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Entre deux

L’accompagnement des transitions est l’essentiel de notre métier de #coach #consultant #formateur
La méthode, sous différentes apparences prétendument libres et modèles protégés peut se résumer au constat d’un état actuel et d’un état désiré ou souhaitable suivi de l’évaluation des moyens ou des ressources mais aussi des manques et des pertes. Cet aspect émotionnel dit de deuil prend davantage de place dans les méthodes comportementales et cognitives qui jusque là se portaient vers l’avantage prétendu indiscutable du progrès et de l’efficacité. Le constat des petits pas effectués et de ceux faciles d’accès rythme ensuite l’accompagnement et valide sa réussite.

Pourtant, une transition naturelle nous est bien plus familière. Celle de nos apprentissages infantiles, celle de notre initiation à la vie adulte, celle de nos premiers choix professionnels et amoureux, celle de la paternité, celle de la prise de responsabilités ou d’initiatives créatives, celle de l’âge mûr, celle de la transmission accomplie. Nos clients et nous mêmes ne figeons pas d’une conception théorique et d’un suivi de projet ces véritables transitions.

Cassandre est maîtresse suppléante. Elle est appelée à remplacer la titulaire d’une classe double CM1 – CM2 dans la région toulousaine à l’issue du confinement. Elle prend de suite conscience de l’enjeu du passage au collège pour certains de ses étudiants. Pour les autres, après l’école à la maison, ces quelques semaines de classe sont l’occasion de retrouvailles et de quelques rappels des basiques de l’année en cours, pour se rassurer et partir en vacances en attendant le CM2, de retour dans le même établissement et les mêmes habitudes rassurantes.

Cassandre reconnaît la perte de repères des futurs collégiens, les doutes qui ont surgi pendant la période de crise sanitaire, les incompréhensions sur des sujets académiques rejoignent aisément les incompréhensions vitales et les incertitudes futures. L’enseignement varie peu mais cette reconnaissance et l’accueil de la parole, des questions, des représentations et des émotions aussi mouvants et divers, contradictoires et massifs soient-elles, modifie notablement sa mission.

Cassandre sait créer un espace et un temps transitionnels. L’école s’efface, le collège se dessine à grands traits, et ces enfants sont heureux de vivre au présent et non pas craintifs, colériques ou attristés dans cet entre-deux et peut-être à jamais.

entre les mains de Cassandre

Chacun dispose de ses propres “objets transitionnels” : ses rituels, ses besoins internes et relationnels, sa curiosité, son rythme. Imposer une méthode et un avancement collectifs nuit à l’intégration de ce passage. S’il n’est pas intégré, il n’a pas eu lieu et les prétendus retour arrière ou “élastiques” en langage coach ne sont que des fixations, intemporelles, d’aujourd’hui comme d’hier. De plus, il n’est pas de retour d’expérience mais une répétition de schémas installés sans esprit critique. Un nouvel environnement, d’autres outils, d’autres relations peuvent donner l’impression d’un changement. Mais en sixième à 11 ans ou à sa sixième mission à 41 ans tout en suivant à la lettre le programme, vous êtes malheureux au fond.

Avec André de Chateauvieux nous aimons nous saisir de cette période de transition généralisée, d’après covid, de prévision des effondrements successifs, économique, social, écologique et politique, dans le désordre, pour consacrer une journée atelier de vie et de formation à l’accompagnement de la transition, celle de nos métiers comme celle de ceux que nous accompagnons. Et si certains sont en CM1 ils peuvent toujours y assister. La transition est un état d’esprit qui bâtit une existence pleine, à chaque instant, avec nos proches, avec nos ressources et selon nos choix conscients et notre désir inconscient. Notre affectivité profonde s’exprime en continu sans tics et sans tocs, sans deuils insurmontables, sans choc. Chic alors ! Rejoindrez vous le mouvement ?

Le 31 août de 10h30 à 17h30 à une petite heure de Paris (50 minutes par le train de Bercy), en atelier de campagne buffet de midi compris. En duo d’animation masculin-féminin toujours. Participation financière individuelle de 240 euros.

L’été vivier

Plus que jamais cet été aura été celui de la pause et de la présence, du mouvement sur pied à la façon du vivant heureux. Fini les déplacements et la course au temps perdu. Fini le temps arrêté et le confinement forcé. Il ne reste que la crise. Et la crise est une opportunité dit-on pour se vanter.

Cette crise est un redevenir.

L’avez-vous emprunté ? C’est sans retour. Votre seul bien.

Mon bien

À l’endroit même de mon travail régulier, choisi au loin des civilités, proche des sollicitations qualifiées, au rythme de la nature, entre averses et canicule, idéer et rêvasser, un prochain décours de mon existence, des abandons d’activités : accompagner toujours mais sans me perdre avec eux. Qu’ils viennent à eux tels qu’ils se sont évités. Tels qu’ils peuvent se trouver. Chez moi.

NoS biEns communs

Chez moi la réalité est un régal. Je l’ai appris. Je l’ai compris. J’aime le partager. Ma réalité psychique et la réalité physique, j’en suis bien heureuse. Quelques estampes au hasard de ces jours de rien et de plein. De Paris à Sens. Du banal au sens premier : communal. Et nous, voisins, auprès des autres et de ces paysages, intimes et étendus à perte de vue. Et nous infimes particules d’un vivier. De terre et d’esprit.

L’île Olive sur la Seine
(nous sommes à 1 petite heure de Paris)
La vallée de l’Oreuse
(Nord de l’Yonne, Sud du bassin parisien)
Le couchant de ma fenêtre
(La Borde est le joli nom de l’asile choisi)
La mare de la maison
La forêt au bout de mon allée
Les poussins nés du confinement
Des fleurs et des fleurs sans cesse
Du cœur et de l’esprit
La vie

L’écran total sur la peau

Nous faisions jusqu’ici, encore pas mal d’entre-nous, la nette différence, ou en tout cas, nous marquions une séparation choisie entre une vie réelle et une vie virtuelle, entre notre quotidien professionnel et privé et notre présence plus ou moins assidue sur les réseaux.

