Sans odeur, sans saveur, sans y toucher ? S’en sortir aujourd’hui et demain

« À un moment donné, j’ai rejoint une équipe sans histoire. Je veux dire qu’on n’avait pas de liens entre nous, on ne se connaissait pas d’avant. C’était en plein confinement, on avait juste Zoom pour travailler ensemble. Et donc, il y avait une femme avec une voix très rauque. J’ai aussitôt pensé à une fumeuse. De longue date sans doute. Même si, bien sûr, il n’y avait pas les odeurs à distance. »

IL N’Y AVAIT POURTANT PAS D’ODEURS

C’était l’autre jour, lors d’un échange entre « télétravailleurs » d’actualité et pour longtemps peut-être dans le cadre de l’animation d’une nouvelle série « Les dossiers de l’écran » auprès de la fonction publique. Il s’agissait cette fois-ci d’un atelier en petit groupe et en libre parole pour déplier les histoires qu’on se raconte dans le travail sans contact, à distance.

André de Chateauvieux, porteur et réalisateur de cette initiative bien accueillie par le Lab de cette entité puissante, en transformation bien entamée avant la crise, accélérée par la situation, André ne s’est par porté sur ce que cela pouvait renvoyer cet univers du fumeur pour celle qui parlait. Ce n’était pas utile de savoir, c’est déjà beaucoup de mettre au jour cette dynamique de projections.

Et puis elle a continué : « Il faut dire aussi que l’univers de cette femme-là – en tout cas ce qu’on percevait de l’intérieur de chez elle, à travers l’écran – était plutôt sombre, comme embrumé. Et j’en ai parlé avec des collègues de l’équipe, ils avaient la même impression. Mais un jour, alors qu’on ne lui avait rien demandé, elle nous a dit qu’elle avait subi une opération chirurgicale au fond de la gorge. Et c’est pour ça qu’elle avait cette voix-là, très particulière. »

Ce « cinéma intérieur » n’est pas réservé au distanciel et aux équipes « sans histoire ». Oui, sans même le savoir, à chaque instant, on se fabrique plein de projections sur l’autre et de quiproquos alors. Avec plein d’effets sur nos manières d’être ensemble et de faire équipe. D’être avec soi au fond.

A LA MAISON DANS UN JOB SANS SAVEUR

 » Depuis le mois de mars nous sommes comme pestiférées.  » – Elle travaille au marketing d’un grand groupe industriel. –  » Après vingt ans d’entreprise et de missions de par le monde, je suis au rang de data scientist et le travail à distance totale m’a été imposé. Seuls les marketeurs en lien opérationnel avec le commercial, la fabrication, le marché sont admis en présence ou en réunion dans les bureaux parisiens. Pourtant l’activité est en forte mutation. Avec mes collègues, nous savons que des changements interviennent dans l’organisation. Nous avons l’impression d’en être éjectées, ou du moins mises de côté, comme les ingrédients d’un gâteau qui se ferait sans nous désormais. « 

Il y a dix ans j’accompagnais celle qui s’exprime ainsi aujourd’hui lors d’une nouvelle première séance sollicité à la volée, en visio et sans chichi.

A l’époque il s’agissait de développer une activité de loisir à loisir, en parallèle de son job prenant. Ses origines l’ont amenée naturellement à en faire une affaire de « cakes ». Délicieux et conviviaux. Avec d’autres comme elle. Cela a duré un temps. Aujourd’hui, elle est aux fourneaux à la maison. Pour son employeur et pour sa famille tout autant. Mais sans saveur, souvent.

Aujourd’hui, c’est l’appel de collectifs entiers qui s’exprime à travers elle. Le pouvoir se resserre autour de quelques uns. Et pas forcément pour changer en profondeur.

Le monde s’exprime de ces quelques explorateurs et penseurs de terrain, volontaires, en séance privée ou en atelier. Les groupes d’entraide se démultiplient. L’entreprise les favorise au mieux. Sans les ramener de suite au « brainstorming » créatif ou à la résolution de problèmes animés par des experts. Plus question d’avancer masqués. Les gens n’en veulent plus. Ils veulent respirer. Et manger sur l’herbe. La sentir à ses pieds. Aujourd’hui et demain.

SANS Y TOUCHER

Cette semaine enfin, j’intervenais lors d’une visioconférence à enjeu, sur les écosystèmes économiques et sociaux désormais. Les associations professionnelles qui ont servi traditionnellement de zone d’influence et de hub de rencontre se retrouvent débordées.

  • D’adhérents qui se cherchent une place à trouver.
  • De grands acteurs industriels et de services qui y puisent l’air du temps et le gaz et l’eau dans le gaz.

« A quoi bon bâtir un prévisionnel ? Faire émerger des idées innovantes ? Nous réfléchissons sur l’actuel, avec des états d’âme divers et nous nous confions sur ce que chacun peut ou pas engager à l’instant même. Et au lendemain, nous recommençons car ce n’est pas nous qui innovons pour nous targuer d’écosystème d’innovation, high-tech, nouvelle génération : c’est un mouvement de fond et un mouvement qui fédère les générations, les compétences, les incompétences, les risques et les conséquences. »

André et moi, nous animerons un parcours libre d’entraves institutionnelles et d’urgences écosystémiques, en petit groupe de praticiens de l’accompagnement sous toutes ses formes (formation, management, conseil, coaching, thérapie) sur toutes les questions que la transformation profonde de nos organisations et le travail à distance met en relief et amplifie. Sur toutes ces questions du travail en présence aussi. Et de la transformation voulue, menée de bout en bout. Au bout de soi. Au bout du monde, de lien en lien fondateurs de notre humanité.

