A l’eau de mère

Parfois j’ai peur si tu veux savoir. Peur comme un gosse, plus que le gosse peut-être quand la maison craque la nuit. Pas de mourir, je sais pas si je vais mourir demain, alors ça me suffit pour l’instant. Non, je sais pas toi, moi c’est de vivre. Ca m’a quitté y’a longtemps, j’avais la foi, j’avais un dieu qui était moi. Fallait me voir me regarder dans les glaces, me regarder m’écouter parler, je n’en croyais pas mes yeux, je me plaisais vraiment bien. Ouais après les pipis au lit, le premier chagrin d’amour, après maman qui giflait, j’ai aimé devenir moi. Ca allait rouler mon vieux comme sur des roulettes. Des filles, du cash, des voyages, pique et coeur et carreau, j’allais monter dans l’aéroplane de la vie et faire des loopings. Oui j’en ai vu des beaux moments. Mais ça m’a quitté. La foi, j’ai cessé de croire en moi-l’idole. Faut-il que j’ai déçu les autres pour me mésestimer moi. Qu’est-ce qui m’a manqué? Je suis pas mort, c’est pas à l’ordre du jour, j’en sais rien pour demain, on verra si y’a un planning de décès mais entre temps quelque chose s’est troué en moi. Et je fuis, mon ami. Je suis en perte, bientôt en cale sèche. Et je me tourne vers le destin, la marâtre aveugle, je lui dis, donne moi encore quelque chose. Encore du temps, encore de la grâce. Donne moi le panache d’avaler toute l’eau de la mer, toute l’eau de l’amertume.

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