Fort Da ! De ceux qui aiment se faire porter disparus

imageIl a effectué une, puis deux séances. Il a annulé la troisième… Il a repris le fil de l’association libre une fois, puis deux, et il l’a cassé à nouveau en se privant d’une séance, puis deux, puis… – A quoi bon ? Je vais bien. Je paye s’il le faut. J’ai laissé passer la première annulation comme un « cela se vaut ». S’essayer au lien est exigeant. La deuxième était déjà facturée lorsqu’il a commis son forfait, et avec la mention légale ajoutée : « Aucune restitution ne sera acceptée. Vous êtes engagé. » La troisième était dévissée. – La séance est due. Elle a lieu en vos fantasmes les plus secrets. Ceux desquels vous jouissez hors séance cadrée. Tout le champs pour errer. L’erreur est humaine. L’humain égaré, quand il en fait son symptôme répété. J’ai reçu son chèque. Il n’est pas daté. Aucun mot ne l’accompagne. Au creux du papier vélin caché au facteur. En mes mains, colis piégé. A qui s’adresse-t-il puisqu’il ne m’est pas destiné ? De quelle aurore des choses ratée se veut-il être le crépuscule hâté ? L’accompagnateur qui se trouve ainsi tué… – Tu (n’)est que ce que j’en fais – met longtemps longtemps à se refaire. Les mots lui manquent. Comme à l’infans qu’est son accompagné. Bien pauvre rançon est le chèque de la séance de trop. Quel serait le mot qui libère ? Comme le dit un fameux publicitaire et ami : « Le mot juste et qui appelle ce n’est pas une fulgurance de deux secondes qui le crée. En vérité, le fruit de toutes les années de celui qui le profère. » L’accompagnateur que je suis, voit vanité étêtée sur le rose tableau d’autrui. Et ici le trou de lui.

***

 

En référence au Fort Da ou compulsion de répétition morbide, source Wikipedia : « Freud conçoit d’abord, en 1914, différentes figures de la répétition, notamment le transfert. La compulsion décrit alors l’obsession à répéter qui fait suite à un échec de la remémoration. Jeu de la bobineAprès la Première Guerre mondiale, Freud découvre le traumatisme. Bien réel. Néanmoins, il élaborera la nouvelle conception de la compulsion de répétition, en 1921 à partir de l’observation d’un enfant, son petit-fils d’un an et demi. Le jeu de la bobine ou du « Fort Da » s’insère dans une remise en question du principe de moindre excitation qui seul régirait l’appareil psychique. S. Freud, dans Au-delà du principe de plaisir (1921), note que la répétition, observée dans plusieurs comportements, dont le jeu de son petit-fils Ernst, vient contredire ce principe et postule finalement qu’il existe un autre principe basé sur une compulsion de répétition, le principe de mort. Le jeu du jeune Ernst, garçon âgé d’un an et demi, sage, possédant quelques rudiments de langage, quelques phonèmes ou interjections, est simple en apparence. « Ce bon petit garçon avait l’habitude, qui pouvait être gênante, de jeter loin de lui dans un coin de la pièce, sous le lit, etc. tous les petits objets dont il pouvait se saisir, (…). En même temps, il émettait avec une expression d’intérêt et de satisfaction un « o-o-o-o- », fort et prolongé, qui, de l’avis commun de sa mère et de l’observateur, n’était pas une interjection mais signifiait « parti », en allemand « fort » (page 52, éditions Payot). Un autre jour, Freud est témoin d’un jeu à l’aide d’une bobine que l’enfant jette loin de lui en prononçant l’interjection « o-o-o-o- », et qu’il ramène grâce au fil en énonçant un joyeux « da ». Le jeu complet consiste donc en un aller retour de l’objet, dont il ne fait pas de doute que le retour devrait être le moment le plus heureux. Pourtant, remarque Freud, la répétition du premier acte du jeu est plus fréquente que le jeu complet et semble donc suffire à l’enfant. Dans un troisième temps, au cours de longues absences de sa mère, l’enfant « avait trouvé un moyen de se faire disparaître lui-même. Il avait découvert son image dans le miroir qui n’atteignait pas tout à fait le sol et s’était accroupi de sorte que son image dans le miroir était « partie » ». Au retour de sa mère, Ernst prononça « bébé –o-o-o-o » pour signifier son retour. Freud rapporte également les réactions de l’enfant dans deux situations difficiles, celle de l’absence du père parti à la guerre, puis du décès de sa mère, mais nous nous arrêterons ici au jeu du « Fort Da ». Cette situation d’un simple jeu enfantin s’avère d’une extrême richesse, Freud en développera plusieurs points d’analyse du point de vue métapsychologique. La bobine prend le statut d’objet symbolisant la mère dans sa présence et absence. L’acte de jeter cet objet correspond pour l’enfant à se séparer de la dyade mère enfant, à passer d’un registre passif à celui d’actif, nous dit Freud, afin de répondre à une pulsion d’emprise. Mais cette interprétation n’est pas suffisante pour expliquer la répétition du premier acte du jeu, celui-là même où le manque apparaît. Le jeu devant le miroir amène S. Freud à supposer à l’enfant un désir de vengeance envers cet objet frustrant. Mais un des éléments plus particulièrement remarquable de ce jeu enfantin reste l’oralisation des deux phonèmes, « fort » pour désigner la présence dans l’absence et « da » pour l’absence dans la présence qui signe un réel acte de création. Cela permet à l’enfant, nous dit S. Freud, de tolérer le renoncement à une manifestation pulsionnelle de colère quand sa mère le quitte. » De par la parole qui manque à mon cas présent…

