Le confinement : vers un forfait personnel illimité ?

Dès l’origine, j’ai pu vivre ce confinement imposé comme une obligation de nous retrancher, d’aller aux limites de ce qui pouvait rester, à chacun de nous, une fois nos fuites, nos occupations superflues et nos préoccupations stériles laissées de côté. D’occuper enfin les confins de notre véritable petit monde personnel et collectif à tir de message véritablement échangé, de réalités mélangées.

Au début, je ne ressentais pas de grande différence. Je vis à la campagne une existence paisible – la photo en fournit l’instantanée – avec pas plus de trente autres âmes à la ronde. J’y reçois deux ou trois d’entre elles par semaine. Je me déplace à Paris dans un aller-retour pour accueillir en consultation suivie les quelques autres âmes lucides ou en quête de lucidité qui se comptent sur les doigts des deux mains, d’année en année, depuis que je n’accepte plus de passer du temps sur de faux projets, des projections d’un petit moi sur le temps d’après. Je ne travaille plus, moi-même, et ceux qui me côtoient, que sur ce que je réalise, qu’ils réalisent, au présent, en observant et en écoutant sans détour ce que cela révèle à l’instant de ce dont le refoulement nous protège et qui se solde par une répétition, illusoire dans sa différence apparente. Je réunis un groupe de réflexion une fois par mois, et comme pour ceux, patients, qui poursuivent leur recherche sans égard pour l’espace ni pour le temps que cela prendra, ce groupe se réunit en continu et à continue de le faire lors des rencontres virtuelles qu’il a été possible d’organiser sans délai. J’enseigne à l’université, et cet événement peut également se tenir par écrans interposés, chacun bien heureux aux confins de son existence, et tous ensemble pour apprendre, nous-mêmes nous appréhender.

J’ai un jardin. J’ai accès à un marché maraîcher. J’écris et je reécris. Je suis presque au bout du récit de l’hospitalisation de ma maman, un témoignage nécessaire pour moi et pour quelques autres, qui sont présents dans cette écriture intense. Aux confins de mon âme et conscience sans que cela ne soit plus une expression qui fait jeu de mots, mais l’expression véritable d’une bousculade que je m’inflige dans mes retranchements. Je reécris mon récit de l’instant d’avant la maladie et le confinement « Quand l’insconscient s’éveillera », pour plus que jamais, tenter de rendre accessible nos capacités à passer du déni à la créativité à condition d’identifier tout aussi bien ce qui est de l’ordre de nos besoins sociaux davantage naturels désormais et ce qui est de l’ordre de nos besoins intimes davantage collectifs sinon rien… Le processus inconscient du déni est posé en préambule ; le processus inconscient de la projection est élaboré pour bien revenir à ses bases primaires d’introjection et d’incorporation et pouvoir les réactualiser dans un mouvement enfin secondaire, libéré. Si chacun s’y emploie, il devient enfin possible de se reconnaître les uns les autres, reconnaître aussi le monde, la nature, les autres « inhumains » et procéder à cette identification croisée, à cette identité mélangée qui nous est nécessaire et salvatrice, créatrice de progrès.

J’ai approché des éditeurs, comme je m’étais rapproché de mes patients et partenaires pour pouvoir continuer. Chacun le souhaite. Je les côtoie au quotidien sans les voir ni les toucher, et ils se retrouvent, en effet, aux confins de soi. Bien heureux.

Je garde l’espoir, que nous entretenons toute une vie sans le savoir, convaincus par la facilité de ces habitudes superflues et de ces préoccupations qui occupent, l’espoir cru, ces jours, d’une continuité, d’autres confins possibles où pouvoir se retrancher, se pousser à bout les uns les autres, ou alors, pourquoi pas, d’un déconfinement forcé et exigeant tout autant.

Oui. Le déconfinement est davantage sauvage. Une renaissance possiblemen, car quitter ces retranchements – pensez-y – ne peut être accompli que par l’amour ou par la haine la plus profonde.

Vous voyez bien que ce n’est que la continuité de l’espoir qui conte, confinement ou pas, cet espoir d’un désir qui ne tarit pas puisqu’il se développe et rencontre ceux des autres. Y compris dans la distanciation sociale. Et vous ? Où serez-vous ? Vos limites et celles des autres vous ont-elles ouvert un forfait de désir illimité ? Serez vous partant.e.s ?

Germinal des temps modernes

J’ose imaginer que les enfants de nos enfants après eux quitteront l’illusion actuelle d’être reliés entre eux – passablement interconnectés – par dessus les divisions, les nano-fragmentations qui se poursuivent : « des gestes aux mots » et aujourd’hui aux seules images d’un pouce ou d’un émoticône gerbant, « des corps aux âmes » et enfin aux esprits intelligents seulement artificiellement, selon un protocole prévisible jusqu’aux moindres alternatives, qui ne le sont plus alors.

 » (…) Patrick entretenait avec ce couvre-chef des relations d’opérette. Il le portait, se croyait observé, le piétinait, l’oubliait dans son C15, le perdait régulièrement. Au volant, sur un site, au bistrot, au bureau, au garage, il se posait cette question : devait-il porter cette casquette ? Autrefois, les mecs n’avaient pas besoin de se déguiser. Ou alors, les liftiers, les portiers, les domestiques. Voilà que tout le monde se trouvait plus ou moins larbin, à présent. La silicose et le coup de grisou ne faisaient plus partie des risques du métier. On mourait maintenant à feu doux, d’humiliation, de servitudes minuscules, d’être mesquinement surveillé à chaque stade de sa journée ; et de l’amiante aussi.

Depuis que les usines avaient mis la clef sous la porte, les travailleurs n’étaient plus que du confetti. Foin des masses et des collectifs. L’heure, désormais, était à l’individu, à l’intérimaire, à l’isolat. Et toutes ces miettes d’emplois satellitaient sans fin dans le grand vide du travail où se multipliaient une ribambelle d’espaces divisés, plastiques et transparents : bulles, box, cloisons, vitrophanies.

