Déranger, ou comment faire du coaching d’organisation un jeu d’enfant

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Il a fait, de sa capacité à bien ranger dans des boîtes ses affaires d’écolier, alors même que tonne le père et pleure la mère à côté, sa vie, son talent et son métier : consultant en organisation, un enfant, un appart, et une amoureuse depuis peu.
Chacun dans une case bien distincte et à la vue et sous la main.

Il essaye, depuis peu – soft l’emporte en son métier, les consultants à la dure ont tous les dents cassés -, de mâtiner son accompagnement des process, d’accompagnement humain.

C’est pour cela qu’il a rejoint ce groupe de coachs en supervision et en duo d’animateurs.

Il y retrouve l’analyse systémique* qui le rassure, trans-subjective, littérale, apparente.

Mais aussi, de plus en plus souvent, laisse place à une analyse intrapsychique qui, à peine affleurée se dérobe. Les relations observées ne sont, alors, que jeu d’acteurs. Et parmi les motivations personnelles un affect en cache un autre. Et une défense un désir oublié…

C’est ainsi que, de séance en séance il perçoit la « menace » que l’analyse fait peser sur ses constructions savantes. Sur son système le plus à lui qui est système de défenses, le seul « paramètre » au fond à pouvoir être changé… C’est en cela que coaching pour changer, vraiment, analytique est de fait.

Reste au coach de ne pas épargner les résistances. « Combat thérapeutique » que dirait le systemicien Salem, qui d’inspiration psychanalytique aussi se laisse influencer. Combat thérapeutique qui prévaut en ce groupe de supervision de coachs et en duo d’animateurs pour leur résistance au pire et au meilleur.

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Consultant se voit ainsi « jouer », avec le coach superviseur, son jeu préféré d’enfance face au père : le confronter. Ses frères, seulement en apparence, protéger.

Il « joue » de façon plus subtile, en deuxième niveau de lecture aguerrie, un jeu de séduction. Il perçoit aussi chez le père la pointe d’admiration qu’il désire.

Pulsions agressives et sexuelles voient le jour ; elles se mettent en acte et peinent à s’élaborer.

Le duo et le groupe sont soutien d’une mise en acte complexe et cadrée qui pourra peut être se dire, à l’entretenir encore un pas plus loin.

A l’invitation du coach superviseur père, le jeu se déploie sur l’ensemble des acteurs en groupe de pairs.

Avec ses « frères » en présence, il répète le simulacre de protection, envers eux et attendu d’eux. Là aussi il y a « confusion ».

– Dites-moi en quoi je suis beau et fort ?

– Nous sommes forts, beaux et grands – dit chacun en l’ignorant.

Et de la coach que je suis, figure maternelle dont il méprise en apparence la faiblesse, en même temps qu’analyste reconnue, il obtient enfin retour qui est « hors jeu ».
Ou plutôt, de lui au cœur :

– Il faudrait peut être que tu choisisses, entre père et mère.
Puis, en présence du groupe et du duo, sans plus de détour, laisser venir tout ce qui est retenu, bien différent de ce qui est joué et surjoue, et que jamais avant n’a été envisagé.

La ligne de défense étant « désorganisée » (« surprise thérapeutique » dirait Salem), il est temps d’une deconstruction possible pour une reconstruction bien plus solide que des protections surannées : celles du petit garçon-petite fille indifférencié et ses pauvres petits cailloux de petit Poucet pour toute balise de « gestion de projet ». De projet de vie comme de métier.

Et en un râle :

– Choisir je ne peux…

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Et il ne reviendra plus en groupe ni face au duo « dérangé ».

– Je veux bien parler à chacun. Mais ce ne sera plus en séance ni au complet. – c’est sa dernière volonté gravée sur e-mail.

Il a reconstruit ses défenses. Et il croit quitter la scène psychique qu’il évite ce faisant.
Non. Sa scène originelle, il ne la quittera pas de sitôt… Répétition est la vie quand elle est laissé à l’inconscient. Boucles de rétroaction. Systemicien a le dernier mot.

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Un nouveau crayon de couleur dans sa trousse et il est content.

– Je te le prête et nous sommes amis et enfants.

Peut être le temps d’un goûter « amis ». Seul longtemps longtemps.
« Faux ami » est le mécanisme de projection associé au déni. Au plus bas de l’empathie selon Serge Tisseron. Objet du chapitre « faux amis » de l’ouvrage en préparation « Comment développer son intelligence relationnelle » aux éditions Kawa. A suivre si vous aimez.

 

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Issue de l’ère industrielle et des sciences cybernétiques la systemie met en corrélation les éléments d’un système selon des mouvements connus. Leur analyse en situation permet à l’intervenant d’agir sur des variables, auprès des éléments plus souples, et d’agir ainsi sur l’ensemble du système.

L’ère actuelle, étant davantage façonnée par la complexité des interconnexions et donc des éléments qui agissent sur chaque élément du système, ouvert à tous les vents, nous vivons à l’échelle de l’accompagnement ce que le Keynesianisme avec sa planche à billets, et la main invisible de Adam Smith ont vécu à l’échelle de l’économie : la fin de l’auto-régulation par injection d’aide.

C’est en cela que le chaos adroit de l’inconscient reconnaît et s’adapte mieux au monde à l’entour que toute prescription de coach aguerri, aussi puissante et paradoxale soit-elle.

Et que le jeu non policé, playing, jeu naturel de l’enfant et non le gaming, codifié du consultant, lui permet tout, à condition qu’il lâche les crayons de couleur qui encombrent ses mains. La systemie familiale de Ausloss avec implication du thérapeute et compétence laissée aux familles, et la systemie individuelle de Salem qui ose face à l’autre seul, ont elles des beaux jours devant elles.

En supervision de pratiques professionnelles en groupe restreint le psychodrame psychanalytique et la systemie incarnée soutiennent notre action de coachs au plus naturel, sans faux semblant.

Formez vous a votre tour les 6 et 7 mai à Grasse – Institut Equilibrio dirigé par Christophe Peiffer. Un établissement ouvert à tous les métiers de la relation sans cloisons : managers, consultants, coachs.

 

 

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Publié dans Whatever Works

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