Égrener les raisins de son enfance, est-ce pour femme dirigeant ? Inconscient.

 
Du temps s’est écoulé depuis la séance précédente. – Exceptionnellement je sauterai un rendez-vous pour convenance personnelle ! – Puis – Le temps m’a paru long… – dit-elle.

Elle a perdu le fil de la libre association. Elle essaye de me convaincre de ses réussites et de ses efforts, et elle conclue ce manège, duquel je descends, par : – Tout cela m’apprend à quel point cela est lourd, pour moi, le changement !

Elle me regarde enfin. Elle vacille comme elle croit que je vacille de son sort. Mais non, pas du tout, « sabre laser » dirait celui avec qui j’anime en duo, mais là je suis seule :

Quel changement ? – Mépris absolu de son raisonnement.

Elle rit. De bon cœur elle rit. – Comment vous êtes ! Quel changement ?!

S’ensuit un bredouillis. Ses yeux qui rient. Ses yeux qui pleurent. – Bon ! Ce que cela m’évoque est que j’ai tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain…

Et elle se lance à nouveau en moult épisodes de sa vie professionnelle. – Cela est plus clair pour vous ? – Aurait-elle aimé oser à mon égard. Mais ce qui lui vient est – Cela est flou pour moi… Mais peut être que pour vous… ? « Amour d’un savoir est le transfert » dixit Lacan.

Et moi je ne sais rien. Analyste malgré moi. Coach du hasard.

Je ris. De bon cœur je ris. Et je lui dis merci : – J’allais justement vous dire que je ne vous vois plus !

?!

A aucun moment, en vos savantes analyses je n’ai vu paraître la toute petite fille…

– Ah! Papamamantoutça ?!

Elle a l’air excédée aujourd’hui de ces liens là.

– …

Mais si. Le businessman, le commercial, l’enjôleur, l’abyssal c’est papa. Puis, RAS… c’est maman. Et moi avec tout ça… Comment joindre les deux bouts, aussi éloignés qu’ils soient ? Tiens ! Vous ai-je déjà raconté la petite histoire de la bassine et le raisin ?! J’ai du vous la raconter celle-là ! C’est tout moi !

Et elle rit le cœur sur la main, et sa main tendue vers moi.