Là dedans, la climatisation tempérait les humeurs. Bippers et téléphones éloignaient les comparses, réfrigéraient les liens. Des solidarités centenaires se dissolvaient dans le grand bain des forces concurrentielles. Partout, de nouveaux petits jobs ingrats, mal payés, de courbettes et d’acquiescement, se substituaient aux éreintements partagés d’autrefois. Les productions ne faisaient plus sens. On parlait de relationnel, de qualité de service, de stratégie de com, de satisfaction client. Tout était devenu petit, isolé, nébuleux, pédé dans l’âme. Patrick ne comprenait pas ce monde sans copain, ni cette discipline qui s’était étendue des gestes aux mots, des corps aux âmes. On n’attendait plus seulement de vous une disponibilité ponctuelle, une force de travail monnayable. Il fallait désormais y croire, répercuter partout un esprit, employer un vocabulaire estampillé, venu d’en haut, tournant à vide, et qui avait cet effet stupéfiant de rendre les résistances illégales et vos intérêts indéfendables. Il fallait porter une casquette. « 

Nicolas Mathieu

leurs enfants

après eux

Actes Sud

Prix Goncourt 2018

Le titre est tiré d’une citation du Siracide, l’un des livres de l’Ancien Testament, mise en exergue du roman :

« Il en est dont il n’y a plus de souvenir,
Ils ont péri comme s’ils n’avaient jamais existé ;
Ils sont devenus comme s’ils n’étaient jamais nés,
Et, de même, leurs enfants après eux. »

Siracide – 44,9

Si ces « vies minuscules » ne s’inscrivent pas dans l’Histoire, elles se gravent dans les mémoires en plus de l’importance d’être vécues.

Au-delà du projet social de son livre, Nicolas Mathieu explique que son projet littéraire s’attache très fortement à la description des sensations et du désir, des perceptions et des corps3 afin de les faire éprouver aux lecteurs. Que ce soit la découverte de l’amour, de la sexualité et des limites chez les adolescents, l’ennui au fin fond de la France périphérique ou le rapport des personnages à leur environnement durant les années 1990, c’est-à-dire avant l’arrivée des nouvelles technologies. La violence d’exister des jeunes et de leurs aînés aussi.

Si j’ai mis longtemps à céder à cette œuvre parue en 2018, alors que son titre, son image, l’évocation adolescente me tendaient le miroir que je cherchais pour me revoir alors, peu de chose, et me voir enfin devenue aujourd’hui bien peu de chose. Si même le prix Goncourt qui m’a offert tant de rattrapages étranges du même type, sous le signe de l’évidence longtemps exclue (Maalouf, Ruffin, Ménard, Slimani), ne parvenait pas cette fois-ci à déverrouiller ma résistance, et que c’est enfin mon libraire, en fin d’année, qui me l’a offert comme récompense à ma fidélité, c’est bien d’un clivage d’aujourd’hui dont je souffre. De servir l’institution, quelle soit entreprise ou organisme de protection sociale, en supervision moi-même de leurs travailleurs, ouvertement ou insidieusement sociaux.

Ces années 90, soigneusement rendues par l’homme aux deux prénoms d’auteur, comme deux anciens amoureux, préfigurent nos années 2000, 2010 et 2020, celles de nos enfants et des générations qui rentrent travailler, avec la circonstance aggravante d’y avoir participé, ou du moins, survécu et prétendu en sortir pour revenir « du bon côté ». Mais d’un côté ou de l’autre c’est la même planète qui se gausse des faibles empreintes qu’on ose : celles de piétiner sur place sans plus de courage.

J’ose imaginer que les enfants de nos enfants après eux quitteront l’illusion actuelle d’être reliés entre eux – passablement interconnectés – par dessus les divisions, les nano-fragmentations qui se poursuivent : « des gestes aux mots » et aujourd’hui aux seules images d’un pouce ou d’un émoticône gerbant, « des corps aux âmes » et enfin aux esprits intelligents seulement artificiellement, selon un protocole prévisible jusqu’aux moindres alternatives, qui ne le sont plus alors.

Peut-être que la planète verte qui les rappelle aux soins, manuels et repensés, fera de nos vies minuscules, une vie humaine, et des humains, des vivants parmi le vivant. Légitimes de cette seule condition. Avec ou sans leurs enfants.

Double digit growth

image_2020

La simple vue de ce changement calendaire – paradoxal, vers le rouge et vers le trop d’un coup -, de l’an 2020, m’a téléportée, moi, dix ans en arrière, dans ce temps où l’entreprise était mon bastion, face au monde et à moi-même certainement, et où le CEO clamait à chaque réunion au sommet de notre stratégie mondiale, lors du changement d’année, l’objectif, SMART bien of course – spécifique, atteignable et acceptable, mesurable et borné -, d’un DOUBLE DIGIT GROWTH.

Aujourd’hui il doit plutôt fantasmer sur une baisse de son empreinte carbone et sur des stocks options en cryptomonnaie ni sonnante ni trébuchante, virtuelle et c’est tant mieux. Ce patron, français d’origine, américain d’expatriation seulement, s’était retrouvé au JAIL de l’aéroport de Miami. Entendez bien, plutôt que la prison du Far West, avec les Dalton compagnons, la cellule de rétention et privation de liberté intégrée aux bâtiments, pour les présumés clandestins, les dealers et autres fugitifs sous mandat international. Pour lui il ne s’est agi que d’affront à l’autorité. Son tempérament sanguin a explosé à la figure de l’agent de douanes qui le contrôlait à l’arrivée.

Son discours nous a manqué. Il était le seul patron d’unité à pouvoir clamer cette croissance, l’appeler de tous ses vœux, et rester chaque année aux portes d’un neuf, d’un huit ou d’un sept pour cent invariablement célébrés. Les autres business maintenaient à dures peines une petite croissance tout juste supérieure à l’inflation. Ils faisaient vivre la plupart des employés et cela suffisait à la pérénnité du projet.

J’ai fait partie du nettoyage de printemps sans Prague, lorsque l’ensemble industriel a été vendu au géant du secteur. Le CEO de la Business Unit dont j’assurais la stratégie de communication marketing a été maintenu aux commandes et rappelé à plus de sobriété, dans ses projections et dans ses airs. A davantage de green attitude et de design fonctionnel. Le nouveau commandement a son siège en Allemagne.

J’ai abandonné moi-même en partant des moyens faramineux et un plaisir esthétique qui était rare dans mon métier, surtout dans le dur des industries qui furent les miennes jusqu’ici : l’industrie financière, celle des technologies de l’information et enfin la biotech de compétition.

