réfléchir à l’écosystémie nécessaire au genre humain. Bien loin des écosystèmes vantés dans le cadre de la French Tech et de bien d’autres nouveaux modèles d’exploitation de l’homme par l’homme. Ici, il est un véritable territoire à partager. Au sein de ce territoire le monde minéral, végétal, animal et social s’interpénètre sans que jamais cela puisse être l’exploit d’un seul ou d’une communauté. Chacun gagne, chacun cède. La mort fait partie de la vie. La mort de tout ou partie d’un être. Avez vous remarqué comme un arbre s’accommode de la foudre qui le scinde en deux ? Comme un rongeur traîne sa patte nécrosée sans l’oublier ? Chacun réapprend à vivre avec ce qu’il est à chaque instant, là où il est. La symbiose aussi est prodigieuse. Les êtres et les milieux se complètent. En temps réel. Pas de projet ni de levée de fonds miraculeuse qui se termine en vente lâche ou en croissance traître. C’est ce qui m’a donné envie d’écrire, avec quelques autres qui se joignent à moi, sur cette chance qui est la nôtre de réintégrer l’écosystème plutôt que de continuer de dresser les forteresses humaines qui s’érodent sous le soleil et les cyclones. À suivre si vous êtes des nôtres.

Le transfert en coaching ou l’approche psychodynamique de toute forme d’accompagnement humain, individuel et collectif

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Psychogėnèse du transfert d’affect,
génèse des transferts d’affects

« Le bébé, tel que Kohut le voit, est un être fort – jamais faible – qui naît dans une matrice psychologique d’objets-soi qui répondent aux besoins. Il existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur des objets-soi, tout comme l’oxygène qu’il respire existe simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de son corps. Réfléchi dans les objets-soi (effet de miroir), capable de fusionner avec leur sérénité et avec leur puissance (idéalisation), ressentant la présence silencieuse de leur similitude (gémellité), le bébé est fort, sain et vigoureux. »

Reflets en miroir, facteur thérapeutique en groupe analyse, Malcolm Pines, psychanalyste de la Tavistock Clinic, présidentde l’Association Internationale de Psychothérapie de Groupe, 1983

Et le petit d’homme croît et la séparation s’organise entre le dedans et le dehors, entre le mauvais et le bon. Il devient « le sujet divisé » dont il nie la division, bien enfouie dans l’inconscient mais qui lui revient par en dessous et bien au-dessus de lui, dans ses rapports avec autrui.

La petite d’homme grandit aussi. Mais elle crie de tout son corps, de tout l’amour qui la traverse, le conflit qui l’habite. L’« hystérie » féminine a éclairé notre inconscient.

« Une femme possède deux images d’elle-même. Il y a la personne magique perçue ou rappelée par ceux qui l’aiment et dont les qualités suprêmes sont la chair et l’esprit éclairé. Elle connaît elle-même ce soit idéal ; elle le projette tant qu’elle reste confiante en elle-même ; ou elle le produit dans ses rêveries ; ou encore elle le perçoit avec reconnaissance dans le regard admiratif des autres.

Il existe en même temps une seconde image ; la femme telle qu’elle est perçue par ceux qui n’ont pas d’amour pour elle ou la craignent. Cette image cruelle trouve un miroir d’une puissance extrême dans sa propre idée négative d’elle-même. C’est avec crainte qu’elle voit ses propres pulsions ravageuses et, ce qui est encore plus pénible, une image disgracieuse, monstrueuse et indigne de tout amour sur son soi physique.

Tel était le miroir que ses parents avaient tendu devant Edith. Ses frères la voyaient avec amour. Quant à elle, elle connaissait les deux images. Sa vie et sa poésie constituaient une fuite devant la seconde. »

Extrait par Malcom Pines dans l’article cité précédemment qui est recueilli dans le no. 41 de la revue psychosociologie parue dans la collection Connexions EPI de « Edith Sitwell, une biographie » par Victoria Glendinning, Weidenfield and Nicholson, Londres 1981, p. 35

L’accompagnement, un processus de transferts successifs d’affects depuis l’angoisse jusqu’aux émotions

Le transfert narcissique dans un premier temps, un transfert de l’expérience la plus précoce de l’enfant ; un transfert de dépression comme transition vers un transfert dit « névrotique », de véritable mise en relation de deux personnalités structurées, différemment. En 4 étapes, cela donne un processus type comme suit, avec des itérations possibles sur le temps long.

1ère étape : nouer le transfert

L’accompagné transfère dans la relation d’accompagnement son mode relationnel habituel qui est basé sur son expérience de la vie et de la relation, depuis qu’il existe. Pour la part qu’il ne connaît pas, celle de la prime enfance, c’est un fantasme qu’il garde enfoui mais c’est un fantasme universel dont il perçoit mal comme il s’applique aussi à lui. Les nouveaux nés, tous les nouveaux nés, sont sur une position psychique squizo-paranoïde : ils séparent, comme cela les arrange, les images de leurs vécus multiples entre ce qui est de l’ordre du bon et qui est de l’ordre du mauvais. Ils ont des besoins et ils éprouvent autour d’eux une tension qui les stimule, une excitation qui est pulsion de vie, et un manque qui les abat, qui les fait percevoir le danger de mort imminente.

Dans leur représentation, purement imaginaire, ils dissocient des attaques et une vaillance. Les attaques correspondent à une issue paranoïde, qui isole le danger. La vaillance produit le narcissisme primaire. À partir de deux mois de vie la présence extérieure de la mère se fait enfin clairement sentir.

De deux mois à huit mois, l’âge où ils expriment pour la toute première fois leur angoisse de séparation, les nourrissons prennent pour objet la mère : les attaques et l’effort de soutien sont tous les deux « externalisés ». La mère qui n’est pas un objet psychique mais un sujet à son tour reçoit de l’enfant lui-même des attaques et des satisfactions. La relation est née et avec elle le quiproquo.

L’amour de la mère lui permet de faire un effort. De dépasser les inévitables des-accordages.

L’enfant lui-même, en grandissant, parvient à contrecarrer l’angoisse par d’autres moyens que son imaginaire tout-puissant. L’enfant joueur de un an à deux ans peut commencer à se représenter dans la manipulation d’objets extérieurs la disparition et la réapparition, la destruction et la reconstruction. Cet enfant peut prendre une part active dans le soutien d’une mère défaillante. L’amour lui est aussi possible, l’amour de lui, l’amour de la vie, l’amour de l’autre. Il garde en lui les traces d’une agressivité qu’il a pu exercer : soit avec la mère, soit avec les objets, soit au moins dans son imaginaire ce qui est notre privilège d’humains. Cette agressivité est intimement liée à l’angoisse de cette période, à l’insécurité nécessaire pour trouver le chemin de la dépendance qui nous est naturelle à l’indépendance, à l’individuation et à la subjectivité qui nous est tout autant naturelle, qui font notre humanité. L’accompagnateur reçoit, aussi et souvent, dans un premier temps, le transfert des restes affectifs de cette expérience précoce. Ainsi, le transfert initial peut être très positif parce qu’idéalisé, empreint d’un imaginaire très infantile, ou, de plus en plus souvent, dans les cas d’un accompagnement par prescription, un transfert négatif, celui d’une grande déception, d’une profonde colère contre soi-même avant tout.

