Happy Days Happy APP : la formation 100 % expérientielle à l’analyse de pratiques professionnelles

L’analyse de pratiques réunit des professionnels qui font un métier avec une forte composante relationnelle (manager, coach, consultant…) et qui détiennent un savoir-faire issu de l’expérience, en construction permanente.

Happy Days ! C’est un cycle d’Analyse de Pratiques professionnelles animées en duo et à la campagne. Trois journées en groupe apprenant, pour animer vos groupes plus au naturel.
L’analyse de pratiques réunit des professionnels qui font un métier avec une forte composante relationnelle (manager, coach, consultant…) et qui détiennent alors un savoir-faire issu de l’expérience : singulier, subjectif et toujours prêt à se déconstruire et se reconstruire au fil du temps et dans les situations critiques.
Aussi chaque praticien est-il invité à décrypter en petit groupe ses modes d’action et de décision pour les comprendre et les réintégrer, plus libre alors des doutes et des affects qui imprègnent sa pratique. Et il en résulte une réflexion toujours plus nuancée en situation et des ressentis plus justes qui participent aux accordages humains.

  • Le calendrier : 27 mai, 17 juin et 1er juillet 2019, de 10h00 à 17h00
  • Le lieu : l’Atelier des Jardiniers, près de Sens (à 1 heure de Paris-Bercy par le train)
  • Le tarif : 600 € HT. Règlement à l’inscription : Eva Matesanz & André de Chateauvieux

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Eva Matesanz et André de Chateauvieux, après des parcours de management d’équipes et de direction de projets en entreprise, accompagnent les groupes dans leurs démarches d’innovation, supervisent les coachs dans leurs pratiques professionnelles et enseignent à l’université pour des cursus de formation au coaching (Cergy-Paris et Paris 2 Assas). Ils animent des cursus singuliers (La Compagnie des superviseurs, Les groupes de pratiques collaboratives…), ils créent des ateliers pour les fédérations de coachs (EMCC International, SFCoach, ICF Nord) et ils publient en continu sur leurs travaux et leurs pratiques.

La place de la latence dans l’accompagnement de transition individuelle

Ce temps de latence que les accompagnateurs de transition s empressent de combler est d’abord le leur qu’ils chercheraient à fuire.

La transition s’assimile souvent à une mise en mouvement, d’une situation à une autre.  Elle est, pourtant et avant tout, une pause psychique permettant une véritable réorganisation intime. Nous l’avons développé dans le post précédent. Chez chacun de nous cette pause a pour prototype celle effectivement engagée entre 6 et 12 ans : la période de latence.

En transition, vous vivez un équilibre manifeste tandis que vous vous formez, vous faites de nouvelles rencontres et vous découvrez des voies de sortie toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Mais il sera toujours temps. Le temps ici est à la pause.

Vous deviendrez indépendant ou employé à bon escient. Vous ferez le choix de l’expertise ou du management. De la grande, de la petite structure ou du réseau.

Tout semble possible à nouveau tant qu’une nouvelle adolescence, le choc de la réalité, le temps des renoncements et des responsabilités, ne mettra fin à cette latence retrouvée à l’occasion de l’échéance certaine d’une fin de droits ou de congé.

Ce qui vous permet et permet à chacun de dépasser ou du moins limiter l’angoisse du passé, l’anxiété d’un avenir incertain, c’est une position défensive engrangée entre 6 et 8 ans : le renversement en son contraire.

Le retournement possible d’un entre-deux

L’enfant qui a peur se montre courageux ; celui qui est timide, se laisse gagner par les rires et par le jeu ; les rivalités de la petite enfance contournent la pente de la jalousie haineuse à la faveur des complicités ; l’amour exclusif dévorant se mue en tendresse et fierté.

L’adulte qui a fondé sa vie professionnelle sur l’exécution et l’obéissance s’essaye à la créativité et devient activiste auprès de ses partenaires métier. Celui, fort contributeur en équipe, se lance sur un projet personnel, d’écriture, sportif, constructif. Mais c’est surtout au niveau de l’humeur que cela reprend la stratégie défensive d’une enfance contrariée car il faudra la quitter.

Les 8 à 12 ans redoublent d’obéissance et de docilité. Ils tiennent à plaire aux parents ou plutôt à éviter de déplaire.

L’envie de réussir n’est pas primordiale. La peur est de ne pas compter ne rien peser. Ceci en phase de transition adulte est l’ordinaire du quotidien évoqué. L’inconscient est envahi de tensions psychiques. L’exigence interne est bien plus forte que les exigences externes même si par projection on les rend démesurées : j’ai un mémoire à rendre, je ne suis pas sûr d’obtenir l’accréditation, les autres personnes en transition que je fréquente en réseau sont tellement plus intelligentes, mûres, sûres d’elles.

L’enfant se déprécie de l intérieur sans le dire. Il a besoin de paraître surtout devant lui même. Il ne veut pas de miroir fidèle. Il craint de perdre l’affection, la sympathie du moins de son accompagnateur présent lorsqu’il est adulte et enfant.

Comment permettre l’abandon de cette attitude de transition et retrouver toute la complexité  de la pensée et des sentiments ?

Les comportements sociaux peuvent devenir naturels, compatibles avec l’intime et inaliénable conviction, ou épuiser le sujet. Le succès du pur coaching s’ensuit de dépression. Seul l’accompagnement au plus près, la reconnaissance des difficultés soulage et prépare le temps des accomplissements. L’acceptation des erreurs, la confiance en des réalisations à venir au risque de déplaire enfin, et déplaire aujourd’hui déjà à l’accompagnateur choisi, tout ceci engage et réengage dans la vie. L’accompagnement assez bon est subtil, continu et léger à chaque instant.

Ce plaire et ce déplaire ne sont pas de l’ordre de la séduction. Ces modes de relation n’érotisent pas l’objet. L’objet sexuel de l’enfant du premier âge était le parent, celui qui subvient à ses besoins et qui lui apprend le plaisir et le déplaisir ce faisant. Le désir n’est plus le besoin.

Lorsque l’objet sexuel n’est plus sexuel il devient objet d’identification. Et le désir devient désir d’œuvrer et de créer comme d’autres le font.

Work in progress but work

L’enfant de la latence selon la référence qu’est le vocabulaire psychanalytique établi par Laplanche et Pontalis est l’enfant de la distance, de la pudeur, du dégoût qui s’installe pour refuser de son propre corps tout ce qui pourrait lui donner satisfaction libidinale. Cette période de latence sexuelle est une pause psychique entre deux périodes intenses : celles de la petite enfance et de la grande adolescence. L’immaturité biologique semble expliquer ce temps d’arrêt et la fin du désir œdipien.

« …l’absence persistante de la satisfaction espérée, la frustration perpétuée de l’enfant qu’il espère (enfanter), contraignent le petit amoureux à renoncer à un sentiment sans espoir  »

Il a été tout, il ne l’est plus et il ne peut pas offrir le tout au parent adoré. C’es dans une de ses lettres à Fliess que Freud se confie ainsi.

Secondairement, les formations sociales, l’éducation, les limites imposées par les parents qui vivent leur sexualité ailleurs qu’avec l’enfant, se conjuguent au petit surmoi de l’enfant, l’instance de régulation interne.

Rien de tel est nécessaire lors des latences adultes et pourtant elles se caractérisent de mon expérience clinique, au cas par cas, par une baisse de la libido, par une recherche de l’autre qui cherche avant tout à préfigurer l’autre en soi.

Que les accompagnateurs – coachs de transition mais aussi les professeurs de tant de professionnels réengagés dans une formation, les tuteurs de l’entreprise ou des organismes sociaux, RH et conseils – que ceux qui côtoient de près ou de loin ces aventuriers méditatifs ne se trompent pas. Ce n’est pas le manque d’envie qu’ils expriment dans le peu d’intérêt qu’ils leur dédient ou plutôt qu’ils dédient à leur personne. Il ne s’agit pas non plus d’une stratégie ou tactique de recherche d’un rapprochement physique à la hauteur de l’investissement intellectuel ou pragmatique ou les deux. Regardez vous en premier.

Tous, enfants de la latence

Ce temps de latence que les accompagnateurs s’empressent de combler est d’abord le leur, qu’ils chercheraient à fuir faute de l’avoir à leur tour retourné dans tous les sens qu’il permet. Ce temps de latence est bel et bien pour eux un temps de psycho analyse, de mise au point de leurs affects refoulés. Et s’ils renversent en son contraire dans une latence au contraire prolongée, dont ils ne sortent pas depuis l’âge indiqué, il est temps pour eux de revenir aux élans sexuels assumés pour les placer hors terrain professionnel.