S’EN SORTIR, LE COMING OUT AU NATUREL

Une série d’ateliers sur vos questions à vous par les temps qui courent, et les espaces qui bougent, sur vos histoires actuelles et d’avenir dans la participation et l’animation des équipes et des groupes, en présence, à distance et les formes hybrides entre les deux. C’est à la campagne près de Sens. À une heure de Paris-Bercy par le train. Les lundis 22 mars, 19 avril, 31 mai, 28 juin, 30 aout et le 20 septembre 2021 de 11h à 17h.

Et suivre la chaîne EvaTIPs du ComingOUT si vous aimez.

Illustration L’atelier des jardiniers au printemps, tel que ce sera pour vous accueillir en odeurs, en saveurs, sur l’herbe et en mouvement sans en douter.

Trois voeux

Les vœux de nouvelle année se confondent dans notre esprit peut-être avec la lettre au père noël de notre enfance. Ils se conjuguent alors avec le verbe avoir : de l’argent, de la santé, de l’amour. Et ce n’est que dans un sublime effort qu’ils s’expriment et se donnent à voir sous la forme de l’être : être heureux, être en bonne santé, être en sécurité, être amoureux, être parent, être professionnel, être en paix, être dans le succès, et même tout simplement, pour ceux en difficulté, selon les « objectifs » de développement personnel : être quelqu’un, être entier, être à la hauteur, être en progrès…

La distinction

En espagnol, nous faisons la distinction, – certains d’entre vous le savent pour s’y être buté en deuxième langue ou lors de vacances au soleil -, entre le verbe « ser » et le verbe « estar », entre le verbe « tener » et le verbe « haber ». Deux variantes à chaque fois pour les seuls verbes être et avoir en français.

Dans nos pays latins, nous ne sommes pas tristes au sens nous = tristes, nous traversons la tristesse : estar triste. Comme un séjour, una sala de estar, a living room.

« Estar » est aussi un auxiliaire. Accolé aux participes passé et présent il indique ce qui a été ou qui est en voie d’accomplissement.

« Haber » est un auxiliaire également. Il permet à tous les autres verbes d’action de vivre leurs temps.

« Tener » se destine aux seules possessions.

L’expression

Ces différences de ma prime enfance s’effacent dans le comportement de mes propres enfants, nées en France. Elevées pour être et pour avoir dans la culture du lieu et de leur temps. Je « me bats » avec elles, gentiment, corps à corps, comme je me bats avec mes patients, pour qu’elles et eux nuancent leurs états profonds et auxiliaires plutôt que de se confondre et de se perdre dans la quête de l’identité entière et parfaite « to be or not to be » et dans les tendances consuméristes ou du moins cumulatives de nos jours. La vie est un cycle. L’être est fait de manque, de perte et de désir.

Cette particularité expressive de la langue espagnole, reconnue par les lingüistes comme étant une exception notable aussi bien au latin classique qu’aux langues arabes et germaniques – son surgissement vient du latin populaire, parlé, échangé depuis des siècles sans jamais lâcher son utilité -, cet effort princeps et renouvelé de différenciation dans l’expression du langage contribue à l’expression des âmes et des corps.

Le rassemblement

En l’année 2020 ou vous êtes, comme nous tous, beaucoup resté chez vous, vous avez peut-être vécu dans tous vous états à l’intérieur d’une même et seule « salle de estar ». Toujours en voie d’être et avec peu de consommations, de fait. Etes-vous pour autant plus ou moins ? Certains se sont figés ou du moins immobilisés, dans une salle d’attente qui est souvent l’antichambre de l’absence, aux autres et à soi. 

Ce sont eux qui nous demandent un effort de lien, la variante d’un « être avec » qui résume aussi bien estar que ser, qui culmine dans « haber » : avoir le sentiment d’être humains. La diversité expressive se condense alors pour mieux nous rassembler et nous ressembler.

Et c’est ainsi qu’en 2021 je vous vœux.

Renouveler nos voeux de vie 2020 +1

Je ne laisserai pas passer 2020 sans exprimer la gratitude que je lui dois.

Malgré le consensus massif pour une mise rapide au débarras de cette année sans fin, voire son « annulation rétroactive », qui rejoindrait le recours inconscient de l’obsessionnel pour se déresponsabiliser de la part de jouissance qu’il a engrangé à penser et agir dans le sens de la vie. Sans en préempter le sens vers le bon, le juste, le vrai. 

La vie est à double sens souvent, à contresens de nos voeux, puisamment.

Une année hors de contrôle

Une année hors de contrôle est une année pleine de vie et à l’oeuvre vraie. Aurions-nous subi pour autant ? Nombre d’entre nous avons fait preuve d’adaptation sans que cela rime au fond avec soumission. Nous avons réinventé un métier, une relation, un projet, un horizon. Nous avons essayé et adopté ce qui semblait inapproprié, absurde ou fou il y a seulement quelques mois. Cela s’est révélé drôle à vivre, insouciant, libérateur souvent de nouvelles correspondances avec les autres et avec l’environnement.

