Introduction à l’écosystemix

C’est en l’été 2018, alors que l’urgence climatique se pressait à nos portes -celles de nos entreprises mais celles de nos maisons aussi, en société et en famille, entreprises et foyers -que chacun d’entre nous prenait conscience de l’impossible ajournement dans le temps, et de la difficile discrimination des pratiques, créatrices et destructrices, c’est en cet été caniculaire, déboussolé, qu’il m’est venu la simple idée de réunir des personnes amies, du passé, du présent et de l’avenir, de différents métiers et âges de la vie, pour réfléchir et agir ensemble, être le reflet les uns des autres et de ce monde, rendre compte et se rendre compte de ce à quoi un groupe, une communauté, une humanité véritablement écosystémique pourrait ressembler. De comment se rassembler.

Au-delà de se rencontrer régulièrement et d’échanger, il s’est agi de recueillir les traces de nos idées et de nos expériences, par la voie de l’écriture, puis de la vidéo, lorsque l’urgence sanitaire a étendu le sentiment et l’idée de climat naturel en danger à celui de climat social contagieux. Et enfin en « Live » sur les réseaux sociaux professionnels.

Plusieurs thèmes ont émergé, qui se confirment dans la société d’après-covid et de déconfinement partiel : la globalisation n’est plus le progrès, la digitalisation permet l’instant mais ne soutient pas la durabilité de la rencontre humaine et de sa créativité, l’accélération a été inventée de toutes pièces par la fuite des idées en avant oubliant les sentiments derrière elles.

Trois axes les parcourent et ce sont ceux :

  • du corps en ville et au travail, de ses besoins physiques et affectifs, dits psychiques, mais bel et bien affectifs : nous sommes des espèces comme les autres, dont la matière peut être verte, à poils, à écailles ou de chair et d’âme, « innervée » serait-ce de sève, de sang, et en tout cas, d’impulsions énergétiques et de repos, au profit d’autres êtres vivants ;
  • du choix dans la liberté retrouvée, même si les restrictions récentes ne sont pas celles qui l’avaient vraiment nié : les dérives de la pensée unique ou fragmentaire, communautaire, se sourcent dans les idéaux plus ou moins mythiques qui caractérisent la pensée humaine, aussi libre que rationnelle ;
  • du lien dans toute sa complexité : à soi, à l’autre, au groupe social et à l’environnement aussi bien technique, issu de nos velléités instrumentales humaines, que naturel, sauvage, contexte mouvant, vivant enfin.

L’ouvrage ne fait que commencer…

Ecosystemix, par Eva Matesanz

Extrait de l’introduction ECOSYSTEMIX Une aventure humaine

Au cours de l’accompagnement en groupe

Le rôle de l’identification dans l’accompagnement individuel, exploré au titre du transfert en executive coaching universitaire, entre les deux protagonistes de la relation, devient prépondérant en situation de groupe, au sein du groupe lui-même ou de son impact extérieur. Encore une fois, bien au delà de la communication apparente, dans une articulation dynamique de progression humaine avant toute autre chose. Les résultats arrivent de surcroît et se renouvellent au fil du vivre ensemble.

L’identité et la singularité sont marquées par le prénom, l’allure physique et l’originalité de la pensée et des émotions. Elles alimentent le sentiment d’exister. Elles se renforcent avec celui de continuité : le sentiment de rester « égal à soi-même » à tout moment et en toutes circonstances. Ces sentiments façonnent à tel point la personne, l’individu, le sujet, qu’il se vit  » identique  » ou du moins reconnaissable à son  » style « , à sa façon d’être toute particulière tout au long des transformations qu’il  » subit  » au fil des années, dont celles de l’enfance, de l’adolescence, de la maternité pour les femmes, de la maturité et de la vieillesse. La rencontre avec un accompagnateur en est le révélateur.

Notre unicité, cependant, est liée à notre groupe d’appartenance : nous nous ressemblons, nous nous reconnaissons les uns les autres, nous nous percevons comme étant proches tout en étant conscients des différences qui aussi nous constituent. Nous retrouvons notre style d’appartenance à travers nos changements de lieu et dans le temps. Ce sont nos choix, conformes à l’appartenance d’origine, ou du moins, relatifs à elle. Avec des nuances ou en opposition. L’expérience du Soi, d’une apparence corporelle et non seulement psychique, le Moi, est présente dès la naissance. Cette expérience peut être envisagée comme la manifestation première et fondamentale de l’identité.

L’être au monde

Winnicott a été le premier en 1965 à formuler ce Soi, même si Freud avait bien insisté sur le caractère avant tout corporel du Moi, clairement manifeste dans l’hystérie. Winnicott l’a ancré dans l’expérience subjective de l’être au monde, et, à ce moment là, initial, de la relation à la mère. Si les ambiguïtés de la communication mère-enfant avaient fait souligner le lien paradoxal, squizophrénique, fait de persécution et de désespoir par George Bateson,

Winnicott se réfère aux liens les plus précoces, lorsque l’enfant rencontre son premier miroir dans le visage de la mère. Elle le réfléchit puis parvient à s’identifier du moins partiellement à lui et à apporter des réponses toutes personnelles à ses besoins et à ses désirs. L’enfant peut reconnaître dans ces réponses, quelles qu’elles soient, ses propres besoins et envies. Il s’y identifie et acquiert son identité. Le développement de l’enfant exige une autre psyché qui soit à même de penser et de ressentir ses sentiments et intentions, sans pour autant l’envahir d’angoisses ou de ses propres états affectifs négatifs. La manière dont la communication se déroule doit pouvoir permettre de reconnaître des sentiments distincts, qui seraient le reflet les uns des autres et non un sentiment pleinement partagé !

Si le sentiment d’identité a une origine très précoce dans la relation à la mère, qu’il se complète dans la relation au père sans que les désirs soient « satisfaits » de lui mais clairement reconnaissables comme étant « similaires », mimétiques et rivalitaires, ce sentiment se consolide et se détache de ces deux parts du moule, le noyau des origines, lors de la crise d’adolescence, avec la découverte d’une appartenance toute singulière : celle du groupe de pairs.

De faire la paire à faire avec les pairs

Le pubertaire représente un retour du pulsionnel originel, endormi pendant la période de latence, de 7 à 10 ans, le temps des apprentissages symboliques : lire, écrire, réfléchir, solutionner, questionner, patienter. L’adolescence s’étend sur toute une période de vie où les affects infantiles sont remis en question. Longuement mais aussi violemment.

L’adolescent doit chercher une nouvelle identité par rapport à l’identité infantile qui s’est construite dans un lien de dépendance aux parents, d’idéalisation ou de soumission auto-conservatrice. Cette épreuve de vérité toute personnelle provoque une restructuration brusque et très ambiguë de la personnalité, avec des prises de position extrêmes, en évolution rapide aussi, chargées de conflictualité de par la complexité qu’elles tentent d’embrasser.

La tempête relationnelle envers les figures de référence peut être d’une très grande violence, un « ravage » en particulier avec l’adulte du même genre, un affrontement implacable chez les adolescents les plus vifs qui savent pouvoir mettre en crise les rapports précédents sans perdre leur Soi, leur unité, pour autant.

En revanche, ceux dont le Soi est menacé ou fragile risquent de demeurer dans un rapport de soumission envers les figures d’autorité, de passivité auprès des pairs, victimaire ou dominant, empêcheur. La crise, préparée longtemps en amont, se caractérise par une dépression non reconnue comme telle, un état d’anxiété pouvant amener à somatiser ou à développer un « faux self », un semblant de personnalité, une identité de rôle. La place dans le groupe est figée et fige l’ensemble.

La dernière chance est celle de la maturité en milieu professionnel

La crise de milieu de vie est la dernière grande crise identitaire, celle qui se projette vers l’échéance mortelle plutôt qu’à partir des origines tout aussi inhabitées, le dernière chance pour l’affirmation de Soi et le dégagement des cuirasses. Pour la transmission et l’apport effectif au monde et au sens de l’histoire.