J’ai revu mes comptes à zéro, ma vie est devenu frugale, à la campagne de Sens, et mes choix éthiques : je n’accompagne pas de puissants, ni de beaux semblants ni de séductrices. Du moins de prime abord. Chacun de mes accompagnés révèle peu à peu – et c’est le but recherché – son narcissisme, son autoritarisme et sa contrebande sociale. Certaines séances les envoient une nuit en prison, comme pour mon donneur d’ordre référent. Ils en rêvent et ils débloquent leur conflit intérieur. Ils revoient à la baisse les idéaux narcissiques ou dominants qui faisaient leur tempérament de sang qu’il soit froid ou chaud. Peu importe.

Je contribue à la décroissance de leur égo et de leur empreinte toxique, sur la terre et sur les autres.

Là où « ça » existe, le « moi » doit advenir – C’est de ces seuls mots que Sigmund Freud pouvait décrire intégralement une analyse. Nos motions pulsionnelles, le « ça », calées sur nos besoins vitaux et nos désirs libidinaux, ne peuvent produire qu’un « self », un masque, un égo, un JE JE JE … Le JE peut être prononcé par le « moi » mais il peut aussi répondre aux seuls besoins de la conformité, apparaître comme étant le moi social alors même qu’il est vide de lien. Plein de force vitale et de tout son contraire, meurtri, avorté. C’est là notre torsion intérieure que nous projetons sur les autres lorsque nous les prétendons nous présurer, nous limiter ou nous exiger. Et l’escalade est symétrique, dans la violence ou dans l’isolement.

Pour former un « moi » il est un « toi » sans murs auquel pouvoir s’identifier, et il est le temps du rêve, ou du moins de l’introspection sincère, et sensble plutôt que les barreaux acérés de la pensée rationnelle et dominante.

Je ne sais pas si Bertrand, tel était le prénom du CEO, s’identifiait, comme tant d’autres, à des résultats, à un aboutissement sûr et certain, quasi-mortel, plutôt qu’à l’expérience de l’autre et la confiance dans le lien. Et les effets écologiques – au sens le plus large, actuel, de l’équilibre économique, social et planétaire, de proximité et effet papillon à l’autre bout de la terre – virant, virevoltant tout naturellement vers le vert, prenant tout son temps

Je vous souhaite du bon temps en 2020, de la joie dans la rencontre de tout ce qui n’est pas vous : votre avenir possiblement.

Ne m’appelle pas

J’ai lu ce chapitre le soir de mon intervention auprès des coachs, thérapeutes et managers, tous Capitaine, qui seront issus de la promotion 9 du DU Exécutive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise.

« Le passé, c’est pas un cadeau. Moi, je vis avec et j’ai appris depuis longtemps à le passer sous silence. Et voilà que tu arrives avec tes questions. Pour tuer le temps, et un diplôme dont tu n’as pas besoin. On en était où avant que tu piques ta colère ? Patiente un peu. Un jour, la vie, elle te donnera les vraies raisons de te mettre en colère. Et tu t’étonneras de la violence en toi. Regarde-toi. Tu es belle. Tout va bien dans ta vie. Jusqu’ici tu n’as connu que des contrariétés. De faux soucis. Des souffrances de conte de fées. Écris-le à ton directeur de programme qu’au pied du Morne Dédé habitaient les Sajou. Des gens bien. À la époque, il n’y avait ici que des gens bien. M. Sajou, il avait quatre femmes pour lui tout seul. La mère et ses trois filles qu’il violait chacune à leur tour. Puis est venue une cinquième. Jolie comme ses sœurs. Ce n’est pas toujours une chance de grandir en beauté. Les autres voyaient venir le père. Un soir, l’aînée s’est barricadée dans sa chambre avec la benjamine pour la protéger. Le père Sajou a défoncé la porte et il a distribué des baffes avant d’enlever son pantalon. Alors, tandis qu’il travaillait la petite, l’aînée lui a crevé le tympan avec un clou. Un de ces gros clous avec lesquels on fixait les tôles en prévision de la saison des cyclones. Puis elle est allée dans la chambre principale où pleurait la mère et elle l’a battue à mort. D’avoir trahi son propre ventre. La chair de sa chair. Avec un rouleau de pâtisserie. Celui qui servait à préparer les gâteaux pour les anniversaires et les fêtes de famille. Après les policiers sont venus et l’ont enfermée dans un asile où sa rage n’est jamais tombée. Jusqu’à sa mort, dans sa cellule, elle a continué à faire une bouillie du visage de sa mère. Voilà ce que c’est que la rage. Et le petit Edouard qui se faisait battre par ses condisciples tous les jours à l’école. Le père, un malchanceux qui n’a jamais pu faire mieux qu’assistant chef de service, se vantait d’avoir un ancêtre signataire de l’acte d’indépendance et venir d’une lignée qui n’admettait pas la lâcheté. La famille ne crevait pas de faim, mais ne menait pas grand train. Deux filles, un garçon, et l’épouse qui ne travaillait pas. Les repas étaient maigres et les chaussures usées. Ne restaient que la dignité et la légende de l’ancêtre qui avait vaincu les colons pour se donner de la valeur auprès des voisins. Les pleurnicheries du fils et les ragots rapportés par les gamins du quartier sur ses déboires quotidiens au collège des pères spiritains versaient de l’ombre sur la légende. Un jour, pour faire comprendre à ce fils poule mouillée qu’on ne doit pas salir une image, surtout quand c’est tout ce qu’il nous reste, le père Edouard a enfermé son rejeton dans une pièce, en ordonnant à sa femme de ne pas se mêler d’une affaire entre deux hommes, descendants d’un héros, et il lui a foutu la raclée de sa vie en lui criant qu’il ne se tuait pas au travail pour envoyer un tambour dans la meilleure école privée du pays, que lui n’avait pas eu cette chance et avait fait ses humanités dans un lycée public où l fallait se battre pour trouver une place sur un banc. Le petit Édouard n’a pas pleuré… Fanfan a bien su sa leçon… Et le lendemain il n’a pas pleuré quand usant d’un compas, il a crevé l’œil du premier condisciple à s’approcher de lui. Apres ce geste, même son père a eu peur de lui. Ça se voyait sur son visage qu’il avait la rage. Que sais-tu de la rage ? Le passé, le présent, là où sévit le manque, c’est l’histoire secrète de la rage. si tu ne peux pas entendre ça, ne reviens pas. T’es fausses vertus. La charité bien ordonnée que ta mère a bien dû t’enseigner. Ton Dieu, peut-être, avec lequel tu mènes une conversation personnelle qui ne t’engage à rien en ce qui concerne les autres. De là où tu viens, les autres n’existent que lorsque vous avez quelque chose à leur prendre. »