Le mouvement inimaginable, impensable il y a quelques mois seulement, du confinement et du déconfinement semble avoir rassemblé, réunifié, nos états publics et privés, ainsi que nos relations avec nos proches et notre réseau.

Des analyses psychosociologiques confirment une acceptation naturelle des écrans comme d’une nouvelle peau. Ceci nous apporte un équilibre difficile à trouver en nous-mêmes, clivés, refoulés et même déniés souvent de nous-mêmes.

Les selfie traduisaient ce besoin de nous voir, de nous regarder et de nous trouver. C’est de nous penser dont nous avons besoin désormais. D’exister parmi, pour et contre l’humanité. Reprendre place, rejoindre le seul destin qui n’a pas pu être ôté : celui de l’être ensemble, se vivre, se parler, s’émouvoir, se toucher, se chanter, se donner rendez-vous demain.

Le we-me devient le “wiki” de nos existences en lien, ou nous ne sommes plus rien. Et nous en connaissons désormais la portée.

La photo du confinement

DEVANT MA SOUMISSION SELECTIONNEE POUR L’EXPOSITION
LE BEAU PARC D U MOULIN A TAN – SENS
A L’ENTREE DU PARC, “NYMPHEA ALBA” EXPOSITION ESTIVALE AQUATIQUE

L’appel à soumissions avait circulé via la presse locale pendant le confinement. Le thème aquatique était tellement approprié en ce moment de gestation au calme de nos intérieurs clos. La petite mare du jardin ferait l’affaire. Je saisis mon Samsung A40 sans aucune prétention et cette grenouille heureuse adossée au nénuphar était là. Le jeu de lumière comme j’aime. Les matières, l’eau et l’air et le vert, en harmonie naturelle. Je l’envoie à la boîte mail et je m’excuse par avance des moyens techniques. J’imagine bien que tous les photographes de la région présents à de belles expositions rivalisent de moyens et de sujets bien plus recherchés. Je reçois l’invitation à l’inauguration pour découvrir les œuvres sélectionnées. Je suis heureuse de préparer cette sortie avec André dans un cadre enchanteur et avec une belle exposition au grand air. Un ami de la ville nous aborde : vous en êtes. La photo mise en valeur me surprend. Comme l’image qu’elle fût face à moi simple cueilleur de l’instant, elle s’impose d’elle-même. Comme un enfant. La vie lui appartient.

Je suis heureuse que les visiteurs de cet été soient forcément happés par cette fleur aux couleurs éclatantes qui jaillit de son cadre et cet animal disgracieux, seul intrus d’une exposition végétale, beau de son humilité.

Ne sous-estimez pas la puissance d’un petit groupe, l’unité de base du changement

L’originalité de l’animation d’un groupe, d’une simple petite collection d’individus, selon Balint dans la continuité du fondateur de la pratique de l’analyse en groupe, Wilfred Bion, (tous les deux référents dans l’accompagnement du médico-social et par-delà, du management complexe) est d’inviter les professionnels à lâcher la matérialité des faits, pour privilégier ce qu’ils savent ou croient savoir des situations dont ils parlent : qu’il s’agisse de situations en commun ou de situations que chacun peut aisément se représenter, des situations humaines en premier lieu. Ceci permet de restaurer la subjectivité de leur approche, la justesse et la sensibilité réunies d’un seul trait.


L’objectif est de mettre au travail une groupalité, travailler ensemble, penser ensemble, en acceptant les différences de point de vue qui ne remettent pas en cause les capacités professionnelles de chacun. Bien au contraire, qui redonnent le sens aux compétences développées. Elles ne s’imposent plus d’elles-mêmes mais pour ce pour quoi elles se sont forgées. Et elles se complètent les unes les autres autour de ce même intérêt, l’intérêt général évidencié.

De quel dispositif s’agit-il parmi les multiples modes d’animation avertie ? Ce dispositif ne tient qu’au cadre qui pose des rencontres régulières sur le temps long plutôt qu’à brève échéance, faussement résolutoire. Les résolutions émergent au naturel.

À l’intérieur de ce cadre de liberté et de respect des rencontres, il est le cadre interne de l’animateur et de participants.


En effet, pour ne pas rester dans les modes opératoires et amener les professionnels à penser, il est nécessaire de rentrer dans le partage d’affects. Ce sont les émotions qui mobilisent la pensée et non le contraire.
Les métiers confrontés à la peur, la mort, la violence, sont concernés mais aussi les difficultés de tout professionnel dans la reconnaissance de son rôle, dans la prise en compte de la défaillance inévitable, dans le respect de sa place au sein d’une organisation continuellement en changement, aux prises avec des contraintes réelles et des contraintes de pouvoir.

Tout ce contexte, écosystęmique, amène à penser que l’engagement, par un travail de groupe, avec des professionnels , sera comme le souligne un des acteurs de la véritable analyse de pratiques, Vincent Di Rocco « un temps d’une clinique du « petit rien » et du pas « grand-chose », l’attention de chacun se porte sur un regard, un geste, auquel le commentaire collectif donne vie et sens.»


Ainsi, par une meilleure connaissance de mon cadre interne, de mes affects, ce que cela me renvoie, de ma propre capacité à les vivre et à les contenir à la fois, je développe un espace élargi, pour recevoir chaque vécu et ressenti des membres du groupe.

Comment entendre les mouvements de résistance, de simples transferts, les miens et les leurs, créer un espace transitionnel pour permettre une transformation qui comprend à la fois le fait que chacun puisse élaborer sa propre compréhension de ce qui est échangé et que chacun libère, de ce fait, sa créativité aussi bien dans ce groupe que dans celui où il exerce son métier, dans ceux au sein desquels il évolue y compris dans sa famille et sa vie sociale.