Ceci n’est pas une critique ou même une attaque, agressive. Ceci est mon choix de superviseur sur le champ professionnel, différent de ma responsabilité de psychanalyste dans le privé. La psychanalyse est un choix inaliénable, la supervision est un devoir inaliénable aussi. Puissent ces quelques lignes éclairer les accompagnateurs et les accompagnés en transition ce qu’ils vivent intimement, et faciliter leurs relations, véritable moteur nécessairement affectif du changement.

Les épreuves pour grandir, un modèle vivant de transition

Vous reconnaissez vous dans ces peurs de lâcher le connu et aimé et voyez vous peu à peu que vous le gardez en vous ? Objet transitionnel. La transition opère, oeuvre en vous. Pour mieux emmener vos connaissances et affects sur d’autres terrains et dans d’autres relations et aussi dans la relation avec vous. Courageux, résolus, comme l’enfant adorable de 8 ans, souvenez vous.

J’ai assisté au Séminaire Psychanalytique 2019 de la société du même nom, Séminaires Psychanalytiques de Paris, leaderés par Juan David Nasio entouré d’une équipe de grande valeur intellectuelle et humaine.

« Les épreuves qui font grandir » font référence aux épreuves fondatrices de toute vie humaine que sont la naissance le sevrage, l’Oedipe et l’abandon définitif de l’enfance pour entrer en adolescence. Dans la sexualité adulte.

La séparation, la dépendance, le désir et le renoncement à la toute puissance trouvent lors de ces quatre épreuves premières le prototype des épreuves que la vie va représenter inlassablement : les moments de deuil, ceux de subordination voire de soumission, les parcours conquérants et ceux de transition, vides de sens dans leur essence même qui est celle de ne pas aboutir tant que de transition il s’agit.

J’étais venue essentiellement pour Christian Pisani dont j’admire la pratique, la capacité réflexive et l’ouverture et la profondeur qu’il sait donner aux quelques notions partagées dans l’univers jamais assez théorique et jamais certain qu’est la psychanalyse.

J’ai découvert Harry Ifergan qui fait de la période dite de latence de 6 à 12 ans, épreuve ultime, fabuleuse d’un abandon à vivre, la période la plus active et méconnue qui soit et qu’elle le reste pour longtemps.

Délices d’un jardin secret premier qui peut permettre tellement d’autres retraites en bien d’autres jardins la vie durant.

Je vais en parler à ma façon. Certains étayages viennent de lui mais c’est moi qui veut faire ce récit pour les personnes en transition que j’accompagne et qui se reconnaîtront.

L’image choisie pour cette période de latence est un dessin de la main de ma soeur sur une photo de ma plus jeune soeur de mon plus jeune enfant, 19 ans à présent. Elle sait jouer et rejouer de la latence admirablement.

Latence, 2019
Elisa Paillot par Monica Matesanz sur une capture de Maria Matesanz

Harry Ifergan focalise particulièrement sur l’entre deux : entre l’Oedipe qui représente le fantasme du sexuel et la reaffirmation narcissique et la vraie latence qui s’installe avant l’adolescence. Cet entre deux de latence active est celui de six ans à huit ans.

De six à huit ans

Le corps à corps parental reste présent, l’imaginaire est toujours fort mais il côtoie la réalité plus aisément, les apprentissages prennent la dimension du plaisir plutôt que de la contrainte mais déjà l’enfant imagine les véritables contraintes de la séparation et de sa vie : ses propres choix réduits qui seront d’abord des goûts de collégien avant de rentrer dans des choix d’orientation et d’amitié jusqu’à la  » bande à part  » : la veritable nouvelle génération dans lequelle il s’inscrit.

La vie diurne, manifeste, est celle d’un enfant qui connaît de mieux en mieux ses obligations et ses possibilités. Il joue, il travaille, il aide, il se pose et il se mobilise à bon escient la plus part du temps. Les pointes émotionnelles, les impulsions et les oppositions semblent en effet s’apaiser, rentrent en latence effectivement. Tout ceci réapparaîtra, nous adultes le savons bien, avec une intensité féroce chez l’adolescent.

La vie nocturne est celle qui donne à voir tout le travail psychique qui s’effectue. Plus dense que jamais. Plus exacerbé aussi. L’enfant « deale » littéralement avec tout ce qu’il a engrangé comme substance grise dans sa courte vie.

Ce n’est pas nouveau : entre 2 ans et 4 ans il faisait de ses éprouvés et de ses découvertes un puzzle géant qu’il devait recomposer à chaque nouvel éprouvé intime ou vécu affectif. Les grands chamboulements que peuvent être un déménagement, un divorce, une naissance, la perte d’un parent le plongeaient dans un éclatement massif de ce puzzle qu’il reconstruisait à la vue de tous de jour en jour, avec les maladresses et les pirouettes qu’on peut lui reconnaître encore une fois adulte. Le traumatisme laisse des traces.

Entre 6 et 8 ans l’enfant n’a plus la prétention de pouvoir former un puzzle. Il ne tient plus rien. La toute puissance l’a lâché. Et les pièces aussi se perdent dans un refoulement actif. L’amnésie infantile compense et régule la capacité de mémoire et décision qui caractérise notre seule espèce animale.

Entre 6 et 8 ans l’enfant cherche avant tout à pouvoir adopter et s’approprier le mode d’articulation de ce qu’il a vécu selon ses propres choix pour pouvoir le rapporter avec aisance sur ce qu’il vit et vivra encore : la séparation, les nouveaux accordages, le désir singulier et la solitude à laquelle il aboutit.

On trouve dans ses rêves et dans ses fantaisies les peurs fondamentales et les images récurrentes que voici.

L’irruption du voleur dans la maison est le rêve ou la fantaisie la plus fréquente. Il s’agit plus concrètement de son ravisseur qui règle d’un seul coup tous les problèmes de l’abandon de ses parents, du départ dans le monde aux côtés d’un bon brigand, du désir qu’il projette aisément sur lui et ses réalisations hardies et de sa différence aussi. Les touches dramatiques des parents ligotés, du sang versé ci et là, des complicités et des trahisons permettent à chaque enfant de vivre son scénario très personnel, de remuer ses affects à la hauteur de ce que le fait de grandir lui cause effectivement comme remous de conscience et d’inconscient. Ces fantasmes primaires violents et sexuels, dans la dévoration du sein, le meurtre du père, finissent de se ranger dans l’oubli.

Au fond il s’agit de « savoir » comment continuer à aimer et comment se sentir encore aimé sans avoir à rester « proche » des êtres aimés absolument que sont les parents. Sans s’imposer la proximité physique ni identitaire non plus.

D’autres peurs s’affinent pour chacun :

Peur de perdre l’amour maternel.
Perte effective des parents lorsque par exemple le père est pilote de loisir ou la mère conductrice assidue pour son travail.
Crainte d’avoir autres parents.
Enfant qui n apprend pas à lire et écrire pour ne pas apprendre sur des papiers administratifs ses véritables origines.
Peur de ne pas être aimé.
Peur de rester seul à la maison.
Les tics, la bougeotte révèlent la tension psychique en des lieux inconnus.
Peur de rester seul à la maison aussi.
Peur que se réalisent les horreurs vues dans un film ou dans un jeu vidéo.
Le dénuement et la pauvreté dans la famille ou dans la rue et le sentiment de protection disparaît.
Les disputes entre les parents alimentent la fantaisie de scission.
Crainte aussi des groupes d’amis, des préférences en leur sein, des bandes et des fâcheries.
Les réactions imprévisibles des parents sont un coup de tonnerre dans le ciel serein de cette période.
Ou alors c’est l’enfant qui provoque les parents sans s’en rendre compte pour trouver l’apaisement à ses tensions.

Si les parents peuvent s’identifier à l’enfant du temps où ils étaient eux mêmes enfants, ils pourront l’accompagner lui signifier que son vécu est familier et meme universel, qu il le relie à eux en même temps qu’il le sépare.

Autrement l’enfant passera à des comportements spécifiques véritablement anormaux en cette période de réorganisation patiente comme par exemple des régressions (euneresie, anorexie) et des violences (scarification, maladies, accidents).