Une année d’ensemble

Pour parler de ce que je connais bien, je vous ai accompagnés en tout moment, tels que vous êtes, sans les tensions des imprévus, des absences, des oublis. Au bout du fil, votre parole avec le souffle ressenti à quelques degrés de plus ; en fond d’écran, votre intimité ni jalouse ni obscène, belle du grain de lumière recherché pour être vu.

Pour parler de ce que j’ai (re)découvert, j’ai beau être loin des lieux de mes origines et de bien de périodes de ma vie, ce temps ne sont ni l’avant ni l’après ; ces lieux ne sont pas des non-lieu non plus. La vie, non seulement, continue, mais elle revient à chacun de nous, dans notre irreductibilité absolue.

Grâce aux actualités et aux réseaux investis comme jamais, j’ai suivi quasiment au jour le jour les péripéties des célébrités préférées et des anonymes de mon coeur en  France, Navarre, Castille, Guadeloupe et Saint Domingue. Java, L.A. et Norvège. Tous des lieux où des êtres chers demeurent. Et bien d’autres lieux me reviennent. J’ai pris attache et parole, visio par moments, avec tant de perdus de vue de toutes ces années d’éloignement factice qui ont précédé. Ensemble, je me sens rassemblée.

Une année dérangée

Pour parler de ce qui m’a échappé, je pense à ma maman et quelques autres belles âmes évaporées derrière le rideau du coronavirus, pour d’autres maux bien plus personnels, réduits à néant par l’épidémie planétaire, parties trop tôt, parties sans prendre le temps d’un merci, parties sans trop le savoir. Ni elles ni moi. Je continue de l’apprendre à chaque réveil, à chaque nouveau pas. Libres jusqu’à l’infini elles et moi. Cela ne m’arrange pas, et alors ? Dérangée, je suis libre une nouvelle fois.

Pablo fatal errorEt cette année aussi, j’ai choisi de relier ce blog et de le développer au sein de la plateforme Panodyssey pour égarer encore davantage mes esprits dans un lieu entièrement libre où il fait bon vivre : « Pablo fatal error » ici en rappel coloré est l’illustration que je préfère de ce site CHIC !

Deux mille vint, deux mille ne s’en va pas. Et un, s’y ajoute. Dans une « reconnaissance projective » qui nous engage dans le sens de la vie. A sa merci.

Eva Matesanz est psychanalyste, chargée d’enseignement universitaire dans le « monde des affaires » et auteure de quelques oeuvres dans le domaine de la psychodynamique humaine et de l’écosystémique naturelle. Elle travaille et réfléchit en groupe libre avec Jean-Louis Muller, Minh-Lan Nguyen, André de Chateauvieux, Stéphanie Flacher également présents sur Panodyssey, Loïc Deconche et Christophe Martel. 

Aperçu de ma fenêtre

Nous voilà côte à côte. Ce n’est ni le face à face ni le cercle en réunion thérapeutique comme en réunion de management. La visioconférence est un plan.

Nous ne sommes plus un contenant d’une part et un contenu de l’autre. Nous sommes peut-être deux vides qui se remplissent l’un de l’autre.

Qui se vident l’un de l’autre par instants. Et l’instant définitif à bien y réfléchir :

– L’image est figée.

– Je ne vous entends plus.

Ce vide apparaît, superflu. Puisque vous êtes là, et moi aussi, l’un et l’autre à nous attendre. Quelle plus belle résurgence de l’existence toute simple, débarrassée de se dire et de s’entendre !

De ma fenêtre : la vôtre. Le vrai début d’une rencontre. Et derrière nos fenêtres, nos vies se déroulent sans plus, non plus, attendre. Tout ceci n’est qu’existence.

– La connexion est rétablie !

– Dites-moi tout. 

– Je vous écris. J’avais ouvert dans le chat une fenêtre pour les mots qui, seuls, me restaient en tête et sur le coeur bien souvent lorsque vous n’êtiez plus là…

L’écrit, l’épitre, ces « conversations en absence » aussi reviennent en force. Côte à côte sur les chemins buissonniers, à dos de nos routeurs, ou d’un bout à l’autre lorsque l’image disparaît et que le son facétieux babélise notre échange, nous pouvons demeurer d’un message envoyé à l’autre plutôt que de rapporter un relevé de décisions sans substance.

L’expérience de la distance met à l’épreuve le thérapeute autant que le consultant, le manager autant que le collaborateur, les partenaires. Son approche sereine revitalise chacun et la relation. De ma fenêtre, j’ai cet aperçu d’un espace d’un temps ni confiné ni arrêté, redevenu à taille humaine et à la mesure de l’instant présent comme d’un devenir jamais imaginé avant. A percevoir doucement pour en acquérir le don.

Suis-je responsable de mon frère ? La pair aidance au chevet et au sommet de notre société en bascule

Emergence ou circularité ? Créativité sociale consecutive au retrait maternel ? L’aidant pair ou familial

S’il est une figure qui émerge aussi bien dans le milieu social que dans le milieu familial c’est celle de l’aidant. Auparavant, il y a plus de cinquante ans, la maman était bénévole en société et à la maison : elle participait aux bonnes oeuvres sociales et elle assumait l’entretien du ménage, depuis le traitement des surfaces, comme il est dit à présent, jusqu’au bain du nourrisson, en passant par la confection des repas et des habits de tous, du plus petit au plus grand : son époux, le chef de famille reconnu.