La consultation en groupe ou en individuel – souvent en groupe en milieu professionnel, un groupe de pairs ou bien les groupes tripartites et quadripartites du coaching professionnel, puisque des réunions ont lieu entre le coach, le coaché, la RH et le manager – cette consultation désormais normalisée doit permettre de distinguer le manque temporaire de cohésion interne, et c’est le groupe alors qui peut permettre de refléter un remembrement, ou bien révèle-t-elle des fractures plus profondes ? Ces dégâts identitaires, et asociaux alors, auront besoin d’un soutien suivi complètement à l’écart du milieu professionnel ou alors, en étant reconnus et acceptés au titre de la diversité désormais, dans une intégration dédiée, permettant des apports au groupe de travail qui ne seront plus performatifs, mais aussi modestes que réguliers et en cela, précieux.

La personne qui craint ses propres limites internes apporte des limites réelles aux autres. Elle apporte au groupe la réalité de sa propre discontinuité et la pertinence de l’effort collectif, du désir de groupe, en renouvellement continu.

L’interdépendance et l’hétérogénéité permet au collectif d’asseoir sa propre identité, complexe et forte. Et de renforcer celle de ses membres dont la projection est multiple, en diffraction sur l’ensemble des participants.

Le groupe et les sujets qui l’habitent dépassent aisément alors les écueils des groupes délirants, très répandus dans nos organisations formelles et dans nos écosystèmes digitaux : l’idéalisation ou l’illusion groupale, l’opposition binaire, en leur sein ou par rapport aux autres groupes, et le désengagement individuel, selon les hypothèses de Wilfred Bion, la référence de bout en bout dans cette étude de la relation psychodynamique et écosystémique à présent.

Le groupe vivant traverse les stades de son propre développement, la ronde de son identité et des identifications en son sein : forming, storming, performing, adjourning. La formation, la « tempête relationnelle », défensive de chacun et créative ensemble, de collaboration pour certains objectifs et d’ajournement pour bien d’autres aventures, tout naturellement. L’accompagner est un don, de ce groupe à ses accompagnants. Des accompagnants au pluriel et en groupe tout aussi vivant !

Au cours de la relation d’accompagnement

C’est à l’Université de Paris Cergy, en formation continue pour adultes, au titre du DU Executive Coaching que j’enseigne la psychodynamique écosystémique.

C’est à l’Université de Paris Cergy, en formation continue pour adultes, au titre du DU Executive Coaching que j’enseigne la psychodynamique écosystémique.

Les cours de Cergy au beau centre de Paris (La Trinité – Saint Lazare) sont reconnus comme étant l’école de la relation, un espace et un temps pour repenser et revitaliser nos rapports humains, ceux du management et ceux de tous ses supports : RH, Innovation, Psychologie et droit du travail, du commerce et du digital. Mon enseignement n’est pas celui stricte du coaching, comportemental en individuel et systémique en groupe. Mon enseignement reprend source dans nos origines, les mythes grecs et les mythes modernes qui restent ceux d’Oedipe et de Narcisse : « je selfie donc je suis » et « quand je serai grand je voudrais être une fille » et celle de papa implicitement. Mais ces origines, révélées définitivement à notre aveuglement, naturel, puisqu’il y a refoulement et que tout ceci reste inconscient, par Sigmund Freud, ces origines répétées, presque fatales, ont connu les efforts de tous ceux d’entre nous qui choisissons l’organisation humaine, le groupe social. Et l’Ecole de Palo Alto aux US, propulsée par Bateson, le successeur de Freud allant au fond de la schizophrénie, plutôt que du côté de la conformité névrotique, au coeur du double lien ou lien paradoxal qui anime la relation, l’Institut Tavistok Britannique, auteurs tous les deux de nombreuses interventions en entreprise (financées par Rockefeller lui-même : Procter and Gamble en est l’exemple le plus surprenant pour paradoxal, un lessivier, un rouleau compresseur marketing mondial), ces écoles de recherche et bien d’autres intervenants individuels en réseau d’affinités et de controverse, ont fait paraître la réalité d’un changement à plusieurs, deux au moins, point de psychanalyste en retrait, et des liens indéniables de nos relations entre nous, qui ne s’arrêtent pas aux structures légales ou personnes morales, avec la société humaine dans sa globalité et avec l’environnement naturel.

C’est à cette psychodynamique écosystémique que je dédie deux articles issus de mon enseignement 2021 : d’abord, sur l’accompagnement individuel, subjectif, ensuite sur l’accompagnement d’un collectif, créatif à souhait. Dans un cas comme dans l’autre, le désir plutôt que l’équilibre (l’autoconservation, l’homéostasie) est à trouver et retrouver : le désir demeure désir lorsqu’il ne se satisfait pas de la jouissance. L’équilibre retrouvé, le respect de chacun, la durabilité en sont les conséquences naturelles à la bonne heure, au vrai bonheur.

Au cours du coaching individuel

Dans toute relation, il existe, par delà la communication manifeste et consciente, verbale et corporelle, une communication inconsciente complètement silencieuse. Comment cette communication entre deux capacités psychiques a lieu ? Le mécanisme « de base », formulé par Wilfred Bion dans la deuxième moitié du XXème siècle, lorsque la psychodynamique et la systémique remplacent avantageusement la psychanalyse monadique de conservation pour libérer la créativité et l’innovation par les rencontres d’idées et de sentiments, le processus connu depuis Mélanie Klein, rivale d’Anna Freud dans les nouveaux développements de la connaissance de l’inconscient, est celui d l’identification projective.

Par définition, l’identification projective consiste à déplacer des parties de soi dans « l’objet », le récepteur, qui peut être capable de les reconnaître. Ses réactions dépendent de ses propres identifications avec ces parties internes de son partenaire. Il peut s’agir d’identifications complémentaires ou bien d’identifications concordantes : les idées et sentiments sont similaires ou bien ils sont différents et les complètent. En revanche, lorsque le récepteur ne comprend pas l’émetteur – et cela est susceptible d’arriver à bien d’endroits -, il s’angoisse, consciemment ou non, et cette angoisse vient inhiber durablement sa compréhension. Les émotions non examinées du récepteur, et a fortiori, de celui qui a le rôle d’accompagnateur, sont ré projetées vers le demandeur, risquant ainsi de mener le processus d’évolution vers une impasse. Seule une analyse attentive de ce transfert d’affects – prenant leur origine il est vrai dans l’histoire du sujet, dans ses identifications premières et celles qui les répètent ou les complètent -, seule une analyse à l’endroit du contre-transfert de l’accompagnateur, peut rétablir les conditions nécessaires à la poursuite de la relation et de son objectif.

Communiquer…

Si en lieu et place d’une compréhension rationnelle et directe de ce qui est confié l’accompagnateur est capable d’apporter sa contribution subjective et formuler une interprétation – jouer un rôle, imaginer un scénario partagé, dans un rêve éveillé, sans aucune prétention de vérité -, le professionnel élargit le champ du contre-transfert. Et il le fait en lien avec le demandeur. Il ne s’agit plus de compléments ou de confirmations mais de suppléances portées au processus d’identification comme autant d’options créatives, inédites. La capacité imaginative prévaut aux conformités professionnelles. On sait bien que Bion a parlé de rêverie pour évoquer la capacité maternelle de comprendre l’état d’âme de l’enfant et de pourvoir à ses désirs et à ses besoins en l’absence totale de communication organisée. Cela dit, la rêverie du professionnel n’est pas celle de la mère qui va former l’expérience de son descendant, mais plutôt celle de quelqu’un qui fait face à quelqu’un d’opérationnel mais sans illusions ; ou bien, de volontaire mais sans résultat et sans gratification émotionnelle.