Nous nous en voulons, sans le savoir, de cette agressivité que nous avons dû déployer quoi qu’il arrive, pour suppléer au maternel, pour nous séparer de ses bienfaits. Dans les deux cas, l’agressivité est nécessaire. Lorsqu’elle est transféré dans la relation aux autres et dans la relation d’accompagnement elle prend des formes sauvages puisqu’elle date d’un temps qui ne contient pas de traces verbales. L’agressivité est impensable, indicible et pourtant très présente.

Si la rencontre est désirante aussi bien l’accompagné que l’accompagnateur vont pouvoir mettre de côté leur narcissisme et leurs projections pour se parler, peu à peu, en faisant confiance au temps qu’ils s’accordent dans le cadre d’un accompagnement processuel, transformateur.

2ème temps : la rectification subjective

Lorsque le transfert s’installe, il prend ainsi d’abord une dimension essentiellement imaginaire qui touche davantage au personnage qu’incarne le thérapeute que à ce qui se met en scène dans la cure, à une capacité d’observation et de réflexion sereine en somme. Il est nécessaire de veiller à installer le contre-transfert sans qu’il soit une réponse massive au transfert de l’accompagné : l’accompagnateur se trouverait sous différentes formes d’emprise.

Il est nécessaire de greffer un savoir-faire d’accompagnateur, une réminiscence d’assez bonne mère, ni parfaite, pour permettre à l’autre de vivre son agressivité de la déplier, ni absente ou défaillante pour lui permettre de vivre aussi ses difficultés avec la confiance d’un soutien. Il n’y aura pas de réponse totale ni à la demande explicite, à l’objet de l’accompagnement, ni à la demande affective qui le sous-tend. Le transfert d’affects dans la relation a son propre objectif : rentrer dans une boucle relationnelle qui empêche le changement. Transfert et demande doivent rester séparés pour échapper à la fois à la toute-puissance et à l’impuissance. S’ils se superposent c’est une transformation impossible qui s’avance. La demande reste toujours du côté de l’accompagné, c’est la garantie de son existence en tant que sujet désirant. Le poids que le transfert donne à l’analyste lui sert à obtenir tout naturellement de l’accompagné qu’il redresse et qu’il assouplisse par la même occasion les jugements erronés qu’il porte sur lui-même ou sur l’analyste et qu’il renonce à la jouissance morbide, le reste d’une période périmée, qu’il entretient . Ce travail est un véritable sevrage qui impose au sujet de sortir de l’excitation sadomasochiste de ces premiers temps. D’une hyperactivité qui lutte contre la dépression nécessaire au lâcher prise de tout un imaginaire qui se réalise dans la relation.

3ème temps : la dépression de transfert

Lorsqu’il accepte de faire face à son angoisse, la réaction du sujet est une dépression qui le fait passer sur un plan différent et d’une manière originale par rapport à ce qu’il a pu vivre antérieurement lors d’épisodes d’épuisement et de suractivité. Le passage par la dépression de transfert est l’itinéraire le plus sûr, c’est celui du développement du nourrisson vers l’enfant, de l’enfant vers l’adolescent, d l’adolescent vers l’adulte. C’est un deuil qui a pu être une panne avec les autres sujets de l’environnement qui l’a vu grandir. Si le processus est maintenu, voire prolongé si davantage de temps est nécessaire et c’est la plupart du temps, que l’accompagnateur garde un désir d’accompagner cette personne sans la surprotéger ni la sur solliciter, il peut y avoir en effet une sortie de route ou une panne qu’on va pouvoir adresser. Attention aux arrêts maladie qu’il s’agit d’accompagner.

« C’est une expérience intense de travail psychique, un moment délicat au cours duquel le sujet doit pouvoir s’appuyer sur l’aide de son thérapeute pour élaborer les représentations qui lui permettront d’intégrer la violence des pulsions sadiques et masochique qui caractérisent la vie pré-oedipienne . » Olivier Bouvet de la Maisoneuve en Séminaire Psychanalytique du 21 juin 2019

La violence adressée à la mère est tempérée par la projection de cette figure sur l’analyste simple réceptacle du transfert imaginaire, tout en accueil et contenance. Son transfert à lui c’est cette construction qu’est l’amour, qu’est le savoir relatif et non tout-puissant.

4eme étape : le retour à l’équilibre névrotique, à une personnalité adulte structurée

L’efficacité de la réparation permet de sortir progressivement de la dimension imaginaire qui prévaut au départ pour introduire les deux autres dimensions de la vie humaine que sont le sens des réalités et le sens du symbole. L’accompagnateur peut trouver pleinement son rôle ; il n’est plus réduit à un support de projection. Un échange peut avoir lieu autour de ce qui fait l’objet de l’accompagnement, depuis les personnalités respectives des participants. Des scénarii de plainte plus précise, de colère motivée et de séduction reconnaissable parmi les arguties humaines vont pouvoir tourner et c’est dans un processus quaternaire et non triangulaire (bourreau, victime, sauveur) – le triangle reste fixé à l’Œdipe, au groupe d’origine – qu’ils vont pouvoir évoluer. La quatrième position est celle de l’effet de vérité (insight).

Le champ transférentiel

La vie sociale plonge chacun de nous dans des groupes dits secondaires pour les distinguer du groupe primaire qu’est la famille. Dans ces groupes il est un réseau d’identifications latérales. Les membres qui les composent peuvent aspirer à nouveau à un idéal qui peut être incarné par un leader ou bien attribué à l’intelligence collective de nos jours.

Le groupe va vivre dans ses échanges l’acceptation d’une dés-idéalisation et l’acceptation des différences qui les composent. Un « pacte dénégatif » en référence au terme employé par René Kaes, va s’employer dans un premier temps à nier leurs différences et les limites de leurs idéaux. Ce pacte permet la cohésion du groupe mais il fige son évolution et surtout sa production. Des effets de vérité vont surgir dans les rapports autres que la violence encore une fois et la séduction mutuelle, les deux formes du blocage d’un groupe, dans la complaisance et la fusion et l’adoration du ou des leaders ou dans l’opposition au contraire, et la destruction d’au moins l’un des membres, le bouc émissaire, ou du groupe entier sacrificiel.

Les groupes contenus dans une institution, ou encore mieux, dans un écosystème, permettent aux participants de vivre des appartenances multiples (métier, grade, statut, etc) et d’expérimenter directement les limites de leurs idéaux, la diversité des réalités et le caractère symbolique de leurs contributions. De leur impuissance individuelle naît un transfert vertueux d’affects et de parole échangée en continu et en action.