Ne m’appelle pas Capitaine, chapitre neuf, Lyonel Trouillot, Actes Sud 2018

Ce livre est dédié aux morts
et à toi,
comme à tous ceux qui eurent le choix
un soir entre faire vivre ou regarder
mourir

J’ai lu ce chapitre le soir de mon intervention auprès des coachs, thérapeutes et managers, tous Capitaine, qui seront issus de la promotion 9 du DU Exécutive Coaching de l’Université de Cergy Pontoise. Et je me suis dit, c’est cela que nous avons réappris ensemble, à accompagner la rage de vivre avant qu’elle ne nous dévore.

Pulsions, idéaux, mises en lien, en moi et en mot, les apprenants se reconnaîtront. Et moi je continue mon cycle en école libre « les invisibles », en before work les 4 et 18 avril, les 16 et 31 mai. Les inhibitions inconscientes sont la priorité après une première session 2019 en mars dédiée au « traumatisme ordinaire » et à la résilience.

Les métiers de l’humain mettent sur le métier l’humain en vous, toutes écoles de pensée confondues. Tant que ça palpite en dessous. Et que la patience de vivre irrigue ce cœur en chœur ensemble.

 

En image de couverture Port-au-Prince, Haïti où se déroule cette a-fiction.

Un groupe naturel

La première fois que j’ai entendu, ou plutôt lu, l’expression, cela m’a impacté.

Le groupe naturel.

C’était dans un manuel d’accompagnement psychologique. De psychosociologie précisément. Les psycho-analystes institutionnels formaient des groupes à but thérapeutique. La psychanalyse et la sociologie naissantes – Freud et Durkheim ont pareillement appliqué les méthodes de recherche scientifique au social et à l’humain, l’un en s’appuyant sur les statistiques et l’autre sur le cas isolé, parfaitement « étranger », révélateur de tout le caché en chacun de nous depuis toujours et à jamais -, dans l’entre-deux-guerres perpétuel qui commence en 1870, ces nouveaux docteurs de l’âme autant que du corps réunissaient des hommes pour mieux en prendre soin.

Cela se poursuit aujourd’hui par le droit à la formation continue et par le rythme effréné de création de modules formations d’entreprise et de groupes de transition contenus dans la démarche de « outplacement » ou fréquentés dans un état de rébellion, avec quelques autres rencontrés sur les réseaux (Les 100 barbares, Switch collective, etc.).

Non. Les analystes autres que capitalistes ou marxistes de la première heure ont vite constaté la capacité naturelle des hommes d’alors à se regrouper sans injonction ni transition. Ni la réparation d’un mal ni d’une solitude,  ni même la création, ni en silo ni en réseau, ne les motive. C’est ce que certains ont respecté et tout simplement adossé dans une anti-psychiatrie courageuse qui se poursuit discrètement de nos jours : de Oury à Tisseron dans le civile, de Bion, puis Enriquez et Dejours à quelques nous dans l’entreprise.

Le groupe naturel c’est la démarche de Bertrand (Matthieu Amalric) dans Le Grand Bain. Et elle a été celle des autres avant qu’il ne les rejoigne en début de projection parce qu’il faut bien que quelqu’un se donne à voir de bout en bout dans une fiction qui attrape la vie.

Aucun intérêt pour la natation synchronisée. Aucune curiosité à priori pour la monitrice ou pour un ou l’autre des camarades. Les « je sais pas » de ses premières interactions ne sont pas que l’expression d’une dépression brandie.  Il n’est pas là pour ça non plus. Un besoin d’échapper à la foule, de rejoindre un groupe à taille humaine – peut-être comme la famille qu’on ne s’est pas choisie en naisant oui – et la possibilité de le faire à intervalles réguliers, parfaitement connus, parfaitement limités. Les jeudi à 19h, échauffement, exercices, douche, vestiaire, sauna et dernier verre. Beaucoup de silences, quelques lectures de la monitrice – étonnante source d’inspiration plutôt que spécialiste instituée du coaching sportif – et une prise de parole qui se limite à un seul et qui est totalement libre. Un seul peut alors dire tant de ce dont chacun n’a rien à dire. Des émotions jaillissent alors et ce sont des « flash » de mots : ta gueule, ah non, t’es con, fait chier, il a raison. Des mots d’esprit qui donnent la parole à l’inconscient pour exprimer la gêne, la colère, la tristesse, la joie aussi qu’on s’interdit, dont on soupçonne l’autre d’être le provocateur enfoui.

Et soudain, lorsque ce groupe trouve un objet extérieur que chacun pourrait convoiter – la médaille de la vraie vie pour chacun d’eux – ils deviennent des nageurs synchronisés, endossent les habits sans pouvoir les voler, et s’approprient une discipline qui est celle de leur désir très singulier.

Je me sens comme Delphine (Virginie Efira) lorsque dans les groupes qui se réunissent autour de notre activité avec André – que l’on appelle des fois de supervision, des fois d’analyse en groupe, des fois d’innovation mais qui sont des groupes naturels tout simplement et chacun le vit et se reconnaîtra dans ce que j’écris -, les participants toujours seuls écoutent nos poèmes et s’ébattent entre eux. C ‘est déjà bien plus beau que de fréquenter un de ces groupes « artificiels » précédemment cités. Mon vrai désir vrai serait qu’ils décrochent des étoiles, qu’ils se trouvent un objet à remporter et le baume d’une aurore boréale sur cette obscurité de vivre sans rien savoir ni pouvoir mais vouloir, oui, un je-ne-sais-quoi qui prend forme et cette forme importe peu. Voilà, serait le mot d’esprit dont jaillit l’humanité.