Les mamans ont fait carrière, étudiantes à Saint-Germain-des-Prés, puis, partout en France et à l’étranger. Elles ont pris des responsabilités libérales et managériales : avocates et magistrates, responsables des ressources humaines, graphistes, stylistes, chimistes dont le prix Nobel reconnaît le tour de main. Désormais, s’il est un parent âgé, un enfant en bas âge ou celui scolarisé avec un handicap diagnostiqué, il est possible de lui adjoindre un aidant, familier ou professionnel. Entre personnes en difficulté d’une même classe d’âge, ceux qui se font aider deviennent ensuite des pairs aidants : les mêmes, qui, rétablis, peuvent aider au rétablissement de tant d’autres qui affluent dans les organismes sociaux et dans les associations.

Je suis maman, psychanalyste et psychopraticienne aussi bien de l’analyse systémique que de celle individuelle, et je supervise, à leur demande, ces pairs. Ils sont loin d’être rétablis, ceux qui restent auprès de leurs semblables comme ceux qui prennent en charge leurs parents âgés, leurs enfants en difficulté. Ils ne seront jamais rétablis et ils ont besoin que je reconnaisse leur douleur, peut-être contenue, mais jamais tarie. Le rappel d’une carence ou d’une perte insondable datant de leur propre construction affective et cognitive. C’est du bord de ce gouffre que l’amour, en eux, pulse, pour d’autres, pour moi-même, superviseur du bord de ma propre plaie. Et de cratère en cratère, nous funambulons ensemble comme jadis le firent nos mères, en charge de la maisonnée, du bord de leur cœur de filles, pour lesquelles l’intimité porte son ombre au pied des lumières de ceux qui brillent en société, qui sans elle ne sont rien ou manquent de relief : lisses, sans creux ni bosses. Nous leur préférons nos irrégularités.

Pairs aidants. Côte à côte. Groupe humain aux visages à découvert. Mont Rushmore des anonymes qui président à la vie, comme jadis ceux des plus grands transformateurs des Etats Unis d’Amérique.

*Le mont Rusmore offre la vue mythique des bustes en granit des présidents fondateurs de l’Amérique et d’une nouvelle liberté pour les colons et les pionniers.

Ceci est une reproduction de l’article que j’ai conçu pour le site du magazine Psychologies, modéré et publié par la rédaction dans la rubrique « Paroles de Psy » avec le lien vers mon profil dans l’annuaire de référence monpsy.com

Supervisée

Ça y est. Je suis à nouveau en supervision de ma pratique professionnelle. J’ai choisi le cadre du groupe pour la première fois. Et un superviseur formateur que l’on choisit « comme un melon » comme il est conseillé de le faire : parce qu’il fait le poids, qu’il sent bon et qu’il ouvre l’appétit plutôt que de clore le débat.
J’écoute les autres participants. Aujourd’hui nous sommes quatre à présenter des cas. Car il n’est pas question de participer au cycle annuel sans se montrer en difficulté soi-même et avoir une demande aussi bien adressée au superviseur qu’aux pairs.
J’apprends beaucoup des autres cas. Ne jamais tenter de résoudre selon les critères de réussite et de morale. Bien au contraire, rester et creuser làboù ça erre et s’y sentir bien. Le patient final appréciera, lui qui est au mieux de son désir et de son destin qui n’est pas final. 
Bien comprendre le groupe d’appartenance de ce patient. Ne pas chercher à se figurer les personnages. Ce serait cliver et prendre partie. Apprécier les relations. Les nommer. Les décrire. Offrir cette image, ce paysage, au demandeur. C’est à cette visite guidée qu’il aspire. C’est d’assister à l’oeuvre de sa vie. Il trouvera mille façons d’en améliorer l’intrigue. Et il aimera les acteurs et les techniciens qui la permettent, qui n’attendent que d’être dirigés vers d’autres jeux, sans autant d’enjeu, sans la souffrance comme couperet. Et sinon, au patient d’être patient à son tour avec eux.


C’est mon tour. C’est mon cas. Le superviseur m’apprend que je ne sais pas faire de présentation de cas. Je fais une présentation de situation. Cela me divertit de mon trac. Je me laisse diriger à mon tour et je découvre que j’aime ça. J’adopte la grille de présentation et je suis heureuse de susciter des questions dans le groupe de pairs. Les questions sont sans importance. Elles rejoignent les miennes. Moi non plus je n’arrive pas à retenir l’âge de ma patiente, moi aussi j’ai des hypothèses de maternité déçue et de vieillissement mal vécu. Mais cela ne me donne pas envie de prendre la parole. Je l’écoute dans ses affres professionnels. C’est alors que le superviseur peut les accueillir à son tour, comme s’il y était ou en était, à côté, discret et précieux :
– Elle semble travailler de façon trop scolaire. Et être de ce fait déçue des Aleas professionnels. Sans règle qui tienne. Au plus caractériel des supérieurs et des collègues.
– J’ai failli lui dire hier mais je me suis tue.
La parole ne sert à rien… Ne me sert à rien de ce que je veux…
– Ne seriez vous pas dans un élan inconscient de consolation ?
Je vois l’image d’une étreinte. Cette question fait effet de vérité et je me surprends à ne pas me surprendre.


– Alors c’est inconscient.

– Alors cela l’est puisque vous le reconnaissez.


