Le désir de masculin féminin en entreprise, triomphera-t-il de l’obscurantisme dans lequel plonge notre société, en ce point aussi désespérément globalisée ?

C’est sur la crête du double versant de ma recherche de la psychanalyse des limites, état-limites qui ont pris la place des hystériques du siècle dernier, et des limites institutionnelles, pour lesquelles il s’était développée une analyse institutionnelle qui se poursuit par la sociologie du changement (cf François Dupuis) et le coaching d’organisation, le fleuron du coaching HEC, que j’y réponds.

En cette période troublée, encore aujourd’hui endeuillée, j’apprécie qu’un très grand groupe français me consulte pour un colloque en date du 8 mars, à l’adresse de ses cadres, et au sujet du masculin-féminin en entreprise, de la mixité et de comment « érotiser l’entreprise » sans encourir dans le simple décompte. Et je prends le thème de front et en profondeur en quelques mots pour laisser place aux questions et aux situations. La nature humaine, le psychisme du sujet, et le cadre institutionnel, symbolique qui stimule et qui contient l’imaginaire collectif, ont tellement à se dire. Fertilisation croisée.

C’est alors sur la crête du double versant de :

  • ma recherche sur le terrain de la psychanalyse des limites, état-limites qui ont pris la place des hystériques du siècle dernier,
  • et des limites institutionnelles, pour lesquelles il s’était développée une analyse institutionnelle qui se poursuit par la sociologie du changement (cf François Dupuis) et le coaching d’organisation, le fleuron du coaching HEC,

que je réponds à cet appel à contribution comme cela suit.

 

« Sans la liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur. »

Ce mot d’esprit de Beaumarchais a porté la liberté de presse et la porte encore, en première page du Figaro longtemps dirigé par Jean d’Ormesson que j’associe dans mon hommage à ce bon mot. Les bons mots, les éclairs de génie, les Witz en langue allemande, la langue de travail de Freud, nous viennent tout droit de l’inconscient. Et en cela, ils portent notre désir haut et fort. Sur des sujets de société, empreints de gravité, ceux qui élèvent notre humanité partagée, ils donnent de la chair aux propos. Ils ouvrent l’esprit de chacun et transforment la communauté.

Les choses se compliquent lorsque les sujets de société partent du corps lui-même et plus précisément du bas du corps.

« La liberté d’importuner » comme un préalable heureux au rapprochement homme-femme et laisser à chacun ensuite le soin de prendre ses responsabilités ou ignorer ses vices, le doute aussi, bienheureux soit le doute, sur la seule question qui vaille – mais qui a commencé ? – annulent toute pensée. Les passions prennent le pouvoir et le discours devient radical, étriqué, comme pour étouffer ce qui n’a pas lieu d’exister : le sexe entre l’autre et soi. Et ce faisant on ne voit que ça. Et ça reste en bas.

Pour envisager le masculin-féminin dans l’entreprise comme dans la société, il me semble moi, femme et psychanalyste, ancien cadre dirigeant et analyste aujourd’hui des institutions, il me semble incontournable de poser d’abord la génitalité. La génitalité est le stade le plus avancé de notre psyché. Ça ne reste pas en bas.

Oralité, analité, phallocratie et génitalité ! Ce sont les stades psycho-affectifs et l’entreprise est la scène de l’affectio societatis, de la communauté d’affects. Même en voulant y rester chacun à sa technicité, reconnaissez que l’outil de l’autre ne vous laisse pas insensible.

Qu’est-ce alors que la génialité de vivre ensemble et entre sexes opposés ? Qu’est-ce très concrètement que la génitalité ?

L’enfant humain né prématuré et hautement érogène de ce même fait. Ce sont l’ensemble des organes en contact avec l’extérieur qui l’informent sur ses besoins : le nez qui permet le fouissement du corps de la mère, la bouche pour téter, les sphincters pour digérer et évacuer, puis la bouche se spécialise pour parler et les oreilles pour faire davantage qu’entendre, écouter, les yeux, pour tout comprendre à l’entour et pouvoir agir, avoir une vision, partielle, et une visée, humaine, susceptible d’être partagée.

Ce n’est qu’à l’âge de raison que l’enfant accède enfin à des représentations abstraites qui peuvent perdurer et à des sentiments complexes auxquels il va pouvoir donner une forme sociale et obtenir une satisfaction relative mais certaine. Il laisse derrière lui toute cette profusion de pulsions autant « sexuelles », de quête d’un autre, que « narcissiques », d’auto-conservation.

Le corps pulsionnel s’apaise temporairement. Cette période est dite de latence. Plus ou moins écourtée de notre temps par les multiples sollicitations d’une société de la performance et de la consommation.

Le corps sexuel s’éveillera à l’adolescence, à nouveau dans une dispersion des sensations jusqu’à atteindre la jouissance génitale, celle de l’organe sexuel, le pénis ou son fourreau. J’emploie à dessein ce terme pour le sexe féminin qui n’est qu’un pénis retourné comme le démontre si bien l’opération de l’orange* par Louise Bourgeois. L’art donne à voir notre savoir inconscient. L’art de la sublimation.

Ceci étant, l’un est pénétré l’autre est pénétrant. Mais aussi, l’une est réceptacle et l’autre est enfermé. Comment accepter l’autre en soi ou autour de soi au plus fort de l’autre et de soi-même ? Au plus plein, chacun.