L’écologie de l’esprit

un Benalla sans limites, un Hulot privé de dynamique, un Gérard Collomb irresponsable, une Murielle Penicaud impassible, une Marlène Chiappa colérique, les mille et un visages de Macron se projettent trop fort dans ses équipes. Bienvenue soit la bombe écologique pour une écologie de l’esprit.

Tristement prévisible d’un point de vue psychosociologique cette affaire Benalla qui est une affaire de limites. Peu de choses à dire et encore moins à écrire et c’est alors d’une vidéo que l’affaire a été conclue.

Mais aujourd’hui une nouvelle bombe à retardement, la présence de Nicolas Hulot au gouvernement de la France livre son particulier feu d’artifice. L’homme n’est pas un enfant, l’homme ne manque pas de limites. L’homme se retrouve dans ce qu’il dit lui-même être un dilemme, un conflit intime. C’est si rare de nos jours de trouver dans la névrose du dirigeant, l’adulte dans son temps, le sens de l’histoire collective ! Ket de Vries lui aurait peut-être fait le portrait clinique. Pour ma part j’enseigne le questionnement tant du cas en présence que du transfert d’affects qu’il suscite : les identifications projectives ou créatrices.

Une place au gouvernement apporte une jouissance narcissique. L’impuissance au quotidien apporte une frustration qui peut-être bénéfique. C’est la recherche de solutions de compromis (Notre Dame des Landes, la Constitution, Aquarius) qui a animé l’action d’une première année sans grâce. Mais de rien ne sert d’affronter un à un et seul à seul les défis écologiques.

« Il me faut une équipe. »

C’était la demande princeps, une demande peu narcissique, l’acte fondateur d’une transmission politique. Cela est la demande qui clôt l’aventure d’un Ulysse.

 

Et je me dis à nouveau – un Benalla sans limites, un Hulot privé de dynamique, un Gérard Collomb irresponsable, une Murielle Penicaud impassible, une Marlène Chiappa colérique, aucune force collective – que les mille et un visages de Macron se projettent trop fort dans ses équipes. Une mère primitive et eux en identification projective ? Vivement le gouvernement libre d’Edouard Philippe – celui qu’il nommera cette fois ci avec un peu plus de sens politique, le sens de la cité et non d’un parti mort-né – et que la figure de père qui manque à Macron refasse irruption dans la vie publique qui a tant changé. Plus vite que ses représentants infantilisés.

Mais c’est peut-être Nicolas Hulot qui forme gouvernement ou en tout cas une certaine écologie de l’esprit.

Les nœuds institutionnels, quel dénouement qui ne serait pas de tomber dans les nœuds d’un autre ? D’une institution à l’autre il n’y a pas de singulier triomphant.

Bien enfoncer le ballon dans le but sans filet et sans cadre en même temps : – Je vous entends parler en tant que coachés et je veux saluer votre culture du coaching : vous en parlez comme nous le faisons.

On les a rassurés : – Vous pouvez parler comme cela vous vient. Les hésitations seront gommées au montage. Les blancs seront supprimés. S’il y a des incohérences dans le discours nous le réagencerons dans le bon ordre pour faire un Story telling parfait. D’abord nous allons filmer quelques plans d’ambiance de vous faire tous autour de la table. Vous pouvez parler de votre week end. La musique portera le message du travail décontracté. Ensuite chaque coach interviewera son coaché à propos des bénéfices du coaching. Nous viendrons aux plans serrés et aux plans croisés. Votre collaboration sera palpable dans cet échange de regards et de bons mots.

Ce sont des professionnels de l’audiovisuel. Jingle d’ouverture aux couleurs d’une grande association de coachs qui a dû les mandater pour l’occasion. Scènes de groupe où chacun apparaît hilare tout en baissant les yeux. Et cet enchaînement de feed-back que les coachs aiment tant alors que ce n’est pas l’objectif de résultats qui prévaut dans la profession, et que le seul moment de vérité peut être la supervision.

Le Président de l’antenne française de la Fédération ne peut pas s’empêcher de faire son Macron et il prend la parole au milieu de ces passes décisives pour bien enfoncer le ballon dans le but sans filet et sans cadre en même temps : – Je vous entends parler en tant que coachés et je veux saluer votre culture du coaching : vous en parlez comme nous le faisons.

Vous, nous, qu’est-ce que cette ségrégation dans l’univers de l’humain partagé qui culmine dans la confusion des places comme cela avait été bien préparé ?

Et je pense de suite à la même entreprise entre coach analystes et son groupe-analyse puisque jamais dans cette configuration on prendrait l’un pour le tout ni le tout pour un seul. Il n’y aurait pas de montage. Les blancs, les discours de traverse et les incompréhensions seraient le sel de la terre. Les participants se parleraient entre eux et nullement à l’adresse des analystes, au moins deux. Ils permettent cette parole libre. Ils respectent les soubassements difficiles pour chacun. Rien ne change. Tout paraît, et aussitôt disparaît. Chacun garde pour soi-même ce qui lui aura semblé être vrai. Et les analystes font de même, en ce qui les concerne, eux. La vidéo est sans intérêt. Il n’y a pas une longue liste de Name droping ni des félicitations par milliers, mais derrière son écran l’un ou l’autre envoie un message en privé à l’un ou l’autre des analystes « animateurs » de ce qui est un groupe suivi, engagé : – Je suis un peu comme vous tous et pour beaucoup je ne sais pas bien. Quelles sont les conditions pour vous rejoindre ?

Un fil de dates, un lieu de rendez-vous et un prix à payer pour ne pas rester en dette avec chacun comme les parents nous ont laissés. En vie. Vivants c’est moins sûr. Jamais coachés. Analysants.

– Vous vous trompez, me reprend l’un d’entre eux. L’analysante c’est vous.
– Vivant, analysant, c’est chacun. Mon métier est celui d’analyste. J’ai été et je suis analysante en ce qui me concerne. Jamais en ce qui concerne l’inaliénable autre. Promesse de ma liberté et de la vôtre.

**

– Vous aussi vous êtes organisés en associations pourtant.