Capture personnelle dans ma campagne de Sens

En animant des Groupes d’Analyse de la Pratique, je pose un cadre formel, énoncé et entendu par tous, qui offre un premier élément de contenance : la présence de tous les participants et le pacte sur un processus en précisant le temps et l’espace d’une succession de rencontres. Mais un deuxième élément de contenance est celui du cadre interne de chacun.

« Il faudra déchanter, ou s’enchanter, c’est selon: le cadre interne n’est pas de ce bois-là. cette écoute est particulière. Nous disons volontiers que c’est une écoute en constante réactualisation, en constant réaménagement». Henri-Ménassé


CAR les questions de chacun, profondément, sont de l’ordre de l’indécidable et du décisif en même temps :
De quel groupe s’agit-il, qu’est-ce qui nous unit, nous unit ? Comment le sujet arrive à parler de lui, à s’éloigner et se rapprocher dans son adhésion au collectif ? Comment parler de soi sans se perdre dans ses affres et ses contradictions ou bien dans les contraintesdu groupe, intérioriser le fait que chacun a une place dans le groupe et que faire de cette place ? Comment ce groupe s’insère à son tour dans la réalité institutionnelle ou naturelle ? Sans se marginaliser ni se conformer. Sans se déresponsabiliser ni se nourrir d’agressivité. Comment accueillir la souffrance, la colère ou l’indifférence de l’autre dans le groupe et pouvoir en parler ? Comment accueillir sa propre fragilité et celle des autres et avoir une écoute de la différence, de la place de chacun ? Sans tomber dans la contagion émotionnelle, dans la confusion des esprits, des singularités. Qu’est-ce qu’une écoute, enfin, qui prend en compte l’espace inter, intra subjectifs et groupal où le groupe, l’institution et la société s’emboîtent ?
À partir de l’expérience et de ces questionnements suscités, la problématique dégagée se formaliserait en 2 questions , l’une qui a trait à la dynamique de groupe et l’autre au cadre interne de chacun :

Comment le sujet arrive à parler de lui ? Avec comme hypothèse que dans le groupe c’est le partage d’expériences vécues entre les personnes (l’intersubjectivité), qui crée du lien et permet à la personne de parler d’elle même, de se raconter.

Quelle place, je prends dans le groupe et dans l’institution ? Avec comme hypothèse que par la connaissance de mon cadre interne, je définis un espace, pour recevoir chaque vécu, chaque représentation et chaque ressenti des membres du groupe, ainsi que leurs interactions réciproques. Pour cela, il est nécessaire d’identifier mes propres mouvements internes dans l’objectif de mieux maîtriser leur portée, leur projection et en mesurer l’impact sur d’autres professionnels.

Enseignement et practicum du mercredi 1er juillet en présence à l’Université de Paris Cergy

La continuité n’est pas le lissage mais la recherche en profondeur pour l’évolution certaine

La continuité d’existence est un besoin premier et un désir légitime de la part de chacun de nous. Elle réalise l’élan vital et elle permet la trajectoire singulière, la contribution personnelle. Cette continuité a pu être préservée pour nombre d’entre nous, comme j’en faisais état à l’occasion de mon précédent article dans ce blog. J’invitais ceux, pris par le doute ou les difficultés superficielles, à retrouver leur essentiel et le déployer enfin.

Depuis, ce beau terme de continuité, de contigüité dans l’espace projetée dans le temps, est devenu l’élément de langage du pouvoir impossible, celui qui exerce les métiers impossibles formidablement bien cernés par Sigmund Freud pour “être seulement certains d’un succès insuffisant”. Ce sont les métiers de la gouvernance, de l’éducation et de la santé. Ces trois leviers ne peuvent rien sur les libertés individuelles et sur les conditions naturelles du progrès personnel et collectif.

Désormais posées comme des évidences, la continuité pédagogique, la continuité de soin et la continuité d’activité économique commandent la vie publique et la vie privée qui se trouvent confinées et qui vont basculer dans un déconfinement tout relatif, partiel, au seul service de ces continuités rigides, pauvres en soutien de la créativité, qui sont de scolariser, encadrer les cas sociaux, d’hospitaliser, au-delà du covid-19, et de produire, vendre et consommer.

Et on nous parle d’un temps qui n’est pas celui que nous vivons, le temps de la refondation où de nouveaux modèles seront étudiés, savamment, et feront certainement l’objet d’un programme électoral, le meilleur moyen de diviser à nouveau et d’étouffer la co-évolution.

La continuité politique est l’anti-continuité du vivant. La civilisation éclot, selon Sigmund Freud également, lorsque le jet de pierres est remplacé par le jet d’insultes. Il aurait pu ajouter de nos jours : le jet d’insultes avec postillons.

Freud soulignait le malaise culturel qui ne faisait que traduire et enrober le malaise naturel, la difficulté de vivre avec tout ce que la vie implique : les rapports humains qui ne se fondent sur aucun code naturel partagé, le travail pour se nourrir, s’habiller, se loger, se divertir aussi, se cultiver dans un véritable questionnement sans fin, la maladie et la mort, évidemment.

Ses successeurs s’intéressent à l’effondrement civilisationnel, à cette reconstruction permanente que nous sommes censés entreprendre une génération après l’autre plutôt que de simplement exploiter plus ou moins maladroitement la terre et les autres de nos invectives à la mode. La croissance, verte ou pas verte, vient de se faire cueillir d’un micro-organisme qui se situe au plus bas de l’échelle du vivant. Son seul programme est de se servir d’une cellule puis une autre, la terre qu’il convoite, pour continuer d’exister…

Freud précise enfin : ” Il existe infiniment plus d’hommes qui acceptent la civilisation en hypocrites que d’hommes vraiment et réellement civilisés.”

Nous avons cette fâcheuse tendance à vouloir figer les règles de vie, à les instituer et à les confier à des institutions, véritable monument aux morts. Il s’agirait de civiliser en continu, d’employer le verbe durablement et de poser le mot, civilisation, sur un lieu, un instant, pour de suite nous engager à nouveau.