L’accompagnement consiste en la capacité à rêver les rêves  » inrêvés  » par le demandeur, à partir de la subjectivité de l’accompagnant, sans jamais se substituer à l’accompagné. Aventuriers sur un chemin qu’ils foulent pour la première fois mais d’après des expériences différentes. L’inconscient de l’accompagnateur n’est pas un simple organe réceptif et productif, mais un organe créatif et respectueux. L’identification est une suppléance, ni un complément ni un renforcement, comme ceux mentionnés plus haut. Elle correspond au plus haut degré d’empathie : celui de ne pas se comprendre et pourtant… rester en lien, et cela nourrit le désir le vrai.

Un demandeur narcissique ou mélancolique laisse peu de place à cette co-construction. Les projections d’un sujet pathologique sont négatives. L’accompagnateur peut rester vivant et dynamique s’il n’est pas tenté lui-même de se donner de l’importance ou, au contraire, de s’inscrire dans la déchéance. Les choses ne sont pas plus faciles lorsque l’identification est positive, séductrice ou complice, rivale et stimulatrice. L’accompagnateur demeure responsable de sa propre perception des faits et de ses capacités limitées. Son partage est déterminant pour permettre au demandeur d’intégrer des réalités, plutôt que de se laisser aveugler par son propre transfert d’affects. De même, l’accompagnateur ne doit pas se fier à sa seule relation avec celle ou celui qui est engagé dans une évolution personnelle. En vertu du lien affectif ou de l’enjeu qui rend son accompagnateur de fait figure d’autorité, le demandeur est naturellement très attentif à la manière dont son accompagnant se positionne avec lui.

…pour entendre plutôt que s’entendre

La relation se forme et se maintient grâce à la capacité que doit avoir l’accompagnateur de repérer les éléments significatifs dans les communications, dans le cadre et autour du cadre (retards, oublis, changements). L’analyse du contre-transfert, la supervision de l’accompagnateur, est fondamentale pour entretenir la relation vivante dans la durée mais elle ne constitue pas la clé de l’évolution effective de l’accompagné.

L’accompagnateur ne doit pas se limiter à comprendre les seules projections qui le concernent. Il n’est pas dans le seul processus de communication. Il ne peut pas se fier aux seuls sous-titres des scènes partagées. Il est le modeste invité – plutôt que la guest star – d’une superproduction, d’une épopée, d’une saga héroique sans être tragique, et sa curiosité bien plus vaste que celle portée à son livret va permettre au demandeur de compléter son propre développement psychique : investir des souvenirs, réévaluer des connaissances, retrouver des sentiments, contradictoires et forts.

Cette expérience de vie pleinement partagée permettra au demandeur d’appréhender les émotions de la relation et de retrouver sa propre signification personnelle : le sens de l’histoire et le chapitre suivant. Celui où à nouveau seul, il s’engage sans angoisse, confiant, compréhensif davantage que compris, conquérant et responsable de ses choix, dans de nouvelles relations qu’il identifie sereinement. Et la vie va…

Post-Scriptum

Que reste au coach analyste que je suis ? La poésie… au sens premier : la création – recréation.

“ Ce qu’on met de soi dans l’autre est infiniment plus vaste que ce qu’on croit lui confier. Quelquefois c’est sa propre vie, d’autres fois c’est son âme, sa vocation, sa sauvagerie, sa misère, une dette ancestrale, c’est toujours exorbitant, une valeur passée en douce, clandestine, que l’on s’échange dès le premier regard. ”

Anne Dufourmantelle, En cas d’amour, 2009

Que l’on s’échange… Ce qui reste est là dès le premier instant. Et le temps de l’accompagnement n’est qu’un temps. La clôture laisse de part et d’autre de son enveloppe, tombée pour la métamorphose évidente, deux être libres et volages reliés profondément.

Supervisée

Ça y est. Je suis à nouveau en supervision de ma pratique professionnelle. J’ai choisi le cadre du groupe pour la première fois. Et un superviseur formateur que l’on choisit « comme un melon » comme il est conseillé de le faire : parce qu’il fait le poids, qu’il sent bon et qu’il ouvre l’appétit plutôt que de clore le débat.
J’écoute les autres participants. Aujourd’hui nous sommes quatre à présenter des cas. Car il n’est pas question de participer au cycle annuel sans se montrer en difficulté soi-même et avoir une demande aussi bien adressée au superviseur qu’aux pairs.
J’apprends beaucoup des autres cas. Ne jamais tenter de résoudre selon les critères de réussite et de morale. Bien au contraire, rester et creuser làboù ça erre et s’y sentir bien. Le patient final appréciera, lui qui est au mieux de son désir et de son destin qui n’est pas final. 
Bien comprendre le groupe d’appartenance de ce patient. Ne pas chercher à se figurer les personnages. Ce serait cliver et prendre partie. Apprécier les relations. Les nommer. Les décrire. Offrir cette image, ce paysage, au demandeur. C’est à cette visite guidée qu’il aspire. C’est d’assister à l’oeuvre de sa vie. Il trouvera mille façons d’en améliorer l’intrigue. Et il aimera les acteurs et les techniciens qui la permettent, qui n’attendent que d’être dirigés vers d’autres jeux, sans autant d’enjeu, sans la souffrance comme couperet. Et sinon, au patient d’être patient à son tour avec eux.


C’est mon tour. C’est mon cas. Le superviseur m’apprend que je ne sais pas faire de présentation de cas. Je fais une présentation de situation. Cela me divertit de mon trac. Je me laisse diriger à mon tour et je découvre que j’aime ça. J’adopte la grille de présentation et je suis heureuse de susciter des questions dans le groupe de pairs. Les questions sont sans importance. Elles rejoignent les miennes. Moi non plus je n’arrive pas à retenir l’âge de ma patiente, moi aussi j’ai des hypothèses de maternité déçue et de vieillissement mal vécu. Mais cela ne me donne pas envie de prendre la parole. Je l’écoute dans ses affres professionnels. C’est alors que le superviseur peut les accueillir à son tour, comme s’il y était ou en était, à côté, discret et précieux :
– Elle semble travailler de façon trop scolaire. Et être de ce fait déçue des Aleas professionnels. Sans règle qui tienne. Au plus caractériel des supérieurs et des collègues.
– J’ai failli lui dire hier mais je me suis tue.
La parole ne sert à rien… Ne me sert à rien de ce que je veux…
– Ne seriez vous pas dans un élan inconscient de consolation ?
Je vois l’image d’une étreinte. Cette question fait effet de vérité et je me surprends à ne pas me surprendre.


– Alors c’est inconscient.

– Alors cela l’est puisque vous le reconnaissez.


Heureuse d’être reconnue dans ma pratique appliquée à moi-même, dans mes propres interdits, je n’ai pas besoin de plus. Sauf qu’il me faudra reconnaître l’art du lien de ma patiente si elle revient. Trouver les mots. Ne pas me figer et composer moi-même une image avec elle, de douloureuse. Il s’agit d’un de ces accompagnements si à propos qu’il en devient obscène, interdit, rejoué à chaque séance comme étant la dernière, et en même temps nous n’avons même pas commencé la représentation. Si elle revient je lui parlerai d’elle.
– Vous êtes dans un très bel attachement l’une et l’autre. C’est mignon. Si elle revient, passez aux aveux. Et nous, passons à un cas plus ardu…

Et ce sera le cas d’un attachement mère enfant très passionné, très violent, très difficile pour le thérapeute… 


– S’il s’interpose. Regardez les ensemble plutôt et dites leur ce que vous voyez, l’image et le scénario qui peut être fort, drôle, touchant… Le nous est une image sinon il n’est plus. 
Nos liens n’ont pas d’existence réelle.