On ne m’y reprendra pas. Quinze années en multinationale m’ont appris davantage que tout coaching ou formation. Les associations de psychanalystes et de psychosociologues sont nombreuses. Diverses. Régionales. Locales. Au plus près des analysants. En échec permanent sur leurs lignes de défense. Aussi bien internes que sociétales. Instituantes plutôt qu’instituées. Le psychanalyste est celui qui ne peut compter que sur lui-même. Les nœuds institutionnels lui rappellent les siens. Et il tient par ce bout à l’une ou l’autre de ces communautés de chercheurs avant tout et pour un temps. Le dénouement est toujours proche pour chacun. Le singulier est alors une évidence de chaque instant.

Coach d’un seul, coach d’une organisation toujours. Toujours poursuivre sa professionnalisation

La transformation récente des administrations publiques, celle des très grandes entreprises qui elles connaissent par coeur l’intervention du coach savant, devenu formateur avec la poussée réglementaire, celle des nouvelles pousses qui réinvente l’économie et le social, font appel aux compétences, au savoir être cette fois, des quelques coachs analystes et psychanalystes groupalistes qui font un travail remarquable sans être remarqué. Aussi discret que durable et en réelle profondeur.

Coach d’un seul, intervenant en organisation

Le coaching est par essence individuel. Un sujet issu d’une organisation professionnelle adresse une demande de coaching à un autre sujet dont le métier est de l’accompagner afin qu’il trouve en lui-même la ou les réponses à sa demande. Nous précisons qu’il ne s’agit pas de parvenir à une ou des solutions comme il ne s’agit pas non plus de réaliser un inventaire des compétences ou plus largement des ressources du dénommé coaché.

Ce qui nous intéresse jusqu’ici est la rencontre de deux subjectivités dont seule une d’entre elles cherche satisfaction. Le coach trouve sa satisfaction dans sa rétribution le plus souvent à la charge d’un tiers : le mandataire, souvent le responsable hiérarchique. Le correspondant des ressources humaines à un rôle séparateur entre le coaché et le mandataire. Il est le prescripteur d’une démarche et d’un ou plusieurs professionnels. Il représente à la fois l’organisation et le métier de l’accompagnement.

Le coaching est un processus rythmé par les rencontres entre le coach et le coaché. Les tripartites ou quadripartites qui rassemblent l’ensemble des acteurs concernés s’entendent hors coaching individuel. Ce sont des effractions de la réalité dans une transformation qui est singulière et qui aboutira bien plus tard que n’aboutit la période de coaching.

Lier connaissance(s)

Le travail sur soi auprès d’un professionnel est un travail de mise en lien. Il s’agit d’abord de tisser et d’éprouver le lien à l’autre, étranger à la réalité aussi bien psychique qu’objective du coaché. Ce lien se manifeste dans l’échange, verbal, factuel, mais aussi « affectif » pour ne pas dire émotionnel. L’affect est justement le désir d’être en lien, sans coloration préalable. Il s’agit là du deuxième niveau de mise en lien : dans l’échange, un récit se tisse qui associe des représentations et des sentiments, mais, le plus important est qu’il existe en superposition le récit de la relation même entre le coach et le coaché à l’occasion du récit que nous pouvons nommer « de base » et qui est la prérogative pleine du coaché. Le coach, comme cela est souvent répété, n’a aucune prérogative sur le « contenu ». Sa compétence s’exerce sur le cadre et par conséquence sur le processus.

Il existe dans tout coaching des moments, nombreux, où le contenu souhaité par le coaché est celui de parler ou d’agir sur le cadre. Ceci permet leur rencontre frontale. Il est tentant de rappeler le contrat ou de faire appel aux tiers : le DRH ou le responsable qui a engagé ce cadre, qui consiste, en toute simplicité, en un nombre d’heures, une fréquence, un lieu et une rétribution, quelques axes pour objectifs éventuellement.

Le coaching est individuel, nous le rappelons : il s’agit d’un face à face entre deux sujets chacun se vivant comme un être individué en relation avec un autre être humain parfaitement singulier.

Commenter les objectifs, les modifier, en supprimer, en rajouter, cela est un travail sur la demande individuelle, mais aussi, les retards, les séances amputées ou rallongées, supprimées, déplacées, sont des demandes très singulières. La différence avec l’esprit du coaching est que dans ce cas le coaché adresse une demande au coach puisqu’il ne peut qu’accepter, refuser ou même ignorer des tels agissements le concernant.

Cela suscite en lui des représentations et des affects. Il verse un contenu, le sien propre, dans le processus. Il n’est plus « contenant » ce qui est le rôle de tout accompagnateur : il est lui-même le cadre, il offre des limites aux contenus de son client qui autrement seraient souverains. Ils annuleraient de leur force le jugement, le choix et l’action de leur « propriétaire » en « open source ». La nature humaine triomphe de tout. Il s’agit nonobstant de faire oeuvre de culture, de répondre au cadre social : l’entreprise ici, ou l’institution. C’est pourquoi le coach individuel ne peux limiter sa professionnalisation au coaching individuel, il se doit d’être à tout moment le coach d’un groupe et d’une organisation.

Il n’intervient pas forcément dans un cadre plus large que les séances individuelles. Les tripartites sont essentiellement des moments de circularisation de l’information.

Les échanges avec le responsable des ressources humaines ou avec le mandataire notamment dans le cas du coaching interne sont des échanges qui concernent leur relation avec le coach. Les coachs expérimentés ne sont pas dupes. C’est la condition de la longévité de leur référencement et de leur pratique tout simplement. Les coachs novices l’apprennent à leur dépens.

Les connaissances du coach

Le coach individuel doit pouvoir se représenter le groupe « interne », la représentation psychique que le coaché se fait des acteurs qui lui sont proches ou même des acteurs qui détiennent le pouvoir institutionnel, plus lointain. Ce sont ces représentations qui sont « projetées » sur la personne du coach, c’est face au conflit dans lequel lui-même se trouve que le coaché place inconsciemment c’est-à-dire, en dehors de toute volonté consciente, son accompagnateur. Il dépose toute sa confiance en sa capacité à « se tirer d’affaire ». Sauf que le coaché est à la fois l’instigateur du scénario et le bénéficiaire ou la « victime » des choix que peut faire le coach en toute subjectivité. Nous avons écarté l’objectivité de faire appel au cadre.