Heureuse d’être reconnue dans ma pratique appliquée à moi-même, dans mes propres interdits, je n’ai pas besoin de plus. Sauf qu’il me faudra reconnaître l’art du lien de ma patiente si elle revient. Trouver les mots. Ne pas me figer et composer moi-même une image avec elle, de douloureuse. Il s’agit d’un de ces accompagnements si à propos qu’il en devient obscène, interdit, rejoué à chaque séance comme étant la dernière, et en même temps nous n’avons même pas commencé la représentation. Si elle revient je lui parlerai d’elle.
– Vous êtes dans un très bel attachement l’une et l’autre. C’est mignon. Si elle revient, passez aux aveux. Et nous, passons à un cas plus ardu…

Et ce sera le cas d’un attachement mère enfant très passionné, très violent, très difficile pour le thérapeute… 


– S’il s’interpose. Regardez les ensemble plutôt et dites leur ce que vous voyez, l’image et le scénario qui peut être fort, drôle, touchant… Le nous est une image sinon il n’est plus. 
Nos liens n’ont pas d’existence réelle.

J’aime être en groupe bellement imaginaire et bêtement opératoire, les yeux dans les yeux, main dans la main. Pairs aidants.  Relais choisi et mérité d’un grand chef opérateur. Mais chut, ça tourne. J’y vais pour la suite de la série que je chéris de mieux en mieux. Sans dépendance. Attachant. Libéré. Riche en points d’attache fonctionnelle que je peux remobiliser ailleurs. J’ai aussi commencé à le faire, à être encore davantage libre dans mon métier. Davantage ancrée. Solidement pensée et accompagnée. Supervisée qu’ils disent. Mais c’est un mot que je tairai aussi, sciemment, sans arrière pensée enfouie mais bel et bien assumée pour me représenter et ressentir l’image d’un nous, d’un métier partagé, discret et précieux, tout à côté de vous.

En transit autour de soi…

Les carrières de Ka Borde,
lieu du stage entre deux

Chacun de nous fait face en cette rentrée à une transition de vie. En quelques mois nos repères ont évolué. La fragilité a pris place dans notre quotidien et non seulement dans un avenir compromis par les conséquences écologiques des activités humaines.

D’une nouvelle chance…


Ce qui semblait important – un travail rémunérateur et pérenne, une famille regroupée et différenciée autour de loisirs communs et particuliers, des amitiés qui nous ressemblent et des voyages d’évasion de tout ce qui dans ces cadres était décevant- tout ce qui ordonnançait nos vies a perdu en continuité et a ouvert des failles dans lesquelles s’engouffrer sur un coup de tête ou un coup de coeur : seul, en couple, à plusieurs si possible différents et créatifs.

Ceux d’entre nous qui vivions des insatisfactions avant l’épidémie et le confinement, qui avions engagé un projet de transition plus construit, avec de véritables renoncements et des audaces reconnues, ceux-là se retrouvent repris par les masses en transit. Ils clament la force et la profondeur de leur orientation bien au delà d’un déménagement de Paris, d’une école alternative, d’un projet de bobos écolos en milieu rural comme jadis des conquistadors étaient arrivés dans la jungle avec leurs coquetteries : leurs nappes, leur vaisselle et leurs outils de toilette et de guerre.

Ce sont ceux-là que nous accompagnons, André de Chateauvieux et moi-même, en rencontre individuelle régulière. Ce sont ceux-là qui se sont réunis en collectif, en petit groupe de quatre à six, à taille humaine, aux échanges rapprochés et pleinement investis de pensée et d’affectif.

…à ce qui change vraiment

Ils ont une longueur d’avance et une profondeur aussi. Ils ont le retour de l’expérience avec ses affres et ses maigres butins au regard du rêve d’origine. Chacun, un projet différent. Ce sont des choix signifiants à l’échelle personnelle. Nous nous intéressons plutôt aux coordonnés spatio-temporelles. Le lieu est vite compris comme un ancrage personnel aussi. Un retour aux sources ou un éloignement choisi.

C’est à l’échelle du temps – la transition est un entre-deux entre un passé et un avenir, un présent dont on débraye le pilote automatique – c’est sur cet échiquier noir et blanc, en arrière et en avant, on et off qu’il commence à être possible de relier les participants d’une journée de travail sur cet entredeux qu’ils vivent.

Chacun se retrouve dans une temporalité bien à lui :

L’un, bien avancé dans sa transition, des formations accomplies, des recherches et des rencontres, « installé » dans cette transition sans plus savoir en sortir ;

L’autre, pas vraiment engagé, rentier des années passées, avec des activités qui se poursuivent par inertie.

Enfin elle, elle se vit passée de l’autre côté, mais ses rapports au temps et à la vie restent inchangés : beaucoup d’occupations aussi bien satisfaisantes qu’insatisfaisantes et des relations stables et d’autres stériles. Pas de rencontres fertiles. Et elle pense aussi bien à la créativité partagée qu’à la conception d’un bébé.

De l’éclipse de soi…

Précisons en préservant l’anonymat, les figures en présence : le chevalier, la reine et la tour. Deux pièces noires et une blanche. Les pièces noires ce sont les deux hommes, le chevalier et la tour. L’un consultant depuis 25 ans l’autre cadre dirigeant dans l’industrie du livre.