Faire preuve d’être un homme, une femme, civiles, sociaux, respectueux aussi de l’environnement naturel et du temps long qui dépassent largement la contingence d’une vie humaine.

Il s’agirait, dans l’entreprise qui est mon terrain d’intervention, sauf que l’entreprise ne fait plus intervenir que des coachs au côtés des managers portés sur la seule continuité d’une activité obsolète, la continuité devient une fin en soi… Il s’agirait peut-être, posez vous la question, en homme et en femme civiles, citoyens d’une construction sur un terrain sauvage et viral à présent, il s’agirait de penser et d’agir à nouveau. Les germes de pensées nouvelles et les écarts dans l’action sont déjà présents chez nombre d’entre nous, chez chacun de nous, oui, réduits à la maison et au télé-travail. Dans une mutation maladroite de la vie de bureau. L’encadrement se forge des outils technologiques et davantage invectifs qu’inventifs pour animer la dispersion. Je lance une question ouverte, je ne vous invective pas de mes propres réflexions : comment revenir à diriger une activité créative, comment commencer à animer une activité plus adaptée à la vie, plutôt que de diriger une continuité en plateau de réanimation ?

Le lierre est un écosystème vivant des plus complet. Il fait vivre autour du chêne plus de 700 000 organismes vivants différents en plus de lui-même, qui accède à la lumière, et du chêne, qui se nourrit de ses dépôts de feuilles. Ces deux-là se cherchent et se trouvent à chaque instant. Chacun d’eux puise en profondeur dans le sol, son ancrage durable et profond.

Le confinement : vers un forfait personnel illimité ?

Dès l’origine, j’ai pu vivre ce confinement imposé comme une obligation de nous retrancher, d’aller aux limites de ce qui pouvait rester, à chacun de nous, une fois nos fuites, nos occupations superflues et nos préoccupations stériles laissées de côté. D’occuper enfin les confins de notre véritable petit monde personnel et collectif à tir de message véritablement échangé, de réalités mélangées.

Au début, je ne ressentais pas de grande différence. Je vis à la campagne une existence paisible – la photo en fournit l’instantanée – avec pas plus de trente autres âmes à la ronde. J’y reçois deux ou trois d’entre elles par semaine. Je me déplace à Paris dans un aller-retour pour accueillir en consultation suivie les quelques autres âmes lucides ou en quête de lucidité qui se comptent sur les doigts des deux mains, d’année en année, depuis que je n’accepte plus de passer du temps sur de faux projets, des projections d’un petit moi sur le temps d’après. Je ne travaille plus, moi-même, et ceux qui me côtoient, que sur ce que je réalise, qu’ils réalisent, au présent, en observant et en écoutant sans détour ce que cela révèle à l’instant de ce dont le refoulement nous protège et qui se solde par une répétition, illusoire dans sa différence apparente. Je réunis un groupe de réflexion une fois par mois, et comme pour ceux, patients, qui poursuivent leur recherche sans égard pour l’espace ni pour le temps que cela prendra, ce groupe se réunit en continu et à continue de le faire lors des rencontres virtuelles qu’il a été possible d’organiser sans délai. J’enseigne à l’université, et cet événement peut également se tenir par écrans interposés, chacun bien heureux aux confins de son existence, et tous ensemble pour apprendre, nous-mêmes nous appréhender.

J’ai un jardin. J’ai accès à un marché maraîcher. J’écris et je reécris. Je suis presque au bout du récit de l’hospitalisation de ma maman, un témoignage nécessaire pour moi et pour quelques autres, qui sont présents dans cette écriture intense. Aux confins de mon âme et conscience sans que cela ne soit plus une expression qui fait jeu de mots, mais l’expression véritable d’une bousculade que je m’inflige dans mes retranchements. Je reécris mon récit de l’instant d’avant la maladie et le confinement “Quand l’insconscient s’éveillera”, pour plus que jamais, tenter de rendre accessible nos capacités à passer du déni à la créativité à condition d’identifier tout aussi bien ce qui est de l’ordre de nos besoins sociaux davantage naturels désormais et ce qui est de l’ordre de nos besoins intimes davantage collectifs sinon rien… Le processus inconscient du déni est posé en préambule ; le processus inconscient de la projection est élaboré pour bien revenir à ses bases primaires d’introjection et d’incorporation et pouvoir les réactualiser dans un mouvement enfin secondaire, libéré. Si chacun s’y emploie, il devient enfin possible de se reconnaître les uns les autres, reconnaître aussi le monde, la nature, les autres “inhumains” et procéder à cette identification croisée, à cette identité mélangée qui nous est nécessaire et salvatrice, créatrice de progrès.

J’ai approché des éditeurs, comme je m’étais rapproché de mes patients et partenaires pour pouvoir continuer. Chacun le souhaite. Je les côtoie au quotidien sans les voir ni les toucher, et ils se retrouvent, en effet, aux confins de soi. Bien heureux.

Je garde l’espoir, que nous entretenons toute une vie sans le savoir, convaincus par la facilité de ces habitudes superflues et de ces préoccupations qui occupent, l’espoir cru, ces jours, d’une continuité, d’autres confins possibles où pouvoir se retrancher, se pousser à bout les uns les autres, ou alors, pourquoi pas, d’un déconfinement forcé et exigeant tout autant.

Oui. Le déconfinement est davantage sauvage. Une renaissance possiblemen, car quitter ces retranchements – pensez-y – ne peut être accompli que par l’amour ou par la haine la plus profonde.

Vous voyez bien que ce n’est que la continuité de l’espoir qui conte, confinement ou pas, cet espoir d’un désir qui ne tarit pas puisqu’il se développe et rencontre ceux des autres. Y compris dans la distanciation sociale. Et vous ? Où serez-vous ? Vos limites et celles des autres vous ont-elles ouvert un forfait de désir illimité ? Serez vous partant.e.s ?