Les malentendus actuels sont basés sur les pulsions partielles : l’autre me regarde, me touche, elle me donne à voir ses jambes, son décolleté, sa rage. Il n’y a pas de rencontre sexuelle. J’exclus le viol, c’est certain. Le meurtre aussi. C’est à la base de la civilisation de trouver d’autres expressions à nos oppositions dans la balance du désir : le sport, la danse, l’intelligence, la création.

Ce qui en entreprise ne peut surtout pas s’exprimer par les corps est fortement présent dans les psychismes, toujours latent dans l’inconscient qui occupe 90% de leur activité quotidienne.

Les jeux de pouvoir comme ceux de parité ne laissent pas de place à l’expression de cette véritable altérité que je tente d’évoquer. De plus, il y a en contexte institutionnel une difficulté macro-structurelle par rapport aux difficultés « micro » des relations professionnelles : l’institution elle-même est un acte de domination.

Chacun se soumet à une organisation, à un objet social aussi bien rentable qu’idéal, à une histoire qui influence l’activité présente qu’elle soit connue de chacun ou qu’elle le soit mal. Surtout si elle ne l’est pas.

Dans ce contexte, l’analyse institutionnelle nous apprend que nous sommes tous tentés par des actes de pouvoir comme des bouffées d’air, des vraies soupapes à la pression atmosphérique partagée, les cadres comme les collaborateurs. Le harcèlement inversé, je peux imaginer que nombre d’entre vous connaissent. Rien de plus violent qu’une victime, rien de plus fragile qu’un décideur. Hommes et femmes tous les deux.

L’analyse institutionnelle nous apprend aussi qu’il n’y a absolument aucune incidence dans la mixité des équipes. La bisexualité psychique à laquelle j’ai fait rapidement référence nous assure une répartition toujours équilibrée entre le « masculin » et le « féminin ».

Je suis moi même intervenue auprès d’un « vieux » Codir dans une institution financière vénérable à l’étranger, composé exclusivement d’hommes de tous âges mais avec un âge moyen plutôt élevé et l’enfant créatif et la femme y étaient aussi bien représentés que le mâle et la prudence bien installée.

Aussi, ne vous aveuglez pas de choix de façade pour produire des statistiques, de répartition des genres sur le terrain et à tous les échelons, rassurantes et/ou performantes, à nouveau « consommatrices » de ce que notre époque attend. Si vous parvenez à faire danser la diversité dans vos équipes et que vous faites des choix d’avancement, indépendamment des organes génitaux, la mixité suivra.

Comme dans la vie « réelle » nous nous brassons sans y prendre garde, ce serait de l’illusion institutionnelle que de croire à l’évangile de Saint Matthieu qui prône que Marie « ne connai(t) point l’homme ». Hommes et femmes s’y rencontrent sans but sexuel mais avec un but créateur pour peu que l’activité soutenue ensemble le soit de leurs affects individuels.

Il y aura des hommes et des femmes et chacun vivra à plein, comme dans les draps du couple génital il n’est pas question d’un « qu’est ce qu’on me fait ». Cela danse, dans les têtes et dans les cœurs. Cela s’ébat davantage que cela ne débat. Et la vie va…

 

*L’opération de l’orange de la main de la géniale plasticienne Louise Bourgeois

« Mais qui est-ce ? » disait son père, « est-ce que c’est Louise, est-ce que c’est Louison ? » alors qu’avec une peau d’orange savamment découpée il dessinait les formes d’un corps de femme et que, la peau détachée étant ouverte, brusquement surgissait, à l’endroit du sexe, l’axe blanc du pédoncule interne de l’orange formant un phallus qui transformait la femme en homme. Et le père s’esclaffait alors : « Mais non ce n’est pas Louise, ça n’est pas possible, Louise, elle, n’a rien là ! » (Louise Bourgeois, femme maison par Jean Frémont, L’Échoppe, p. 41)

Crédit images Kate Parker Photography comme à l’accoutumé

 

 

Irma

C’est Irma qui a pris rendez-vous. Récit d’une séance hors sol.

Elle avait prévu un grand break cet été. L’année avait été si intense à la ville comme dans son intimité, avec les décès de son père et de son supérieur, les déménagements familiaux et la réorganisation du service d’où elle soutient l’innovation.

– Je reprendrai contact avec vous en septembre, vers la mi-septembre seulement.

Elle avait été prévenante. Engagée dans son analyse et en même temps consciente de son besoin de prendre le large. Cela fait déjà cinq ans qu’elle se cherche un inconscient. Et qu’elle le trouve puissamment.

Elle m’écrit un SMS début octobre. Bonjour Eva, je suis à nouveau disponible la semaine prochaine à votre convenance. Je lui redonne son heure de 9h la même semaine. Le créneau est resté disponible à si brève echeance.

Elle s’assoit dans son fauteuil, elle caresse le chien heureuse de le retrouver. Je n’interprète guère. Elle me dit : j’étais heureuse dans le train de venir jusqu’ici. Je reviens de loin. J’étais à Saint Martin et j’ai vécu l’ouragan avec les amis que j’avais voulu visiter.

Je fais silence et je me dis seulement dans ma tête « oublie la montre, ne cherche pas à cadrer une telle séance ».