J’aime être en groupe bellement imaginaire et bêtement opératoire, les yeux dans les yeux, main dans la main. Pairs aidants.  Relais choisi et mérité d’un grand chef opérateur. Mais chut, ça tourne. J’y vais pour la suite de la série que je chéris de mieux en mieux. Sans dépendance. Attachant. Libéré. Riche en points d’attache fonctionnelle que je peux remobiliser ailleurs. J’ai aussi commencé à le faire, à être encore davantage libre dans mon métier. Davantage ancrée. Solidement pensée et accompagnée. Supervisée qu’ils disent. Mais c’est un mot que je tairai aussi, sciemment, sans arrière pensée enfouie mais bel et bien assumée pour me représenter et ressentir l’image d’un nous, d’un métier partagé, discret et précieux, tout à côté de vous.

Clara Blank

Clara Blank, ce fut un de mes premiers accompagnements. Elle souhaitait véritablement une aide à la transition. Elle arrivait du Canada, pays qu’elle avait choisi pour l’excellente éducation dispensée aux enfants. Elle a alors un petit garçon. Son époux est libanais. Électricien ou plombier. Je ne me rappelle plus exactement.
– Il peut travailler n’importe où dans le monde.
Clame-t-elle pour expliquer leurs changements fréquents, puisqu’elle-même, fille de diplomate, formée aux humanités, parcourait le monde depuis plusieurs années au gré de ses missions en ONG.
– Je suis de passage à Paris. Nous sommes au mois de juin et en septembre je serai partie, certainement au Brésil. Mon fils est chez mes parents. Mon mari dans sa famille à Beyrouth. J’ai tout mon temps pour réfléchir.

Elle se plie aux rencontres hebdomadaires. La libre parole lui va bien. Parfaitement décomplexée, elle aborde tous les sujets : son ambition, son désir, ses incompréhensions, ses projets.
Elle est claire mais aussi blanche, translucide. Son nom et son prénom lui sont fidèles.
– Je ne suis pas auprès de mon mari pour ce temps de vacation parce que ma belle famille m’ignore complètement.
Beaucoup de femmes, de tantes, de sœurs, et lui, le garçon.

Auprès de ses parents, elle est en lien très fort avec son père. C’est grâce à lui qu’elle a eu une enfance qu’elle dit de rêve. Au Moyen Orient. Tel qu’elle en parle on se croirait chez Lord Mountbatten aux Indes. Son père est effectivement britannique et ses manières sont exquisites. Sa puissance politique n’offre pas non plus de doute. Clara est d’apparence méditerranéenne, probablement du côté de sa mère, dont elle parle peu. Elle l’aime assurément pour sa discrétion et pour l’avoir aimée telle qu’elle est, exubérante et précieuse auprès de son père. Intelligente et pragmatique, elle est devenue, travailleuse et dirigiste. Ce sont des postes à responsabilité qui lui sont confiés à l’issue de ses études en sciences politiques.
– Et votre mari, est-ce au travail que vous l’avez rencontré ?
– Exactement. Il a fait quelques travaux au camp de base de l’ONG de mon passage au Liban. Il est très bel homme et très doué de ses mains. En choisissant le Brésil pour prochaine installation je redoute qu’il ne trouve pas sa place. Là bas les ouvriers du bâtiment sont de véritables pions !
– Pourquoi tenez-vous autant à cette destination ?
– La vie y est douce pour les upper class. Les résidences sont de rêve. La compagnie est exquise. Tous les privilégiés se connaissent…
– Comme au Canada…
– Je pensais trouver cela au Canada mais j’ai précipité mon départ, déçue tant de l’éducation, de qualité, certes, mais très anonyme, que du manque d’intégration dans les cercles qui me corespondent. Il est une supériorité aborigène qui m’est insupportable. Seul mon mari avait aisément trouvé sa place. Il est serviable et gentil. Rigoureux et partenaire avec ses collègues. Pas de problème pour lui. Il a accepté de renoncer à sa situation, de prendre avec moi cet espace de transition et ce temps vacant en attendant la prochaine rentrée.
– Il est rentré dans sa famille et vous dans la vôtre.
– Peut-être que le retour « au bercail » fait partie du processus. Ce sont des bergers, ses aïeuls mais je ne veux pas être méprisante.

Je ne relève pas cet élément de haine inhérent à toute passion.

– Tout processus de transition intègre un processus régressif, oui. Restons centrées sur vous. Que trouvez-vous comme objet transitionnel dans ce passage ? Comme support affectif ?
– Les discussions avec mon père tandis que maman pouponne son petit fils sans aucun doute. Cela me fait penser que je discute aussi avec vous, autrement…
– Il est là une dissociation intéressante de vos plaisirs d’enfance : les soins maternels et la séduction paternelle.
– Je me sens très adulte. Je parle à mon père d’égal à égal, dans de controverses professionnelles sans minauderie ni complaisance, et comme mon fils occupe ma mère, je ne suis pas l’objet de sa tendresse comme je ne l’aime pas.
– Oui. Il n’est aucun danger que le fantasme se réalise… Comme dans ces consultations du reste.
– C’est curieux que vous parliez de fantasme… Je ne comprends pas bien sa teneur dans votre discipline. Je ne connais que son acception sexuelle et c’est un fantasme amoureux qui motive mes consultations sans que j’ai trouvé moyen de le dire jusqu’ici.
– J’entends. – Je ne suis pas surprise ou plutôt oui, agréablement. Nous faisons escale dans le trou béant. Aux abords.
– J’ai voulu quitter le Canada soudainement car j’ai entretenu une liaison avec un homme qui est allé jusqu’à m’offrir une bague de fiançailles de grande valeur et me proposer de tout quitter pour l’épouser et devenir citoyenne canadienne, accéder aux privilèges dont il jouit… Cela m’a bouleversée. Je suis partie sans donner d’explication. Il me harcèle par Internet. Enfin pas vraiment. Mais je vis mal ses messages et ses attentions. Des pop up dans ma vie qui l’effacent par instants. Qui m’effacent moi !
– Voici une fenêtre ouverte que vous devrez refermer…
Nous sommes à la mi août. Clara et son fils vont rejoindre Lounis au Liban pour une dizaine de jours. Elle est contente de ce voyage. Elle semble aimer redevenir épouse et mère. Elle éprouve le nécessaire respect pour sa belle famille et elle a acquis une belle confiance dans le fait de mériter le même respect.
– Nous pouvons nous retrouver à mon retour et ensuite notre contrat sera rempli. Je partirai pour mon prochain destin. J’aurais plutôt envie de dire… foyer. Mon foyer. Comme c’est étrange.
Le séjour se passe à ravir. Simplement et tendrement. Aussi décidément comme Clara l’est, à propos, comme elle le recherche.

Clara conclut notre contrat et sans doute son serment personnel en précisant lors d’une dernière séance avoir renvoyé la bague par courrier recommandé à son prétendant. Elle a une place à l’ONU. C’est New York qui l’attend.
Clara y travaille toujours. Clara a fondé son foyer sans plus de transition, ni de peine perdue, ni de peine nouvelle. Heureuse expérience que je partage avec elle. Et avec vous à présent.

Lorsqu’une transition a été déçue, elle se répète, elle vous garde en transit ou alors elle se ravive lors d’une transition indûe. Certains rituels sont nécessaires mais surtout un travail en profondeur qui peut être court et précis, en groupe ponctuel et révélateur ou en colloque singulier avec quelqu’un « au clair » avec ses propres passages à vide, et assez vierge pour vous accueillir dans votre unicité et vous retourner à votre plus belle vie.

Eva Matesanz Psychanalyste Groupaliste – Journée de l’entre-deux le 31 août à Sens, en cette période porteuse des plus belles transitions, celles des réalisations.

