Au cours de la relation d’accompagnement

C’est à l’Université de Paris Cergy, en formation continue pour adultes, au titre du DU Executive Coaching que j’enseigne la psychodynamique écosystémique.

C’est à l’Université de Paris Cergy, en formation continue pour adultes, au titre du DU Executive Coaching que j’enseigne la psychodynamique écosystémique.

Les cours de Cergy au beau centre de Paris (La Trinité – Saint Lazare) sont reconnus comme étant l’école de la relation, un espace et un temps pour repenser et revitaliser nos rapports humains, ceux du management et ceux de tous ses supports : RH, Innovation, Psychologie et droit du travail, du commerce et du digital. Mon enseignement n’est pas celui stricte du coaching, comportemental en individuel et systémique en groupe. Mon enseignement reprend source dans nos origines, les mythes grecs et les mythes modernes qui restent ceux d’Oedipe et de Narcisse : « je selfie donc je suis » et « quand je serai grand je voudrais être une fille » et celle de papa implicitement. Mais ces origines, révélées définitivement à notre aveuglement, naturel, puisqu’il y a refoulement et que tout ceci reste inconscient, par Sigmund Freud, ces origines répétées, presque fatales, ont connu les efforts de tous ceux d’entre nous qui choisissons l’organisation humaine, le groupe social. Et l’Ecole de Palo Alto aux US, propulsée par Bateson, le successeur de Freud allant au fond de la schizophrénie, plutôt que du côté de la conformité névrotique, au coeur du double lien ou lien paradoxal qui anime la relation, l’Institut Tavistok Britannique, auteurs tous les deux de nombreuses interventions en entreprise (financées par Rockefeller lui-même : Procter and Gamble en est l’exemple le plus surprenant pour paradoxal, un lessivier, un rouleau compresseur marketing mondial), ces écoles de recherche et bien d’autres intervenants individuels en réseau d’affinités et de controverse, ont fait paraître la réalité d’un changement à plusieurs, deux au moins, point de psychanalyste en retrait, et des liens indéniables de nos relations entre nous, qui ne s’arrêtent pas aux structures légales ou personnes morales, avec la société humaine dans sa globalité et avec l’environnement naturel.

C’est à cette psychodynamique écosystémique que je dédie deux articles issus de mon enseignement 2021 : d’abord, sur l’accompagnement individuel, subjectif, ensuite sur l’accompagnement d’un collectif, créatif à souhait. Dans un cas comme dans l’autre, le désir plutôt que l’équilibre (l’autoconservation, l’homéostasie) est à trouver et retrouver : le désir demeure désir lorsqu’il ne se satisfait pas de la jouissance. L’équilibre retrouvé, le respect de chacun, la durabilité en sont les conséquences naturelles à la bonne heure, au vrai bonheur.

Au cours du coaching individuel

Dans toute relation, il existe, par delà la communication manifeste et consciente, verbale et corporelle, une communication inconsciente complètement silencieuse. Comment cette communication entre deux capacités psychiques a lieu ? Le mécanisme « de base », formulé par Wilfred Bion dans la deuxième moitié du XXème siècle, lorsque la psychodynamique et la systémique remplacent avantageusement la psychanalyse monadique de conservation pour libérer la créativité et l’innovation par les rencontres d’idées et de sentiments, le processus connu depuis Mélanie Klein, rivale d’Anna Freud dans les nouveaux développements de la connaissance de l’inconscient, est celui d l’identification projective.

Par définition, l’identification projective consiste à déplacer des parties de soi dans « l’objet », le récepteur, qui peut être capable de les reconnaître. Ses réactions dépendent de ses propres identifications avec ces parties internes de son partenaire. Il peut s’agir d’identifications complémentaires ou bien d’identifications concordantes : les idées et sentiments sont similaires ou bien ils sont différents et les complètent. En revanche, lorsque le récepteur ne comprend pas l’émetteur – et cela est susceptible d’arriver à bien d’endroits -, il s’angoisse, consciemment ou non, et cette angoisse vient inhiber durablement sa compréhension. Les émotions non examinées du récepteur, et a fortiori, de celui qui a le rôle d’accompagnateur, sont ré projetées vers le demandeur, risquant ainsi de mener le processus d’évolution vers une impasse. Seule une analyse attentive de ce transfert d’affects – prenant leur origine il est vrai dans l’histoire du sujet, dans ses identifications premières et celles qui les répètent ou les complètent -, seule une analyse à l’endroit du contre-transfert de l’accompagnateur, peut rétablir les conditions nécessaires à la poursuite de la relation et de son objectif.