Je ne la connais pas je crois. Celle-là.

– Pas possible ! J’ai du vous la raconter ! Remarque, c’est ma petite sœur qui la raconte si bien. Moi, je m’en rappelle à peine. Mais j’aime tant l’entendre dire !

Je fais silence, et laisse toute sa place à cette petite Victoire qui s’avance. Par la bouche d’elle, elle chante :

Il est dimanche et nous déjeunons en famille. Rien n’est laissé au hasard, vous imaginez ! La place de chacun. Le décorum. Les manières. L’agape. Puis, soudain, ma maman me confie la responsabilité d’aller en cuisine chercher « le raisin ». Et j’y vais, et j’y viens. Je n’oublierai ça jamais, la colère de mon père à la vue de mon forfait.

Je me dis en-dedans : – A nouveau balafrée ? – Et je me tais.

Le raisin était dans la bassine, par ma douce mère mis à tremper. Et moi, ni une ni deux, je place, sur la table familiale, et la bassine et le raisin. A la vue de la bassine, mon père… Comme égorgé !

– Et vous dites, quand vous changez, avoir tendance à jeter… le bébé ? – La grimace davantage, que sourire, elle fait – Et vous aviez quel âge ? – Je ne lâche rien…

Oh… ! Étions nous si enfants les filles d’antan à 12-13 ans… Rien à voir avec à présent.

Nous allons nous arrêter là – Car peut être bien que l’enfantin de sa soeur y paraît.

Mais pour elle qui s’oublie il ne peut pas être anodin qu’à l’âge du premier sang papa jette l’eau…

Et le bébé !

Œdipe sous nos yeux en processus inconscient se parfait. L’entre-séance est temps psychique nécessaire, fil de l’eau qui s’écoule en douceur. Puis, de séance en séance, de parole en parole, pas tant « changer » qu’exister.

Tout simplement, à cinq-uante ans, être enfin.

Martine Haew Photographie
Martine Haew Photographie

 

Au tour du pot, créative attitude adopter

Aux débuts de l’industrialisation et du consumérisme qui s’étend, une œuvre d’art devient, par la grâce de Mutt, un objet du quotidien ; il semble ne plus pouvoir se dissocier de son contexte.
Il est vrai que la construction d’un individu passe par l’assimilation d’une infinité de données contextuelles. Sa vérité en est l’issue. Sa création son don absolu.

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Artwork by Marcel Duchamp (1917) alias Mutt.

Aux débuts de l’industrialisation et du consumérisme qui s’étend, une œuvre d’art devient, par la grâce de Mutt, un objet du quotidien ; il semble ne plus pouvoir se dissocier de son contexte.

Il est vrai que la construction d’un individu passe par l’assimilation d’une infinité de données contextuelles. Sa vérité en est l’issue. Sa création son don absolu.

 

Et au tour du pot

 

Il est Directeur Associé Conseil, et au Président il s’en prend, jugeant sa gouvernance bien trop timorée…

Pas d’audace sur le marché, pas de travail collaboratif en interne encouragé, pas de présence active sur le net !

Il est temps de confronter :

Et vous ? Qu’est- ce qui vous en empêche ? Vous avez mandat pour gouverner ! A quand votre propre blog ? Vos interventions en cercles avancés ? Vos alliances au dedans et au dehors, et « Industrialiser » ?

A tourner autour du pot, il « ne donne » pas encore. Créativité se perd…

*

Elle est « business woman« , mature et à succès, et elle dit avoir perdu tout souvenir d’enfance. Pourtant, dès la première séance, elle y avait voyagé :

– Mon enfance s’est déroulée comme ici sur un fauteuil. L’orthodontiste en ma bouche affairé. Et moi à attendre et attendre, ma bouche prête à hurler. Mes dents dessinaient un trou… De quoi y mettre le poing !

Et de séance en séance, elle se tient, les mains aux accoudoirs, tétanisées, et son cou sur l’appui-tête en arrière cassé.