Le chevalier aimerait devenir seigneur, créer sa propre activité, avoir enfin un métier qui fournisse de la matière à penser plutôt que des supports d’organisation ? C’est la piste qui apparaît. Ses grands parents étaient enseignants. Son père, manager d’entreprise ce qui explique d’après lui, qu’il n’ait jamais voulu rentrer dans les rangs. Et qu’il réponde sans cesse aux appels à l’aide externe des dirigeants comme son père, peut-être.

La tour solide et battante, toujours tout droit toujours plus haut, se bat désormais pour devenir consultant dans un domaine jusqu’ici « réservé » : la vitalité des collaborateurs et des équipes, leur hygiène de vie et leur liberté d’esprit. Il s’est formé au coaching et aux médecines douces, préventives, auto-immunes, par l’alimentation, le repos et l’exercice. Il trouve dans son idéal ses rêves accomplies. Mais il s’agit désormais de vivre et d’en vivre.

La reine blanche est une grande dame des projets d’innovation en France. Elles les choisit, les instruit et obtient pour leur concrétisation des financements nationaux et européens. Son statut de fonctionnaire lui pèse. Son doctorat et son intelligence la lestent autant qu’ils l’ont toujours portée : admise par concours, respectée dans son grade et son ancienneté. Forte contributrice au sein de l’organisme qui l’emploie, elle a revu son équilibre de vie, effectué un bilan de compétences et retrouvé ses propres intérêts. Pour autant, ici ou ailleurs, dans les équipes successives, dans ses rapports personnels, le scénario est incomplet.

…Aux projections croisées

A la question posée à ses pairs de que pourriez-vous lui suggérer – desirer pour elle -, le futur coach répond : prendre soin de soi.

Sa question à elle s’adresse au chevalier et est celle de la haine de soi que semble recouvrer le rejet de son identité de conseil.

La question du chevalier en bas de la tour est celle de son ouverture aux visiteurs : du pont levis, des passerelles qu’il se garde de tendre aux inconnus et familiers.

Il est dans chaque transition une mise à distance de soi et de l’autre qui reste à franchir pour l’accomplir. Et c’est en resserrant ces distances, en groupe et en introspection, que l’expérience fugace peut donner envie d’une expérience grandeur nature, en groupe vivant, chacun dans son environnement.

Nous avions initié la journée par la visite d’une carrière : la reine s’était avancée pas à pas jusqu’à la paroi du fond ; le chevalier semblait réfléchir à son arrêt d’exploitation ; la tour admirait la hauteur de plafond. Nous n’en avons pas parlé. Rien de pire qu’un débriefing pour réduire l’expérience à néant mais une fois la journée passée ce retour sur soi au fond, cette reconnaissance des ressources ou de l’espace monumental dont chacun dispose et qui demeure, qui est davantage qu’un état ou qu’un passage entre les états : l’être soi parmi nous, ici, comme ailleurs, par delà la transition.

*Pour rappel, aucune velléité diagnostiqué ou pathologique dans cette description humaine : le refoulement de soi, ou inhibition, la haine de soi et de l’autre, dans des projections inconscientes, sont des psychodynamiques et des écosystémiques que nous partageons, et que chacun de nous dépasse quotidiennement. Le coût psychique de cette compensation consciente peut être allégé par l’accompagnement et les expériences encadrées citées en référence, pour une liberté accrue et une réalisation personnelle subjective et généreuse vis à vis du groupe d’appartenance.

Eva Matesanz Psychanalyste Groupaliste

Clara Blank

Clara Blank, ce fut un de mes premiers accompagnements. Elle souhaitait véritablement une aide à la transition. Elle arrivait du Canada, pays qu’elle avait choisi pour l’excellente éducation dispensée aux enfants. Elle a alors un petit garçon. Son époux est libanais. Électricien ou plombier. Je ne me rappelle plus exactement.
– Il peut travailler n’importe où dans le monde.
Clame-t-elle pour expliquer leurs changements fréquents, puisqu’elle-même, fille de diplomate, formée aux humanités, parcourait le monde depuis plusieurs années au gré de ses missions en ONG.
– Je suis de passage à Paris. Nous sommes au mois de juin et en septembre je serai partie, certainement au Brésil. Mon fils est chez mes parents. Mon mari dans sa famille à Beyrouth. J’ai tout mon temps pour réfléchir.

Elle se plie aux rencontres hebdomadaires. La libre parole lui va bien. Parfaitement décomplexée, elle aborde tous les sujets : son ambition, son désir, ses incompréhensions, ses projets.
Elle est claire mais aussi blanche, translucide. Son nom et son prénom lui sont fidèles.
– Je ne suis pas auprès de mon mari pour ce temps de vacation parce que ma belle famille m’ignore complètement.
Beaucoup de femmes, de tantes, de sœurs, et lui, le garçon.