Dans la vie, d’autres périodes de crise et de transition auront lieu qui pourraient faire resurgir ces incompréhensions de cette période unique, non soumise à des conflits affectifs déterminants comme celui de l’amour et de la haine du père et de la mère, deux tuteurs, deux jambes pour avancer, dans le sentiment et dans l’effort la haine devenue rivalité saine ; ni à des enjeux narcissiques majeurs, ceux qui verseraient dans l’effondrement et la disparition. Ces périodes peuvent bénéficier de l’accompagnement d’un professionnel qui écoute les fantasmes autant que les écueils relationnels et identitaires, mais surtout les fantasmes. Pour cela la psychanalyse du coach est une traversée personnelle qui enrichit autant sa personnalité que son action.

Et pour ce qui est des patients cités en exergue « qui se reconnaîtront » vous reconnaissez vous dans ces peurs de lâcher le connu et aimé et voyez vous peu à peu que vous le gardez en vous ? Objet transitionnel. La transition opère, oeuvre en vous. Pour mieux emmener vos connaissances et affects sur d’autres terrains et dans d’autres relations et aussi dans la relation avec vous. Courageux, résolus, comme l’enfant adorable de 8 ans, souvenez vous.

Ne m’appelle pas

J’ai lu ce chapitre le soir de mon intervention auprès des coachs, thérapeutes et managers, tous Capitaine, qui seront issus de la promotion 9 du DU Exécutive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise.

« Le passé, c’est pas un cadeau. Moi, je vis avec et j’ai appris depuis longtemps à le passer sous silence. Et voilà que tu arrives avec tes questions. Pour tuer le temps, et un diplôme dont tu n’as pas besoin. On en était où avant que tu piques ta colère ? Patiente un peu. Un jour, la vie, elle te donnera les vraies raisons de te mettre en colère. Et tu t’étonneras de la violence en toi. Regarde-toi. Tu es belle. Tout va bien dans ta vie. Jusqu’ici tu n’as connu que des contrariétés. De faux soucis. Des souffrances de conte de fées. Écris-le à ton directeur de programme qu’au pied du Morne Dédé habitaient les Sajou. Des gens bien. À la époque, il n’y avait ici que des gens bien. M. Sajou, il avait quatre femmes pour lui tout seul. La mère et ses trois filles qu’il violait chacune à leur tour. Puis est venue une cinquième. Jolie comme ses sœurs. Ce n’est pas toujours une chance de grandir en beauté. Les autres voyaient venir le père. Un soir, l’aînée s’est barricadée dans sa chambre avec la benjamine pour la protéger. Le père Sajou a défoncé la porte et il a distribué des baffes avant d’enlever son pantalon. Alors, tandis qu’il travaillait la petite, l’aînée lui a crevé le tympan avec un clou. Un de ces gros clous avec lesquels on fixait les tôles en prévision de la saison des cyclones. Puis elle est allée dans la chambre principale où pleurait la mère et elle l’a battue à mort. D’avoir trahi son propre ventre. La chair de sa chair. Avec un rouleau de pâtisserie. Celui qui servait à préparer les gâteaux pour les anniversaires et les fêtes de famille. Après les policiers sont venus et l’ont enfermée dans un asile où sa rage n’est jamais tombée. Jusqu’à sa mort, dans sa cellule, elle a continué à faire une bouillie du visage de sa mère. Voilà ce que c’est que la rage. Et le petit Edouard qui se faisait battre par ses condisciples tous les jours à l’école. Le père, un malchanceux qui n’a jamais pu faire mieux qu’assistant chef de service, se vantait d’avoir un ancêtre signataire de l’acte d’indépendance et venir d’une lignée qui n’admettait pas la lâcheté. La famille ne crevait pas de faim, mais ne menait pas grand train. Deux filles, un garçon, et l’épouse qui ne travaillait pas. Les repas étaient maigres et les chaussures usées. Ne restaient que la dignité et la légende de l’ancêtre qui avait vaincu les colons pour se donner de la valeur auprès des voisins. Les pleurnicheries du fils et les ragots rapportés par les gamins du quartier sur ses déboires quotidiens au collège des pères spiritains versaient de l’ombre sur la légende. Un jour, pour faire comprendre à ce fils poule mouillée qu’on ne doit pas salir une image, surtout quand c’est tout ce qu’il nous reste, le père Edouard a enfermé son rejeton dans une pièce, en ordonnant à sa femme de ne pas se mêler d’une affaire entre deux hommes, descendants d’un héros, et il lui a foutu la raclée de sa vie en lui criant qu’il ne se tuait pas au travail pour envoyer un tambour dans la meilleure école privée du pays, que lui n’avait pas eu cette chance et avait fait ses humanités dans un lycée public où l fallait se battre pour trouver une place sur un banc. Le petit Édouard n’a pas pleuré… Fanfan a bien su sa leçon… Et le lendemain il n’a pas pleuré quand usant d’un compas, il a crevé l’œil du premier condisciple à s’approcher de lui. Apres ce geste, même son père a eu peur de lui. Ça se voyait sur son visage qu’il avait la rage. Que sais-tu de la rage ? Le passé, le présent, là où sévit le manque, c’est l’histoire secrète de la rage. si tu ne peux pas entendre ça, ne reviens pas. T’es fausses vertus. La charité bien ordonnée que ta mère a bien dû t’enseigner. Ton Dieu, peut-être, avec lequel tu mènes une conversation personnelle qui ne t’engage à rien en ce qui concerne les autres. De là où tu viens, les autres n’existent que lorsque vous avez quelque chose à leur prendre. »

Ne m’appelle pas Capitaine, chapitre neuf, Lyonel Trouillot, Actes Sud 2018

Ce livre est dédié aux morts
et à toi,
comme à tous ceux qui eurent le choix
un soir entre faire vivre ou regarder
mourir

J’ai lu ce chapitre le soir de mon intervention auprès des coachs, thérapeutes et managers, tous Capitaine, qui seront issus de la promotion 9 du DU Exécutive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise. Et je me suis dit, c’est cela que nous avons réappris ensemble, à accompagner la rage de vivre avant qu’elle ne nous dévore.

Pulsions, idéaux, mises en lien, en moi et en mot, les apprenants se reconnaîtront. Et moi je continue mon cycle en école libre « les invisibles », en before work les 4 et 18 avril, les 16 et 31 mai. Les inhibitions inconscientes sont la priorité après une première session 2019 en mars dédiée au « traumatisme ordinaire » et à la résilience.

Les métiers de l’humain mettent sur le métier l’humain en vous, toutes écoles de pensée confondues. Tant que ça palpite en dessous. Et que la patience de vivre irrigue ce cœur en chœur ensemble.

 

En image de couverture Port-au-Prince, Haïti où se déroule cette a-fiction.

Invisibles

En « before work » du jeudi, avec différents thèmes vous permettant de faire le tour des contours de votre existence pleine. Ce travail vaut supervision pour ceux dont le métier est d’accompagner et voir pour soi et pour les autres au naturel, leur permettre de voir enfin.

Vous faites partie de ceux qui « passent bien ». Vous avez une capacité d’adaptation reconnue. Vous ne posez pas de problème. Vous êtes « contributeur » et même « fort contributeur ». Oui. De ce que vous êtes ou vous avez. De façon légitime et parfaitement justifiée, pour corriger, pour améliorer ou compléter ce qui ne change pas. Vous n’êtes pas attendu sur ce que vous n’êtes pas ou vous n’avez pas. Ce qui pourrait tout changer. Ce que vous aimeriez développer si vous osiez et que quelqu’un ou quelques uns vous faisaient naturellement confiance.

Vous faites partie des « invisibles » du collectif de travail.

Venez travailler en collectif le désir de visibilité au sens large.

Ce qui nous brouille ce sont des organisateurs inconscients de notre vie et de nos rapports.

Venez découvrir les vôtres et ceux des autres.

En « before work » du jeudi, avec différents thèmes vous permettant de faire le tour des contours de votre existence pleine. Ce travail vaut supervision pour ceux dont le métier est d’accompagner et voir pour soi et pour les autres au naturel, leur permettre de voir enfin.

Quelques organisateurs inconscients :

Les groupes internes : vous avez internalisé un modèle de groupe qui limite votre participation aux groupes que vous fréquentez ou que vous formez.

Les projections « outgroup » : vous laissez en dehors une bonne partie de ce qui vous effraye et vous stimule, vous remettez à un ailleurs ou à un plus tard ce qui pulse en vous : la vie, la création, le goût des autres.

Des inhibitions que vous n’imaginez pas avoir : le phénomène de l’inhibition n’est pas celui d’un retrait douloureux. Il s’agit de pans de soi laissés aux autres avec la confusion des vécus que cela représente. Inaliénable et nouveau, tel est votre apport au monde. Et le bonheur est de cet ordre.

14 mars, 4 avril, 18 avril, rejoignez-nous au printemps.