 Souvenir écran de station sur le pot prolongée ?

Jamais je ne le saurai. Elle ne vient plus en séance créer. Elle a choisi la répétition mortelle des empêchements anciens. Ceux dont elle ne se souvient…

*

C’est elle, mais cela pourrait être lui, tellement cette femme d’affaires est de tête, et d’humanité asexuée. Haute et droite tel totem.

Totem fendu – m’avoue-t-elle un jour – Oh combien de fois tombée et mon visage balafré !

Mon superviseur m’alerte :

– Inquiétez vous de sa sexualité ! Fente sur son visage, appel…
– Justement ! Je l’évite !
– Quand l’accompagnateur évite l’évident c’est qu’il est pris au piège de son contre-transfert…
– Je ne veux pas qu’elle couche !

Inconscient instrumental de coach me guide. Ni landau, ni divan. Ni couchée. C’est du pot qu’elle se relève.

 

*

La parole, le rêve, le jeu, tout simplement, en séance libérés, et c’est souvent au tour du pot.

Ni trauma, ni pathos.

Créative attitude est l’objet quotidien du coaching.

tout-savoir-sur-la-creative-attitude

 

Décryptages à l’ouvrage : vient de paraître !

La Créative Attitude, Nous sommes tous créatifs ! Editions Kawa, par Henri Kaufman.

Et ma contribution en ses pages : La créative attitude originelle.

Lisez-moi dans le texte, et lisez Henri. C’est essentiel.

 

Ainsi sois-je, pour vous permettre d’être

imageC’était aux balbutiements de mon métier de pur accompagnement et création. Sur mon tout premier blog. Lors de mes plus libres échanges sur les réseaux sociaux. Lorsque l’Autre était encore moi. Encore.

Il m’avait remarqué et trouvait courageux et tellement juste !… mon positionnement : d’artiste coach, sans méthodes ni outils, sans process certifié dans le fantasme d’un contrôle.

Juste. Analyste créatrice.

Il en avait fait lui même une longue psychanalyse :

C’était ça ou aujourd’hui je serais un délinquant, un banni, un paria. La violence est mon terreau.

Il a travaillé chez les plus grands, Big Five du Conseil en Organisation. Puis, il crée son Cabinet en Associé, et le Coaching prend la place du Conseil.

Mais même coaching est suggestion. Il n’y a que par l’analyse d’eux-mêmes que les Dirigeants dirigeront. Et en cela, à la pointe je vous sens.

Il a voulu me céder sa place au capital et aux commandes de son vaisseau. Ses Associés s’y opposeront…

La peste, nous leur apportons la peste encore et encore.*

 

C’était en Décembre 2010.

Une, deux, trois années de psychanalyse et de vie, de celles qui ne sont pas tièdes, se sont écoulées depuis, pour pouvoir être ce qu’ici je concède : un été sans miroir, et un envol à la rentrée. Peut être…

Et vous qui m’approchez, aujourd’hui, vous aussi, vous le pouvez peut être. Etre.

Et lui : Jean Louis Richard. Je le remercie d’avoir, de tout son être, accompagné, mon peut être à moi.

* Phrase mythique de Freud aux abords de l’Amérique.

 

De retour sur la route

En route, car après m’être plongée dans la cohue du matin dans le métro, j’ai pris un bus d’entreprise.
Cela me fait penser à l’instant aux bus scolaires. Sur mon premier trajet dans la navette, l’un des membres de mon jury, représentant le pôle RH m’a reconnue et j’ai eu un accueil anticipé avant de rejoindre l’équipe.
Le site de l’entreprise occupe une grande superficie, des arbres encore verdoyants se dressent de part et d’autres.

L’accueil des collègues a été agréable, le management a priori souple, les déjeuners à la cantine fort copieux avec les discussions habituelles, bébé malade, qualité du repas, films et séries TV , et les avis sur les absents…
 
Concernant le projet/première tâche qui m’a été confiée, c’est très nouveau et c’est excitant du coup, en même temps il y a la difficulté/le défi de comprendre et maitriser les aspects juridiques… c’était prévisible.
 