En tant que bénéficiaire, il peut se sentir coupable, en tant que victime, il peut se trouver en détresse et exprimer sa colère ou se replier dans la mélancolie. Le coach se retrouve à nouveau dans un face à face lui permettant d’accompagner ces états affectifs, des états qui correspondent au stade du développement psycho-affectif plus précisément et qui se sont fixés faute d’accompagnement premier, celui de la mère, du père, du groupe familial.

Le coach peut ainsi recueillir lors de la « crise » des « objets » psychiques précieux, les objets que manie le sujet pour comprendre le monde et l’aimer :

– Les éléments du conflit interne qui inhibe son client peuvent s’entrepercevoir dans le choix des éléments du cadre « attaqués ».

– Le choix défensif inconscient est patent dans la régression émotionnelle dont il est le témoin.

Bien entendu, pour pouvoir se représenter tous ces familles d’objets qui lui sont plus ou moins familiers il est nécessaire que le coach soit lui même assez familier de ses propres éléments cognitifs, comportementaux et affectifs inconscients.

La supervision psychanalytique offre ce double travail sur soi et sur le métier d’accompagnant. La formation à l’accompagnement des groupes en institution permet de connaître aussi les éléments objectifs et subjectifs qui y sont présents invariablement. Les psychanalystes groupalistes et institutionnels offrent ces différents niveaux d’intervention.

Le cadre du développement du coach

Cette pratique existe dès l’origine de la psychanalyse. Les institutions ont fait appel aux nouvelles compétences freudiennes très tôt. Des élèves des élèves de Freud sont intervenus dès la fin des années 20 aussi bien dans des institutions sociales, des santé que dans des entreprises aux prises avec les idéologies marxistes et capitalistes en forte évolution. Seuls les américains, éloignés du théâtre des opérations, aussi bien guerrières qu’économiques, sauf en leur bénéfice, ont poursuivi la tendance que Freud avait combattu : celle du scientisme des comportements humains par le simple recueil d’information et le traitement des données qu’un début d’accélération des mesures et des calculs permettait, et qui faisait suite aux grandes explorations du XIXème. Terra incognita avait disparu les deux siècles précédents. Ainsi, le « coaching » savant et réadaptatif – même si l’adaptation se fait de plus en plus à un changement souhaité qu’à une problématique qu’on préfère oublier – ce « coaching » pleinement anglo-saxon a tenté sa réintroduction en Europe lors des triomphantes années 80 et il persévère en nos années digitales et neuroscientifiques. Il en oublie aussi bien la singularité et l’imprévisibilité de la nature humaine que l’illusion groupale constatée qu’elles que soient les avancées civilisationnelles. L’esprit cartésien des Français s’y retrouve. Les quelques percées du bien-être et de la spiritualité ne font que renforcer la rationalité combattue à armes baissées.

La transformation récente des administrations publiques, celle des très grandes entreprises qui elles connaissent par coeur l’intervention du coach savant, devenu formateur avec la poussée réglementaire, celle des nouvelles pousses qui réinvente l’économie et le social, font appel aux compétences, au savoir être cette fois, des quelques coachs analystes et psychanalystes groupalistes qui font un travail remarquable sans être remarqué. Aussi discret que durable et en réelle profondeur.

C’est pour eux que nous animons des groupes d’analyse et de recherche action. Que nous enseignons à l’Université du coaching et du management. Et que nous publions régulièrement : « Dans l’intimité du coaching » (Demos 2010) et « Le livre d’or de la supervision » (Eyrolles 2012) par André de Chateauvieux ; « L’art du lien » (Kawa 2014) et « La psychologie du collaboratif » (L’Harmattan 2016) par Eva Matesanz, et « Erotiser l’entreprise, pour des rapports professionnels sans complexes » écrit à deux mains et publié chez L’Harmattan début 2018. « Les Transformateurs Inconscients » est le titre de l’Opus en préparation à l’adresse de l’organisation. Mais soyez en plutôt les acteurs. Rejoignez notre groupe à la rentrée.

La psychanalyse fait son « coming out »

La psychanalyse ne soigne plus, ni de surcroît ni de rébus. Le mal actuel n’est que trop bien.

À l’heure où nous ouvrons le premier cabinet de psychanalyse contemporaine sur rue, André de Chateauvieux et moi, pour de « l’accompagnement de projet » sans jamais le préempter et qu’il soit ciselé au détail près de vous, Elsa Godart publie son ouvrage le plus large d’audience et d’esprit, ouvert également à chacun et à tous.

La psychanalyse va-t-elle disparaître ? Editions Albin Michel

La psychanalyse ne se cache plus. Elle ne se tait plus. La psychanalyse s’affiche. Notre enseigne « Sens dessus dessous » s’ancre dans la ville qui l’accueille, dans la vie qui l’entoure.

Au pied de la Cathédrale de Sens, en se dirigeant vers la rue des métiers d’art qui ajoute à la Halle les nutriments de l’âme. La psychanalyse vous parle de vous. Nous sommes deux psychanalystes, femme et homme, à donner de la voix sur les réseaux et en institution (l’Université, HEC, les associations de professionnels de la relation).

Mais c’est à l’initiative privée que nous voulons nous adresser pour l’élan vital, le potentiel érotique – si nous reprenons la voie de notre aussi toute récente publication chez L’Harmattan, Erotiser l’entreprise – qu’elle porte en elle et qui la porte.

Elsa nous rapproche tous des lumières psychanalytiques. Cela reste éblouissant, en effet, depuis un peu plus d’un siècle, de découvrir non seulement l’inconscient qui sous d’autres formes a toujours été présent à l’Humanité consciente de sa condition mortelle, mais le conflit qui est en soi, la lutte permanente pour oublier la mort, la solitude, l’oubli lui-même auquel notre existence et ses quelques restes sont promis. Avec une certitude quasi parfaite cette fois-ci.

Au temps de la communication planétaire, du travail pour tous en écosystème, de la consommation possible de tout et surtout de l’autre, du sexuel, de la production sans entraves de la moindre idée – hop ! Une grosse levée de fonds, l’homme aime tant spéculer, ou même une cagnotte de proximité sur le web et l’illusion paraît, au moins le temps de l’émergence de celle d’après, serré sucré -, la femme et l’homme sont en quête de se rappeler à eux mêmes, de se percevoir finis.