Inscriptions et information matesanz@orange.fr

Image de couverture « Invisibles » l’exposition au palais de Cristal de Buen Retiro, Madrid.

Jaume Plensa, 2019

 

La psychanalyse en groupe, une analyse résolument contemporaine bénéfique à chacun de nous

Une société qui est fondée sur le lien et la collaboration pour dépasser des réalités complexes (le progres destructeur, la mondialisation et ses interdépendances, la guerre continue et les migrations) suscite des phenomenes de groupe très profonds qu’il est possible d’analyser autrement que jusqu’ici cela a ete fait, par des constat constats et des modèles scientistes, passifs. La psychanalyse de groupe nous concerne tous.

DG de l’association ASM13, Françoise Moggio ouvre le 1er colloque sur le thème de l’analyse ultime du groupe, de ses soubassements psychiques et affectifs, à niveau international, avec la participation de praticiens éminents de la Tavistok Clinic de Londres et du Centre homologue d’Athènes dont l’intervenant auteur de l’introduction qui va suivre est issu.Le partage est mené sous la forme de la Confrontation clinique, de l’analyse de cas et de la controverse professionnelle qu’ils suscitent. En psychanalyse, la clinique, la pratique, produit le matériau à partir duquel se construit la théorie.

L’Essor de la psychanalyse en groupe répond au besoin de représentations de l’organisation personnelle et collective.

Une société où dominent les projections et la mise en acte rend de plus en plus difficile l’analyse du transfert, de l’affect et des fantasmes, en rencontre interpersonnelle, en psychanalyse intime. L’expérience multi-personnelle sert à la compréhension de chacun.

Une société qui est fondée sur le lien et la collaboration pour dépasser des réalités complexes (le progres destructeur, la mondialisation et ses interdépendances, la guerre continue et les migrations) suscite des phenomenes de groupe très profonds qu’il est possible d’analyser autrement que jusqu’ici cela a ete fait, par des constat constats et des modèles scientistes, passifs.

La psychanalyse de groupe nous concerne tous.

Table ronde Intérêt et limites de la psychanalyse de groupe un siècle après sa création

Klimis Navridis aborde le cadre historique et le retour d’expérience.

Intérêt et limites pratiques groupales en milieu institutionnel

Grandes réformes psychiatriques du XX éme siècle – fondateurs

Le Petit groupe apparaît dès les fondations de la psychanalyse.
Initialement dans le Cadre psychiatrique hospitalier.
Bion et Foulkes, Ezriel en Europe.
Pichon Rivière Buenos aires.
La théorie psychanalytique se met à l épreuve du social et du préœdipien.

Bion et Foulkes, les pionniers :

Stupéfaits par leurs découvertes lors de l’expérience de Northfield pour la rééducation et la réinsertion des trans traumatisés de la Grande guerre.
La Composition multipersonnelle :

– Fait apparaître toute la complexité et la conflictualité de la réalité intrapsychique
– Genère des Phénomènes et dynamiques complexes

Il fallait une « extension », selon le terme finalement adopté par Käes, de l’ecole française, avec la révision de certaines notions et la création de nouvelles notions.
Les notions revisitées ont été celles de Transfert, objet, lien. Le transfert s’adressait à une figure de référence, prise pour les figures d’originé maternelle et paternelle. Ces figures sont des « objets psychiques » pour le sujet. Le lien est un lien affectif et cognitif, une demande d’amour et de savoir essentiellement « qui je suis ».

Le changement de cadre obligé à revoir des notions émergées dans un cadre différent.

Le dispositif groupal peut permettre de revivre des expériences refoulées et des émotions intenses. Il convoque un Affectif immédiat et pas uniquement un narratif qui ouvre sur cet affectif.

Dans la cure-type, unipersonnelle, l’Analyste reçoit des parties clivées du monde interne. Niées et pourtant agissantes au quotidien. L’interprétation permet à l’analysant de se les reapproprier.

Dans le groupe d’autres expriment verbalement ou dans l’acte des parties de l’émotion refoulée de chacun.

L’Objet interne est présent en tant qu’objet externe. Ceci met en difficulté certains participants qui seulement par la persévérance dans le lien pourront se reapproprier leurs pensées et leurs émois enfin réorganisés. Les nouveaux concepts sont ceux des enveloppes psychiques successives, du moi, de nous, du meta-cadre qu’est l’institution ou l’entreprise, et ceux des organisateurs que sont essentiellement les fantasmes qui agissent le groupe et qu’il va être possible de déplier dans le temps pourvu que le lien tienne. Le rôle de l’analyste, des co-analystes souvent, et d’encadrer le processus qui permet un tel dépliage plutôt que de laisser le fantasme envahir et détruire aussitôt.

 

Points clés de la spécificité de cette offre

1 Un cadre fiable et solide de réunions régulières permettant effectivement une sécurité et une liberté de parole avec l’accueil inopiné de transferts dissociés, agressifs et symbiotiques.
2 La possibilité de diffraction de ces affects sur les différents protagonistes y compris le groupe entier sans que personne s’en défende durablement.
Les mouvements transférentiels, les déplacements d’affects permettent la co thérapie, provoquent un travail de liaison intrapsychique progressive entre parties qui jusque là s’ignoraient.
3 ) Un lieu de reconstruction ou construction subjective par le dépassement des menaces et des angoisses surgissant des incorporats archaïques d’intrusion et d’effraction (vécu lors des premiers soins). Un lieu de dépôt en somme des parties non symbolisées de la psyché.

Des difficultés surgissent aussi. Le groupe n’est pas seulement matriciel, réceptacle, comme le voyaient Foulkes et Anzieu au prolongent du moi peau théorisé par ce dernier. Il est stimulateur comme l’ont su Kaes et Bion. Il est excitant. La présence réelle des menaces imaginées réveille de l’excitation ou bien paralyse, fige et retranche derrière des résistances.

Crainte de dépossession de la conduite
Crainte de la déstabilisation de la déstructuration psychique
Résistance à entrer dans un travail transférentiel dans lequel chacun est concerné, sans dérogation

De plus le groupe est lui même un incorporat au sein du cadre plus large économique et sociétal. Il est une crainte de devenir et demeurer un objet étranger non intégrable.

Comment concilier liberté expression et confidentialité sécurité

L’Animateur a aussi ce rôle d’interface, un rôle pas tant secret que discret, partageable. Nul besoin de leaders, besoin de médiateurs. Il s’agit de permettre tout un travail de pensée entre enveloppes emboîtées, entre parties clivées, dans un climat affectif primaire de persécution, de dépendance, plus que jamais. Sans une guidante, une prescience.

Learning from experience, apprendre par l »expérience selon Wilfred Bion.
Apprendre la psychologie. Développer nos capacités psychiques ainsi.
Ne pas développer en toute inconscience une Psychopathologie partagée, un lien par l’adversité comme celui des Gilets Jaunes, des femmes réunies en Metoo réducteur.

Reconnaitre individuellement la difficulté d’être humain auprès d’autres humains auxquels reconnaître l’humanité imparfaite.

Les animateurs, médiateurs, fournissent un travail inter-séances de groupe effectivement réuni, de corps et d’esprit, un travail d’analyse sincère de leurs propres affects croisés. Les vrais leaders d’une société contemporaine sont ceux capables de se livrer entre eux sur leurs responsabilités considérables et si réduites a la fois a l’échelle d’un seul.

Mettre de « l’ambulatoire » en groupe dans votre ambition de changement « corporate »

Le propre des groupes « ambulatoires », ceux dont les participants ne sont pas réunis sur leur lieu du travail ou bien dans l’extension de ce lieu que peut être un séminaire de formation interne est d’adresser de front la difficulté de s’y engager, de se rendre effectivement au lieu et à la rencontre d’un intervenant extérieur ET de participants extérieurs, étrangers à soi-même. L’illusion du corps social partagé est abattue au profit du réel du monde, du réel en soi, l’incommensurable abîme et la fuyante trajectoire que cela engagera.
Déambuler jusqu’au groupe, aux abords du groupe, puis, marcher droit dans le « moi » faire « nous » et faire ensemble, là est tout le travail.
Il est donc bien naturel de nous former auprès de ceux qui analysent en profondeur aussi le sujet seul – irremplaçable, inaliénable et profondément aliéné dans le sens du manque de lien avec lui-même, de par l’ignorance ontologique que provoquent (1) le refoulement entre conscient et inconscient, (2) les clivages entre l’acceptable, pour narcissisant, et inacceptable pour asocial -, les mêmes qui permettent l’analyse du sujet en groupe, le sujet en lien sans que cela ne soit pas donné par le partage d’un temps et d’un lieu.