Le coaching d’équipe ou d’organisation permet à une équipe intervenante et même à une institution dans le cas d’un organisme de formation d’offrir des échanges nouveaux qui peuvent être d’abord sauvages et projectifs, plus ou moins explicités sous des contraintes techniques et sociales (modèle d’intervention, soumission des apprenants). Qui peuvent permettre ensuite, dans une reconnaissance sincère des difficultés, aussi bien matérielles qu’affectives, de venir à reconnaître ses propres difficultés et les adresser enfin. L’identification avancée ne fait pas une identité. Le transfert n’est pas direct. Comme à titre individuel, chacun peut se réattribuer ce qu’il cherchait à éviter : sa vérité disgracieuse, ou plutôt, belle de sa nudité. Sans les attributs et les honneurs.

Un écosystème vertueux forme une matrice psychologique d’objets-soi qui n’appartiennent à personne et c’est tant mieux. La vie y est forte, saine et pleine de vigueur.

Longue vie à la promotion 9 du Diplôme Universitaire Executive Coaching de Paris Cergy auprès de laquelle j’ai mené l’enseignement ici résumé d’une approche psychodynamique incontournable.

Mon conseil modernité des ressources humaines et du management diffusé sur les réseaux

Conseil RH et modernité : Le collaborateur ne doit se conformer à l’entreprise seulement sous certaines conditions. Toutefois, il faut veiller au développement professionnel et personnel de chacun dans cette innovation, afin que le collaborateur puisse se démarquer sereinement en entreprise

Doit-on se conformer à ce que l’entreprise attend de nous ?

Approchée au travers du réseau LinkedIn par le réseau RH Expectra pour répondre à cette question sur un positionnement bien tranché, j’ai choisi mon camp et j’ai développé au plus près de mon expérience à la fois stratégique et terrain.

Eva Matesanz

 » Une entreprise, qu’elle soit grande ou petite, est davantage qu’un groupe humain. Une entreprise est une institution. Elle institue des rôles et des rapports entre ses collaborateurs. Elle engrange une culture du fait de son histoire et de ses réalisations. Cette culture est celle d’un savoir vivre ensemble qui se développe pour réaliser le savoir-faire. Cela dit, il est contre-productif de vouloir engager des collaborateurs qui soient en conformité a priori avec l’institution.

Comme il ne faut pas empêcher les collaborateurs actuels d’évoluer comme évolue naturellement le vivant et de faire évoluer l’institution »

Eva Matesanz, chargée d’enseignement universitaire en psychodynamique, conseille les directions des ressources humaines et les directions générales d’entreprises.

Pour Eva, collaborateur comme entreprise doivent être innovants et non conservateurs. Si l’on s’en tient à ce que l’entreprise attend de nous, il est difficile d’avancer.

J’ai vécu des rachats, des transferts d’activité, des fusions, des restructurations. Ce sont les collaborateurs les moins attachés à leur statut, à l’historique ou à un mode de fonctionnement trop marqué par la « norme sociale » qui ont constitué mes équipes-projet d’accompagnement des transitions à partir de leur lieu de travail et sur le champ. Nous constituions un réseau soudé d’acteurs du changement au naturel ».

Face aux problèmes croissants de recrutement et aux transformations digitales, l’entreprise ne doit pas s’attendre à ce que le collaborateur se conforme à elle, elle doit plutôt s’adapter à lui.

Ce sont les écarts des collaborateurs qui permettent d’instituer, non seulement de nouveaux choix industriels ou de services, mais aussi de nouvelles formes de travail collaboratif. Les rapports directs du community manager avec les clients d’une grande marque étaient impensables il y a quelques années ! »

La conformité peut être un frein alors qu’en se complétant, collaborateurs et entreprises, peuvent y gagner beaucoup.

J’avais moi-même dans mon équipe une assistante qui faisait un travail formidable de codage spécifique autour des bases de données de l’entreprise. Elle manquait de tact, voire était rejetée des interlocuteurs qu’elle bousculait par son « mauvais caractère », d’après eux. J’ai pu mettre en évidence sa compréhension lucide et active du « business ». Je l’ai faite passer cadre et elle occupe aujourd’hui la direction de l’activité marketing d’une importante branche pharmaceutique ».

En somme, le collaborateur ne doit se conformer à l’entreprise seulement sous certaines conditions. Toutefois, il faut veiller au développement professionnel et personnel de chacun dans cette innovation, afin que le collaborateur puisse se démarquer sereinement en entreprise.

L’Oedipe, ça marche, pour une transition humaine

L’Œdipe ramène à la difficulté majeure d’accepter la responsabilité du choix inconscient, à chaque pas, à chaque réorientation. Comme l’écrit le grand patron de notre temps, Emamnuel Faber, dans son ouvrage « Chemins de traverse » pourquoi nous plaignons nous de l’embouteillage alors que nous sommes en voiture ? Nous sommes l’embouteillage ! Nous sommes la l’entreprise et la famille éclatée, la planète exsangue, le manque de solidarité y compris avec les proches. L’EHPAD, la PMA et d’autres démissions créatives de notre actualité récente.

Si la naissance, la venue au vaste monde, ouvert et divers, à partir du corps unique et fermé de la mère, est vulgairement considéré comme le prototype de la séparation et d’un début d’existence humaine, singulière, les acquis du souffle propre, du cri et d’un début de motricité choisie ne suffisent pas à engager la séparation symbolique, l’individuation, la subjectivation. C’est l’épreuve de l’Œdipe, le traumatisme psychique, plutôt que celui de la séparation physique, qui permet à chacun de gagner son propre chemin. De se mettre debout en effet, tout pied bot qu’on est (le pied bot est l’étymologie vraie de l’Œdipe, ni violeur, ni meurtrier, ni aveuglé).

L’Œdipe est la réponse que trouve l’enfant, l’adolescent puis l’adulte, au sexuel étrange et source de sensation qu’il perçoit dans son corps. Car si c’est par le besoin que nous nous découvrons dans notre corporéité réelle – par la faim, le froid, la peur -, c’est par le plaisir et par le déplaisir que nous nous dirigeons vers la vitalité qui nous permet de pérenniser notre existence et déployer notre activité inaliénable et irremplaçable.

La réponse à ce sexuel étrange qui est d’abord vécu entre soi et soi sera en fait de sexualiser l’autre, le corps de l’autre, la mère, même pour la fille dans un premier temps.

L’Œdipe devient par la même occasion la figure de la rencontre, la figure du lien. Il s’agit d’une rencontre corporelle, sexuelle, sexualisée. La rencontre autistique, première, est celle que nous faisons avec notre propre corps et avec son éprouvé sexuel, l’un et l’autre sont perçus comme autres, avant d’être intégrés par l’autoérotisme, le narcissisme bien compris, l’amour de soi nécessaire à la vie. L’autisme, le trouble psychique le plus précoce s’installe lorsque l’aut(o-éro)isme s’avère difficile. Pour des raisons génétiques, toxiques ou/et relationnelles. L’hypersensibilité s’installe et rend difficile la suite du processus. Un accompagnement spécialisé peut soutenir l’éclosion. En effet, l’oisillon dans sa coquille est l’image d’un lien transitoire, entre mammifère et de couvaison.