L’époque n’est plus tellement aux névrosés, dont le conflit varie entre l’interdit et la pulsion, pour façonner leur désir ; la réalité et leur bon plaisir, ou alors le plus souffrant qu’ils ont aimé tout autant comme Freud nous l’apprend aussi dans Au delà du principe de plaisir ; le social et l’ego, qui se retrouvent parfaitement lorsqu’il y a Malaise dans la civilisation.

L’époque est aux mal nommés « états limites », sans limites fixes (SLF) ils vivent tout ceci tour à tour, et souvent « en même temps » comme nous le rappelle à souhait Emmanuel Macron, sans conflit finalement, et qui sont inconscients de ne rien vivre véritablement. En ces temps trop malaisés, plus viraux que sociaux, trop confortables du moins du côté de l’Occident, trop instantanés aussitôt.

Ce trop, ce « hyper » de l’hypermodernité mérite bien un peu plus de parole échangée, de façonnage d’un discours individuel et collectif.

Discourir n’est plus fuire. Discourir permet de vivre le lisse et le rugueux de chaque roche contournée, l’arrondi de chaque haut, la tranche de chaque bas, chaque crue et chaque embrasure.

Alors, psychanalystes de centre ville en hypermarché, petit hypermarché, city et citoyen, pourquoi pas vous et pourquoi ne pas assumer que nous ne soignons plus : le « mal » n’est que trop bien. Et accompagnons de notre rive le cours libre de chacun et leurs affluents par milliers. Et que tel est le projet : vivre la vie, l’ouvrager.

Après la supervision des métiers impossibles, celle des alliances impossibles : travail de l’intime, inconscient et business, enquête EMCC

Ces nouvelles formes d’accompagnement existent depuis longtemps dans le champ médico social sous la forme de groupe de médecin (groupe Balint) ou de supervision d’éducateurs ( Blanchard-Laville & Fablet 2000 )

Bonjour Eva,

L’EMCC France lance une enquête sur la question des pratiques de supervision car depuis quelques années se développent de nouvelles façons d’accompagner les professionnels.

Au delà de la supervision des coachs et des thérapeutes il semble émerger un marché de la supervision d’autres pratiques professionnelles comme celles des managers ou des DRH.

L’EMCC vous sollicite pour avoir votre avis sur cette question.

Merci de votre contribution.

Le groupe de réflexion sur la supervision des pratiques professionnelles publiera sur le site de l’EMCC une communication sur les résultats de ce sondage.

A bientôt donc,

Administrateur de l’EMCC.

 

Le coaching s’est développé sous différentes formes ces trente dernières années.

Parmi les nouvelles pratiques d’accompagnement on note l’émergence de pratiques autour de la supervision des pratiques professionnelles en direction de publics qui ne sont ni des coaches ni des thérapeutes.

Ces nouvelles formes d’accompagnement existent depuis longtemps dans le champ médico social sous la forme de groupe de médecin (groupe Balint) ou de supervision d’éducateurs ( Blanchard-Laville & Fablet 2000 ).

Depuis les années 2000 on a vu ces pratiques sortir du champ médico-social.

On a vu émerger des pratiques d’accompagnement par de la supervision, de public comme les consultants, les formateurs, les managers ou les DRH. Au delà de la supervision des accompagnant on voit ainsi se développer des actions de « supervision des pratiques professionnelles » qui utilisent des méthodes et/ou outils issus de la supervision des professions de l’accompagnement.

L’EMCC toujours soucieuse d’observer les évolutions des pratiques professionnelles lance une enquête sur les pratiques de ces adhérents en ce qui concerne la supervision des pratiques professionnelles. On désignera par supervision des pratiques professionnelles toutes les pratiques d’accompagnement en collectif de professionnels de métier formateurs, consultants, managers, RH etc

Si vous êtes praticien, répondre au questionnaire (réservé aux adhérents)

 

Heureuse de constater que l’existence de cette pratique d’analyse en groupe est reconnue par l’EMCC. Elle existe, oui, depuis longtemps, partout sauf dans l’entreprise ! Dans le domaine social oui, mais aussi en institution dans le sillage de la dynamique de groupes de Kurt Lewin : Laroche et Mendel font partie des chercheurs français en analyse institutionnelle, qui reste, comme la psychanalyse, remisée au rang d’interdite pour l’intimité qu’elle crée.

J’y réponds et je rends compte des groupes que nous animons avec André de Châteauvieux, en groupe-analyse et en analyse institutionnelle, renommée en entreprise depuis 2005 « coaching d’organisation », reléguée aux évidences mais cela change !

Notre fer de lance actuel c’est le travail sur soi en équipe intervenante – équipe RH oui, managers consultants, formateurs – afin que leur travail effectif entre eux se reflète dans leur public cible, interne ou externe.

Le « reflet systémique », d’observer en soi ce que le collectif ou l’individu auprès duquel on est, déposerait comme un précipité en salle blanche, cela est dépassé et en passe d’être enterré par les plus courageux. Comme la systémie elle même l’a fait.

Place à la transformation humaine par capillarité du tissu associatif dit inconscient, toujours subjectif jamais collectif. A tout instant présent. L’inconscient est ce qui fait retour inexorablement et d’autant plus qu’on l’ignore chez chacun des acteurs en lien. Fi du diagnostic et du plan d’action aussitôt dépassés par cette puissance inconsciente.

HEC coaching d’organisation offre déjà cette formation d’avant-garde. J’y introduis l’amorce auprès de la promotion actuelle.

Mais nul besoin de suivre le cursus complet. Si vous vous passez de labels, si vous êtes confiants en vous-mêmes et dans les compétences naturelles de vos interlocuteurs qui n’attendent que d’être accompagnées, venez tout simplement vous travailler à d’autres comme vous.

Un mercredi par mois 19h – 20h30 au Centre de Paris. Dix séances annuelles pour un forfait HT de 2000 euros. Seul le règlement vaut inscription.

 

L’illustration de cette information est à nouveau sourcée Kate Parker Photography.

Après avoir longtemps illustré le nouveau féminin avec la série « strong is the new pretty », Kate se lance dans une nouvelle série à propos du nouveau féminin du nom de « strong boy ». Pas besoin d’en rajouter : la force de l’homme est sa sensibilité.