L’analyse en groupe

La psychanalyse en groupe en plein essor, colloque ASM13

Ce vendredi et samedi 1er et 2 février les psychanalystes de groupe de l’ASM 13 issus pour la plupart de la Société Psychanalytique de Paris dans une extension de la cure-type, individuelle stricte, le colloque singulier, vers le travail à plusieurs, la parole multi-personnelle qui dit tout de chacun, osaient poursuivre les travaux de Didier Anzieu, René Kaës, Bérajano jadis réunis dans une SPP-G pour groupe, des pionniers que furent Wilfred Bion en Angleterre et Serge Lebovici en France. Saint Alban s’est fait dépasser par la psychiatrie moderne en mal d’humanité flagrant actuellement. Tavistok par contre, poursuit son essor en Grande Bretagne et dans le monde.

En ce début de février Caroline Garland, psychanalyste et chercheuse de cet Institut majeur, présidait l’événement qui se dotait de l’intitulé ambitieux et à la fois réaliste : D’une psychanalyse de groupe en plein essor ? Avec le point d’interrogation.
50 ans après sa création, l’ASM 13 fleurit avec un développement sur tous les secteurs cliniques. Le Centre Alfred Binet est la suite des premières prises en charge des enfants. Les traitements psychanalytiques ont trouvé une solution originale avec la création du centre Evelyne et Jean Kestemberg, où les patients psychotiques bénéficient de traitements psychanalytiques appropriées (psychothérapies, psychodrame etc.). Dans les années 1970, l’ASM 13 crée aussi une clinique en ville. La Policlinique appelée aussi Centre Favereau redevient un modèle pour le développement des Centres d’accueil et de crise de la vie adulte.
Toutes ces activités étaient présentes au colloque de cette année. J’ai particulièrement apprécié la formation à la supervision d’intervenants en groupe par le grand groupe que nous formions, dans une dynamique d’animation « fish bowl » pour ceux qui connaissent cette technique de prise de parole libre et engagé parmi de nombreux participants, ici 150 inscrits, autour des deux cas présentés par leurs psychanalystes de groupe respectifs, discutés sous la forme de la controverse professionnelle par Caroline Garland. Ensuite place aux commentaires, questions, éléments de gêne et d’émerveillement de ceux qui à partir du cercle rejoignent la scène du partage. Sans jamais trouver de réponse, juste quelques nouvelles associations d’idées. Un régal de liberté et de justesse.
L’un des cas était un cas dit « lourd », institutionnel, d’anorexiques en accueil de jour que le groupe engage dans toute autre chose que de parler de leur maladie comme seule source identitaire. Elles se livrent par le jeu à leurs désirs véritables de croquer la vie et leurs proches en commençant par l’animateur tenu à l’écart du jeu mais clairement représenté dans le choix d’un des acteurs : guide, homme et étranger. La traversée du fantasme est possible lorsqu’on le vit chaque jour sans pouvoir le réaliser.
L’autre cas était a priori plus dans la norme sociale, avec des personnes prises en charge médicalement pour des symptômes dits morbides, envahissants, qui font vie dite « normale ». Le psychiatre les adresse à un psychanalyste pour pouvoir faire un travail d’élaboration de ce que ces symptômes recouvrent. Une personnalité prise en otage se découvre.
La conductrice du groupe exerce désormais en libéral. Il n’y a pas de prise en charge institutionnelle. Chacun règle la séance et revient chaque semaine comme dans une psychanalyse individuelle face à face. Ici, c’est « face à faces » : chacun avec ses multiples facettes, contradictoires, qu’il ou qu’elle a du mal à rassembler, fait face à de multiples faces qui lui reviennent plus ou moins. La séance soumise à supervision faisait cas d’une problématique de rejet, précisément, de la part d’une participante ayant engagé une psychanalyse individuelle en parallèle à l’occasion d’un événement toujours marquant : l’intégration d’un nouvel entrant dans le groupe. Les difficultés de la perte de place, avec la redistribution des rôles, des faces, étaient exacerbées. La responsable du groupe se trouvait elle même déstabilisée par la ligne de partage que la patiente impose entre un psychanalyste de l’ombre et celui de la lumière que jusqu’ici elle assumait sans rien « contrôler », dans confiance aveugle, comme le désir est aveugle, dans le processus groupal.
Et c’est cette dynamique de groupe, d’un autre groupe, celui mené par Anastasia Toliou, mon professeur du temps de ma formation en psychopathologie à Paris 8, que je retiens ici pour sujet que j’aime développer.
Les problématiques des participants ont peu d’importance et elles restent confidentielles. J’ai apprécié la partition d’Anastasia pour nous faire entendre cette dynamique subtile du groupe qui n’est pas, qui se forme de la venue de sujets libres et à la fois mutilés de leur essence. Etats limites on les nomme. A fleur de peau. Très réactifs. Porteurs d’un masque social. Comme tant de nous en somme sur la scène de l’entreprise. Nous sommes si peu nombreux à faire un travail autre qu’un coaching de circonstance ou une formation adaptative !
Déambuler à la rencontre d’un groupe d’analyse. Le désir tendu comme jamais : qu’on vienne me chercher ou que je disparaisse. C’est comme cela que beaucoup se vivent. Ou alors okay je viens et je viens pour vous détruire. Je disparais avec vous.
Celui-ci est le scénario latent et les choix sont fatals.
Personne est indispensable et pourtant, le groupe est le groupe formé par tous ses participants présents de corps un temps donné. Chacun doit finir par y arriver !
Celles-ci sont les règles posées par les conducteurs d’un tel groupe qui sont assimilées peu à peu : régularité, parole libre dans le temps alloué, libre association non seulement verbale, aussi gestuelle et comportementale, réintroduction dans le groupe des événements vécus ensemble ou personnellement hors réunion qui nécessitent d’être connus de tous.
Le groupe devient l’acteur de la transformation. Un organisme vivant à lui seul. Le groupe au complet.
La subjectivité est une solitude. La parole met en lien et déploie la subjectivité ! Ceci étant, les effets pervers de la parole sont de trois ordres :
– Créer le lien par la souffrance, par une forme de rivalité, de concurrence dans plus de souffrance. Tous ou certains.
– Banaliser, rationaliser, dénier, au contraire. Tous, certains ou un seul.
– Agir selon l’impulsivité pendant la séance ou autour de la séance au moyen d’absences, de retards ou de messages permis par la connexion à distance. Un seul ou plusieurs.
Les participants consentent à une interdépendance dans un objectif personnel d’aller bien, de penser bien, de créer bien.
Les tenants du cadre alors peuvent être « compris » :
Respecter la régularité pour la continuité.
Protéger la confidentialité pour la confiance.
Limiter les échanges interpersonnels hors groupe multi-personnel
Le premier écueil une fois le groupe rallié serait de croire que l’appartenance suffit à l’identification ; le lien, l’investissement affectif, doit être effectif. Il ne se commande pas. Mais il est possible de déplacer l’investissement formel vers l’investissement sur le fond, sur la compréhension de soi, de ce groupe et du monde.
Il s’agira d’apprendre par l’expérience davantage que par le simple fait d’assister ou même participer à des échanges.  Il y a là un laisser faire, vivre l’expérience sensible.
Ceci touche au deuxième terrain sensible du travail en groupe. Le premier était celui de l’approcher de soi-même, sans se dérober et en faisant cela se refuser la vie, ni être dans la polarité contraire : le saisir pleinement pour le dérober à sa vie et s’y perdre aussi en tant que composant du groupe.
Le deuxième est d’en dépendre profondément, de se savoir ignorer l’expérience tant qu’elle n’est pas partagée et de s’autoriser à l’attaquer par la même occasion, à infléchir l’expérience de sa propre violence d’exister en son sein, d’en faire partie, de prendre part et de prendre sa part de ce que le groupe est.
Comme il est si difficile de vivre en lien avec d’autres vies, il est une recherche de stabilisation dans des ajustements formels, dans des rappels extérieurs ou d’un autre temps. Les problèmes familiaux ou professionnels. Chut. Parlons d’ici et de maintenant.
Le ou les conducteurs rappellent la décision de chacun d’intégrer un groupe fondée sur un espoir. Le groupe est un troc d’espoir jamais perdu ou gâché. Chacun peut déposer ses espoirs, faibles ou surinvestis ; il reçoit les expériences qu’il y vit.
Le conducteur est lui même expérimenté dans l’expérience de groupe : un groupe contient et diffracte en même temps, qui permet le morcellement, la séparation nette et précise d’éléments les plus divers sans qu’ils ne se perdent. Il existe des limites partagées et il existe un vécu multi-expérientiel. Puis, le conducteur connaît l’ambivalence du désir :
–  Le désir de connaître attaque le processus de pensée, éviter de penser.
–  La connaissance est confondue avec la croyance et les certitudes.
–  Le besoin de contenance attaque la dépendance.
Le conducteur s’autorise la rêverie, l’imagination afin d’introduire et développer des éléments émotionnels qui complexifient les éléments en présence et qui amplifient les limites de la contenance et de la connaissance.
« To fill in the feeling » est le rôle du conducteur selon Bion, le pionnier de la psychodynamique de groupe.
Les échanges sont bêta. L’animateur les élève au rang Alpha. Celui de la sensibilité d’une mère pour son enfant qui lui permet de quitter les processus primaires de nourrissage, chaleur, réconfort ; les processus morbides de la seule mentalisation. Il atteint la satisfaction et le sens du lien.
Les participants souhaitent d’eux-mêmes créer et développer le groupe qu’ils forment. C’est d’eux-mêmes que dépend son existence et sa vie vivante. Ils font du groupe un objet contenant et un objet qui pense, qui produit quelque chose qui n’existerait pas sans lui.
Le « moi » ne s’appartient pas. Il a besoin d’appartenir à un groupe humain pour pouvoir s’appartenir pleinement. L’appartenance comme nous l’avons vu implique l’identification au groupe en premier et l’investissement ensuite auprès de chacun.
Le désinvestissement de soi et l’identification de quelque chose de différent en soi avec lequel on rentre enfin en lien. Le moi advient là où la destructivité dominait.Le « nous » devient créateur ensemble là où il était mal assemblé, fait de déroutes et d’abîmes personnels, rappelez-vous, au premier abord. Le choc est salutaire sans les électrochocs d’antan ni les shakers, hackers et crackers de nos jours absurdes. Bougez-vous, mélangez-vous, retrouvez-vous.
A suivre…