Nos incubateurs, couveuses et autres dispositifs d’hébergement de nos transitions professionnelles dans l’écosystème ouvert qu’aujourd’hui nous fréquentons révèlent ce besoin qui resurgit de notre préhistoire. La psychanalyse de mes patients me donne à voir comment des troubles très précoces y trouvent un soutien complémentaire de la démarche d’accompagnement dans l’élucidation et la responsabilisation que j’offre.

Vient ensuite le temps de la rencontre du corps de la mère, du corps de tout autre, qui vient enfin réduire l’altérité de « l’étranger à l’intérieur » en le situant enfin à l’extérieur, chez un ou une autre. Ce mouvement communément désigné par le terme « projection » est un mouvement défensif.

Le névrosé, celui qui parvient à faire du complexe de l’Œdipe un symptôme, parvient à tisser une maladie imaginaire : en se représentant le mal que l’autre, tout autre,  peut faire sur son corps – c’est le cas de l’hystérie légendaire – ou bien dans sa pensée : c’est le cas de l’obsession qui a gagné du terrain depuis le siècle dernier, y compris du côté du féminin. La dépression et la manie occupent les esprits. Les accidents vasculaires et les poussées auto-immunes, qui s’attaquent littéralement au corps propre (cancers, multiples scléroses) remettent à l’intérieur ce qui a voulu être éjecté sans parfaire la rencontre. La misère sexuelle est la seule expression d’une quête œdipienne qui est effectivement errance, à l’image du mythe râté.

Car, plus que comme une réponse, Œdipe est à entendre comme une question, la question toujours ouverte. Il n’y a pas de disparition de l’Œdipe, il y a reconduction selon des modalités différentes.

L’Œdipe est la rencontre sexuelle avec l’autre inconscient, il est ouverture sur l’objet impossible, celui qui ne viendra jamais combler, assumer de l’extérieur, redonner paisiblement. La projection se complète d’une introjection tout aussi dévastatrice. L’autre est autre, il est sujet et non l’objet de nos besoins et nos envies. Il projette ses propres démons.

L’Œdipe en tant qu’interdit premier de confusion avec père et mère donne aussi bien l’élan vers l’autre, il est moteur, qu’il trace une frontière, qu’il met la limite. C’est aussi la ligne qui préserve l’intégrité du corps. Pour que la cohésion narcissique soit maintenue il est important d’établir un point d’impossible, un point d’exclusion. La « castration » évoquée en psychanalyse est avant tout une enveloppe psychique entre les corps et, de fait, entre les psychismes, chacun le sujet de sa pensée et de son action.

Les fantasmes légendaires de la psychanalyse – le viol de la mère, le meurtre du père et leurs correspondants introjectés, l’abus par la mère ou le père d’ailleurs, la mort qu’ils peuvent nous donner par négligence ou maltraitance,  – ne sont que des traversées imaginaires, très intenses, qui préservent le sens, la symbolique, d’une existence digne d’être vécue ; d’une transmission saine à notre tour.

Toutes les peurs de notre vie contemporaine – le harcèlement professionnel, le licenciement, le freelance, la faillite, le divorce, l’adolescence de nos enfants, les vraies maladies d’un corps fragile puis vieillissant, les conflits entre partenaires, les familles éclatées, les familles envahissantes, l’empoisonnement de la terre et de l’air et d’autres auxquelles vous ne pourrez pas échapper sauf à vivre dans le déni et dans l’illusion du pur consommateur – si elles ne sont pas moins ancrées dans le réel, ont des origines inconscientes.

L’Œdipe abordé dans la cure analytique ramène à la difficulté majeure d’accepter la responsabilité du choix inconscient, à chaque pas, à chaque réorientation. Comme l’écrit Emamnuel Faber, grand patron du géant Danone, dans son ouvrage préféré « Chemins de traverse » pourquoi nous plaignons nous de l’embouteillage alors que nous sommes en voiture ? Nous sommes l’embouteillage ! Nous sommes la famille et l’entreprise éclatée, la planète exsangue, le manque de solidarité y compris avec les proches. L’EHPAD et d’autres démissions créatives de notre actualité récente.

En lien avec personne, aliénés de nous-autres, l’autre ou les autres en nous.

Le psychanalyste confronte comme nul autre l’analysant. Avec lui-même.

« Curieuse libération qui ne se fait pas sans douleur et sans angoisse, d’aucuns se chargeront de le reprocher avec force à la psychanalyse. » – conclut Christian Pisani en Séminaire Psychanalytique mars 2019 m’ayant permis de revisiter l’Œdipe comme, peut-être, vous parviendrez à l’aimer. Sans folklore. Tel qu’il est. Tel que vous êtes : un seul, un autre et pourvu que vous fassiez avec, le temps d’une traversée. Avec d’autres. La vie, la vraie.

La latence d’une transformation collective

Faire groupe et faire ensemble même depuis la passivité la plus totale de nombre des participants à cet ensemble, ceci est un des délices de la période de latence. Ceci se vérifie aussi dans les transformations collectives des adultes en entreprise ou en institution.

Enfin, après les développements de la transition individuelle lors du partage précédent, s’il est quelque élan qui caractérise la part extremement active que prend la latence psychique ce sont les apprentissages cognitifs et comportementaux, au plus singulier de chacun mais en lien plus que jamais.

Le partage des apprentissages en groupe de pairs.

Les enfants veulent être avec des enfants. Ils apprennent pour la première fois à regarder le jeu auquel ils jouent ensemble, sans plus d’élan qui s’impose de vouloir participer ou la jouer individuel ! Faire groupe c’est découvrir et faire quelque chose ensemble y compris dans la passivité la plus totale de nombre de certains participants à cet ensemble : ceci est un des plus grands délices de cette période.

Ceci se vérifie dans les transformations collectives des adultes en entreprise ou en institution.

La voie naturelle de transformation permet le respect et la fierté de tous quel que soit le niveau d’engagement. Comme il est de plus en plus spécifié dans la réflexion du management : cessez de réclamer l’engagement et la fidélité à des personnes qui ont « juste » le besoin et l’envie, justes, de se développer par le travail et de vivre une expérience partagée.

Seuls les « déviants », les agitateurs, les excités, confondent le mouvement et le progrès. S’ils prennent le dessus, ils grippent le process naturel. Les enfants de la latence en sont perturbés, traumatisés comme jadis ils ont pu l’être.

Les projets de transformation font des dégâts lorsqu’ils servent de prétexte à la violence institutionnelle et individuelle ou, pour mieux dire, individualiste.

Faire fausse route, l’ancienne route

Les figures modélisées en analyse institutionnelle (par Wilfred Bion, selon la psychodynamique constatée en institution il y a un siècle) de :

– la dépendance réactivée,

– des alliances inconscientes pour servir les rapprochements purement libidinaux de quelques-uns,

– « la casse », la rébellion, la dissidence, la trahison,

font, de la transformation, un scénario de crise, et de la sortie de crise, un triomphe qui sonne faux.