Se déployer pour guérir

C’est au tout début du XIXème siècle et à la faveur d’une autre épidémie mondiale, la toute première que l’on sache, puisqu’il n’y avait plus de limites physiques aux échanges matériels et spirituels et sanitaires, celle de la variole, c’est en 1803 que l’expédition Balmis fut conçue avec le soutien du roi d’Espagne et de l’Empire qui s’étendait aux Amériques et aux Philippines.

Francisco Javier Balmis, en bon élève de Edward Jenner, découvreur de la possibilité d’inoculer les virus à faible dose pour renforcer le système immunitaire, le combattre de l’intérieur, met au point le vaccin qui traversera la Terre selon un procédé inédit. Là où l’enfermement et la méfiance d’un village à l’autre, d’une maisonnée à son adversaire toute désignée – l’enfer c’est l’autre, le voisin – avaient dominé, le docteur Balmis oppose les regroupements successifs de contrée en contrée, l’encerclement de la maladie de loin en loin plutôt que de proche en proche.

Puisque ce sont les groupes grégaires des vaches nordistes, paisibles et robustes, qui ont pu donner lieu aux cellules sans cœur, qui prennent à la vache le nom de vaccin, ce seront des groupes humains, des groupes d’enfants, robustes et joyeux, qui pourront traverser le temps et l’espace, porteurs de l’affront qu’ils tolèrent et qui devient soignant.

Il fut question dans un premier temps du déplacement des vaches elles-mêmes mais les scientifiques de l’époque se rendirent rapidement à l’évidence de leur inadéquation par des climats chauds du Sud de l’Europe ou encore tropicaux, de l’outremer, sans parler du séjour de plusieurs années dans les caves d’un galion affrété.

Seul un passionné tel Francisco Javier Balmis pouvait envisager de passer des tests animaux aux tests humains, de s’en prendre aux adolescents et très vite aux enfants pour mieux assurer. Je découvrais tout ceci il y a un an en lecture historique romancée comme je les aime bien. C’est tout naturellement que j’y repense aujourd’hui.

Il est en effet des groupes d’immunité. Une épidémie ne s’arrête que lorsque le virus a tué ou a trouvé qui lui résiste. L’épopée bien réelle de l’expédition Balmis nous montre que c’est possible de rester en mouvement et de précipiter l’ennemi dans le vide autour.

Le nombre d’enfants au départ d’un orphelinat de Galice et d’un autre de la région de Madrid est soigneusement soupesé au regard de la circulation du virus entre eux pendant la première traversée, celle qui amènerait au Mexique, pour ensuite recruter sur place d’autres jeunes auprès de familles nécessiteuses et surpeuplées. L’expédition s’est divisée ensuite – elle embarquait plusieurs médecins dont le jeune Josep Salvany envoyé par l’ennemi juré de Balmis, le docteur officiel que l’outsider avait doublé, et un missionnaire capable aussi de soins – pour pouvoir poursuivre sa labeur en Amérique du Sud et aux Philippines de concert.

La femme gouvernante des enfants s’en alla vers l’Ouest, avec Balmis et quelques autres. Le missionnaire devenu son amant prit le chemin du Sud avec le docteur catalan et mourut dans les jungles, essoufflé par la chaleur et l’humiditédes lieux. Il avait dépassé les carcans de l’ordre religieux par amour de la femme et ceux de son corps, par amour de nous tous. Victime d’une insuffisance respiratoire qu’il avait caché aux plus savants, des médecins aveugles et visionnaires en même temps.

Isabelle était quant à elle l’enfant du péché de sa mère, privé de père à sa naissance, orpheline de mère à sa jeunesse. Sa mère emportée par la variole lui avait permis d’assister à l’école, fait rare pour une petite fille de l’époque, car elle avait besoin d’elle, qu’elle calcule, qu’elle écrive et qu’elle pense. Isabelle est devenue la première infirmière de l’histoire. La profession ne sera reconnue qu’un siècle plus tard. Elle est devenue dès son temps une dame à part entière, reconnue par le roi.

Jean François Balmis succomba à ses charmes intellectuels. Il décida de la séparation des amoureux etmèu sort divisé de l’expédition sur la base de cette passion amoureuse autant que des impératifs soignants. Les courriers conservés, de ce triangle amoureux nous rapportent l’histoire, bien mieux que ceux officiels adressés à la couronne, qui elle, vit sa déchéance se consommer des suites de la Révolution Française et d’une administration forte car étendue mais faible de caractère. La grande fierté du dernier Bourbon-Anjou sera cette expédition humanitaire qui devint botaniste à son tour.

Peu de reconnaissance sera apportée aux découvertes et aux efforts colossaux déployés par quelques uns dans cette véritable aventure humaine. Le vaccin rentre bien vite dans la banalité du soin. Toute la reconnaissance est apportée aux essences végétales dénichées et cultivées désormais et jusqu’à nos jours au Real Jardin Botanico de Madrid, premier centre de recherche pour notre avenir écosystémique, plateforme de discussion et de diffusion des grands savants de notre époque tel Francis Hallé, l’héritier dans l’âme, davantage philosophe, d’un Balmis flamboyant.

J’aime me promener dans les allées du Jardin. L’année dernière à cette époque, je l’avais fait découvrir à André et il en est tombé å son tour amoureux. Il est des serres tropicales qui lui rappellent aussi l’île de la Réunion, son outremer personnelle.

Nous savons peu de chose sur l’évolution de l’épidémie actuelle, nous deux, vous autres, mais nous pouvons désirer, dépasser les enfermements, bouger les lignes, poursuivre notre aventure intime et collective et ramener des fleurs, au plus modeste, sur nos vies qui s’éteignent, certes, mais qui sont guéries de l’effroi et de la mort.