Je vous tiens au courant pour nos prochains rendez-vous, et des horaires les plus adaptées aux bus publics et navettes.
 
Je vous souhaite une très bonne semaine!
 
Chaleureusement!

C.

Dimanche 6 Octobre

**
 
Elle sonnait à la porte de mon profil LinkedIn en tout début d’année :
 
– Je suis Docteur en Sciences, douée en langues et geek naturelle comme toute ma génération, et je galère de vacation en vacation. Là-même, je viens de perdre l’occasion de convertir un CDD. Je suis au chômage alors ! Auriez-vous un conseil à me donner ?!
 
– De bien pauvre conseil je serai si cela ne vient pas de vous…
 
– « A partir de moi » – C’est ce qu’elle a retenu. – « Ma voie n’existe que sous mes propres pas. »
 
Je l’ai accompagnée selon un processus exigeant de séances d’une heure deux à trois fois par mois. Qu’elles a honorées avec joie, rage et courage à la fois. Et en acceptant de rester toujours sur ce fil singulier du « à partir de moi », sans techniques ni soutien à sa recherche d’emploi.
 
Janvier, février, mars, averses, avril et mai, un peu de soleil, juin, il fait froid, juillet, bientôt les vacances quoi qu’il en soit. Et oui. En août vacance et son contrat pour le 1er Octobre.
 
Et pas n’importe lequel ! Celui « à partir de moi ». Du sur mesure sur son corps et son âme, si beaux à voir…
 
Analyse en face à face, et à la croisée des regards, cette route qui va.
 
*
Ecole-primaire
 

Père-vers elle… Et elle va

parmi-les-galets-lachee

 

– Ma mère ne m’a pas aimée…

En tout récit de ses difficultés – présentes, à venir et passées – cette forte femme dirigeante les résume à cette analyse périmée.


Cailloux de Petit Poucet qui éclairent son chemin.

Et en supervision à mon tour j’analyse avec mon coach son défaitisme premier.

– Avez-vous sondé en elle son actuel désir sexuel ?
– Non. Mais elle n’en a aucun ! Et c’est mon choix de ne pas lui en parler : je ne veux pas qu’elle couche !

Drôle de chose est que mon inconscient lui barre à nouveau le chemin…

Parmi les galets, d’une mère à l’autre, lâchée.


Inconscient instrumental de coach désaccordé. Et c’est en supervision que je viens de le découvrir et que je vais pouvoir le réaligner.


Peut-être du désir du père la recouvrir. Et suspendre le geste.

Père-vers, c’est à elle de faire le pas. Et d’elle vers le monde, sans plus de gêne !

 

**

 

En journée étude ICF Nord Neurosciences & Coaching seront à l’honneur. Et des cas comme celui ci en seront, à partir de l’expérience même, comme Freud le fit et que les avancées le soutiennent, l’apprentissage vivant. En animation en duo entre Eva Matesanz & André de Chateauvieux.

**

Alafindu XIXe siècle, époque où l’on se penchait sur les problèmes de l’hystérie, tous les savants s’interrogeaient sur l’inconscient et la sexualité. Freud s’est donc longtemps cantonné à la physiologie, pensant  que  les  problèmes psychiques, particulièrement les névroses, ne relevaient pas de la folie, mais qu’elles avaient pour cause majeure un traumatisme réel d’enfance, autrement dit un abus sexuel commis par un adulte sur l’enfant. Bien que largement partagée, cette thèse trop systématique est fausse, et Freud y renonce, son coup de génie étant de sortir de la médecine. Lui qui est physiologiste et chercheur décide de ramener tous nos problèmes névrotiques aux tragédies grecques, et donc, au fond, à un pasglorieux. La sexualité humaine n’est plus la  description d’une activité fonctionnelle,  elle devient la libido,  l’éros !