Une expérience traumatique est une expérience déstructurante. Pouvoir en faire le récit permet d’ordonner le chaos. Pouvoir partager ses sentiments avec un autre permet de réhumaniser un vécu sauvage, instinctuel, de symboliser, de trouver du sens, d’apprendre quelque chose d’élevé de ce qui peut réduire à néant.

La particularité ici est qu’il ne s’agit pas d’une guerre, d’un attentat, de violences conjugales, de maltraitance infantile. Il s’agit d’une catastrophe naturelle et il y a dans cet affrontement direct entre deux vies, celle de la planète et celle de celle qui en sorti survivante une impuissance de part et d’autre. La planète ne peut pas faire autrement que donner la forme d’un cyclone au rééquilibrage qu’elle s’impose. La femme qui l’habite et qui lui rend toute sa grâce – elle est Docteur en biologie – ne peut rien faire d’autre que de se tenir debout prête à partir ou à rester en vie sans en avoir le choix le moins du monde.

Katherina fait le récit des longues heures sous la houle et sous la pluie.

– C’est après, après seulement, le soleil revenu, que je souffre et je jubile. Il y a les pillages oui mais aussi la générosité et la justice. À quelques rues de la maison un commerce épuise ses existences contre les quelques monnaies dont chacun dispose. Il n’y a plus de prix fixes. Le prix est celui de la demande. On me reproche de perdre mon temps à joindre mes proches. Le sujet est annulé, seul le collectif s’impose. Il faut être ici et maintenant, parcourir les maisons, aider à récupérer les quelques restes d’une autre existence. Une seule voiture sur les cinq de la rue est ici et roule encore. Je serai bien raccompagnée à l’aéroport mais seulement après avoir répondu aux besoins pressants de ceux qui restent : rassembler des familles, trouver des points d’eau, prendre un peu de repos sur des matelas de fortune dont on se plaint et que je prends moi pour des étoiles dans la nuit noire qui nous entoure. Pourquoi ne pouvons-nous pas nous contenter d’être vivants ?

Dix longues journées s’écoulent. Et autant de bonheurs pour Katherina : retrouver du savon, se découvrir sans appétit et vivre d’amour et d’eau fraîche, entendre les enfants se demander si l’école reprendra puisqu’ils ont hâte d’être de retour dans l’enfance, dans leur temps et dans les champs où ils jouent à grandir sans cette urgence qui est devenu pérenne.

Elle peut enfin approcher l’aéroport. Elle me dit : il y avait des centaines de gens ! Qui suis-je moi pour leur passer devant ? Alors, au policier qui s’avance je ne mens pas : je ne suis pas blessée, je veux juste retourner travailler. Il me répond : vous pouvez passer, si quelqu’un vous importune dites tout simplement que j’en ai donné l’ordre et que vous êtes blessé. Un peu plus loin en effet un jeune policier me redemande et je ne suis pas capable à nouveau de mentir. Comme il veut savoir qui m’a laissé passer jusqu’à lui je lui indique d’un geste la provenance de mon exil. Et il me laisse passer. Je n’ai rien compris.

– Vous êtes blessée. Le policier expérimenté l’a bien compris.

– J’arrive en Guadeloupe, ma maison, mon passage de retour vers la métropole et c’est en sortant de l’aéroport que je me trouve le plus profondément choquée de tous ces jours qui s’étirent comme un seul jour : les maisons sont debout, les voitures circulent, les passants passent, les fleurs exhalent la vie. La nuit tombe et je demande à mon ami de venir me chercher. Je suis trop démunie pour trouver d’autres moyens. Il me répond qu’il arrive le temps de prendre une douche… Je lui crie de venir de suite et sans sa douche. Je sens mauvais, il s’excuse. Et moi ?

Oui. Elle aurait pu dire cela : Je sens la peur et j’ai des restes de la mort proche aux creux de ma bouche. Ce sont des larmes, c’est la pluie qui a suivi le vent qui ruisselle encore sauf que c’est moi Irma, à jamais Irma. C’est Irma que mes collègues embrassent lorsque je rejoins le bureau. C’est Irma qui a pris rendez-vous. C’est Irma que nous partageons. Ce contre quoi nous ne pouvons rien… Ce avec quoi nous vivons.

Il y a le manque et la perte qui traumatisent l’enfant. Il y a ce qui est hors de nous totalement en dehors, sans aucun lien subjectif, qui rend toutes nos existences héroïques d’être vécues.

Libre association de pensées

elle prend le temps de contempler par la fenêtre on ne sait quelle autre pensée qu’elle aurait chassée trop vite

Paris, rue Eugène Flachat
Elle arrive sous la pluie ce matin, les cheveux pleins de pétales de rosée. Elle se désole, dit-elle, de ne pas y avoir pensé.

Elle se relève de son fauteuil en fin de séance et elle prend le temps de contempler par la fenêtre on ne sait quelle autre pensée qu’elle aurait chassée trop vite le temps passé ensemble.

Mais elle n’a pas encore une fois le temps d’y songer.

– Oh !

Elle s’exclame. Elle sourit. Elle me fait signe.

– Regardez. Les fleurs d’en face pleuvent des pétales que je n’aurais pas pu voir en passant. Vu d’ici le regard les recueille simplement.

Ici et en son cœur de toujours il y a de la place pour le désordre des sens.

Revenons à l’éros #eros #entreprise #rh #evolution

 

Domino

La rencontre est un jeu de Domino qui se joue en groupe.