Nous vivons actuellement un acte grandeur nature avec la crise des gilets jaunes, la contre-crise du faux débat et la seule fuite en avant et en d’autres lieux (les niches de l’initiative individuelle pas trop malmenée, du digital qui est autoporté, du solidaire et social qui perce seul) de ceux qui se transforment eux-mêmes en transformant leur univers.

Ces derniers pratiquent la résilience face au traumatisme infligé par ceux dont le scénario est régressif. Mais la résilience est le mouvement d’un instant pas une trajectoire, une durée.

Lorsque ceux-là ne supporteront plus de se conformer, de reprendre forme quelles que soient les attaques engrangées. Ce ne seront plus les ouvriers d’il y a un siècle, ni les bourgeois heureux de leur résidence secondaire et de leurs congés payés. La transformation aujourd’hui est continue voire permanente.  Elle prend la forme d’une économie circulaire et d’investissements personnels qui évoluent vers les affects les plus sincères bien davantage qu’ils ne composent avec des jours de mérite et des jours de jouissance.

L’après-latence

La nouvelle économie est en train de se faire toute autre que celle de la French Tech et de l’Etat plateforme. L’Etat en France n’est qu’administration en cours de dégraissement. Lean, là où le loan a failli. Le vivre à crédit et à  dédit.

Les décideurs d’entreprise croient peut-être encore à leurs séminaires de direction et aux formations inutiles que consomment leurs troupeaux – comme le président veut croire aux débats mis en scène dont il occupe son temps – mais les troupes « ma non troppo », les nouvelles générations, s’organisent désormais selon un principe de génération spontanée. Plus naturels que jamais.

La théorie de l’évolution évolue. Pas de forts, pas de faibles. Vulnérables ensemble. Créatifs à chaque instant. Adaptatifs en cela mais pas pour la survie, pour le sens d’une histoire qu’on ne leur volera plus, d’un espace qu’ils occupent de bout en bout, des liens qui les tiennent en continu.

Les enfants de la latence de nos jours sont les modestes artisans des jours latents à venir, inimaginables et nouveaux.

 

Happy Days Happy APP : la formation 100 % expérientielle à l’analyse de pratiques professionnelles

L’analyse de pratiques réunit des professionnels qui font un métier avec une forte composante relationnelle (manager, coach, consultant…) et qui détiennent un savoir-faire issu de l’expérience, en construction permanente.

Happy Days ! C’est un cycle d’Analyse de Pratiques professionnelles animées en duo et à la campagne. Trois journées en groupe apprenant, pour animer vos groupes plus au naturel.
L’analyse de pratiques réunit des professionnels qui font un métier avec une forte composante relationnelle (manager, coach, consultant…) et qui détiennent alors un savoir-faire issu de l’expérience : singulier, subjectif et toujours prêt à se déconstruire et se reconstruire au fil du temps et dans les situations critiques.
Aussi chaque praticien est-il invité à décrypter en petit groupe ses modes d’action et de décision pour les comprendre et les réintégrer, plus libre alors des doutes et des affects qui imprègnent sa pratique. Et il en résulte une réflexion toujours plus nuancée en situation et des ressentis plus justes qui participent aux accordages humains.

  • Le calendrier : 27 mai, 17 juin et 1er juillet 2019, de 10h00 à 17h00
  • Le lieu : l’Atelier des Jardiniers, près de Sens (à 1 heure de Paris-Bercy par le train)
  • Le tarif : 600 € HT. Règlement à l’inscription : Eva Matesanz & André de Chateauvieux

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Eva Matesanz et André de Chateauvieux, après des parcours de management d’équipes et de direction de projets en entreprise, accompagnent les groupes dans leurs démarches d’innovation, supervisent les coachs dans leurs pratiques professionnelles et enseignent à l’université pour des cursus de formation au coaching (Cergy-Paris et Paris 2 Assas). Ils animent des cursus singuliers (La Compagnie des superviseurs, Les groupes de pratiques collaboratives…), ils créent des ateliers pour les fédérations de coachs (EMCC International, SFCoach, ICF Nord) et ils publient en continu sur leurs travaux et leurs pratiques.

La place de la latence dans l’accompagnement de transition individuelle

Ce temps de latence que les accompagnateurs de transition s empressent de combler est d’abord le leur qu’ils chercheraient à fuire.

La transition s’assimile souvent à une mise en mouvement, d’une situation à une autre.  Elle est, pourtant et avant tout, une pause psychique permettant une véritable réorganisation intime. Nous l’avons développé dans le post précédent. Chez chacun de nous cette pause a pour prototype celle effectivement engagée entre 6 et 12 ans : la période de latence.

En transition, vous vivez un équilibre manifeste tandis que vous vous formez, vous faites de nouvelles rencontres et vous découvrez des voies de sortie toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Mais il sera toujours temps. Le temps ici est à la pause.

Vous deviendrez indépendant ou employé à bon escient. Vous ferez le choix de l’expertise ou du management. De la grande, de la petite structure ou du réseau.

Tout semble possible à nouveau tant qu’une nouvelle adolescence, le choc de la réalité, le temps des renoncements et des responsabilités, ne mettra fin à cette latence retrouvée à l’occasion de l’échéance certaine d’une fin de droits ou de congé.

Ce qui vous permet et permet à chacun de dépasser ou du moins limiter l’angoisse du passé, l’anxiété d’un avenir incertain, c’est une position défensive engrangée entre 6 et 8 ans : le renversement en son contraire.

Le retournement possible d’un entre-deux

L’enfant qui a peur se montre courageux ; celui qui est timide, se laisse gagner par les rires et par le jeu ; les rivalités de la petite enfance contournent la pente de la jalousie haineuse à la faveur des complicités ; l’amour exclusif dévorant se mue en tendresse et fierté.

L’adulte qui a fondé sa vie professionnelle sur l’exécution et l’obéissance s’essaye à la créativité et devient activiste auprès de ses partenaires métier. Celui, fort contributeur en équipe, se lance sur un projet personnel, d’écriture, sportif, constructif. Mais c’est surtout au niveau de l’humeur que cela reprend la stratégie défensive d’une enfance contrariée car il faudra la quitter.

Les 8 à 12 ans redoublent d’obéissance et de docilité. Ils tiennent à plaire aux parents ou plutôt à éviter de déplaire.

L’envie de réussir n’est pas primordiale. La peur est de ne pas compter ne rien peser. Ceci en phase de transition adulte est l’ordinaire du quotidien évoqué. L’inconscient est envahi de tensions psychiques. L’exigence interne est bien plus forte que les exigences externes même si par projection on les rend démesurées : j’ai un mémoire à rendre, je ne suis pas sûr d’obtenir l’accréditation, les autres personnes en transition que je fréquente en réseau sont tellement plus intelligentes, mûres, sûres d’elles.

L’enfant se déprécie de l intérieur sans le dire. Il a besoin de paraître surtout devant lui même. Il ne veut pas de miroir fidèle. Il craint de perdre l’affection, la sympathie du moins de son accompagnateur présent lorsqu’il est adulte et enfant.