L’instinct de vie qui nous manque, par Elisabeth Roudinesco, historienne, rappelé, en Figaro Magazine d’été.

Malaise dans la civilisation, et créative attitude

 

Aussi bien le maître de la raison, Kant, que Freud qui rend les armes à l’inconscient, tous deux observent le malaise de l’homme quand l’Homme règne. Et le déflorent. 
 
Chacun de nous est à la fois un « animal social » :
 
– seul,  l’enfant sauvage, stagne en son developpement ;
– adulte, placé en isolement, il perd l’usage de sa raison et de son affection ;
 
et jaloux de son individualité : 
 
– il repousse les limites de son périmètre, déterminé par ceux des autres et, en particulier, de son donneur d’ordre, client ou chef ;
– il conteste l’intérêt général et le bien public ; les goûts des autres et le sens que prend leur consommation, de ce qu’il offre.
 
Freud éclaire ce  paradoxe en rappelant que la civilisation est fondée sur la répression de nos instincts originels et vitaux, à savoir l’agressivité et la sexualité – instincts qui tous deux protègent la vie et ont pour but la perpétuation de l’espèce humaine. C’est la  raison pour laquelle nous haïssons et chérissons tour à tour la culture, ou la civilisation, car celle-ci constitue  une source constante de contrariété, de refoulement, de souffrances individuelles. Une source inépuisable de créativité assurément.
 
 
 
Créative attitude que ces deux maîtres partageraient.
 
 
VERBATIM
 
« Il est curieux que les êtres humains, bien qu’ils ne puissent guère subsister dans la solitude, ressentent néanmoins comme très oppressants les sacrifices que la culture leur impose pour rendre la vie commune possible. La culture doit donc être défendue contre l’individu et ce sont les organismes, les institutions et les prescriptions qui se mettent au service de cette tâche ; ils ne visent pas seulement à établir une certaine répartition des biens mais aussi à la maintenir ; ils doivent même protéger  des agissements hostiles des êtres humains tout ce qui est utile à la domination de la nature et à la production des biens. Il est facile de détruire les créations des hommes ; la science et la technique qui les ont  établies peuvent aussi servir à leur destruction. On est alors gagné par le sentiment que la culture est ce qu’une  minorité qui a su s’emparer du pouvoir et des moyens de coercition a imposé à une majorité récalcitrante ».
 
L’avenir d’une illusion, Sigmund Freud (1927) traduction Ole Hansen-Löve, coll. « Classiques et cie », Hatier, 2010.
 
« L’homme est un animal qui, lorsqu’il vit parmi d’autres membres de son espèce, a besoin d’un maître. Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables; et quoique en tant que créature raisonnable il souhaite une loi qui pose les limites de la liberté de tous, son inclination animale égoïste l’entraîne cependant à faire exception pour lui-même quand il le peut. Il lui faut donc un maître pour briser sa volonté particulière, et le forcer à obéir à une volonté universellement valable ; par là chacun peut être libre. Mais où prendra-t-il ce maître ? Nulle part ailleurs que dans l’espèce humaine. Or ce sera lui aussi un animal qui a besoin d’un maître. De quelque façon qu’il s’y prenne, on ne voit pas comment, pour établir la justice publique, il pourrait se trouver un chef qui soit lui-même juste, et cela qu’il le cherche dans une personne unique ou dans un groupe composé d’un certain nombre de personnes choisies à cet effet. Car chacune d’entre elles abusera toujours de sa liberté si elle n’a personne, au-dessus d’elle, qui exerce un pouvoir d’après les lois. Or le chef suprême doit être juste en lui-même et pourtant être un homme. Cette tâche est donc bien la plus difficile de toutes et même sa solution parfaite est impossible : dans un bois aussi courbe que celui dont est fait l’homme, on ne peut rien tailler de tout à fait droit. La nature ne nous impose que de nous rapprocher de cette idée. 
 
Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Prop. 6 par Emmanuel Kant (1784)

Précis d’analyse contemporaine

 image

[La peur du noir]

Le scandale freudien a été de mettre à jour une sexualité enfantine ; d’en finir avec l’innocence originelle. Il était nécessaire, d’accuser le petit d’homme, pour expliquer l’amnésie de sa période nubile.

– L’enfant l’oublie : qu’il a voulu maman, et papa mort ; qu’elle en a voulu à maman, et papa criminel.

– Cet oubli particulier constitue le refoulé. Ĺenfant peut ainsi se désengager, de cette première tentative de groupe sectaire. Puis, se réengager et se désengager en bien d’autres relations et projets. Vivants. Créateurs.

 

Œdipe fait roi éclairé celui qui le traverse.

 

[Amnésie générale et analyse singulière]

Il n’y a pas que l’épisode d’amour et de mort impossible qui se dérobe. L’amnésie est générale. Et ce tissage d’oublis constitue la névrose : des poussées d’hier viennent ainsi se défouler sur la plage du présent. Ce sont les répétitions. En fonction de l’environnement, « suffisamment bon » ou mal adapté à l’être singulier pluriel : symptômes, angoisse, inhibitions.

L’analyse permet la décomposition non violente de ce tissage de conflits périmés, devenu avec le temps davantage remuant que ce de quoi il protège : des vicissitudes bien lointaines. 

 

[Variations]

Pour ceux, de nos jours de plus en plus nombreux, qui sommes restés à la limite de la névrose et donc a la limite de l’analysable – le refoulé-défoulé est défaillant, la secte a trois reste présente, et en lieu et place, pour seule défense, le clivage en soi et la projection – l’analyse est variation.

Rentrer dans la névrose. Quitter la secte a trois. Boucler ces relations du passé, inévitablement fantasmees sur les relations actuelles.

 

Dont celle de l’accompagnement. 

–  L’accompagnateur se prête à être surface de projection : il permet la mise en acte, et l’analyse de ce qui se vit,  s’en suit seulement ;

–  Analyste, il est chambre d’echo et interprète. Et c’est en ce point surtout, qu’il est aidant, puisque la parole fait office de tiers autre, détache les deux. Tiers séparateur enfin.

 

***

[Tous névrosés et alors]

Et c’est dans la danse des âmes, dans le dialogue de fous, que jaillissent tour a tour le renoncement et la liberté. L’individu sujet. En société.

La seule issue pour vivre et ensemble : tous névrosés et alors.

Libre interprétation

Quand Freud, simple homme au fond, allonge l’Autre – la femme hystérique, l’homme aux loups -, sur son divan, il part autant dans des contrées sauvages que les colons, de part et d’autre de l’océan. C’est pourquoi, s’il n’avait pas été neurologue il aurait fait de psychanalyse, moins une médecine, davantage un truchement. Entre vivants.

 
Deux découvertes en mes lectures et cinémas d’été :
 
– Rouge Brésil, Goncourt 2001 pour Jean Christophe Rufin. Je sais, je suis en retard de phase, mais pour moi, Le Poche est format de vacances, et Les Indes, évasion tant aimée.
 
– Jimmy P. ou « la psychothérapie d’un indien des plaines », de l’ouvrage fondateur, de l’ethnopsychiatrie par Georges Devereux, fidèlement inspiré. 
 
Jimmy P.  Avec Georges Devereux en son rêve
Jimmy P.
Avec Georges Devereux en son rêve
 
Je découvre que c’est dans l’Autre que nous nous libérons le mieux. Sa présumée différence nous protège d’être les mêmes. Sa lecture, notre page blanche elle hèle.
 
Rouge Brésil : criant de vérité sur le conquistador français de l’Histoire oublié, Villegagnon, l’est aussi sur ces primitifs qui retiennent leurs ennemis en leur compagnie, puis les mangent, et retenir à jamais leur esprit. Cette force opposée qui doit donc être un manque…
 
Jimmy P. : blessé de guerre en apparence, blessé de la vie ordinaire en profondeur. Le scientifique à l’identité tronquée a bien plus de ressemblances avec lui, prétendu sauvage, qu’avec lui-même, Docteur présumé.
 