On raconte que les dominos seraient une modification chinoise du jeu de dés indien. Ils auraient transformé ces dés en pièces plates réversibles, puis en pièces à deux pendants. Les marins en jouaient beaucoup et les dents des baleines leur servait de matériau. Le bois et le carton, l’ivoire et les os ont été d’autres matières premières pour y jouer n’importe où n’importe comment. Les dominos sont apparus en Europe au XVIIIème siècle.

Leur appellation alors pourrait avoir deux origines. Elle viendrait soit d’un costume du Carnaval, appelé « Domino », noir sur le derrière et blanc sur le devant. Soit de la cape que revêtaient les prêtres dominicains en hiver. Elle était blanche à l’intérieur et noire à l’extérieur. Pour moi cela a été toujours perçu comme un mot qui désignait à la fois la réunion joueuse, joyeuse, et le maître dominant.

Mon père y jouait tous les week ends de l’été avec ses amis du Club de vacances, et il a remporté la coupe du championnat au moins une fois dans mon souvenir d’enfant. Son co-équipier du moment s’appelait Luis, et c’était aussi son deuxième prénom.

Les joueurs qui jouent en duo jusqu’à cumuler les points noirs des pièces restées sans emplacement dans ce jeu de plateau se placent en miroir. Ils n’ont pas le droit de se dire les jeux dont ils disposent. L’objectif est que l’un d’entre eux puisse poser toutes ses pièces et que les deux opposants en conservent à ce moment couperet un maximum de pions et de points noirs gravés dedans.

On ne doit entendre que le choc des pièces lâchées comme un fardeau. Mon père ne savait pas se taire. Mon père ne savait pas rester assis en miroir d’un homme qui dans mon souvenir était lui imperturbable et stratège sans nul remord. Mon père balançait ses pièces autant à hauts cris qu’en gestes forts. Ensuite il rigolait avec son double de tout ce qu’il lui avait dit de son jeu à mots couverts tonitruants. J’en ai été le témoin souvent.

Je pense que ni son ami ni lui-même n’avaient vraiment besoin de ces stratagèmes pour s’imposer dans ce jeu de connivence, ils l’avaient, et de régularité, de souhait de poursuite de la relation, autant que de mémoire et de préparation du coup d’après avant tout.

Je peux imaginer que mon père s’ennuyait de jouer les combinaisons qui de toute façon se déroulent selon le hasard de la distribution des pièces. Je peux imaginer que peu importe les pièces pourvu qu’il y ait d’autres hommes à rencontrer en tournoi de vie sans la mort et qui en jouent comme ils sont.

J’ai rencontré André et nous avons formé un duo et nous aimons jouer avec vous en groupe collaboratif et individualisant. Il ressemblait à mon père dans ses excès d’alors ! La rencontre est un coup de Domino. Le seul maître de notre monde est de rentrer en relation. D’en avoir les précédents. La rencontre du père est la première rencontre du différent, du vivant. Quel qu’il soit le père : quittons les impératifs théoriques paternels, ici un trublion, sans rien perdre de sa domination ; moi, en tout cas, je le lui accorde et cela fait relation. La pièce de fin, c’est seul qu’on gagne, qu’on meurt alors.

*Domino est le nom que je viens de donner au nouveau petit chat de l’atelier de campagne à Sens. C’est lui qui a jeté la première pièce de cet écrit qui me vient doucement. Vous le rencontrerez si vous venez en groupe de travail avec nous. Et ici, en photo de couverture du temps présent.

Accompagner les ratés

Je fais connaissance avec quelqu’un qui a toujours été là sans jamais oser se montrer, tellement bête et amoureuse qu’elle est.

La surdouance de l’adulte autre que les ouvriers spécialisés du digital que l’on nous sert. Vous qui consultez, dépassé : que vais-je devenir ? Quel est l’avenir de mon métier ?

Pour vous, qui vous le demandez, c’est souvent le drame de l’adulte jusqu’ici si doué, et souvent en effet surdoué. Haut potentiel, talent, top right nine box grid placé.

La surdouance est vraie.

C’est une intelligence différente. Elle n’est pas plus grande, elle n’est pas plus dense. Elle est une aptitude, un potentiel, une machine à penser le Monde et Soi au plus complexe et dense. Chaque petit événement, chaque rencontre, sont perçus dans leurs détails les plus infimes, et les cascades de conséquences sont aussitôt prises en compte. Et rien de tout cela ne paralyse. Au contraire. Un petit choix accorde la toute-puissance au surdoué de modifier la donne, qu’il perçoit dans toute son ampleur, et dont il devient l’auteur grâce aux conséquences multiples qu’il crée.

Les nouveaux surdoués en font des algorythmes. Vous, vous en avez fait votre vie sans le savoir. Et le drame vous rattrape. Pas d’inquiétude. C’est le terme savant aussi. Le drame de l’enfant doué. L’ouvrage phare d’Alice Miller. Depuis, on le sait, la douance rime avec la souffrance et avec l’enfance. Le haïku à trois vers est unique pour chacun. Ne le sont pas les composantes. Et les combinaisons géantes.

Nul besoin de maltraitance physique avérée. L’enfant négligé dans sa fantaisie naturelle, et dans ses besoins essentiels de comprendre le peu qui le concerne de près, devient l’expert de la réalité virtuelle et plurielle qui l’entoure. Il réussit naturellement à apprendre une langue, résoudre une équation, contrer la protection parentale de la wifi. Où sont passés ses fantasmes de satisfaction par la petite destruction de l’autre : mordre le sein, tordre le cou du frère, toucher le creux si doux de la petite amie ?