Comment permettre l’abandon de cette attitude de transition et retrouver toute la complexité  de la pensée et des sentiments ?

Les comportements sociaux peuvent devenir naturels, compatibles avec l’intime et inaliénable conviction, ou épuiser le sujet. Le succès du pur coaching s’ensuit de dépression. Seul l’accompagnement au plus près, la reconnaissance des difficultés soulage et prépare le temps des accomplissements. L’acceptation des erreurs, la confiance en des réalisations à venir au risque de déplaire enfin, et déplaire aujourd’hui déjà à l’accompagnateur choisi, tout ceci engage et réengage dans la vie. L’accompagnement assez bon est subtil, continu et léger à chaque instant.

Ce plaire et ce déplaire ne sont pas de l’ordre de la séduction. Ces modes de relation n’érotisent pas l’objet. L’objet sexuel de l’enfant du premier âge était le parent, celui qui subvient à ses besoins et qui lui apprend le plaisir et le déplaisir ce faisant. Le désir n’est plus le besoin.

Lorsque l’objet sexuel n’est plus sexuel il devient objet d’identification. Et le désir devient désir d’œuvrer et de créer comme d’autres le font.

Work in progress but work

L’enfant de la latence selon la référence qu’est le vocabulaire psychanalytique établi par Laplanche et Pontalis est l’enfant de la distance, de la pudeur, du dégoût qui s’installe pour refuser de son propre corps tout ce qui pourrait lui donner satisfaction libidinale. Cette période de latence sexuelle est une pause psychique entre deux périodes intenses : celles de la petite enfance et de la grande adolescence. L’immaturité biologique semble expliquer ce temps d’arrêt et la fin du désir œdipien.

« …l’absence persistante de la satisfaction espérée, la frustration perpétuée de l’enfant qu’il espère (enfanter), contraignent le petit amoureux à renoncer à un sentiment sans espoir  »

Il a été tout, il ne l’est plus et il ne peut pas offrir le tout au parent adoré. C’es dans une de ses lettres à Fliess que Freud se confie ainsi.

Secondairement, les formations sociales, l’éducation, les limites imposées par les parents qui vivent leur sexualité ailleurs qu’avec l’enfant, se conjuguent au petit surmoi de l’enfant, l’instance de régulation interne.

Rien de tel est nécessaire lors des latences adultes et pourtant elles se caractérisent de mon expérience clinique, au cas par cas, par une baisse de la libido, par une recherche de l’autre qui cherche avant tout à préfigurer l’autre en soi.

Que les accompagnateurs – coachs de transition mais aussi les professeurs de tant de professionnels réengagés dans une formation, les tuteurs de l’entreprise ou des organismes sociaux, RH et conseils – que ceux qui côtoient de près ou de loin ces aventuriers méditatifs ne se trompent pas. Ce n’est pas le manque d’envie qu’ils expriment dans le peu d’intérêt qu’ils leur dédient ou plutôt qu’ils dédient à leur personne. Il ne s’agit pas non plus d’une stratégie ou tactique de recherche d’un rapprochement physique à la hauteur de l’investissement intellectuel ou pragmatique ou les deux. Regardez vous en premier.

Tous, enfants de la latence

Ce temps de latence que les accompagnateurs s’empressent de combler est d’abord le leur, qu’ils chercheraient à fuir faute de l’avoir à leur tour retourné dans tous les sens qu’il permet. Ce temps de latence est bel et bien pour eux un temps de psycho analyse, de mise au point de leurs affects refoulés. Et s’ils renversent en son contraire dans une latence au contraire prolongée, dont ils ne sortent pas depuis l’âge indiqué, il est temps pour eux de revenir aux élans sexuels assumés pour les placer hors terrain professionnel.

Ceci n’est pas une critique ou même une attaque, agressive. Ceci est mon choix de superviseur sur le champ professionnel, différent de ma responsabilité de psychanalyste dans le privé. La psychanalyse est un choix inaliénable, la supervision est un devoir inaliénable aussi. Puissent ces quelques lignes éclairer les accompagnateurs et les accompagnés en transition ce qu’ils vivent intimement, et faciliter leurs relations, véritable moteur nécessairement affectif du changement.

Les épreuves pour grandir, un modèle vivant de transition

Vous reconnaissez vous dans ces peurs de lâcher le connu et aimé et voyez vous peu à peu que vous le gardez en vous ? Objet transitionnel. La transition opère, oeuvre en vous. Pour mieux emmener vos connaissances et affects sur d’autres terrains et dans d’autres relations et aussi dans la relation avec vous. Courageux, résolus, comme l’enfant adorable de 8 ans, souvenez vous.

J’ai assisté au Séminaire Psychanalytique 2019 de la société du même nom, Séminaires Psychanalytiques de Paris, leaderés par Juan David Nasio entouré d’une équipe de grande valeur intellectuelle et humaine.

« Les épreuves qui font grandir » font référence aux épreuves fondatrices de toute vie humaine que sont la naissance le sevrage, l’Oedipe et l’abandon définitif de l’enfance pour entrer en adolescence. Dans la sexualité adulte.

La séparation, la dépendance, le désir et le renoncement à la toute puissance trouvent lors de ces quatre épreuves premières le prototype des épreuves que la vie va représenter inlassablement : les moments de deuil, ceux de subordination voire de soumission, les parcours conquérants et ceux de transition, vides de sens dans leur essence même qui est celle de ne pas aboutir tant que de transition il s’agit.

J’étais venue essentiellement pour Christian Pisani dont j’admire la pratique, la capacité réflexive et l’ouverture et la profondeur qu’il sait donner aux quelques notions partagées dans l’univers jamais assez théorique et jamais certain qu’est la psychanalyse.

J’ai découvert Harry Ifergan qui fait de la période dite de latence de 6 à 12 ans, épreuve ultime, fabuleuse d’un abandon à vivre, la période la plus active et méconnue qui soit et qu’elle le reste pour longtemps.

Délices d’un jardin secret premier qui peut permettre tellement d’autres retraites en bien d’autres jardins la vie durant.

Je vais en parler à ma façon. Certains étayages viennent de lui mais c’est moi qui veut faire ce récit pour les personnes en transition que j’accompagne et qui se reconnaîtront.

L’image choisie pour cette période de latence est un dessin de la main de ma soeur sur une photo de ma plus jeune soeur de mon plus jeune enfant, 19 ans à présent. Elle sait jouer et rejouer de la latence admirablement.

Latence, 2019
Elisa Paillot par Monica Matesanz sur une capture de Maria Matesanz

Harry Ifergan focalise particulièrement sur l’entre deux : entre l’Oedipe qui représente le fantasme du sexuel et la reaffirmation narcissique et la vraie latence qui s’installe avant l’adolescence. Cet entre deux de latence active est celui de six ans à huit ans.