Auprès de ses parents, elle est en lien très fort avec son père. C’est grâce à lui qu’elle a eu une enfance qu’elle dit de rêve. Au Moyen Orient. Tel qu’elle en parle on se croirait chez Lord Mountbatten aux Indes. Son père est effectivement britannique et ses manières sont exquisites. Sa puissance politique n’offre pas non plus de doute. Clara est d’apparence méditerranéenne, probablement du côté de sa mère, dont elle parle peu. Elle l’aime assurément pour sa discrétion et pour l’avoir aimée telle qu’elle est, exubérante et précieuse auprès de son père. Intelligente et pragmatique, elle est devenue, travailleuse et dirigiste. Ce sont des postes à responsabilité qui lui sont confiés à l’issue de ses études en sciences politiques.
– Et votre mari, est-ce au travail que vous l’avez rencontré ?
– Exactement. Il a fait quelques travaux au camp de base de l’ONG de mon passage au Liban. Il est très bel homme et très doué de ses mains. En choisissant le Brésil pour prochaine installation je redoute qu’il ne trouve pas sa place. Là bas les ouvriers du bâtiment sont de véritables pions !
– Pourquoi tenez-vous autant à cette destination ?
– La vie y est douce pour les upper class. Les résidences sont de rêve. La compagnie est exquise. Tous les privilégiés se connaissent…
– Comme au Canada…
– Je pensais trouver cela au Canada mais j’ai précipité mon départ, déçue tant de l’éducation, de qualité, certes, mais très anonyme, que du manque d’intégration dans les cercles qui me corespondent. Il est une supériorité aborigène qui m’est insupportable. Seul mon mari avait aisément trouvé sa place. Il est serviable et gentil. Rigoureux et partenaire avec ses collègues. Pas de problème pour lui. Il a accepté de renoncer à sa situation, de prendre avec moi cet espace de transition et ce temps vacant en attendant la prochaine rentrée.
– Il est rentré dans sa famille et vous dans la vôtre.
– Peut-être que le retour « au bercail » fait partie du processus. Ce sont des bergers, ses aïeuls mais je ne veux pas être méprisante.

Je ne relève pas cet élément de haine inhérent à toute passion.

– Tout processus de transition intègre un processus régressif, oui. Restons centrées sur vous. Que trouvez-vous comme objet transitionnel dans ce passage ? Comme support affectif ?
– Les discussions avec mon père tandis que maman pouponne son petit fils sans aucun doute. Cela me fait penser que je discute aussi avec vous, autrement…
– Il est là une dissociation intéressante de vos plaisirs d’enfance : les soins maternels et la séduction paternelle.
– Je me sens très adulte. Je parle à mon père d’égal à égal, dans de controverses professionnelles sans minauderie ni complaisance, et comme mon fils occupe ma mère, je ne suis pas l’objet de sa tendresse comme je ne l’aime pas.
– Oui. Il n’est aucun danger que le fantasme se réalise… Comme dans ces consultations du reste.
– C’est curieux que vous parliez de fantasme… Je ne comprends pas bien sa teneur dans votre discipline. Je ne connais que son acception sexuelle et c’est un fantasme amoureux qui motive mes consultations sans que j’ai trouvé moyen de le dire jusqu’ici.
– J’entends. – Je ne suis pas surprise ou plutôt oui, agréablement. Nous faisons escale dans le trou béant. Aux abords.
– J’ai voulu quitter le Canada soudainement car j’ai entretenu une liaison avec un homme qui est allé jusqu’à m’offrir une bague de fiançailles de grande valeur et me proposer de tout quitter pour l’épouser et devenir citoyenne canadienne, accéder aux privilèges dont il jouit… Cela m’a bouleversée. Je suis partie sans donner d’explication. Il me harcèle par Internet. Enfin pas vraiment. Mais je vis mal ses messages et ses attentions. Des pop up dans ma vie qui l’effacent par instants. Qui m’effacent moi !
– Voici une fenêtre ouverte que vous devrez refermer…
Nous sommes à la mi août. Clara et son fils vont rejoindre Lounis au Liban pour une dizaine de jours. Elle est contente de ce voyage. Elle semble aimer redevenir épouse et mère. Elle éprouve le nécessaire respect pour sa belle famille et elle a acquis une belle confiance dans le fait de mériter le même respect.
– Nous pouvons nous retrouver à mon retour et ensuite notre contrat sera rempli. Je partirai pour mon prochain destin. J’aurais plutôt envie de dire… foyer. Mon foyer. Comme c’est étrange.
Le séjour se passe à ravir. Simplement et tendrement. Aussi décidément comme Clara l’est, à propos, comme elle le recherche.

Clara conclut notre contrat et sans doute son serment personnel en précisant lors d’une dernière séance avoir renvoyé la bague par courrier recommandé à son prétendant. Elle a une place à l’ONU. C’est New York qui l’attend.
Clara y travaille toujours. Clara a fondé son foyer sans plus de transition, ni de peine perdue, ni de peine nouvelle. Heureuse expérience que je partage avec elle. Et avec vous à présent.

Lorsqu’une transition a été déçue, elle se répète, elle vous garde en transit ou alors elle se ravive lors d’une transition indûe. Certains rituels sont nécessaires mais surtout un travail en profondeur qui peut être court et précis, en groupe ponctuel et révélateur ou en colloque singulier avec quelqu’un « au clair » avec ses propres passages à vide, et assez vierge pour vous accueillir dans votre unicité et vous retourner à votre plus belle vie.

Eva Matesanz Psychanalyste Groupaliste – Journée de l’entre-deux le 31 août à Sens, en cette période porteuse des plus belles transitions, celles des réalisations.

Entre deux

L’accompagnement des transitions est l’essentiel de notre métier de #coach #consultant #formateur
La méthode, sous différentes apparences prétendument libres et modèles protégés peut se résumer au constat d’un état actuel et d’un état désiré ou souhaitable suivi de l’évaluation des moyens ou des ressources mais aussi des manques et des pertes. Cet aspect émotionnel dit de deuil prend davantage de place dans les méthodes comportementales et cognitives qui jusque là se portaient vers l’avantage prétendu indiscutable du progrès et de l’efficacité. Le constat des petits pas effectués et de ceux faciles d’accès rythme ensuite l’accompagnement et valide sa réussite.