Communiquer…

Si en lieu et place d’une compréhension rationnelle et directe de ce qui est confié l’accompagnateur est capable d’apporter sa contribution subjective et formuler une interprétation – jouer un rôle, imaginer un scénario partagé, dans un rêve éveillé, sans aucune prétention de vérité -, le professionnel élargit le champ du contre-transfert. Et il le fait en lien avec le demandeur. Il ne s’agit plus de compléments ou de confirmations mais de suppléances portées au processus d’identification comme autant d’options créatives, inédites. La capacité imaginative prévaut aux conformités professionnelles. On sait bien que Bion a parlé de rêverie pour évoquer la capacité maternelle de comprendre l’état d’âme de l’enfant et de pourvoir à ses désirs et à ses besoins en l’absence totale de communication organisée. Cela dit, la rêverie du professionnel n’est pas celle de la mère qui va former l’expérience de son descendant, mais plutôt celle de quelqu’un qui fait face à quelqu’un d’opérationnel mais sans illusions ; ou bien, de volontaire mais sans résultat et sans gratification émotionnelle.

L’accompagnement consiste en la capacité à rêver les rêves  » inrêvés  » par le demandeur, à partir de la subjectivité de l’accompagnant, sans jamais se substituer à l’accompagné. Aventuriers sur un chemin qu’ils foulent pour la première fois mais d’après des expériences différentes. L’inconscient de l’accompagnateur n’est pas un simple organe réceptif et productif, mais un organe créatif et respectueux. L’identification est une suppléance, ni un complément ni un renforcement, comme ceux mentionnés plus haut. Elle correspond au plus haut degré d’empathie : celui de ne pas se comprendre et pourtant… rester en lien, et cela nourrit le désir le vrai.

Un demandeur narcissique ou mélancolique laisse peu de place à cette co-construction. Les projections d’un sujet pathologique sont négatives. L’accompagnateur peut rester vivant et dynamique s’il n’est pas tenté lui-même de se donner de l’importance ou, au contraire, de s’inscrire dans la déchéance. Les choses ne sont pas plus faciles lorsque l’identification est positive, séductrice ou complice, rivale et stimulatrice. L’accompagnateur demeure responsable de sa propre perception des faits et de ses capacités limitées. Son partage est déterminant pour permettre au demandeur d’intégrer des réalités, plutôt que de se laisser aveugler par son propre transfert d’affects. De même, l’accompagnateur ne doit pas se fier à sa seule relation avec celle ou celui qui est engagé dans une évolution personnelle. En vertu du lien affectif ou de l’enjeu qui rend son accompagnateur de fait figure d’autorité, le demandeur est naturellement très attentif à la manière dont son accompagnant se positionne avec lui.

…pour entendre plutôt que s’entendre

La relation se forme et se maintient grâce à la capacité que doit avoir l’accompagnateur de repérer les éléments significatifs dans les communications, dans le cadre et autour du cadre (retards, oublis, changements). L’analyse du contre-transfert, la supervision de l’accompagnateur, est fondamentale pour entretenir la relation vivante dans la durée mais elle ne constitue pas la clé de l’évolution effective de l’accompagné.

L’accompagnateur ne doit pas se limiter à comprendre les seules projections qui le concernent. Il n’est pas dans le seul processus de communication. Il ne peut pas se fier aux seuls sous-titres des scènes partagées. Il est le modeste invité – plutôt que la guest star – d’une superproduction, d’une épopée, d’une saga héroique sans être tragique, et sa curiosité bien plus vaste que celle portée à son livret va permettre au demandeur de compléter son propre développement psychique : investir des souvenirs, réévaluer des connaissances, retrouver des sentiments, contradictoires et forts.

Cette expérience de vie pleinement partagée permettra au demandeur d’appréhender les émotions de la relation et de retrouver sa propre signification personnelle : le sens de l’histoire et le chapitre suivant. Celui où à nouveau seul, il s’engage sans angoisse, confiant, compréhensif davantage que compris, conquérant et responsable de ses choix, dans de nouvelles relations qu’il identifie sereinement. Et la vie va…

Post-Scriptum

Que reste au coach analyste que je suis ? La poésie… au sens premier : la création – recréation.

“ Ce qu’on met de soi dans l’autre est infiniment plus vaste que ce qu’on croit lui confier. Quelquefois c’est sa propre vie, d’autres fois c’est son âme, sa vocation, sa sauvagerie, sa misère, une dette ancestrale, c’est toujours exorbitant, une valeur passée en douce, clandestine, que l’on s’échange dès le premier regard. ”

Anne Dufourmantelle, En cas d’amour, 2009

Que l’on s’échange… Ce qui reste est là dès le premier instant. Et le temps de l’accompagnement n’est qu’un temps. La clôture laisse de part et d’autre de son enveloppe, tombée pour la métamorphose évidente, deux être libres et volages reliés profondément.

Auteur/autrice : Eva Matesanz

Eva Matesanz est psychanalyste et socionalyste. Accréditée pour intervenir en entreprise en tant que coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique - la clinique c'est le cas par cas - au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation croisée des penseurs de l'inconscient et de ceux de la volonté. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Une réflexion sur « Au cours de la relation d’accompagnement »

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