Il le connaît par cœur, l’autre. Il perçoit ses moindres recoins humains. Prévisibles pour son intelligence exacerbée aussi variables soient les réseaux étrangers. Toutes ses failles, et ses excès. Il les active et les neutralise à souhait. Seulement, il n’a de coeur ni d’esprit vrai pour cet autre qu’il est aussi lui même.

Au mieux, il atteint l’excellence. C’est tout. Et il lui court après, longtemps, inconscient de l’avoir trouvée.

 » Les attentes datant de l’enfance peuvent être si fortes que l’on renonce à tout ce qui nous ferait du bien pour être enfin tel que le souhaitent les parents, car on ne veut surtout pas perdre l’illusion de l’amour. »

Alice Miller
Notre corps ne ment jamais, plus récent que l’ouvrage pré-cité
Flammarion, 2004

J’étais promise à l’excellence. Belle carrière, beau(x) mariage(s), beaux enfants, belles transitions au passage, et une très belle psychanalyse même, entreprise à la trentaine et menée de main de maître jusqu’à en faire mon métier dix ans après.

J’ai tout raté et je m’en réjouis. Et je constate, que depuis que cela rate, scandaleusement ces mois derniers, je perds chaque jour quelques grammes de cette intelligence infâme. Je prends du coeur et de la chair. Je fais connaissance avec quelqu’un qui a toujours été là sans jamais oser se montrer, tellement bête et amoureuse qu’elle est.

Et je rencontre d’autres tout aussi inintéressants et affectueux. Et je ne suis pas pressée de les connaître. Juste de vivre un peu. Tant d’années. Tant d’enfants à voir grandir sans ne rien leur demander. Les désirer. Ce qui laisse toute la place aux mille échecs intimes qui jalonnent une vie, aux mille et un petits bonheurs partagés.

La fin des épiciers de l’humain

Le Pen – Macron. Et si chacun des deux avait réussi ce qui lui tenait à coeur, son désir, sans plus de préparateurs professionnels à la c… ?

Qu’est ce qu’ils aiment tous ces epiciers de savoir être – rentrer le ventre, sentir les pieds, meta-communiquer là où la parole est tout simplement empêchée mais jamais confisquée -, se reapproprier les soi disant recettes d’un succès au naturel. Ici en lien le décryptage forcé d’un débat présidentiel. J’ai aimé moi être le témoin d’une rencontre incarnée et d’un espoir de réalité.

Macron est quelqu’un qui ne s’est jamais embarrassé des convenances ou des railleries. Des réprimandes, des avilissements et des flatteries qui accueillent le nouveau, l’enfant puis l’adulte actif. Les unes et les autres le rappellent naturellement à son essentiel à lui, sur lequel il n’a jamais dérogé. C’était alors oui, du côté de la Le Pen une mauvaise « stratégie », mais aussi probablement a-t-elle été dépassée de son naturel à elle, de sa part d’humanité : quel plaisir que d’occuper toute une soirée, telle Cendrillon soudain, à se faire le petit jeune en grand public (poussée libidinale assurée), là où le vieux la tient dans son fantasme intime depuis qu’elle est née (morte-née ainsi).

Et si chacun des deux avait « réussi » ce qui lui tenait à coeur, son désir, sans plus de préparation « professionnelle » « à la c… » ?

Un de mes « meilleurs » patients, dans le sens de très patient pour se rencontrer lui-même avant tout à chaque parole et geste posé en société – il est cadre dirigeant – envoie aujourd’hui valser tous ces coachs qu’on lui assigne, coachs d’office, référencés, soumis, pour la moindre prise de parole sur l’écran ou sur le terrain des contestations sociales auxquelles il fait régulièrement face.

– Ce que j’ai à leur dire et comment le dire je le sais seulement lorsque je m’adresse à eux comme je n’ai jamais pu m’adresser à mes parents.

Ont-ils, tous ces préparateurs, préparé leur propre déni tout simplement sans se le dire ? Si les nouveaux acteurs s’en passent ils se retourneront à lui. Grand bien leur fasse et nous aussi.

 

Soirée dédicace de La psychologie du collaboratif chez L’Harmattan

Parution de La psychologie du collaboratif le 21 mars 2017 Chez L’Harmattan

 

Invitation à la soirée dédicace de mon nouvel ouvrage « La psychologie du collaboratif » 
L’Harmattan nous accueille, mes lecteurs et moi-même, au cours de la première soirée du printemps, le 21 mars, dans sa Librairie du 21 bis rue des écoles à Paris 5.

Cette aventure avec vous, mes patients, mes élèves, mes clients entreprises, mes amis et ma famille, trouve un support qui me pose et me porte tour à tour. J’espère que ces quelques pages, et surtout celles conçues pour vous, pour vos propres réflexions, pour vos propres désirs et fantasmes, et vos passages à l’action et à la relation, seront tout aussi ressourçantes et énergisantes.

Pour recevoir l’invitation officielle de l’éditeur je vous remercie de me faire parvenir votre e-mail en message privé.

Très chaleureusement,

Eva

NB. L’image de couverture reprend la fresque collective datant de 9000 ans découverte dans une grotte de Patagonie, et ici bas les traits de coupe de la couverture finale de l’ouvrage qui est le mien, avec vous en lui reflétés.