Entre deux

L’accompagnement des transitions est l’essentiel de notre métier de #coach #consultant #formateur
La méthode, sous différentes apparences prétendument libres et modèles protégés peut se résumer au constat d’un état actuel et d’un état désiré ou souhaitable suivi de l’évaluation des moyens ou des ressources mais aussi des manques et des pertes. Cet aspect émotionnel dit de deuil prend davantage de place dans les méthodes comportementales et cognitives qui jusque là se portaient vers l’avantage prétendu indiscutable du progrès et de l’efficacité. Le constat des petits pas effectués et de ceux faciles d’accès rythme ensuite l’accompagnement et valide sa réussite.

Pourtant, une transition naturelle nous est bien plus familière. Celle de nos apprentissages infantiles, celle de notre initiation à la vie adulte, celle de nos premiers choix professionnels et amoureux, celle de la paternité, celle de la prise de responsabilités ou d’initiatives créatives, celle de l’âge mûr, celle de la transmission accomplie. Nos clients et nous mêmes ne figeons pas d’une conception théorique et d’un suivi de projet ces véritables transitions.

Cassandre est maîtresse suppléante. Elle est appelée à remplacer la titulaire d’une classe double CM1 – CM2 dans la région toulousaine à l’issue du confinement. Elle prend de suite conscience de l’enjeu du passage au collège pour certains de ses étudiants. Pour les autres, après l’école à la maison, ces quelques semaines de classe sont l’occasion de retrouvailles et de quelques rappels des basiques de l’année en cours, pour se rassurer et partir en vacances en attendant le CM2, de retour dans le même établissement et les mêmes habitudes rassurantes.

Cassandre reconnaît la perte de repères des futurs collégiens, les doutes qui ont surgi pendant la période de crise sanitaire, les incompréhensions sur des sujets académiques rejoignent aisément les incompréhensions vitales et les incertitudes futures. L’enseignement varie peu mais cette reconnaissance et l’accueil de la parole, des questions, des représentations et des émotions aussi mouvants et divers, contradictoires et massifs soient-elles, modifie notablement sa mission.

Cassandre sait créer un espace et un temps transitionnels. L’école s’efface, le collège se dessine à grands traits, et ces enfants sont heureux de vivre au présent et non pas craintifs, colériques ou attristés dans cet entre-deux et peut-être à jamais.

entre les mains de Cassandre

Chacun dispose de ses propres « objets transitionnels » : ses rituels, ses besoins internes et relationnels, sa curiosité, son rythme. Imposer une méthode et un avancement collectifs nuit à l’intégration de ce passage. S’il n’est pas intégré, il n’a pas eu lieu et les prétendus retour arrière ou « élastiques » en langage coach ne sont que des fixations, intemporelles, d’aujourd’hui comme d’hier. De plus, il n’est pas de retour d’expérience mais une répétition de schémas installés sans esprit critique. Un nouvel environnement, d’autres outils, d’autres relations peuvent donner l’impression d’un changement. Mais en sixième à 11 ans ou à sa sixième mission à 41 ans tout en suivant à la lettre le programme, vous êtes malheureux au fond.

Avec André de Chateauvieux nous aimons nous saisir de cette période de transition généralisée, d’après covid, de prévision des effondrements successifs, économique, social, écologique et politique, dans le désordre, pour consacrer une journée atelier de vie et de formation à l’accompagnement de la transition, celle de nos métiers comme celle de ceux que nous accompagnons. Et si certains sont en CM1 ils peuvent toujours y assister. La transition est un état d’esprit qui bâtit une existence pleine, à chaque instant, avec nos proches, avec nos ressources et selon nos choix conscients et notre désir inconscient. Notre affectivité profonde s’exprime en continu sans tics et sans tocs, sans deuils insurmontables, sans choc. Chic alors ! Rejoindrez vous le mouvement ?

Le 31 août de 10h30 à 17h30 à une petite heure de Paris (50 minutes par le train de Bercy), en atelier de campagne buffet de midi compris. En duo d’animation masculin-féminin toujours. Participation financière individuelle de 240 euros.

Ne sous-estimez pas la puissance d’un petit groupe, l’unité de base du changement

L’originalité de l’animation d’un groupe, d’une simple petite collection d’individus, selon Balint dans la continuité du fondateur de la pratique de l’analyse en groupe, Wilfred Bion, (tous les deux référents dans l’accompagnement du médico-social et par-delà, du management complexe) est d’inviter les professionnels à lâcher la matérialité des faits, pour privilégier ce qu’ils savent ou croient savoir des situations dont ils parlent : qu’il s’agisse de situations en commun ou de situations que chacun peut aisément se représenter, des situations humaines en premier lieu. Ceci permet de restaurer la subjectivité de leur approche, la justesse et la sensibilité réunies d’un seul trait.


L’objectif est de mettre au travail une groupalité, travailler ensemble, penser ensemble, en acceptant les différences de point de vue qui ne remettent pas en cause les capacités professionnelles de chacun. Bien au contraire, qui redonnent le sens aux compétences développées. Elles ne s’imposent plus d’elles-mêmes mais pour ce pour quoi elles se sont forgées. Et elles se complètent les unes les autres autour de ce même intérêt, l’intérêt général évidencié.

De quel dispositif s’agit-il parmi les multiples modes d’animation avertie ? Ce dispositif ne tient qu’au cadre qui pose des rencontres régulières sur le temps long plutôt qu’à brève échéance, faussement résolutoire. Les résolutions émergent au naturel.

À l’intérieur de ce cadre de liberté et de respect des rencontres, il est le cadre interne de l’animateur et de participants.


En effet, pour ne pas rester dans les modes opératoires et amener les professionnels à penser, il est nécessaire de rentrer dans le partage d’affects. Ce sont les émotions qui mobilisent la pensée et non le contraire.
Les métiers confrontés à la peur, la mort, la violence, sont concernés mais aussi les difficultés de tout professionnel dans la reconnaissance de son rôle, dans la prise en compte de la défaillance inévitable, dans le respect de sa place au sein d’une organisation continuellement en changement, aux prises avec des contraintes réelles et des contraintes de pouvoir.

Tout ce contexte, écosystęmique, amène à penser que l’engagement, par un travail de groupe, avec des professionnels , sera comme le souligne un des acteurs de la véritable analyse de pratiques, Vincent Di Rocco « un temps d’une clinique du « petit rien » et du pas « grand-chose », l’attention de chacun se porte sur un regard, un geste, auquel le commentaire collectif donne vie et sens.»


Ainsi, par une meilleure connaissance de mon cadre interne, de mes affects, ce que cela me renvoie, de ma propre capacité à les vivre et à les contenir à la fois, je développe un espace élargi, pour recevoir chaque vécu et ressenti des membres du groupe.

Comment entendre les mouvements de résistance, de simples transferts, les miens et les leurs, créer un espace transitionnel pour permettre une transformation qui comprend à la fois le fait que chacun puisse élaborer sa propre compréhension de ce qui est échangé et que chacun libère, de ce fait, sa créativité aussi bien dans ce groupe que dans celui où il exerce son métier, dans ceux au sein desquels il évolue y compris dans sa famille et sa vie sociale.

Capture personnelle dans ma campagne de Sens

En animant des Groupes d’Analyse de la Pratique, je pose un cadre formel, énoncé et entendu par tous, qui offre un premier élément de contenance : la présence de tous les participants et le pacte sur un processus en précisant le temps et l’espace d’une succession de rencontres. Mais un deuxième élément de contenance est celui du cadre interne de chacun.