Etes-vous « supervisé » pour votre métier d’accompagnement humain ? Vous pouvez choisir la liberté et la responsabilité.

« Je n’ai pas rencontré d’autres lieux où il est possible de penser avec des pairs cette complexité à partir de soi, de ses limites, de ses forces, de sa propre histoire. Mais aussi à partir de l’institution elle-même, de son fonctionnement et au-delà, de l’historicité et de la société dans laquelle elle s’inscrit. » Citation de supervision.

Les « métiers impossibles » reçoivent cette appellation du fait d’une impossibilité évidente de la part de ceux qui les exercent pour assurer la pleine réussite de leur action. Ce sont ceux d’enseigner ou transmettre, de gouverner ou décider, d’accompagner, développer et protéger des publics et des individus ce qui est une compétence qui s’étend bien au-delà des initiales métiers du soin. La formule est de Freud. Puisqu’ils adressent la part d’irrationnel, de fantaisie, de liberté qui existe, qu’il faut absolument préserver, dans l’humain.

Ce sont les métiers de tous les indépendants de l’intervention en relations humaines – coaches, consultants, formateurs, animateurs, médiateurs – ainsi que des responsables ultimes du vivre ensemble dans nos institutions : responsables stratégiques des ressources humaines, managers, responsables de l’innovation. Seuls, la confrontation de « pratiques » et le questionnement personnel permettent à ces acteurs devenus incontournables – par-delà les avancées du digital et des process – de bâtir la pleine singularité de leur intervention, pour se sentir cohérents et engagés dans le temps. Sans effets de mode ni soumissions à l’autorité ou à un idéal inhumain comme tous les idéaux absolus s’avèrent être au fond.

Leur travail est, pour la plupart, solitaire et engagé. Le partage et l’authenticité sur les doutes et les revers leur va si bien. Le groupe non dirigé, non outillé, un groupe naturel le permet. L’animation par une équipe de psychanalystes en assure la liberté et la progression comme le témoignage annexé le décrit.

 

OUVERTURE D’UN NOUVEAU GROUPE

À PARIS en 2019

Neuf rencontres mensuelles de janvier à décembre 2019 ont été prévues sur inscription préalable. Cette activité assure la professionnalisation dans la connaissance et dans la pratique des rapports humains de managers, RH, coachs internes et externes, consultants d’équipe et d’organisation, DIRI et facilitateurs.

La forme est celle d’un groupe restreint, composé de 4 à 6 participants, pour répondre à l’exigence pour chacun d’eux de réfléchir sur les difficultés qu’ils rencontrent mais aussi sur les facilités dans lesquelles ils se complaisent, de par leur personnalité et de par la soumission à des prétendus impératifs du secteur ou du métier. La loi sans l’esprit n’est rien.

Le groupe est animé par deux psychanalystes, non interventionnistes dans sa dynamique, ayant exercé, pour l’un, le métier de manager et pour l’autre, celui de consultant et d’accompagnement dans les milieux critiques du social et de la santé (directeurs d’établissement). Il est destiné aux acteurs du changement actuel, la transformation permanente et en même temps entravée en profondeur, sur les essentiels : l’humain, l’écologique, l’économique et le social.

Le groupe échange et approfondit les aspects tantôt pratiques, tantôt techniques, tantôt théoriques à partir d’une situation présentée par l’un des participants ou d’un questionnement partagé. Cet échange est ponctué par les éclairages du psychanalyste pour permettre de temporiser les élans défensifs collectifs ou individuels qui peuvent prendre la forme aussi bien d’inaction et de blocages (homéostasie, fixation dans des rôles, conflits latents) que de passages à l’acte irréfléchi de l’un ou l’autre des participants ou du groupe emporté par l’émotionnel dominant.

Des figures « type » de la nature humaine en groupe peuvent ainsi être abordées et appréhendées. Ces figures ne sont pas pour autant modélisables. C’est leur essence, leur mouvement vital qui peut être saisi en situation. Elles sont vécues, plutôt que  » expérimentées « , selon la sensibilité personnelle et l’esprit du groupe en question. Elles peuvent être ainsi intériorisées : elles forment un cadre intérieur, sécure et accessible désormais, d’intervention par ailleurs.

Des textes adaptés peuvent être préconisés à partir d’une bibliographie préalablement sélectionnée, ayant trait aux connaissances et aux pratiques les plus fines et subtiles de la nature humaine profonde, issues de la psychanalyse ou psychologie clinique, de la sociologie clinique, de l’anthropologie et de l’ethnopsychiatrie. La clinique et l’ethnique font référence à un travail de terrain et de réel, différent des philosophies et des idéologies qui préemptent.

Le fil conducteur de l’ensemble des thèmes régulièrement abordés porte sur : qu’est-ce qu’accompagner une institution / un collectif / un sujet pris dans le cadre de l’organisation ? Qu’est-ce que diriger sa propre action plutôt que de la préempter par des modèles aussitôt périmés ? Quelle est l’éthique plutôt que la technique à acquérir ou à renforcer ?

Il s’agira progressivement pour chaque participant de :

  • Etre capable de former un idéal interne qu’il saura transmettre à ses interlocuteurs et auquel il saura renoncer partiellement pour mieux l’atteindre, ensemble et en particulier ;
  • Représenter la loi, la contrainte partagée, sans s’y identifier ; proposer une loi  » symbolique « et non des positions de pouvoir sadiques ou perverses ; ne pas se dérober non plus sous couvert de style participatif confusionnel ;
  • Connaître ses limites, les limites de son action et les limites de ses interlocuteurs ; accueillir et contenir les inévitables conflits dans et avec le groupe ; savoir dissocier la mise en question naturelle et salutaire des objets de travail de l’agressivité portée sur les sujets pris pour des objets de satisfaction primitive.

Ces trois repères, de l’idéal, la « loi » et les limites, sont les composantes de l’humanisation.

Dans notre long développement d’enfance et d’adolescence, contrairement aux autres espèces, nous avons fait évoluer des ressorts instinctuels – les pulsions nous permettant de subvenir à nos besoins, puis d’y prendre plaisir aussi – vers un imaginaire, une symbolique et les limites de la réalité et de l’altérité.

C’est un équilibre instable que nous avons orchestré. Il fait « structure », il compose la structure psychique qui garantit notre liberté et notre responsabilisation, loin des déterminismes animaux. Mais il comporte, en même temps, des « bricolages » personnels, inaliénables, identitaires, pour ce qui est du « trauma » en particulier ,ou tout simplement, des pertes et des manques dont nous avons conscience en tant qu’humains.