L’un et l’autre, Devereux et Jean Christophe Rufin, re-interprètent l’âme humaine qui se dérobe à jamais. 
 
 
 

Créative Attitude originelle

Parmi les dirigeants et créateurs que j’accompagne, il en est qui retrouvent dans leurs grigris pour s’inspirer et pour agir, des traces… du pot petits !

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Notre créative attitude trouve ses origines d’après moi – psychanalyste en entreprise, qui accompagne l’innovation des plus grands-, excusez-moi de l’affront : sur le pot. Aux premières années d’émancipation.

Le petit enfant apprend les rudiments de la vie : manger, dormir, plaisir, souffrir, de la main de son papa et de sa maman. Mais nul ne peut, pour lui, déposer la formation singulière des résidus de son corps.

 

Un cadre est donné à l’enfant :

          – un récipient, son espace de création ;

          – une régularité, la discipline d’un temps ;

         –  la séparation entre lui et son excrément.

 

Il n’appartient qu’à lui :

         –  la conscience de l’envie ;

          – la mise en mouvement ;

          – le plaisir ou la douleur de lâcher et retenir ;

         –  l’acceptation ou pas de la séparation.

*

Parmi les dirigeants et créateurs que j’accompagne, il en est qui retrouvent dans leurs petits ou grands grigris pour s’inspirer et agir aujourd’hui, des traces de cette période de créativité, originale et originelle, à laquelle il n’y pensaient plus.

Ainsi, l’un d’eux, qui était contraint par la mère à la station assise et prolongée dans un couloir, par toute la famille fréquenté, découvre comment ce couloir, dont il s’en souvient avec précision et ressenti profond, le mène à une découverte bien moins évidente :

Il a la sensation « étrange » – inconsciente peut être, préconsciente nous dirons – que ce couloir matérialise en sa représentation mentale son propre intestin. Et il croit reconnaître, ressentir aussi, un tiraillement familier entre l’envie de se « vider » de ses frères et ses sœurs, aux alentours trop présents, et la peur de lui-même disparaître avec eux.

La rivalité, ou sa cousine acceptable en société : la compétitivité, restent aujourd’hui son moteur de création. Et le burn out son hantise. Donner trop.

La prise de conscience de ces conditions de création singulière et originelle l’amène enfin à aisément travailler en intelligence collective. Avec toujours une pointe de dépassement personnel qu’il savoure à présent !

**

imageEn ce qui me concerne moi – non seulement « coach » de lui, puisque de témoignages personnels il s’agit -, je suis venue à la créativité sur le tard. Comme pour nombre d’entre nous, donner satisfaction « à la mère » passait avant tout.

Source d’inhibition au fond, que de vouloir bien faire et satisfaire : la mère, le professeur évaluateur, ou l’employeur tout-puissant. Inhibition de mon propre potentiel et mon décalage fécond. Et chronique constipation !

Pour en sortir, si j’ose dire, se « débarrasser » du donneur d’ordre est illusoire : s’éloigner de papamaman, quitter les institutions . C’est de moi-même que j’exigeais à mon tour la perfection.

Comment  s’en sortir alors ? En choisissant un « métier impossible » selon Freud, ceux de « soigner, gouverner, enseigner » où quelle que soit la puissance ou pertinence des moyens mis en œuvre, on peut y être certain… d’ « un résultat insuffisant » ! J’accompagne, dans la liberté qu’offre la psychanalyse, l’inventivité même de chacun. Et au sein de la société : reine-mère à jamais…

***

Henri Kaufman  me convie ainsi à contribuer légère à son ouvrage sous presse :

TOUT SAVOIR SUR la Créative Attitude

Et je réalise mon désir

Mon Sieur

Merci