« Il faudra déchanter, ou s’enchanter, c’est selon: le cadre interne n’est pas de ce bois-là. cette écoute est particulière. Nous disons volontiers que c’est une écoute en constante réactualisation, en constant réaménagement». Henri-Ménassé


CAR les questions de chacun, profondément, sont de l’ordre de l’indécidable et du décisif en même temps :
De quel groupe s’agit-il, qu’est-ce qui nous unit, nous unit ? Comment le sujet arrive à parler de lui, à s’éloigner et se rapprocher dans son adhésion au collectif ? Comment parler de soi sans se perdre dans ses affres et ses contradictions ou bien dans les contraintesdu groupe, intérioriser le fait que chacun a une place dans le groupe et que faire de cette place ? Comment ce groupe s’insère à son tour dans la réalité institutionnelle ou naturelle ? Sans se marginaliser ni se conformer. Sans se déresponsabiliser ni se nourrir d’agressivité. Comment accueillir la souffrance, la colère ou l’indifférence de l’autre dans le groupe et pouvoir en parler ? Comment accueillir sa propre fragilité et celle des autres et avoir une écoute de la différence, de la place de chacun ? Sans tomber dans la contagion émotionnelle, dans la confusion des esprits, des singularités. Qu’est-ce qu’une écoute, enfin, qui prend en compte l’espace inter, intra subjectifs et groupal où le groupe, l’institution et la société s’emboîtent ?
À partir de l’expérience et de ces questionnements suscités, la problématique dégagée se formaliserait en 2 questions , l’une qui a trait à la dynamique de groupe et l’autre au cadre interne de chacun :

Comment le sujet arrive à parler de lui ? Avec comme hypothèse que dans le groupe c’est le partage d’expériences vécues entre les personnes (l’intersubjectivité), qui crée du lien et permet à la personne de parler d’elle même, de se raconter.

Quelle place, je prends dans le groupe et dans l’institution ? Avec comme hypothèse que par la connaissance de mon cadre interne, je définis un espace, pour recevoir chaque vécu, chaque représentation et chaque ressenti des membres du groupe, ainsi que leurs interactions réciproques. Pour cela, il est nécessaire d’identifier mes propres mouvements internes dans l’objectif de mieux maîtriser leur portée, leur projection et en mesurer l’impact sur d’autres professionnels.

Enseignement et practicum du mercredi 1er juillet en présence à l’Université de Paris Cergy

La continuité n’est pas le lissage mais la recherche en profondeur pour l’évolution certaine

La continuité d’existence est un besoin premier et un désir légitime de la part de chacun de nous. Elle réalise l’élan vital et elle permet la trajectoire singulière, la contribution personnelle. Cette continuité a pu être préservée pour nombre d’entre nous, comme j’en faisais état à l’occasion de mon précédent article dans ce blog. J’invitais ceux, pris par le doute ou les difficultés superficielles, à retrouver leur essentiel et le déployer enfin.

Depuis, ce beau terme de continuité, de contigüité dans l’espace projetée dans le temps, est devenu l’élément de langage du pouvoir impossible, celui qui exerce les métiers impossibles formidablement bien cernés par Sigmund Freud pour « être seulement certains d’un succès insuffisant ». Ce sont les métiers de la gouvernance, de l’éducation et de la santé. Ces trois leviers ne peuvent rien sur les libertés individuelles et sur les conditions naturelles du progrès personnel et collectif.

Désormais posées comme des évidences, la continuité pédagogique, la continuité de soin et la continuité d’activité économique commandent la vie publique et la vie privée qui se trouvent confinées et qui vont basculer dans un déconfinement tout relatif, partiel, au seul service de ces continuités rigides, pauvres en soutien de la créativité, qui sont de scolariser, encadrer les cas sociaux, d’hospitaliser, au-delà du covid-19, et de produire, vendre et consommer.

Et on nous parle d’un temps qui n’est pas celui que nous vivons, le temps de la refondation où de nouveaux modèles seront étudiés, savamment, et feront certainement l’objet d’un programme électoral, le meilleur moyen de diviser à nouveau et d’étouffer la co-évolution.

La continuité politique est l’anti-continuité du vivant. La civilisation éclot, selon Sigmund Freud également, lorsque le jet de pierres est remplacé par le jet d’insultes. Il aurait pu ajouter de nos jours : le jet d’insultes avec postillons.

Freud soulignait le malaise culturel qui ne faisait que traduire et enrober le malaise naturel, la difficulté de vivre avec tout ce que la vie implique : les rapports humains qui ne se fondent sur aucun code naturel partagé, le travail pour se nourrir, s’habiller, se loger, se divertir aussi, se cultiver dans un véritable questionnement sans fin, la maladie et la mort, évidemment.

Ses successeurs s’intéressent à l’effondrement civilisationnel, à cette reconstruction permanente que nous sommes censés entreprendre une génération après l’autre plutôt que de simplement exploiter plus ou moins maladroitement la terre et les autres de nos invectives à la mode. La croissance, verte ou pas verte, vient de se faire cueillir d’un micro-organisme qui se situe au plus bas de l’échelle du vivant. Son seul programme est de se servir d’une cellule puis une autre, la terre qu’il convoite, pour continuer d’exister…

Freud précise enfin :  » Il existe infiniment plus d’hommes qui acceptent la civilisation en hypocrites que d’hommes vraiment et réellement civilisés. »

Nous avons cette fâcheuse tendance à vouloir figer les règles de vie, à les instituer et à les confier à des institutions, véritable monument aux morts. Il s’agirait de civiliser en continu, d’employer le verbe durablement et de poser le mot, civilisation, sur un lieu, un instant, pour de suite nous engager à nouveau.

Faire preuve d’être un homme, une femme, civiles, sociaux, respectueux aussi de l’environnement naturel et du temps long qui dépassent largement la contingence d’une vie humaine.

Il s’agirait, dans l’entreprise qui est mon terrain d’intervention, sauf que l’entreprise ne fait plus intervenir que des coachs au côtés des managers portés sur la seule continuité d’une activité obsolète, la continuité devient une fin en soi… Il s’agirait peut-être, posez vous la question, en homme et en femme civiles, citoyens d’une construction sur un terrain sauvage et viral à présent, il s’agirait de penser et d’agir à nouveau. Les germes de pensées nouvelles et les écarts dans l’action sont déjà présents chez nombre d’entre nous, chez chacun de nous, oui, réduits à la maison et au télé-travail. Dans une mutation maladroite de la vie de bureau. L’encadrement se forge des outils technologiques et davantage invectifs qu’inventifs pour animer la dispersion. Je lance une question ouverte, je ne vous invective pas de mes propres réflexions : comment revenir à diriger une activité créative, comment commencer à animer une activité plus adaptée à la vie, plutôt que de diriger une continuité en plateau de réanimation ?

Le lierre est un écosystème vivant des plus complet. Il fait vivre autour du chêne plus de 700 000 organismes vivants différents en plus de lui-même, qui accède à la lumière, et du chêne, qui se nourrit de ses dépôts de feuilles. Ces deux-là se cherchent et se trouvent à chaque instant. Chacun d’eux puise en profondeur dans le sol, son ancrage durable et profond.

L’émotion comme condition pour l’évolution : une supervision thématique dans l’air du temps

Les maltraitances sur le corps et le psychisme actuels peuvent elles rappeler le traumatisme pervers ? L’abus sur l’enfant ou sur l’adolescent que chacun a été ? Et plus particulièrement, comment la violence institutionnelle, la violence du corps social, résonne dans le corps privé ? Comment les dérives de notre système nous alertent pour ne plus nous laisser dériver ? Comment a contrario une souffrance mise en mouvement peut faire bouger les lignes et les limites de notre organisation ?

Ce thème est abordé dans le cadre du cycle 2020 de la Société pour le Psychodrame Analytique au Centre de Santé Mentale de Paris 8, rue de Liège : Comment poser l’articulation entre psychodrame et maltraitance ?

La maltraitance ne fait pas partie du corpus psychanalytique. Elle a une existence juridique et sociale. La psychanalyse a pu reconnaître la portée pathologique de la séduction. C’est sur le questionnement entre l’abus réel ou fantasmé que la découverte de l’inconscient et plus précisément de son retour de refoulé a pu avoir lieu. Qu’il ait eu ou pas séduction exercée sur l’enfant, qu’il ait projeté son fantasme et qu’il en garde la culpabilité, cela ne donne lieu à aucune forme psychopathologique clairement identifiée. De la même façon, il n’est aucune linéarité directe entre la maltraitance avérée et le traumatisme. Chaque destinée est subjective.