De six à huit ans

Le corps à corps parental reste présent, l’imaginaire est toujours fort mais il côtoie la réalité plus aisément, les apprentissages prennent la dimension du plaisir plutôt que de la contrainte mais déjà l’enfant imagine les véritables contraintes de la séparation et de sa vie : ses propres choix réduits qui seront d’abord des goûts de collégien avant de rentrer dans des choix d’orientation et d’amitié jusqu’à la  » bande à part  » : la veritable nouvelle génération dans lequelle il s’inscrit.

La vie diurne, manifeste, est celle d’un enfant qui connaît de mieux en mieux ses obligations et ses possibilités. Il joue, il travaille, il aide, il se pose et il se mobilise à bon escient la plus part du temps. Les pointes émotionnelles, les impulsions et les oppositions semblent en effet s’apaiser, rentrent en latence effectivement. Tout ceci réapparaîtra, nous adultes le savons bien, avec une intensité féroce chez l’adolescent.

La vie nocturne est celle qui donne à voir tout le travail psychique qui s’effectue. Plus dense que jamais. Plus exacerbé aussi. L’enfant « deale » littéralement avec tout ce qu’il a engrangé comme substance grise dans sa courte vie.

Ce n’est pas nouveau : entre 2 ans et 4 ans il faisait de ses éprouvés et de ses découvertes un puzzle géant qu’il devait recomposer à chaque nouvel éprouvé intime ou vécu affectif. Les grands chamboulements que peuvent être un déménagement, un divorce, une naissance, la perte d’un parent le plongeaient dans un éclatement massif de ce puzzle qu’il reconstruisait à la vue de tous de jour en jour, avec les maladresses et les pirouettes qu’on peut lui reconnaître encore une fois adulte. Le traumatisme laisse des traces.

Entre 6 et 8 ans l’enfant n’a plus la prétention de pouvoir former un puzzle. Il ne tient plus rien. La toute puissance l’a lâché. Et les pièces aussi se perdent dans un refoulement actif. L’amnésie infantile compense et régule la capacité de mémoire et décision qui caractérise notre seule espèce animale.

Entre 6 et 8 ans l’enfant cherche avant tout à pouvoir adopter et s’approprier le mode d’articulation de ce qu’il a vécu selon ses propres choix pour pouvoir le rapporter avec aisance sur ce qu’il vit et vivra encore : la séparation, les nouveaux accordages, le désir singulier et la solitude à laquelle il aboutit.

On trouve dans ses rêves et dans ses fantaisies les peurs fondamentales et les images récurrentes que voici.

L’irruption du voleur dans la maison est le rêve ou la fantaisie la plus fréquente. Il s’agit plus concrètement de son ravisseur qui règle d’un seul coup tous les problèmes de l’abandon de ses parents, du départ dans le monde aux côtés d’un bon brigand, du désir qu’il projette aisément sur lui et ses réalisations hardies et de sa différence aussi. Les touches dramatiques des parents ligotés, du sang versé ci et là, des complicités et des trahisons permettent à chaque enfant de vivre son scénario très personnel, de remuer ses affects à la hauteur de ce que le fait de grandir lui cause effectivement comme remous de conscience et d’inconscient. Ces fantasmes primaires violents et sexuels, dans la dévoration du sein, le meurtre du père, finissent de se ranger dans l’oubli.

Au fond il s’agit de « savoir » comment continuer à aimer et comment se sentir encore aimé sans avoir à rester « proche » des êtres aimés absolument que sont les parents. Sans s’imposer la proximité physique ni identitaire non plus.

D’autres peurs s’affinent pour chacun :

Peur de perdre l’amour maternel.
Perte effective des parents lorsque par exemple le père est pilote de loisir ou la mère conductrice assidue pour son travail.
Crainte d’avoir autres parents.
Enfant qui n apprend pas à lire et écrire pour ne pas apprendre sur des papiers administratifs ses véritables origines.
Peur de ne pas être aimé.
Peur de rester seul à la maison.
Les tics, la bougeotte révèlent la tension psychique en des lieux inconnus.
Peur de rester seul à la maison aussi.
Peur que se réalisent les horreurs vues dans un film ou dans un jeu vidéo.
Le dénuement et la pauvreté dans la famille ou dans la rue et le sentiment de protection disparaît.
Les disputes entre les parents alimentent la fantaisie de scission.
Crainte aussi des groupes d’amis, des préférences en leur sein, des bandes et des fâcheries.
Les réactions imprévisibles des parents sont un coup de tonnerre dans le ciel serein de cette période.
Ou alors c’est l’enfant qui provoque les parents sans s’en rendre compte pour trouver l’apaisement à ses tensions.

Si les parents peuvent s’identifier à l’enfant du temps où ils étaient eux mêmes enfants, ils pourront l’accompagner lui signifier que son vécu est familier et meme universel, qu il le relie à eux en même temps qu’il le sépare.

Autrement l’enfant passera à des comportements spécifiques véritablement anormaux en cette période de réorganisation patiente comme par exemple des régressions (euneresie, anorexie) et des violences (scarification, maladies, accidents).

Dans la vie, d’autres périodes de crise et de transition auront lieu qui pourraient faire resurgir ces incompréhensions de cette période unique, non soumise à des conflits affectifs déterminants comme celui de l’amour et de la haine du père et de la mère, deux tuteurs, deux jambes pour avancer, dans le sentiment et dans l’effort la haine devenue rivalité saine ; ni à des enjeux narcissiques majeurs, ceux qui verseraient dans l’effondrement et la disparition. Ces périodes peuvent bénéficier de l’accompagnement d’un professionnel qui écoute les fantasmes autant que les écueils relationnels et identitaires, mais surtout les fantasmes. Pour cela la psychanalyse du coach est une traversée personnelle qui enrichit autant sa personnalité que son action.

Et pour ce qui est des patients cités en exergue « qui se reconnaîtront » vous reconnaissez vous dans ces peurs de lâcher le connu et aimé et voyez vous peu à peu que vous le gardez en vous ? Objet transitionnel. La transition opère, oeuvre en vous. Pour mieux emmener vos connaissances et affects sur d’autres terrains et dans d’autres relations et aussi dans la relation avec vous. Courageux, résolus, comme l’enfant adorable de 8 ans, souvenez vous.

Ne m’appelle pas

J’ai lu ce chapitre le soir de mon intervention auprès des coachs, thérapeutes et managers, tous Capitaine, qui seront issus de la promotion 9 du DU Exécutive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise.