Partout dans le monde que désormais nous voyons et entendons par la fenêtre de nos écrans. Des courriers qui sont devenus des courriels et ensuite des images et des sons, beaucoup de bruit et quelques murmures passionnés dignes d’Isabelle, de François et de José et de son vicaire oublié de la grande histoire, le personnage le plus proche et le plus touchant de l’expédition de l’espoir. Je vous livre l’excellent ouvrage mentionné plus haut, écrit de la main de Javier Moro, pour rendre vibrant hommage à la médecine préventive naissante, une simple résurgence de la médecine naturelle et traditionnelle, et à l’humanité prévenante et transcendante.

A lire au temps du choléra et de l’amour possible ou impossible peu importe.

L’émotion comme condition pour l’évolution : une supervision thématique dans l’air du temps

Les maltraitances sur le corps et le psychisme actuels peuvent elles rappeler le traumatisme pervers ? L’abus sur l’enfant ou sur l’adolescent que chacun a été ? Et plus particulièrement, comment la violence institutionnelle, la violence du corps social, résonne dans le corps privé ? Comment les dérives de notre système nous alertent pour ne plus nous laisser dériver ? Comment a contrario une souffrance mise en mouvement peut faire bouger les lignes et les limites de notre organisation ?

Ce thème est abordé dans le cadre du cycle 2020 de la Société pour le Psychodrame Analytique au Centre de Santé Mentale de Paris 8, rue de Liège : Comment poser l’articulation entre psychodrame et maltraitance ?

La maltraitance ne fait pas partie du corpus psychanalytique. Elle a une existence juridique et sociale. La psychanalyse a pu reconnaître la portée pathologique de la séduction. C’est sur le questionnement entre l’abus réel ou fantasmé que la découverte de l’inconscient et plus précisément de son retour de refoulé a pu avoir lieu. Qu’il ait eu ou pas séduction exercée sur l’enfant, qu’il ait projeté son fantasme et qu’il en garde la culpabilité, cela ne donne lieu à aucune forme psychopathologique clairement identifiée. De la même façon, il n’est aucune linéarité directe entre la maltraitance avérée et le traumatisme. Chaque destinée est subjective.

Un des participants a souligné que seule la persécution est consubstantielle à la nature humaine. Du fait de l’extrême dépendance et du extrême dénuement dans lequel nous nous trouvons à la naissance et quelques années durant. La position squizo-paranoïde originelle révélée par Mélanie Klein permet de se représenter la violence subie par chacun de nous, livrés au froid, à la faim, à la peur et désireux, de par nos pulsions vitales, de détruire et d’absorber le monde entier. Seule la position dépressive du développement psychoaffectif qui accepte la mère puis le père, qui fait se rétracter ces forces originelles, permet de calmer le jeu purement persécutif du psychisme le plus primaire. La culpabilité inconsciente prolonge une agressivité qui peut se diriger vers des investissements extérieurs et postérieurs.

Le psychodrame ou la constellation, qui est la forme connue et pratiquée en entreprise, sont des formes d’accompagnement adaptées à la présence d’un traumatisme mal élaboré, là où la persécution perdure. Grâce à la multiplicité de thérapeutes psychodramatistes, ou de collègues mis au service d’un seul, la conflictualité interne peut se représenter et être réintégrée dans la réalité psychique. La diversité d’intervenants permet la diffraction du transfert, l’éclatement contrôlé des parts de soi qui se retrouvent chez les autres dans le processus naturel de projection qui précède l’introjection des apprentissages. La réflexivité qu’offre le groupe fait retour et permet intégration de composantes agressives et libidinales personnelles méconnues et pourtant envahissantes.

Le psychodrame individuel en groupe présente néanmoins les deux faces de la relation à l’autre, l’originel et les suivants : la séduction et l’intrusion. Cette dualité, cette ambivalence, se trouve au coeur du processus. Seul le temps, le chaos et possiblement l’apaisement des affects extrêmes, la libération des inhibitions aussi, peuvent “donner raison” au parcours et permettre l’après-coup.

Dans le cas présenté, l’équipe intervenante était composée d’une directrice de scène, psychanalyste, de trois psychodramatistes et d’une secrétaire pour les relations extérieures. Les participants n’ont jamais de rapport avec la réalité juridique et sociale.
Ils sont des acteurs de la scène de l’inconscient du sujet qu’ils accompagnent dans le soin et dans le développement.

Le cas est celui d’un adolescent de 16 ans aîné d’une famille nombreuse ayant des comportements addictifs (alcohol) et asociaux (déscolarisation), déféré au centre avec une prescription de soins à la suite d’une tentative de suicide médicamenteuse. Cet adolescent peut être un jeune cadre diplômé qui peine à s’intégrer dans l’entreprise, qui recherche des compensations affectives ou/ et des idéaux qui sont loin de pratiques orientés par le seul résultat financier.

Un consultant du centre reçoit la famille dans un premier temps. Le bébé de la famille est dans les bras du père. La mère dysqualifie le consultant qui se base sur la tentative de suicide pour établir le mal-être de l’enfant. La mère nie les tendances suicidaires de son fils. Elle parle d’une erreur d’administration, d’un mélange accidentel de quelques pastilles et d’un peu d’alcool. Les responsables qui déférent un collaborateur en coaching sont dans le même déni de l’alerte que celui a pu donner.

La directrice de scène qui présente le cas insiste beaucoup sur ce déni comme étant un refus de soins et d’attention portée au patient en tant que sujet individué. Il est absorbé par la famille, aliéné.

Petit enfant, Armel a présenté des troubles alimentaires et des troubles de la parole. Il a bénéficié d’une rééducation orthophonique. Sa déscolarisation a eu lieu dès la fin de l’école primaire. Il a suivi des études de façon discontinue tout comme il a subi la discontinuité du soin psychiatrique avec des changements d’interlocuteur selon le découpage du système, par thématiques et par tranches d’âge. N’importe quel enfant et adolescent subit aujourd’hui ce manque de suivi personnel et dédié de son développement plus ou moins marqué par des symptômes corporels ou d’attention.