Un des participants a souligné que seule la persécution est consubstantielle à la nature humaine. Du fait de l’extrême dépendance et du extrême dénuement dans lequel nous nous trouvons à la naissance et quelques années durant. La position squizo-paranoïde originelle révélée par Mélanie Klein permet de se représenter la violence subie par chacun de nous, livrés au froid, à la faim, à la peur et désireux, de par nos pulsions vitales, de détruire et d’absorber le monde entier. Seule la position dépressive du développement psychoaffectif qui accepte la mère puis le père, qui fait se rétracter ces forces originelles, permet de calmer le jeu purement persécutif du psychisme le plus primaire. La culpabilité inconsciente prolonge une agressivité qui peut se diriger vers des investissements extérieurs et postérieurs.

Le psychodrame ou la constellation, qui est la forme connue et pratiquée en entreprise, sont des formes d’accompagnement adaptées à la présence d’un traumatisme mal élaboré, là où la persécution perdure. Grâce à la multiplicité de thérapeutes psychodramatistes, ou de collègues mis au service d’un seul, la conflictualité interne peut se représenter et être réintégrée dans la réalité psychique. La diversité d’intervenants permet la diffraction du transfert, l’éclatement contrôlé des parts de soi qui se retrouvent chez les autres dans le processus naturel de projection qui précède l’introjection des apprentissages. La réflexivité qu’offre le groupe fait retour et permet intégration de composantes agressives et libidinales personnelles méconnues et pourtant envahissantes.

Le psychodrame individuel en groupe présente néanmoins les deux faces de la relation à l’autre, l’originel et les suivants : la séduction et l’intrusion. Cette dualité, cette ambivalence, se trouve au coeur du processus. Seul le temps, le chaos et possiblement l’apaisement des affects extrêmes, la libération des inhibitions aussi, peuvent « donner raison » au parcours et permettre l’après-coup.

Dans le cas présenté, l’équipe intervenante était composée d’une directrice de scène, psychanalyste, de trois psychodramatistes et d’une secrétaire pour les relations extérieures. Les participants n’ont jamais de rapport avec la réalité juridique et sociale.
Ils sont des acteurs de la scène de l’inconscient du sujet qu’ils accompagnent dans le soin et dans le développement.

Le cas est celui d’un adolescent de 16 ans aîné d’une famille nombreuse ayant des comportements addictifs (alcohol) et asociaux (déscolarisation), déféré au centre avec une prescription de soins à la suite d’une tentative de suicide médicamenteuse. Cet adolescent peut être un jeune cadre diplômé qui peine à s’intégrer dans l’entreprise, qui recherche des compensations affectives ou/ et des idéaux qui sont loin de pratiques orientés par le seul résultat financier.

Un consultant du centre reçoit la famille dans un premier temps. Le bébé de la famille est dans les bras du père. La mère dysqualifie le consultant qui se base sur la tentative de suicide pour établir le mal-être de l’enfant. La mère nie les tendances suicidaires de son fils. Elle parle d’une erreur d’administration, d’un mélange accidentel de quelques pastilles et d’un peu d’alcool. Les responsables qui déférent un collaborateur en coaching sont dans le même déni de l’alerte que celui a pu donner.

La directrice de scène qui présente le cas insiste beaucoup sur ce déni comme étant un refus de soins et d’attention portée au patient en tant que sujet individué. Il est absorbé par la famille, aliéné.

Petit enfant, Armel a présenté des troubles alimentaires et des troubles de la parole. Il a bénéficié d’une rééducation orthophonique. Sa déscolarisation a eu lieu dès la fin de l’école primaire. Il a suivi des études de façon discontinue tout comme il a subi la discontinuité du soin psychiatrique avec des changements d’interlocuteur selon le découpage du système, par thématiques et par tranches d’âge. N’importe quel enfant et adolescent subit aujourd’hui ce manque de suivi personnel et dédié de son développement plus ou moins marqué par des symptômes corporels ou d’attention.

Un nouveau consultant prend le cas de l’adolescent, suite à la disqualification du premier consultant par la mère comme indiqué plus haut. Il fait la prescription du psychodrame individuel en groupe. Le consultant poursuivra en rapport avec les parents seuls. Le jeune homme rentre en psychodrame hebdomadaire. Il est mutique lors de la rencontre avec le nouveau consultant et absent à sa première séance en groupe. Lorsqu’il se présente à la deuxième séance sa grande inhibition cède la place à une grande excitation. Il sollicite lourdement la meneuse du jeu au lieu de rentrer en contact avec ses partenaires et convenir avec eux des scènes réelles ou imaginaires qu’il souhaiterait vivre avec eux. Ce n’est pas la directrice qui va le guider mais le processus qui va ouvrir les voies qu’il se refuse de voir et d’emprunter. Une fois qu’il se résout au psychodrame il joue majoritairement des situations familiales et scolaires. Mais il joue aussi des jeux vidéo et des contes comme celui d’Aladdin avec la lampe qu’on frotte et qui répond aux désirs les plus personnels et le tapis qui vole et mène à un ailleurs.

Dans les scènes scolaires il joue le désinvestissement de son professeur d’anglais. Il explique que lui doit poursuivre l’école à cause de Jules Ferry qui l’a rendue obligatoire et aussi pour éviter la prison à sa mère. Le jeune craint-il un désinvestissement des thérapeutes ? Il convoque la protection institutionnelle.

Ce qui marque le plus la meneuse du jeu ce sont les scènes de son quotidien de jeune au bar, bagarreur et enivré. D’après elle, il s’y croit. Il abandonne la règle du « comme si ». Il est violent et provocateur. En entreprise, c’est bien souvent que l’on ne permet pas malgré toutes les invitations récentes à l’intelligence émotionnelle et relationnelle, – et probablement à cause de ces invitations à la seule intelligence -, on ne tolère pas l’expression brute d’affects qui confine, il est vrai, à l’angoisse et à l’agressivité.

L’équipe thérapeutique vit en même temps des changements institutionnels qui déstabilisent aussi bien la direction du jeu que ses membres. L’une d’entre elles part consécutivement aux réorganisations et au climat qui s’y vit. Le jeune exige que soit reconnue sa réalité mais aussi celle de l’équipe. Il se retrouve en fusion avec  » l’objet primaire « , la mère et aujourd’hui celles et ceux qui devraient le protéger. Sa violence n’est qu’un moyen de lutte contre la désorganisation traumatique.

Il semble présenter des traumatismes cumulatifs tout au long de son enfance et de son adolescence majorés par la psychopathologie infantile. Il est dans la co-excitation et dans un masochisme primaire. Il craint l’abandon des thérapeutes et son humiliation réitérée.

Il organise une scène qui se termine dans son lit avec sa mère qui lui apporte de quoi se restaurer. Les thérapeutes y font apparaître la figure du père au travers d’un appel téléphonique mais Armel jette l’appareil par la fenêtre.

Ces scènes domestiques le protègent en même temps qu’elles l’insupportent. Il se qualifie de feignasse ce qui le situe entre la passivité et la féminité. Il évolue progressivement vers des scenarii à dominante dramatique où la femme tue son mari, la fille tue la mère. Il s’intéresse à des récits criminels non élucidés qui passent à la télé. L’excitation lui sert d’antidépresseur mais elle nourrit aussi la haine qui se déploie dans le jeu. Il met en scène des intrusions et des persécutions et ne parvient pas à rentrer dans des processus naturels de projection et d’introjection. Dans une répartition des rôles qui laisse place à des évolutions plus subtiles, plus accordées, en co-construction.