Le désir de servir l’humanité des autres rend compte d’une boîte à outils pour bricoler pléthorique. D’où la vocation qui apparaît à un moment ou à un autre du parcours de vie professionnel. Une chose est la vocation et le talent naturel, autre chose est la professionnalisation de son action et la pérennité. Mieux connaître l’outil qu’on est soi-même. Alléger ses composantes, réduire ses rigidités, accepter ses biais et ses manques, se doter d’un cadre plus large que les seules compétences ou les meilleures intuitions par l’expérience personnelle, engrangées, tel est l’enjeu naturel de l’humaniste à la fois parvenu à son humanisation avérée et au désir d’humaniser qui se cherche dans la durée.

Le rapport à l’idéal, aux limites et à la loi est la face visible de la structure psychique développée. Les bricolages qu’elle comporte, ce sont des défenses inconscientes qui se redressent à chaque intervention nouvelle ou en cas de difficulté. L’acte d’intervenir humainement auprès d’autres humains est un acte nécessairement imparfait, mais il peut bénéficier d’ajustements et de consolidations dans la durée.

Un groupe offre une méta-structure. Il est un laboratoire comme on pourrait dire dans les milieux avant-gardistes, un incubateur de structures individuelles aussi. Le psychisme y évolue. Il permet à chacun de vivre en sécurité ses propres arrangements avec l’altérité et la réalité. Il isuscite aussi des « arrangements » inédits, transitoires ou définitifs. Il laisse le temps et le rééquilibrage naturel agir et respecte les choix individuels. Le groupe d’analyse n’est pas une fin en soi, ni une performance assurée. Il est un espace de transition appréciable et apprécié. Ce qui nous manque lamentablement est cette possibilité de transition libre er personnelle, responsable et humaine.

L’engagement dans le groupe est effectif sur une année via le règlement d’un forfait. Il comporte de 6 à 9 séances de 1h30 en afterwork un mercredi par mois. Pour espérer engager un véritable travail de transformation, il s’avère juste de persévérer sur 3 à 5 années.

Afin de rendre l’issue du travail plus explicite, il est adjoint ici un témoignage rendu public au niveau institutionnel. Pour des raisons de confidentialité, mais surtout pour ne pas modifier la relation d’accompagnement engagée même si elle est aujourd’hui finalisée, nous ne pouvons pas faire appel à des témoignages directs. Mais c’est de cet ordre lorsque nos participants s’expriment entre eux.

Bienvenue à vous si c’est votre souhait. Réservation et règlement en marge de la séance de groupe, par retour de mail, pour la même raison de ne pas interférer avec le travail de groupe naturel dès sa formation, sa « structuration » spontanée.

*

Témoignage d’un participant en groupe analytique, directeur d’un établissement

Source Séminaires Psychanalytiques de Paris

« Il faut du temps pour apprendre à repérer les scènes décisives cachées derrière l’apparente banalité. Il faut du temps pour réussir à penser les multiples rôles que l’on joue délibérément ou à notre insu. Il faut du temps pour prendre de la distance et gagner en mobilité d’esprit avec les places auxquelles nos interlocuteurs nous assignent, souvent à leur insu. Il faut du temps pour apprendre à manier avec justesse la parole de celui qui détient un pouvoir. Et ce temps n’existe pas dans le quotidien ou alors il faut des années d’expérience et beaucoup de difficultés.

Ma participation à ce groupe m’a permis de trouver ce temps, temps de réflexion, temps qui permet de reprendre mon souffle. Une fois par mois, pendant une soirée, je reprends mon souffle avec d’autres confrères. J’ai découvert que ce temps résonnait au-delà de la rencontre mensuelle elle-même. Les lectures glanées ou conseillées au cours des échanges permettent de nourrir les intermèdes entre chaque rencontre et font revivre des questionnements préexistants chez chacun de nous. Et il y a surtout la résonance de la profondeur de ces échanges. Cette profondeur est un point de repère auquel je me réfère souvent intérieurement. C’est un écho qui résonne à côté du quotidien et que je cherche à faire résonner en tentant de me ménager des temps qui permettent d’élaborer et de décider. Je compare cela à des temps de ressourcement qui peuplent la solitude du Directeur et qui rendent moins seul face à l’exercice d’une fonction qui isole, nécessairement. »

La place de la psychanalyse

« Le groupe est aussi traversé par des problématiques qui ont à voir avec l’inconscient : (il s’agit d’) un lieu unique pour penser. J’ai appris à l’Université le goût des livres et le goût d’apprendre mais c’est au sein de ces groupes cliniques que j’ai pris goût à l’art de penser. Ces groupes sont une invitation à penser la complexité des institutions et des relations humaines dans un collectif de travail. Je réalise aujourd’hui que les endroits où l’art de penser peut s’exercer de cette manière sont rares. Pour ma part, je n’ai pas rencontré d’autres lieux où il est possible de penser avec des pairs cette complexité à partir de soi, de ses limites, de ses forces, de sa propre histoire… Mais aussi à partir de l’institution elle-même, de son fonctionnement et au-delà, de l’historicité et de la société dans laquelle elle s’inscrit. »

Une formation de l’inconscient 

« J’espère avoir pu vous faire passer l’importance de prendre son temps pour progresser dans l’exercice délicat de nos métiers. « Apprendre à s’attarder » comme l’a écrit la philosophe Hannah Arendt. C’est là que repose la richesse de cette véritable formation : elle permet à chacun, dans le temps long et dans une recherche partagée, d’apporter de précieuses contributions à la question fondamentale : Quel idéal tenir et transmettre dans la direction de son métier ?… Et plus largement peut-être… Dans la direction de sa propre éthique de vie. »

Être (humain) au monde en 2019

Bienvenue à vous en 2019, l’année des apprenTISSAGES humains que je formule de mes vœux et que nous réalisons ensemble.

Oui, l’année 2019 sera celle des apprentissages au sens premier : apprendre à vivre, apprendre à aimer, et pour cela apprendre à apprendre, désapprendre les connaissances engrangées, faire connaissance avec soi et avec l’autre et le savoir inconscient se transmet. Le seul savoir qui, à notre insu, nous retient, qui, réalisé et échangé, nous libère.

La forme que cela prend dans ma proposition de valeur humaine est celle d’interventions dans la vie publique, toujours au moyen d’ouvrages et de conférences atypiques dans des cursus qui balisent, mais surtout celle que je co-construis avec vous en groupe vivant et continu les jeudi en before work d’éveil jour après jour.

La série de rencontres 2018 portait le nom d’érotips. Je voulais mettre l’éros, la libido, le vivant aux prémisses d’un mouvement, comme cela est dans la nature humaine. Au gré de mes propositions d’intervention dans le récent volet « Humanités » qui prend place dans les cursus jusqu’ici les plus techniques et gestionnaires – digital humanities, transformation humaine des administrations souveraines, etc. – j’ai adopté naturellement le joyeux jeu de mots ou mot d’esprit, le « witz » cher à l’inconscient freudien qui exprime un désir profond tout en légèreté, le condensé « Humanitips » pour mes capsules spatiales et temporelles. Et je développe ici un peu plus le sens et le non-sens pour beaucoup, l’image et le visage d’une proposition qui devient une invitation en ce moment même et sur votre écran face à vous.

L’être (humain) au monde

Une force vitale s’impose au monde à chaque naissance.
Cette force est impuissante. La néothénie ou prématurité flagrante du nourrisson puis de l’infans (sans parole) de notre espèce empêche à cette force d’assurer seule la vitalité. Le petit d’homme est dépendant d’un adulte tant en termes de nourrissage qu’en termes moteurs, pour agir et pour se sustenter.
Cette force n’est pas pour autant absente. Elle se déploie dans la vie psychique dès les premiers instants. Il est une vie pulsionnelle, qui « pulse » du corps vers la satisfaction de besoins : le nourrissage, oui, la chaleur, la sécurité. Il est aussi bien une perception de manque et de satisfaction que de déplaisir puis, de plaisir. C’est cela la vie psychique embryonnaire. Le nourrisson se pense, pense son état et peu à peu il sera amené à le rechercher indépendamment du besoin. Cela va même plus loin. Ses besoins purement narcissiques l’amènent à imaginer la satisfaction en son absence ou dans la temporalité qu’elle requiert. Une vie psychique se détache de la vie physique. Et cette vie psychique est libidinale, elle a sa source dans les organes sexuels – la bouche, le nez, les yeux, les oreilles, la peau, les sphincters – et elle recherche le plaisir.