Un nouveau consultant prend le cas de l’adolescent, suite à la disqualification du premier consultant par la mère comme indiqué plus haut. Il fait la prescription du psychodrame individuel en groupe. Le consultant poursuivra en rapport avec les parents seuls. Le jeune homme rentre en psychodrame hebdomadaire. Il est mutique lors de la rencontre avec le nouveau consultant et absent à sa première séance en groupe. Lorsqu’il se présente à la deuxième séance sa grande inhibition cède la place à une grande excitation. Il sollicite lourdement la meneuse du jeu au lieu de rentrer en contact avec ses partenaires et convenir avec eux des scènes réelles ou imaginaires qu’il souhaiterait vivre avec eux. Ce n’est pas la directrice qui va le guider mais le processus qui va ouvrir les voies qu’il se refuse de voir et d’emprunter. Une fois qu’il se résout au psychodrame il joue majoritairement des situations familiales et scolaires. Mais il joue aussi des jeux vidéo et des contes comme celui d’Aladdin avec la lampe qu’on frotte et qui répond aux désirs les plus personnels et le tapis qui vole et mène à un ailleurs.

Dans les scènes scolaires il joue le désinvestissement de son professeur d’anglais. Il explique que lui doit poursuivre l’école à cause de Jules Ferry qui l’a rendue obligatoire et aussi pour éviter la prison à sa mère. Le jeune craint-il un désinvestissement des thérapeutes ? Il convoque la protection institutionnelle.

Ce qui marque le plus la meneuse du jeu ce sont les scènes de son quotidien de jeune au bar, bagarreur et enivré. D’après elle, il s’y croit. Il abandonne la règle du “comme si”. Il est violent et provocateur. En entreprise, c’est bien souvent que l’on ne permet pas malgré toutes les invitations récentes à l’intelligence émotionnelle et relationnelle, – et probablement à cause de ces invitations à la seule intelligence -, on ne tolère pas l’expression brute d’affects qui confine, il est vrai, à l’angoisse et à l’agressivité.

L’équipe thérapeutique vit en même temps des changements institutionnels qui déstabilisent aussi bien la direction du jeu que ses membres. L’une d’entre elles part consécutivement aux réorganisations et au climat qui s’y vit. Le jeune exige que soit reconnue sa réalité mais aussi celle de l’équipe. Il se retrouve en fusion avec ” l’objet primaire “, la mère et aujourd’hui celles et ceux qui devraient le protéger. Sa violence n’est qu’un moyen de lutte contre la désorganisation traumatique.

Il semble présenter des traumatismes cumulatifs tout au long de son enfance et de son adolescence majorés par la psychopathologie infantile. Il est dans la co-excitation et dans un masochisme primaire. Il craint l’abandon des thérapeutes et son humiliation réitérée.

Il organise une scène qui se termine dans son lit avec sa mère qui lui apporte de quoi se restaurer. Les thérapeutes y font apparaître la figure du père au travers d’un appel téléphonique mais Armel jette l’appareil par la fenêtre.

Ces scènes domestiques le protègent en même temps qu’elles l’insupportent. Il se qualifie de feignasse ce qui le situe entre la passivité et la féminité. Il évolue progressivement vers des scenarii à dominante dramatique où la femme tue son mari, la fille tue la mère. Il s’intéresse à des récits criminels non élucidés qui passent à la télé. L’excitation lui sert d’antidépresseur mais elle nourrit aussi la haine qui se déploie dans le jeu. Il met en scène des intrusions et des persécutions et ne parvient pas à rentrer dans des processus naturels de projection et d’introjection. Dans une répartition des rôles qui laisse place à des évolutions plus subtiles, plus accordées, en co-construction.

Un jour il veut jouer lui et son double. Son double est très angoissé. Armel banalise son angoisse et dit ne pas être lui même aussi angoissé. Ce déni lui permettrait de recouvrir le déni parental et son monde interne chaotique. Il se sert du lycée (de l’entreprise) pour accuser le coup. Lorsqu’un accident humiliant survient il échafaude des scenarii vengeurs. Il organise la décharge pulsionnelle. Il investit la position victimaire. En même temps il exprime le mépris qu’il ressent de la part des thérapeutes. Le mépris qu’ils tolèrent eux-mêmes.

Lors de l’échange auquel cette présentation de cas à donné lieu les participants ont souligné le mépris de l’institution vis à vis du travail de l’équipe de psychodrame psychanalytique. Armel aurait il renvoyé à ceux qui ne pouvaient rien pour lui leur propre défaite ? Leur incapacité à l’aider sauf à répéter indéfiniment sa difficulté ?

Lors d’une dernière séance, alors que les démarches sociales du lycée ouvrent la piste d’un suivi pédopsychiatrique et d’un accueil en hôpital de jour en groupe d’adolescents, sachant qu’il est autant de difficultés au centre de santé avec l’évolution de sa gouvernance et que la prétendue neutralité de l’équipe qui ne cède rien ne fait qu’imposer au traitement une nouvelle violence, Armel scénarise la visite quelques années plus tard d’une camarade lycéenne dans sa villa de Hawaï. Elle est agréablement surprise de l’évolution de son ami. Le rire spontané d’une psychodramatiste à la découverte de cette scène produit un renversement destructeur. Armel est en proie à une flambée quasi délirante qui peut être interprétée comme un début de décompensation ou bien une amorce de prise de conscience et d’élaboration possible.

Le jeune en homme en difficulté veut croire à une issue, certes mégalomaniaque, et la joie partagée par l’équipe, certes euphorique, comme celle de nombre d’accompagnants trop vite soulagés par le “happy end” de leur mission, est mal interprétée, ou plutôt, parfaitement comprise.

