Le coaching comme l’adolescence n’ont rien de suspect lorsqu’ils sont pleinement traversés

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« L’adolescence est un passage, une période d’un certain deuil de l’enfance, elle entame notre intégrité. De même, sans doute la bousculade des identifications (…), renvoient, selon S. Freud, et peut-être selon tout le monde aujourd’hui, à des imagos* mal définies, à une espèce d’effacement, de mise hors circuit de la constellation œdipienne, c’est-à-dire de tout son vécu propre. À partir du moment où ces identifications se détruisent ou sont remises en cause, nous allons faire le deuil du vert paradis des amours enfantines.

Car nous avons tous vécu sur le vert paradis des amours enfantines, tout en sachant, en psychanalystes, que cela peut être horrible, que cela peut être de la dévoration, que c’était de la confusion, il n’empêche, et c’est mon expérience, que dans les enfances les plus horribles, pour peu qu’on puisse parler avec les gens, pour peu qu’on puisse les entendre, on trouve un coin de vert paradis qui était celui où il ne fallait pas choisir. »

Evelyne Kestemberg
Dans son recueil posthume « L’adolescence à vif »

*En psychanalyse, l’imago désigne ce que représente inconsciemment une personne ou un objet pour le patient, sans rapport avec ce que cette personne ou cet objet est réellement. Il s’agit d’une représentation inconsciente qui donne lieu à un « transfert » vers d’autres personnes ou objets, pareillement irréel. Pour donner un exemple concret, prenons le cas d’un homme ayant eu le sentiment d’être abandonné par sa mère à la naissance de son petit frère. Une fois marié et sur le point d’avoir un enfant à son tour, il se montre soudain agressif envers sa femme enceinte, sans pouvoir lui-même se l’expliquer. L’imago maternel serait en fait à la source du problème : sa femme va devenir mère, l’homme transfère sur elle tous les sentiments négatifs qu’il a ressentis à la naissance de son petit frère. Dans son inconscient, il voit son futur enfant comme un rival. Lors des séances de psychanalyse, trouver l’imago à la source des croyances, des sentiments et des agissements est une étape importante vers une plus grande ouverture et souplesse d’esprit et de relation.

C’est depuis que notre ami Jean-Marie von Kaenel avait relevé lors d’un atelier de campagne à Sens les similitudes entre le coaching et la clinique des adolescents, pour être de fait face à un sujet qui n’a pas complété son détachement et sa désidentification de la famille ou de l’institution, que je me suis intéressée à la pratique des groupes, le milieu de fait de nos interventions en entreprise, avec le RH, le boss, le collègue, la collaboratrice et toute cette galerie de transferts latéraux qu’évoque le coaché à chaque séance ou que nous rencontrons effectivement en réunion tripartite, un peu comme ses parents, ses frères et ses sœurs, son amoureuse et le terrible de sa bande d’amis.

Je préfère toujours engager des patients, pas des coachés, des sujets en voix active et qui s’assument en entier, qui patientent le temps d’une analyse, au lieu de quelques séances de résolution de la crise.

J’ai découvert Evelyne Kestemberg lors d’une recommandation d’un de ses élèves pour une problématique effectivement adolescente et privée, et j’ai pu ainsi plonger pleinement dans la délicatesse de cette pratique. Je ne pouvais pas mieux tomber. Je suis debout et je jubile. Et je partage volontiers.

Il n’y a pas que les adolescents, ou les coachés, qui restent dans les limbes de leur venue à la vie. C’est d’ailleurs le cas du cas de clôture de ce recueil. La patiente n’est plus une adolescente et pourtant elle fait sa crise. Elle a enfin trouvé celle qui l’écoute et celle qui lui parle, qui la renvoie au vert paradis de son enfance. Et puis qui chemine sur la crête d’une psychanalyse.

Et je dis à dessein une, j’ai toujours insisté auprès des analysants qu’il ne s’agit pas de LA psychanalyse, ni de LEUR psychanalyse, mais d’UNE traversée commune comme leur venue au monde était UNE. Un père, une mère, une vie qui ne ressemble à nul autre. Et qui en même temps les rassemble.

Quitter définitivement ce coin de vert paradis qu’en psychanalyse enfin nous venons de trouver, qui (est) celui où il (n’y a pas à) choisir.

La plupart des psychanalyses « cassent » à ce stade. En cela elles rejoignent le coaching qui prévoit sa fin à peine on retrouve les esprits. Pour les meilleurs coaching. Beaucoup de ceux qui affirment avoir « fait psychanalyse » comme ils auraient fait la Grèce, ou du « travail sur soi » comme on désherbe, n’ont fait que retrouver leurs moyens, et c’est énorme. Mais n’est-ce pas un « qu’as-tu fait de ton talent » et un « qu’est-ce tout cela face à la mort » qui nous propulse ou nous ronge ?

J’ai la chance, et le courage dois-je dire aussi, mon talent à moi j’espère, la trace de mon humanité, d’accompagner par delà les près salés. Vous êtes nombreux à tenter la rupture pourtant. Mais je tiens à vous en toute liberté. Et cela semblerait vous aider à tenir sans vous attacher ni peser sur votre identité. C’est ce que vous découvrez lorsque vous persévérez.

L’étape du détachement et des désidentification prégnantes peut alors commencer, et elle peut être aussi longue que celle de raccorder et de reconnaître les sources inconscientes. Elle va à la source de votre désir comme on dit. De votre liberté… De renoncer.

Et elle commence, en effet, par « que choisir » dans un dernier détour vers ce qui n’a pas été choisi.

image« Choisir entre quoi et quoi ? Choisir entre être un homme, être une femme, cela veut dire : choisir entre les parents, mais cela veut dire ou bien être une femme qui serait un père en moins, ou être une femme qui serait un père en plus parce qu’elle aurait toute la puissance du père à l’intérieur de son ventre dans une vision mégalomaniaque. Est-ce choisir un père qui aurait un phallus d’acier inébranlable ? Est-ce choisir d’être un garçon comme un père constamment castrable ? (…) On voit très bien (dans chaque cas) la teinte, les rémanences, les permanences de ce(s) type(s) d’identification au père, (à la mère ou à leur relation comme le défendait Mélanie Klein très justement), qui est multiple.

Je crois qu’au bout du compte c’est arriver à faire coexister dans sa tête toutes ces variantes de chacune des images, d’accepter qu’elles existent pour chacun, de les retrouver mais aussi de ne pas y avoir constamment recours, de s’en servir selon l’usage sans être débordé par l’une d’elles qui viendrait effacer toutes les autres et remettre donc la continuité narcissique en danger. »

Permettre la continuité d’existence et la conquête (Œdipienne) d’un trait. Et ce « vert paradis d’enfance » sera le point de départ d’une destinée. Après le passage en adolescence enfin !

 

Illustration de couverture Kate Parker Photography

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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