D’une référence monolithique plaisir vs déplaisir à la philosophie émouvante de la vie, la mort, l’amour

Avec le développement, la conquête motrice et l’apprentissage du langage, une perception symbolique se superpose enfin à cette capacité imaginaire. Le jeune va contenir son élan vital sur le plan physique et diversifier ses intérêts et investissements intellectuels et affectifs. Une période dite œdipienne complète la période originelle narcissique. Cette période est toujours teintée de sexualité : la sexualité infantile. L’objet de satisfaction n’est plus chez l’enfant. L’enfant développe des relations d’objet. Initialement en proie à sa détresse intérieure qu’il a su labourer en parcelles, de satisfaction et d’insatisfaction, de plaisir et de déplaisir, et faire porter à l’extérieur les déconvenues les plus intenses (position schizo-paranoide), il accepte enfin de déprimer, de lâcher prise sur sa vie psychique et de se remettre à un autre que lui, de lui apporter le plaisir qu’il connaît en espérant être correspondu. C’est à cette correspondance sexuelle que le parent opposé son véto en soutenant au contraire le développement de l’enfant. De 2 à 5-6 ans l’enfant rentre en apprentissage. Son activité psychique reste fortement sexualisée. Il se pose en permanence l’énigme de sa conception et de la relation intime entre ses parents. Il se pose la question du désir de la mère et du désir du père dont il est exclu. Tout ceci le renseigne de sa mort en complément désormais inséparable de sa forte libido. La pulsion de vie est canalisée par la pulsion de mort. La pulsion de mort, la prise de risques est tempérée par la pulsion de vie.

Avec l’âge de raison, à la sortie du complexe d’Oedipe qui a longtemps figuré dans son esprit la possession d’un parent et le meurtre de l’autre, l’enfant rentre enfin dans une période de latence, d’accalmie libidinale, de créativité à l’œuvre et dans les relations humaines. De contribution et de collaboration.

Primi inter pares

Le jaillissement de la sexualité adulte dans la période pubertaire ranime le narcissisme et les affects violents envers les « objets » extérieurs. Les projections primitives reprennent « du service ». Mais cette fois ci plus que jamais il s’agit pour le jeune homme ou la jeune femme de se projeter dans des modèles pour obtenir des réponses modélisantes en effet. La projection laisse définitivement place à la capacité d’identification et d’empathie.

Les identifications précoces ont nonobstant toujours cours. La vie imaginaire de l’enfant, ses projections violentes et sexuelles, et les limites que lui ont imposées ses parents et autres figures de référence, les introjections que sont ses mêmes projections suscitées cette fois-ci de l’extérieur, forment le substrat inconscient de sa personnalité.

Ces identifications sont présentes au moyen de formes répétitives d’expression du corps et de l’esprit : des jugements et des addictions pour les plus évidentes.

Une bonne partie de la force vitale se consume alors dans des efforts pour structurer cette personnalité selon trois grandes tentatives de « solution » : la névrose qui est la structure de la normalité, la névrose narcissique ou état limite étant sa faiblesse, la psychose qui résout elle sa faiblesse narcissique par le retrait de la réalité et de l’altérité dans un délire personnel, et la perversion qui au contraire s’empare totalement de la contrainte extérieure pour se banaliser.

La contrainte nette, l’altérité radicale et les limites explicites s’avèrent être les nouveaux besoins à combler. Le déplaisir et la vie se donnent la main. Nous avons tous en nous des tendances dites « perverses », « délirantes » et « narcissiques » selon ce vocabulaire sauvage de la médecine de l’âme mais ne le prenez pas pour l’insulte qu’il devient dans l’acception vulgarisée. C’est ce cocktail qui anime l’élan vital qui se poursuit, qui permet l’apprentissage libre, la création et l’humanité sans la perfection qui la trahit. Un cocktail qui, bien dosé, est un pur délice à deux et en fête mondaine. Tchintchin… Mais d’abord il nous faut nous travailler. Il est heureux de le faire pour nous et pour justement travailler.

Être professionnel dans un monde humanisé

Un travail avec un tiers, dans le tiers lieu qu’est la scène analytique, l’institution psychiatrique ou des lieux de détention humanistes, permet de réduire progressivement ces efforts, d’acquérir de « humanitips », de les intégrer par la relation dans de nouvelles identifications.

Reconnaître les identifications précoces bien trop ancrées et invisibles à la conscience, les projections, les introjections et les incorporats ; approcher les fantasmes personnels sans s’y perdre, les scenarii récurrents dans des variantes inattendues ; assouplir les défenses maladroitement dressées face aux situations nouvelles et aux processus inconnus qui forment les nouvelles identifications, départager alors l’élan d’une identification grossière à un personnage davantage qu’à l’âme qui jaillit dans tout rapport et qui est partagée profondément dans l’identification la plus libre, celle que nous pratiquerons en groupe de pratiques apprenant.

Ce sont les contenus denses et à la fois naturellement présents, peu à peu, concrètement, sensiblement, respectueusement, lors des « Humanitips » en groupe vivant. Et si vous êtes un professionnel de l’humain, ce sera votre supervision la plus proche de votre être humain au monde professionnel. De votre être professionnel dans un monde humanisé.

Bienvenue à vous en 2019, l’année des apprenTISSAGES humains.

Illustration de couverture (C) François Mouren Provensal 2019

Erotips la master-class en script et en vidéo

Le terme de projection définit à la fois un mécanisme projectif de l’activité psychique normale, identificatoire au fond, et un mécanisme projectif « délirant » très régressif correspondant à son inverse, l’introjection qui ne se muerait pas en identification, en empathie selon le langage courant, du fait d’une fragilité inconsciente.

La projection est le mécanisme fondamental du développement ; elle est le mouvement inverse, symétrique et complémentaire de l’identification, car s’identifier, c’est non seulement intérioriser l’image d’autrui – la mère, le père et tout autre référent- mais encore pouvoir projeter sa propre image sur celle du modèle, des modèles.

À l’origine, au stade oral du nourrisson, c’est l’incorporation qui s’oppose au rejet de l’autre. À cette phase narcissique primaire, la distinction entre la mère et l’enfant n’a pas encore été intégrée psychiquement. Ce n’est que progressivement que vont pouvoir se constituer des représentations de soi, sujet, et de l’autre devenu l’objet de satisfaction des besoins et, très vite, des désirs. C’est à ce moment qu’apparaissent l’introjection et la projection : l’enfant trouve des repères pour l’attente dans sa connaissance de la relation à la mère er il développe la capacité de fabriquer des fantasmes : son idéal de satisfaction de soi et/ou de destruction de l’autre qui l’aliène. Lorsque la distinction sujet-objet est nettement acquise, on peut parler d’identification et de projection saine.

Cette évolution symétrique entre l’intra-psychique et l’inter-subjectif – la connaissance de soi et la reconnaissance de l’autre qu’est la mère – passe par trois niveaux successifs :

En cas de difficulté de la vie adulte renvoyant à cette période de dépendance intense réapparaissent les mécanismes les plus primitifs : l’introjection dans une humeur mélancolique et la projection d’une agressivité latente dans l’autre perçu comme le persécuteur.

Le même terme de projection définit à la fois un mécanisme projectif de l’activité psychique normale, identificatoire au fond, et un mécanisme projectif « délirant » très régressif correspondant à son inverse, l’introjection qui ne se muerait pas en identification, en empathie selon le langage courant.

La projection apparaît donc comme un opérateur essentiel qui appelle à transformation dans la mesure où le sujet ne fait, par elle, que prêter à l’autre les désirs, les sentiments, les craintes qui l’animent. La véritable communication interpersonnelle et la liberté des sujets se trouvent alors entravées.

 

En groupe de travail Erotips de la fin de saison 1 nous avons pu travailler cette progression, depuis les incorporats ou traits distinctifs des personnes aimées en enfance sur soi, en passant par les projections de soi sur l’autre, sous forme d’ « excorporats » – on retrouve dans les gestes et dans les traits singuliers remarqués chez l’autre actuel ses propres incorporats sans en avoir fait le lien jusqu’à présent – et enfin dans ce que les autres nous renvoient qui pourraient être leurs propres projections, nous retrouvons des éléments d’#identité entre eux et nous. L’empathie jaillit sans effort. Au sein du groupe lui-même, les participants ont pu établir des traits qui les relient qu’elle qu’en soit l’expression, active ou passive de ces traits communs. Chacun reste singulier, irremplaçable et entier.

Rendez-vous à la nouvelle saison, au printemps 2019, pour se travailler à d'autres et s'entendre enfin avec soi et avec tout autre au naturel.