Coaching & Boogie Woogie

Un psychanalyste de renom dont, comme Cervantes, j’ai oublié le nom, disait : s’il était possible d’écrire un dictionnaire de la psychanalyse cela débuterait par un A, bien sûr, comme Amour, et cela s’étendrait jusqu’au V de la vérité. La vérité singulière, énigmatique, inaliénable de chacun.

Nul accompagnement ne peut ignorer le rapport tout personnel à l’amour physique, se risquer à l’autre, de l’accompagné. Et j’en suis enfin là dans mon coaching avec elle. Enfin.

Yes. Nous y voilà. Elle a évoqué jusque là son éducation stricte, les robes smock, la façon de se tenir à table et de répondre aux parents. Ou plutôt, de ne jamais leur répondre, de reprendre et d’affirmer ce qu’ils attendent. Cela fait deux ans déjà que je l’accompagne. Elle avance dans son émancipation professionnelle, jusque là femme dirigeante pas si associée que ça.

Sans enfants et sans un homme à ses côtés, elle se disait émancipée dans sa vie personnelle. Ce n’est que depuis quelques séances que la sexualité manque à son émancipation, qu’elle en entrevoit la béance. Et là, elle arrive sans transition avec un rêve de rencontre sauvage des corps, de mots obscènes, de faire coffrer ses parents : – on les cale bien dans un boogie boggie, ma mère n’a pas l’air bien lucide, mon père n’est absolument pas prévenant, mais enfin sur la route toute tracée de mon rêve, ils s’en vont.

– Et c’était quoi comme mots ?

– Je ne m’en souviens pas du tout mais si je devais trouver aujourd’hui un mot à replacer dans le tournage de ce film que je me fais, ce serait… – elle cherche encore -, ce serait délation. Oui, c’est ça. Mon père accuserait ma mère de délatrice pendant qu’il la domine de tout son corps…

– C’est fort ! Que dirait-elle ?

– Oh ! A lui j’ai pas… Mais là ça me vient clairement comment je n’ai jamais aimé qu’elle me parle de leur sexualité. Je l’apparente à la délation ! C’est bête non ?

– Pas bête du tout ! Comment voulez vous que l’enfant que vous étiez puisse fantasmer papa avec maman : maman c’est ma maman, maman ne peut être que douce, papa m’embête à s’interposer entre moi et ma maman, papa sans doute la violente, maman ne veut pas, c’est lui qui la prend ! Si la mère évoque, fige le processus, l’enfant est empêché dans son développement de finir par se résoudre à un maman est avec papa et c’est à la fois tendre et violent. Comme je le serai, sain et fort.

– Justement ! Je ne sais pas à quoi j’ai pu penser enfant… Mais le discours qu’elle m’a toujours tenu est que c’était bon avec papa, qu’il l’a respectait, et qu’au bout d’un moment il la respectait tellement qu’ils faisaient chambre à part, une fois le cinquième enfant, le garçon, parvenu à l’éclosion. Et que cela lui manquait !

Je ne sais pas quoi penser d’une telle usurpation de l’imaginaire de l’enfant, mais soudain, ce n’est plus « délation » que j’entends dans le rêve éveillé que nous partageons, mais plutôt « fellation ». Et je crois que ma cliente est bien plus désireuse de son doudou d’enfant, un bout de drap entortillé comme un canon à réjouissances, dans sa bouche longtemps longtemps, qu’elle ne le reconnaît pour l’instant.

– Quelle était l’explication que la délatrice n’a peut être pas manqué de donner à cette séparation de corps ? C’était d’elle ou c’était de lui, la décision ?

– Elle m’a juste dit : il est impuissant.

Sa maman a réponse à tout. Et quelles réponses ! Mais lors des précédentes séances elle me précisait bien que sa « pauvre mère » répond toujours aux désirs des autres par des mensonges. Là, elle ne semble pas en douter. C’est sa maman ou c’est elle qui aurait bâti la légende ? On demandait aux enfants des mensonges en réponse aux désirs (délires ?) des parents. Alors peu importe. C’est la légende originelle, mythe et rituel imposé, en lieu et place d’un fantasme bien plus complexe, toujours singulier, qui la garde sans homme, elle aussi, impuissante. Le tabac pour seul objet transitionnel – mais alors vers quoi ? – , après le drap… Elle se dit ça comme si elle avait entendu mes pensées qui la trahissent,

– Finalement je suçote toujours avec ces maudites cigarettes qui ne me lâchent pas ! Et son angoisse : où on va comme ça ?

Dans son rêve qui avait lieu dans un parking, il y avait le boogie boogie – elle répète à chaque fois le nom de cette voiture et sans le savoir elle l’a transformé en blues endiablé – mais sa voiture à elle n’y était pas.

– C’est très dense (danse ?). Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. L’heure n’est pas consommée mais peu importe.

– J’ai encore oublié le chéquier…

Et oui. Les résistances sont fortes pour aller par delà toute cette construction qui la parque…

– Ce n’est pas grave. C’est déjà la semaine prochaine qu’on se voit.

– Ah non ! Nous n’avons pas de rendez vous !

Les résistances sont très très puissantes !

– A la semaine prochaine. Croyez moi.

Je suis et je serai la délatrice de son énigme personnel. Elle m’investira de son transfert tout en dénégations, mais je serai là. Et le sexe oral, ce sera la parole libérée, la sienne, quand le garçon paraîtra…

– Vous ai je dit que j’ai fait un truc fou : je me suis inscrite à un site de rencontres !

Le garçon a été « conçu ». Dans sa tête il existe déjà. Dans sa psyché il pénètre. Et elle naîtra. S’émanciper ? Qui veut ? Lorsqu’exister… Nous y voilà !

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Tagués avec :
Publié dans Slide Home, Whatever Works

Laisser un commentaire

Se former

Pour ne rien rater de nos publications et apporter vos commentaires.

Suivez-vous!