 

 

Bienvenue

Ce que j’aime de la psychanalyse c’est qu’on ne tombe pas dedans par soif de connaissance et de contrôle mais par besoin vital et désir qui s’ignore. C’est cela que j’aime transmettre.

Art Deco Imperial Hotel a Café ImperialUne nouvelle promotion de Executive Coaches à l’Université de Cergy Pontoise.
La particularité de cette formation de Coaching est de ne pas agiter les peurs des prétendants accompagnateurs avec de la psychopathologie vite gobée comme le font toutes les autres. Entretenir le jardin des folies douces et vives.

Avec Roland Brunner nous posons les fondements psychanalytiques de tout accompagnement. Nos collègues posent les variantes humanistes et constructivistes, de la Systémie et du Cognitif-comportamentalisme.

Ce que j’aime de la psychanalyse c’est qu’on ne tombe pas dedans par soif de connaissance et de contrôle mais par besoin vital et désir qui s’ignore. C’est cela que j’aime transmettre. Alors oui, Roland passe bien en revue les structures psychiques. Il est important d’avoir accès à des représentations cliniques communes de nos rencontres singulières par ailleurs.

image

– Il est nécessaire de savoir refuser un coaching, lorsque la structure, perverse ou pétrifiée dans son infantile (psychose froide ou avérée), piégée dans des troubles très intimes, ne peut pas en bénéficier et ne le pourra jamais.

– Il est nécessaire d’orienter sa stratégie clinique, selon que la névrose, ou trouble des rapports aux autres et à la réalité qu’adresse effectivement le coaching, est celle de la contrainte ou celle du tout-est-possible, obsessionnelle ou hystérique.

J’aime pour ma part y apporter les travaux pratiques. La supervision de cas et la recherche en groupe-analyse. Car il est rare d’être seul à seul en entreprise. Alors notre mission de coach analyste est proche de l’ethnopsychiatrie comme Roland le mentionne aussi dans son ouvrage de référence « Le coaching clinique psychanalytique ». J’aime le développer auprès des groupes de pairs que cette formation institue. Et par delà les structures, fixes, modelées selon le vécu d’enfance et définitivement formées à l’adolescence, donner le goût du voisinage et du différent. Ouvrir les portes de ce que chacun de nous avait peut-être laissé bien derrière mais qui se représentera à coup sûr dans ses accompagnements divers. « La psychologie du collaboratif » est mon ouvrage à moi, édition 2017 chez L’Harmattan.

Personne n’est propriétaire d’un pavillon individuel dans son psychisme. Nous sommes tous locataires d’une maison commune, traversée de « servitudes » multiples, de lieux de passage de l’autre, et en travaux le long d’une vie.

Vous allez à nouveau bouleverser la mienne. Bienvenue à vous tous DUEC 2017 Cergy University. Et merci pour la troisième année consécutive à Florence Daumarie et à Olivier Piazza de mon passage en leurs murs et ceux de l’Institution généreuse qu’ils dirigent.

Chanson douce

image« Elle passe à plusieurs reprises sa main repliée sur la table comme pour ramasser des miettes invisibles ou pour en lisser la surface froide. Des images confuses l’envahissent, sans lien entre elles, des visions défilent de plus en plus vite, liant des souvenirs à des regrets, des visages à des fantasmes jamais réalisés. »

Je ne pourrais mieux décrire malgré mon goût pour la pédagogie psychanalytique, ce qui est un oxymoron que j’ose régulièrement, ce qui se passe dans la tête mal construite d’un(e) carencé(é) affective, d’un(e) enfant laissé(é) sans le soin, puis, sans le son qui met du sens à ce qui a manqué. La parole échangée. Le symbole qu’est le lien.

Louise est l’héroïne de Leïla Slimani. Elle s’abîme dans ce qui est parfaitement diagnostiqué lors de l’enquête qui suit sa déchirure dans une mélancolie délirante, dans l’amour de cette perte originelle de son enfance. Leïla dit avoir choisit ce prénom en s’inspirant d’un fait divers survenu en Angleterre. Non. Leïla est Louise assurément.

Leïla, Delphine (de Vigan), Marjane (Satrapi) émergent d’une culture qui les renie. Pour Leïla c’est l’Iran traditionnel, pour Delphine, sa famille clan soudé, contre elle, pour Marjane, le Liban de son enfance meurtrie et meurtrière. Elles créent sans la concession de mettre les formes et les distances que leur âge et leur genre requièrent. Leïla avec ses deux seuls romans, du « jardin de l’ogre » et de la « chanson douce » d’une sorcière, m’a fait rêver tel que je rêve. Son Prix Goncourt dérange. Moi cela me dérange qu’elle reçoive un prix et que ce ne soit pas pour être obscène, mais pour être littéraire. J’aurais préféré la garder parmi mes parles noires inconnues de la terre entière.

Et cette histoire de nounou est mon histoire fantasmée.

Tuer la nounou, les nounous monstrueuses qui sur la passerelle de mon enfance et de mon adolescente ont défilé. Mes parents, ma mère surtout, affectionnaient les bonnes à tout faire. Elle affectionnait surtout de les jeter dehors comme un acte suprême de son commandement sur elles.