Un jour il veut jouer lui et son double. Son double est très angoissé. Armel banalise son angoisse et dit ne pas être lui même aussi angoissé. Ce déni lui permettrait de recouvrir le déni parental et son monde interne chaotique. Il se sert du lycée (de l’entreprise) pour accuser le coup. Lorsqu’un accident humiliant survient il échafaude des scenarii vengeurs. Il organise la décharge pulsionnelle. Il investit la position victimaire. En même temps il exprime le mépris qu’il ressent de la part des thérapeutes. Le mépris qu’ils tolèrent eux-mêmes.

Lors de l’échange auquel cette présentation de cas à donné lieu les participants ont souligné le mépris de l’institution vis à vis du travail de l’équipe de psychodrame psychanalytique. Armel aurait il renvoyé à ceux qui ne pouvaient rien pour lui leur propre défaite ? Leur incapacité à l’aider sauf à répéter indéfiniment sa difficulté ?

Lors d’une dernière séance, alors que les démarches sociales du lycée ouvrent la piste d’un suivi pédopsychiatrique et d’un accueil en hôpital de jour en groupe d’adolescents, sachant qu’il est autant de difficultés au centre de santé avec l’évolution de sa gouvernance et que la prétendue neutralité de l’équipe qui ne cède rien ne fait qu’imposer au traitement une nouvelle violence, Armel scénarise la visite quelques années plus tard d’une camarade lycéenne dans sa villa de Hawaï. Elle est agréablement surprise de l’évolution de son ami. Le rire spontané d’une psychodramatiste à la découverte de cette scène produit un renversement destructeur. Armel est en proie à une flambée quasi délirante qui peut être interprétée comme un début de décompensation ou bien une amorce de prise de conscience et d’élaboration possible.

Le jeune en homme en difficulté veut croire à une issue, certes mégalomaniaque, et la joie partagée par l’équipe, certes euphorique, comme celle de nombre d’accompagnants trop vite soulagés par le « happy end » de leur mission, est mal interprétée, ou plutôt, parfaitement comprise.

Au titre de cette pratique de la manipulation professionnelle généralisé il est bon de reprendre les bases du harcèlement posées par Racamier, le psychiatre et psychanalyste français l’ayant théorisé. Il souligne l’inébranlable de la croyance persécutive paranoïaque dans la lutte contre l’effondrement narcissique. Mais il peut s’agir aussi d’une ouverture à la culpabilité avec la projection des négations, qui sont ici une réalité. Racamier rappelle le reflux vers le persécutif lors de sentiments tendres. Les psychodramatistes se trouvent et se retrouvent plongés dans le persécutif. Le dispositif échoue à installer un simple masochisme de vie et d’effort. Les acteurs sont eux mêmes dépassés par la violence institutionnelle : on se moque d’eux. Leur miroir reflète le miroir aux éclats du jeune.

L’adolescent semble avoir quitté au cours du processus la position dépressive initiale, sa passivité et son mutisme, sa dérive vers des paradis artificiels qui deviennent vite un enfer, pour revenir à la position squizo-paranoïde originelle mais sans parvenir à retrouver l’étape de la culpabilité postérieure. Le groupe n’a pas su faire barrage à l’institution. L’institution n’a pas su répondre aux idéaux de justice du jeune qui démarre dans la vie.

Tout enfant attend de la passion et du drame dans son imaginaire fertile et tout puissant alors qu’il a droit à de la tendresse et à être pensé, reconnu, guidé pour se développer, se responsabiliser et prendre place dans la société. Puis évoluer et la faire évoluer.

L’institution est facilement prise dans des arbitrages financiers et de pouvoir tout comme l’entreprise. L’équipe rapprochée n’a pas eu de disponibilité d’esprit et d’affect. La directrice a reconnu sa peur du jeune homme Armel. Il a dû avoir très peur lui-même. Pourvu que le groupe d’adolescents ait pu remettre de la haine, de l’amour et de l’ignorance davantage assumée, bien vécue, dans son évolution postérieure.

Souvent il est plus pertinent de réunir un groupe de pairs que de mener en accompagnant seul, ou même en groupe d’intervenants, sous le poids de l’entreprise et de ses propres défenses professionnelles, celles du métier de consultant ou de coach ou même de pair aidant, investi désormais d’autorité. Les identifications croisées et le bouillonnement émotionnel offrent un terrain vivant et évolutif à chacun. Ils peuvent travailler leurs rapports actuels et inférer seulement leurs diverses réalités dans un ailleurs spatial ou temporel. Vous ne conduirez plus que l’analyse du transfert, l’objet ultime et courageux d’une supervision vraie, ni réduite à la technique, ni limitée à votre expérience de vie, professionnelle et personnelle, par essence limitée. Vous vous enrichirez, cela oui, de nouvelles et véritables expériences, de la singularité retrouvée, la vôtre comme la leur, et d’une ouverture sociologique qui vous fait prendre part véritablement aussi aux évolutions nécessaires, écosystémiques, de l’entreprise et de l’institution.

Pour vous faire superviser sur ces thématiques du traumatisme, des affects et de la désaffection prenez place dans les sessions de groupe du printemps à Paris : les mercredi 25 mars, 22 avril et 25 mai, de 18h30 à 20h rue Chaptal Paris 9. Participation individuelle de 180 euros HT à la séance, 450 euros HT le cycle. En formation et supervision co animées par Eva Matesanz et André de Chateauvieux.

Billet d’humeur #1

L’intelligence émotionnelle se nourrit de mouvements d’humeur incompréhensibles à la source, tellement clairvoyants au naturel. Comment apprendre à les vivre et se saisir de leur force pour créer et pour se relier aux autres êtres humains et à la terre, au naturel, oui, au plus naturel.

Il fut un temps, pas si lointain, où les épanchements affectifs n’avaient pas lieu d’être en entreprise. Et l’accompagnement professionnel suivait : propre, raisonnable, concentré sur les objectifs, sur la régulation et la réintégration ou le départ assumé du collaborateur. Il me semble que c’est avec la reconnaissance de ce qui a fini par être cerné et adressé comme étant des RPS repris au coeur des CHSCT, qui dérivent des conditions matérielles aux conditions spirituelles de l’exercice du métier et qui se renomment depuis 2017 du doux nom de CSE, en résonance mutuelle avec la belle RSE, que cela a éclaté.

Les déséquilibres affectifs potentiels ou avérés demeurent médicalisés. Mais un boulevard s’est ouvert pour les prestataires et internes – coachs et consultants, RH et CHO – en manque de reconnaissance affective eux-mêmes jusqu’alors. Ils paradent désormais forts de la soi-disant intelligence émotionnelle et relationnelle qu’il faudrait adopter auprès d’eux. Ils persistent à dénier les variations libidinales et agressives, masochistes et sadiques, de l’humeur propre à l’humain, la gamme complexe de toutes les formes de l’accélération naturelle de son intelligence face aux réalités ! La sienne et celles qui l’entourent.

La discipline qui a exploré avec le plus de réalisme, dans l’epprouvé des praticiens eux-mêmes- le transfert – les variations de l’affect humain est celle de la psychodynamique que je pratique et que j’enseigne à l’Université et en petits groupes restreints.

Son contenu est subtil et pointu, malheureusement trop éloigné des facilités des facilitateurs professionnels. Ainsi, par exemple, les trois ressorts émotionnels primaires que nous partageons tous depuis notre enfance jusqu’à notre mort, vivaces à ces deux moments extrêmes, sont au nombre de trois : les trois H comme humain.

H pour la haine
H pour la honte et
H pour la hantise

Les évolutions vers

  • l’effort d’amour, ou du moins de respect de la différence,
  • de culpabilité et de son corollaire qui vaincra de la victimisation sans fin, la responsabilité
  • et d’incertitude assumée, d’angoisse sans les reproches alter ou auto infligées,

sont les gages de notre véritable développement personnel et du développement harmonieux de notre société, côté culture et nature du même pied.

D’autres éclairages à suivre dans ces partages ou en groupe présentiel dans les limites des places disponibles.