Pourtant, une transition naturelle nous est bien plus familière. Celle de nos apprentissages infantiles, celle de notre initiation à la vie adulte, celle de nos premiers choix professionnels et amoureux, celle de la paternité, celle de la prise de responsabilités ou d’initiatives créatives, celle de l’âge mûr, celle de la transmission accomplie. Nos clients et nous mêmes ne figeons pas d’une conception théorique et d’un suivi de projet ces véritables transitions.

Cassandre est maîtresse suppléante. Elle est appelée à remplacer la titulaire d’une classe double CM1 – CM2 dans la région toulousaine à l’issue du confinement. Elle prend de suite conscience de l’enjeu du passage au collège pour certains de ses étudiants. Pour les autres, après l’école à la maison, ces quelques semaines de classe sont l’occasion de retrouvailles et de quelques rappels des basiques de l’année en cours, pour se rassurer et partir en vacances en attendant le CM2, de retour dans le même établissement et les mêmes habitudes rassurantes.

Cassandre reconnaît la perte de repères des futurs collégiens, les doutes qui ont surgi pendant la période de crise sanitaire, les incompréhensions sur des sujets académiques rejoignent aisément les incompréhensions vitales et les incertitudes futures. L’enseignement varie peu mais cette reconnaissance et l’accueil de la parole, des questions, des représentations et des émotions aussi mouvants et divers, contradictoires et massifs soient-elles, modifie notablement sa mission.

Cassandre sait créer un espace et un temps transitionnels. L’école s’efface, le collège se dessine à grands traits, et ces enfants sont heureux de vivre au présent et non pas craintifs, colériques ou attristés dans cet entre-deux et peut-être à jamais.

entre les mains de Cassandre

Chacun dispose de ses propres « objets transitionnels » : ses rituels, ses besoins internes et relationnels, sa curiosité, son rythme. Imposer une méthode et un avancement collectifs nuit à l’intégration de ce passage. S’il n’est pas intégré, il n’a pas eu lieu et les prétendus retour arrière ou « élastiques » en langage coach ne sont que des fixations, intemporelles, d’aujourd’hui comme d’hier. De plus, il n’est pas de retour d’expérience mais une répétition de schémas installés sans esprit critique. Un nouvel environnement, d’autres outils, d’autres relations peuvent donner l’impression d’un changement. Mais en sixième à 11 ans ou à sa sixième mission à 41 ans tout en suivant à la lettre le programme, vous êtes malheureux au fond.

Avec André de Chateauvieux nous aimons nous saisir de cette période de transition généralisée, d’après covid, de prévision des effondrements successifs, économique, social, écologique et politique, dans le désordre, pour consacrer une journée atelier de vie et de formation à l’accompagnement de la transition, celle de nos métiers comme celle de ceux que nous accompagnons. Et si certains sont en CM1 ils peuvent toujours y assister. La transition est un état d’esprit qui bâtit une existence pleine, à chaque instant, avec nos proches, avec nos ressources et selon nos choix conscients et notre désir inconscient. Notre affectivité profonde s’exprime en continu sans tics et sans tocs, sans deuils insurmontables, sans choc. Chic alors ! Rejoindrez vous le mouvement ?

Le 31 août de 10h30 à 17h30 à une petite heure de Paris (50 minutes par le train de Bercy), en atelier de campagne buffet de midi compris. En duo d’animation masculin-féminin toujours. Participation financière individuelle de 240 euros.

L’été vivier

Plus que jamais cet été aura été celui de la pause et de la présence, du mouvement sur pied à la façon du vivant heureux. Fini les déplacements et la course au temps perdu. Fini le temps arrêté et le confinement forcé. Il ne reste que la crise. Et la crise est une opportunité dit-on pour se vanter.

Cette crise est un redevenir.

L’avez-vous emprunté ? C’est sans retour. Votre seul bien.

Mon bien

À l’endroit même de mon travail régulier, choisi au loin des civilités, proche des sollicitations qualifiées, au rythme de la nature, entre averses et canicule, idéer et rêvasser, un prochain décours de mon existence, des abandons d’activités : accompagner toujours mais sans me perdre avec eux. Qu’ils viennent à eux tels qu’ils se sont évités. Tels qu’ils peuvent se trouver. Chez moi.

NoS biEns communs

Chez moi la réalité est un régal. Je l’ai appris. Je l’ai compris. J’aime le partager. Ma réalité psychique et la réalité physique, j’en suis bien heureuse. Quelques estampes au hasard de ces jours de rien et de plein. De Paris à Sens. Du banal au sens premier : communal. Et nous, voisins, auprès des autres et de ces paysages, intimes et étendus à perte de vue. Et nous infimes particules d’un vivier. De terre et d’esprit.

L’île Olive sur la Seine
(nous sommes à 1 petite heure de Paris)
La vallée de l’Oreuse
(Nord de l’Yonne, Sud du bassin parisien)
Le couchant de ma fenêtre
(La Borde est le joli nom de l’asile choisi)
La mare de la maison
La forêt au bout de mon allée
Les poussins nés du confinement
Des fleurs et des fleurs sans cesse
Du cœur et de l’esprit
La vie