Au titre de cette pratique de la manipulation professionnelle généralisé il est bon de reprendre les bases du harcèlement posées par Racamier, le psychiatre et psychanalyste français l’ayant théorisé. Il souligne l’inébranlable de la croyance persécutive paranoïaque dans la lutte contre l’effondrement narcissique. Mais il peut s’agir aussi d’une ouverture à la culpabilité avec la projection des négations, qui sont ici une réalité. Racamier rappelle le reflux vers le persécutif lors de sentiments tendres. Les psychodramatistes se trouvent et se retrouvent plongés dans le persécutif. Le dispositif échoue à installer un simple masochisme de vie et d’effort. Les acteurs sont eux mêmes dépassés par la violence institutionnelle : on se moque d’eux. Leur miroir reflète le miroir aux éclats du jeune.

L’adolescent semble avoir quitté au cours du processus la position dépressive initiale, sa passivité et son mutisme, sa dérive vers des paradis artificiels qui deviennent vite un enfer, pour revenir à la position squizo-paranoïde originelle mais sans parvenir à retrouver l’étape de la culpabilité postérieure. Le groupe n’a pas su faire barrage à l’institution. L’institution n’a pas su répondre aux idéaux de justice du jeune qui démarre dans la vie.

Tout enfant attend de la passion et du drame dans son imaginaire fertile et tout puissant alors qu’il a droit à de la tendresse et à être pensé, reconnu, guidé pour se développer, se responsabiliser et prendre place dans la société. Puis évoluer et la faire évoluer.

L’institution est facilement prise dans des arbitrages financiers et de pouvoir tout comme l’entreprise. L’équipe rapprochée n’a pas eu de disponibilité d’esprit et d’affect. La directrice a reconnu sa peur du jeune homme Armel. Il a dû avoir très peur lui-même. Pourvu que le groupe d’adolescents ait pu remettre de la haine, de l’amour et de l’ignorance davantage assumée, bien vécue, dans son évolution postérieure.

Souvent il est plus pertinent de réunir un groupe de pairs que de mener en accompagnant seul, ou même en groupe d’intervenants, sous le poids de l’entreprise et de ses propres défenses professionnelles, celles du métier de consultant ou de coach ou même de pair aidant, investi désormais d’autorité. Les identifications croisées et le bouillonnement émotionnel offrent un terrain vivant et évolutif à chacun. Ils peuvent travailler leurs rapports actuels et inférer seulement leurs diverses réalités dans un ailleurs spatial ou temporel. Vous ne conduirez plus que l’analyse du transfert, l’objet ultime et courageux d’une supervision vraie, ni réduite à la technique, ni limitée à votre expérience de vie, professionnelle et personnelle, par essence limitée. Vous vous enrichirez, cela oui, de nouvelles et véritables expériences, de la singularité retrouvée, la vôtre comme la leur, et d’une ouverture sociologique qui vous fait prendre part véritablement aussi aux évolutions nécessaires, écosystémiques, de l’entreprise et de l’institution.

Pour vous faire superviser sur ces thématiques du traumatisme, des affects et de la désaffection prenez place dans les sessions de groupe du printemps à Paris : les mercredi 25 mars, 22 avril et 25 mai, de 18h30 à 20h rue Chaptal Paris 9. Participation individuelle de 180 euros HT à la séance, 450 euros HT le cycle. En formation et supervision co animées par Eva Matesanz et André de Chateauvieux.

Billet d’humeur #1

L’intelligence émotionnelle se nourrit de mouvements d’humeur incompréhensibles à la source, tellement clairvoyants au naturel. Comment apprendre à les vivre et se saisir de leur force pour créer et pour se relier aux autres êtres humains et à la terre, au naturel, oui, au plus naturel.

Il fut un temps, pas si lointain, où les épanchements affectifs n’avaient pas lieu d’être en entreprise. Et l’accompagnement professionnel suivait : propre, raisonnable, concentré sur les objectifs, sur la régulation et la réintégration ou le départ assumé du collaborateur. Il me semble que c’est avec la reconnaissance de ce qui a fini par être cerné et adressé comme étant des RPS repris au coeur des CHSCT, qui dérivent des conditions matérielles aux conditions spirituelles de l’exercice du métier et qui se renomment depuis 2017 du doux nom de CSE, en résonance mutuelle avec la belle RSE, que cela a éclaté.

Les déséquilibres affectifs potentiels ou avérés demeurent médicalisés. Mais un boulevard s’est ouvert pour les prestataires et internes – coachs et consultants, RH et CHO – en manque de reconnaissance affective eux-mêmes jusqu’alors. Ils paradent désormais forts de la soi-disant intelligence émotionnelle et relationnelle qu’il faudrait adopter auprès d’eux. Ils persistent à dénier les variations libidinales et agressives, masochistes et sadiques, de l’humeur propre à l’humain, la gamme complexe de toutes les formes de l’accélération naturelle de son intelligence face aux réalités ! La sienne et celles qui l’entourent.

La discipline qui a exploré avec le plus de réalisme, dans l’epprouvé des praticiens eux-mêmes- le transfert – les variations de l’affect humain est celle de la psychodynamique que je pratique et que j’enseigne à l’Université et en petits groupes restreints.

Son contenu est subtil et pointu, malheureusement trop éloigné des facilités des facilitateurs professionnels. Ainsi, par exemple, les trois ressorts émotionnels primaires que nous partageons tous depuis notre enfance jusqu’à notre mort, vivaces à ces deux moments extrêmes, sont au nombre de trois : les trois H comme humain.

H pour la haine
H pour la honte et
H pour la hantise

Les évolutions vers

  • l’effort d’amour, ou du moins de respect de la différence,
  • de culpabilité et de son corollaire qui vaincra de la victimisation sans fin, la responsabilité
  • et d’incertitude assumée, d’angoisse sans les reproches alter ou auto infligées,

sont les gages de notre véritable développement personnel et du développement harmonieux de notre société, côté culture et nature du même pied.

D’autres éclairages à suivre dans ces partages ou en groupe présentiel dans les limites des places disponibles.