Être tuée d’elles à plusieurs reprises je l’ai été. Lorsqu’elles partaient ma mort psychique était entamée. Nul besoin s’égorger un enfant pour l’étouffer dans son œuf.

Comme Mila se noie dans son sang je me noyais dans mon chagrin. Mila ne connaît qu’une nounou, j’en ai connu au moins autant que j’ai connu d’années. Quand la nounou change le chagrin change ; quand elle s’en va, le chagrin d’elle reste là. Ainsi est l’enfant, il s’attache à son bourreau. Il reprend une inspiration. De nounou en nounou j’ai ainsi survécu à plusieurs chansons.

C’est ma fille Carla qui m’a offert le livre. Je lui ai demandé le sachant si encensé et décrié à la fois, comme une nounou, comme la chanson douce qu’il narre.

– Je ne sais pas. Les livres aident à comprendre le monde. Je l’ai pris au hasard.

Elle a eu une nounou qui l’a abandonnée à l’âge d’un an.

– Je ne garde que les bébés.

Elle a pleuré en partant.

– Je ne garde que des garçons. Je n’aurai jamais dû accepter votre enfant…

Une chanson douce peut être un lien entre les non sens. Les siens. Les miens. Les nôtres et mère et fille en lien cela repose. Soin, son et symbole.

Entrer en psychanalyse, pourquoi pas ?

Extraits d’un dossier vérité du magazine Psychologies de Décembre 2016, repris ces jours sur psychologies.com et ici ping – ué avec le bonheur de mes meilleurs vœux

 

« Il n’y a jamais eu autant d’analystes et de patients. – Assure le psychanalyste Olivier Douville. – C’est vrai, nous vivons une période qui voit d’un mauvais œil la perspective de prendre du temps ou, pire, d’en perdre. D’où l’engouement pour des traitements courts qui définissent à l’avance un programme de progression. Pourtant, la psychanalyse résiste ».

Il est possible d’entamer une analyse tout simplement parce qu’une petite gêne, pas trop douloureuse mais tenace, une sorte de caillou dans la chaussure, limite nos possibilités d’être bien. Certaines personnes le font juste pour être plus à l’aise avec leurs fantasmes et leur inconscient. Les gens qui sont vraiment en souffrance ne se rendent d’ailleurs pas forcément compte qu’ils devraient consulter. Le climat conflictuel de la société actuelle, avec sa violence et ses injustices, pousse aussi bon nombre d’individus qui ne vont pas forcément mal à prendre rendez vous. Ils ont besoin d’apprendre à vivre avec ce réel.

« Nous voyons de plus en plus de personnes angoissées par la vie, qui s’interrogent sur l’avenir ou qui ne supportent plus le non-sens de leur existence et de leurs actes, note une psychanalyste qui souhaite garder l’anonymat pour les besoins de son métier. Ils se gavent alors qu’ils voudraient manger moins. Ils fument un paquet de cigarettes par jour alors qu’ils en connaissent le danger. Ils rêvent d’un bel amour, mais rompent dès que quelqu’un les aime. Ou bien ils ne peuvent pas s’empêcher de faire souffrir les êtres qui comptent le plus pour eux ou de trahir leurs idéaux. »

Pour quoi entrer en psychanalyse ? Plutôt que pourquoi. Il y a d’abord « faire le point en quelques séances », oui, c’est possible, et même fréquent !


Faire le point en quelques séances

Lorsque nous sommes en difficulté avec l’amour, avec la sexualité, ou que nous avons des angoisses, faut-il consulter un psychanalyste spécialisé dans l’un de ces domaines ?

« Non, un analyste bien formé peut tout entendre ou presque, affirme Olivier Douville. Un psy qui prétendrait être sourd à la sexualité doit démissionner. Il est aussi envisageable de faire quelques séances, juste pour faire le point. Par exemple, après un attentat ou un drame personnel. Un Niçois de passage à Paris est venu me voir juste après le drame qui a touché sa ville. Le cabinet du psy accueille toute personne qui en fait la demande. » Aucune souffrance n’est plus noble qu’une autre. Qu’il s’agisse d’une phobie des araignées, des avions, d’une angoisse de l’avenir ou de l’incapacité d’aimer, notre problème en dit long sur nous, directement !

 

Découvrir ses désirs inconscients
On voit bien de quelle manière le médecin guérit : en prescrivant des médicaments. Comment le simple fait de se raconter peut-il avoir un effet thérapeutique ?

« La parole en psychanalyse est sans rapport avec la conversation ordinaire, rappelle également la psychanalyste. Cette thérapie suppose qu’en parlant nous découvrirons la vérité cachée, le désir inconscient qui guide notre existence. Car, quand nous parlons, nous disons toujours plus que nous croyons dire : c’est l’idée de base de cette discipline. »

C’est d’ailleurs pour laisser notre parole se déployer que le psy s’abstient de nous prodiguer des conseils. D’où ce fameux silence qui peut donner l’impression qu’il est indifférent, juste là pour encaisser notre argent. En fait, se taire est sa façon de parler. Tout l’art du psy est de savoir dire des choses importantes au moment où nous sommes mûrs pour les entendre.

Toutefois, souligne- t-elle, « quand le changement tarde à venir, les patients s’impatientent, exigent du thérapeute qu’il leur apporte la clé du problème sur un plateau. Et se plaignent du manque de résultat. Ils ne réalisent pas qu’en fait ils avancent… mais sans s’en rendre compte ».

