Au cœur d’être un homme, comment l’accompagner en profondeur ?

 » Ils échangent entre hommes en supervision, de leurs rêves les plus récents. L’un sur une planche de surf, l’autre en voiture amphibie qui perce l’eau comme un jet et l’autre sur le toit d’un train qui se trouve rouler sur une plaine inondée. Sur une ligne de partage des eaux je me les figure alors chacun d’eux. Et comme ils ne peuvent pas ignorer ma présence et leur transfert – le rêve n’est pas le même selon avec qui il est révélé – et comme ils semblent partager la figure d’un rêve masculin face à la femme regardée, je me dis que c’est leur peur du continent noir, de l’océan qu’est la mère qu’ils vivent un instant, qui émerge du refoulé.

Le plus hardi des trois serait peut être celui qui dit abandonner sa voiture pour ensuite nager dans l’élément redouté. Puis sans transition il se découvre dans la maison de l’enfance, en cuisine et percé du regard d’un drone, imaginaire de l’autre côté de la verrière qui surplomberait en hauteur.
Le saut de l’ange semble se confirmer. Et ce n’est pas tout. Il est lancé. Il poursuit d’un autre rêve survenu quelques jours plus tard, l’avant-veille même de cette réunion de supervision pour mieux se voir.

Dans son rêve il est seul cette fois, il est nu, et il creuse dans sa cuisse comme l’aurait fait Jupiter, jusqu’à découvrir ce qu’il pense être un « escarre », pris de son ancien métier. Ce qui me semble être, moi, un vagin. Dans mon interprétation irrépressible mais gardée.

C’est l’angoisse et il se réveille. C’est ce qu’il dit et que je reprends aussitôt, sans expliciter alors ma vision, juste pour le garder sur elle porté, et voir plus loin. Peu importe de quel mot il découvre et il recouvre en même temps ce qu’il découvre comme nous :

– C’est la vision de l’entaille qui t’aurait réveillé ? Le rêve est ce qui nous empêche la vie de jour la nuit pour mieux nous vivre tels que nous sommes au fond, sans refouler.
Il semble se raviser.

– Euh, non, je ne me suis pas réveillé vraiment à se moment là. Mais plus tard. Mais il est vrai que je me suis réveillé avec ça…

Cette confusion qui plane est celle qui dénie et qui délie à la fois le mystère qu’est chaque homme, né de la hardiesse d’un autre, effrayé en même temps.

Christian entame en ce moment même un virage important. Jusqu’alors associé à des femmes, continent noir mais dehors, il s’associe à des hommes et à la conquête du coaching d’organisation.

Ne pas faire de leurs génitalite une arme entre eux devient pressant. Jouer comme des enfants. Il évoque de lui même aisément un peu plus tard son attrait du jeu. Cela doit aussi le travailler et il a commencé à élaborer des figures libres et imposées.
Car il est autrement délicat pour des hommes d’accepter en eunuques collaborer. Et c’est encore plus difficile d’en séance et en tant qu’accompagnateur le leur faire accoucher. Tout ceci n’est qu’évoqué, mais évocations libres libèrent de fait.
Le coaching est de plus apparenté à une prise de puissance, le dit coaching de performance ; ce qu’un homme a bien au contraire à gagner, dans sa vie professionnelle et par delà, c’est d’apprendre à agir « en creux ». C’est un mot que Christian lui même pose, à la suite de celui du « jeu » dans le fil de ses associations parlées.
Si Christian part de cette séance plein de creux, de jeux, lâché, il y en aura au moins un des trois qui ouvrira la voie au féminin masculin.

Mais Louis contacterait déjà dans ses échanges très dirigées d’evaluateur des compétences la vertu de la « quiet influence ».

Et dans le cœur des hommes, il n’y a jamais deux sans trois.  »

*

Le passage de référence du côté de chez Freud se trouve dans Analyse finie et infinie. P. 267. Résultats, Idées, problèmes, volume II.

« A aucun moment du travail analytique on ne souffre davantage de sentir de manière oppressante la vanité d’efforts répétés […] que lorsqu’on veut inciter les femmes à abandonner leur envie de pénis comme irréalisable, et lorsqu’on voudrait convaincre les hommes qu’une position féminine passive envers l’homme n’a pas toujours la signification d’une castration et qu’elle est indispensable dans de nombreuses relations de l’existence. De la surcompensation arrogante de l’homme découle l’une des plus fortes résistances de transfert. L’homme ne veut pas se soumettre à un substitut paternel, ne vaut pas être son obligé, ne veut donc pas davantage accepter du médecin la guérison. »
.

Freud reprend ce thème dans un autre article, celui qui se trouve dans l’Abrégé de psychanalyse et qui a pour titre « Un exemple de travail psychanalytique » p. 67.

« Quand nous demandons à n’importe quel analyste de nous dire quelle structure psychique se montre chez ses patients le plus rebelle à son influence, il ne manque pas de répondre que c’est chez la femme le désir du pénis, et, chez l’homme une attitude féminine à l’égard de son propre sexe, attitude dont la condition nécessaire serait la perte du pénis ».

Si Freud parle du roc de la castration comme d’un fait biologique, ce roc est pour les hommes comme pour les femmes, dans les deux cas le même ! Un refus de la féminité. À ne plus oublier lorsque vous accompagnez.

C’est pourquoi, accompagnateur, il est important pour vous d’accompagner bien en creux, au féminin, à votre tour, et/ou d’opposer votre masculin à bon escient pour que le féminin de l’autre y trouve son goût. Le doux. Le creux. Le siège de la vie d’autrui.

Accompagner au naturel. Oui.

*

Les références de Freud auxquelles j’ai toujours grand bonheur de recourir comme une source de ce que je vis, psychanalysante d’un côté et psychanalyste en coaching, je les dois avec reconnaissance aux partages de Liliane Fainsilber dans ses cahiers bleus.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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