« Le passé, c’est pas un cadeau. Moi, je vis avec et j’ai appris depuis longtemps à le passer sous silence. Et voilà que tu arrives avec tes questions. Pour tuer le temps, et un diplôme dont tu n’as pas besoin. On en était où avant que tu piques ta colère ? Patiente un peu. Un jour, la vie, elle te donnera les vraies raisons de te mettre en colère. Et tu t’étonneras de la violence en toi. Regarde-toi. Tu es belle. Tout va bien dans ta vie. Jusqu’ici tu n’as connu que des contrariétés. De faux soucis. Des souffrances de conte de fées. Écris-le à ton directeur de programme qu’au pied du Morne Dédé habitaient les Sajou. Des gens bien. À la époque, il n’y avait ici que des gens bien. M. Sajou, il avait quatre femmes pour lui tout seul. La mère et ses trois filles qu’il violait chacune à leur tour. Puis est venue une cinquième. Jolie comme ses sœurs. Ce n’est pas toujours une chance de grandir en beauté. Les autres voyaient venir le père. Un soir, l’aînée s’est barricadée dans sa chambre avec la benjamine pour la protéger. Le père Sajou a défoncé la porte et il a distribué des baffes avant d’enlever son pantalon. Alors, tandis qu’il travaillait la petite, l’aînée lui a crevé le tympan avec un clou. Un de ces gros clous avec lesquels on fixait les tôles en prévision de la saison des cyclones. Puis elle est allée dans la chambre principale où pleurait la mère et elle l’a battue à mort. D’avoir trahi son propre ventre. La chair de sa chair. Avec un rouleau de pâtisserie. Celui qui servait à préparer les gâteaux pour les anniversaires et les fêtes de famille. Après les policiers sont venus et l’ont enfermée dans un asile où sa rage n’est jamais tombée. Jusqu’à sa mort, dans sa cellule, elle a continué à faire une bouillie du visage de sa mère. Voilà ce que c’est que la rage. Et le petit Edouard qui se faisait battre par ses condisciples tous les jours à l’école. Le père, un malchanceux qui n’a jamais pu faire mieux qu’assistant chef de service, se vantait d’avoir un ancêtre signataire de l’acte d’indépendance et venir d’une lignée qui n’admettait pas la lâcheté. La famille ne crevait pas de faim, mais ne menait pas grand train. Deux filles, un garçon, et l’épouse qui ne travaillait pas. Les repas étaient maigres et les chaussures usées. Ne restaient que la dignité et la légende de l’ancêtre qui avait vaincu les colons pour se donner de la valeur auprès des voisins. Les pleurnicheries du fils et les ragots rapportés par les gamins du quartier sur ses déboires quotidiens au collège des pères spiritains versaient de l’ombre sur la légende. Un jour, pour faire comprendre à ce fils poule mouillée qu’on ne doit pas salir une image, surtout quand c’est tout ce qu’il nous reste, le père Edouard a enfermé son rejeton dans une pièce, en ordonnant à sa femme de ne pas se mêler d’une affaire entre deux hommes, descendants d’un héros, et il lui a foutu la raclée de sa vie en lui criant qu’il ne se tuait pas au travail pour envoyer un tambour dans la meilleure école privée du pays, que lui n’avait pas eu cette chance et avait fait ses humanités dans un lycée public où l fallait se battre pour trouver une place sur un banc. Le petit Édouard n’a pas pleuré… Fanfan a bien su sa leçon… Et le lendemain il n’a pas pleuré quand usant d’un compas, il a crevé l’œil du premier condisciple à s’approcher de lui. Apres ce geste, même son père a eu peur de lui. Ça se voyait sur son visage qu’il avait la rage. Que sais-tu de la rage ? Le passé, le présent, là où sévit le manque, c’est l’histoire secrète de la rage. si tu ne peux pas entendre ça, ne reviens pas. T’es fausses vertus. La charité bien ordonnée que ta mère a bien dû t’enseigner. Ton Dieu, peut-être, avec lequel tu mènes une conversation personnelle qui ne t’engage à rien en ce qui concerne les autres. De là où tu viens, les autres n’existent que lorsque vous avez quelque chose à leur prendre. »

Ne m’appelle pas Capitaine, chapitre neuf, Lyonel Trouillot, Actes Sud 2018

Ce livre est dédié aux morts
et à toi,
comme à tous ceux qui eurent le choix
un soir entre faire vivre ou regarder
mourir

J’ai lu ce chapitre le soir de mon intervention auprès des coachs, thérapeutes et managers, tous Capitaine, qui seront issus de la promotion 9 du DU Exécutive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise. Et je me suis dit, c’est cela que nous avons réappris ensemble, à accompagner la rage de vivre avant qu’elle ne nous dévore.

Pulsions, idéaux, mises en lien, en moi et en mot, les apprenants se reconnaîtront. Et moi je continue mon cycle en école libre « les invisibles », en before work les 4 et 18 avril, les 16 et 31 mai. Les inhibitions inconscientes sont la priorité après une première session 2019 en mars dédiée au « traumatisme ordinaire » et à la résilience.

Les métiers de l’humain mettent sur le métier l’humain en vous, toutes écoles de pensée confondues. Tant que ça palpite en dessous. Et que la patience de vivre irrigue ce cœur en chœur ensemble.

 

En image de couverture Port-au-Prince, Haïti où se déroule cette a-fiction.

Invisibles

En « before work » du jeudi, avec différents thèmes vous permettant de faire le tour des contours de votre existence pleine. Ce travail vaut supervision pour ceux dont le métier est d’accompagner et voir pour soi et pour les autres au naturel, leur permettre de voir enfin.

Vous faites partie de ceux qui « passent bien ». Vous avez une capacité d’adaptation reconnue. Vous ne posez pas de problème. Vous êtes « contributeur » et même « fort contributeur ». Oui. De ce que vous êtes ou vous avez. De façon légitime et parfaitement justifiée, pour corriger, pour améliorer ou compléter ce qui ne change pas. Vous n’êtes pas attendu sur ce que vous n’êtes pas ou vous n’avez pas. Ce qui pourrait tout changer. Ce que vous aimeriez développer si vous osiez et que quelqu’un ou quelques uns vous faisaient naturellement confiance.

Vous faites partie des « invisibles » du collectif de travail.

Venez travailler en collectif le désir de visibilité au sens large.

Ce qui nous brouille ce sont des organisateurs inconscients de notre vie et de nos rapports.

Venez découvrir les vôtres et ceux des autres.

En « before work » du jeudi, avec différents thèmes vous permettant de faire le tour des contours de votre existence pleine. Ce travail vaut supervision pour ceux dont le métier est d’accompagner et voir pour soi et pour les autres au naturel, leur permettre de voir enfin.

Quelques organisateurs inconscients :

Les groupes internes : vous avez internalisé un modèle de groupe qui limite votre participation aux groupes que vous fréquentez ou que vous formez.

Les projections « outgroup » : vous laissez en dehors une bonne partie de ce qui vous effraye et vous stimule, vous remettez à un ailleurs ou à un plus tard ce qui pulse en vous : la vie, la création, le goût des autres.

Des inhibitions que vous n’imaginez pas avoir : le phénomène de l’inhibition n’est pas celui d’un retrait douloureux. Il s’agit de pans de soi laissés aux autres avec la confusion des vécus que cela représente. Inaliénable et nouveau, tel est votre apport au monde. Et le bonheur est de cet ordre.

14 mars, 4 avril, 18 avril, rejoignez-nous au printemps.

Inscriptions et information matesanz@orange.fr

Image de couverture « Invisibles » l’exposition au palais de Cristal de Buen Retiro, Madrid.

Jaume Plensa, 2019