Certains d’entre nous imaginent se connaître assez bien pour analyser leurs difficultés seuls ou en les abordant avec un ami.

« Nous pouvons nous intéresser à nos rêves, essayer de comprendre nos lapsus, nos actes manqués, repérer les schémas de vie répétitifs qui nous rendent malheureux et tenter de leur trouver des causes, admet Avril S. Mais connaître ses difficultés ne signifie pas savoir s’en dépêtrer. D’autant plus que, quand nous réfléchissons sur nous-mêmes, nous empruntons toujours les mêmes chemins de pensée. Nul ne peut déchiffrer seul son inconscient, qui, par définition, est… inaccessible à la conscience. La présence d’un tiers formé à l’écoute est indispensable. »

Explorer ses carences affectives
Si nous voulons juste être débarrassés d’un trouble sans savoir pourquoi il nous affecte, comme le proposent d’autres méthodes qui agissent moins en profondeur, inutile de consulter.

« La psychanalyse suppose que nous acceptions de nous responsabiliser sur ce qui nous arrive, précise Olivier Douville. Cette position éthique préalable la distingue des autres thérapies. »

Des exemples : nous sommes régulièrement tyrannisés par des partenaires pervers, le psy nous incite à nous interroger : « Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi ? Pourquoi est-ce que je ne fuis pas aussitôt ? » Nous ne parvenons pas à garder un emploi, la question à se poser est : « Que s’est-il passé dans mon histoire pour que je sois incapable de trouver ma place ? » Lorsque notre vie amoureuse est un désastre, l’analyste s’abstient de nous fournir les règles du « savoir aimer » ou du « savoir séduire », comme le ferait un coach. Nous allons expérimenter nos capacités à aimer et à être aimés à la faveur du transfert, cette relation affective si particulière qui se noue entre le patient et l’analyste. Au lieu de demeurer dans l’ici et maintenant, lieu d’action privilégié des thérapies brèves, centrées sur la communication ou le comportement, nous allons explorer les manques de l’enfance, nos carences affectives les plus anciennes, en essayant de comprendre pourquoi nous aimons sur un mode masochiste.

 

Prendre du temps pour soi

 

Entrer en analyse, c’est décider de prendre du temps pour soi. Toutefois, « les premiers effets thérapeutiques peuvent être très rapides, et même immédiats, quand il s’agit de calmer des angoisses », rassure Olivier Douville. Beaucoup reprochent aux psychanalystes de ne pas proposer un programme de guérison, avec des étapes déterminées à l’avance, comme le font les praticiens des psychothérapies brèves.

« Nous ne savons pas comment va s’orienter le traitement, explique la psychanalyste. Car tout patient est unique. »

 

Et le plus important, ce qui peut prendre du temps, ce n’est pas la psychanalyse à proprement parler, mais de vivre enfin pleinement ! Ou jamais aussi alors.

 

Renoncer à ses dysfonctionnements

 

« Il m’a fallu des années pour accepter de voir que je vivais dans un mensonge permanent, se souvient Bérangère, 46 ans. Je me racontais que mes parents, malgré leur dureté, étaient aimants, que mon couple, en dépit des absences régulières de mon compagnon, était une réussite. Aujourd’hui, j’accepte l’idée de n’avoir pas été aimée enfant et je saisis que j’ai choisi un partenaire guère aimant. Mais je suis en apprentissage : pour accueillir enfin les mots d’amour et les compliments. »

S’il est une attente commune à tous les patients, c’est changer. Et, incontestablement, une analyse bien menée nous transforme : elle rend plus créatif, plus sûr de soi, plus indépendant. Ce changement ne satisfait pas forcément l’entourage. Ceux-là mêmes qui nous encourageaient à « aller parler à quelqu’un » quand nous étions déprimés, anxieux, vulnérables peuvent être déstabilisés par notre nouvelle façon d’être. « Dans cette famille d’intellos, je jouais le rôle de la jolie blonde un peu fofolle, incapable d’articuler deux idées originales, rapporte Joana, 37 ans. Quand, au bout de deux ans d’analyse, j’ai quitté mon boulot de secrétaire et tenté de vivre de ma plume, ils ont critiqué mon “inconscience”. J’étais sortie du rôle qu’ils m’avaient attribué. »

Le chemin vers la liberté peut s’accompagner de moments de stagnation ou d’angoisse, surtout vers la fin. « J’ai des crises de panique que je n’avais pas avant », se plaint Nadia, 42 ans. L’irruption de vérités douloureuses, le renoncement aux fonctionnements inadéquats, qui constituaient notre ordinaire depuis tant d’années, entraînent souvent des passages dépressifs, des problèmes psychosomatiques. Jusqu’au moment où nous aurons acquis une nouvelle position face à l’amour, aux autres, à l’existence.

« Freud l’a constaté rapidement, l’analyse ne convient pas à tout le monde, souligne Pour finir la psychanalyste. Et elle-même doit renoncer à l’espoir utopique de guérir tous les maux de l’âme.

Il semble y avoir en l’homme un besoin d’atrocité, inéducable, contre lequel elle reste impuissante. Et il y a aussi cet étrange paradoxe : ne pas guérir est, parfois, préférable à un changement qui plonge dans l’inconnu ou obligerait à renoncer à se plaindre (surtout quand on cherche à culpabiliser ses parents). Mais cela est une autre histoire. »