Le coaching si souvent mal engagé en entreprise et comment faire avec

En bouclage d’un contrat de supervision des coachs présents au sein d’un grand cabinet de consulting, ce qui est de plus en plus fréquent – le conseil sans l’accompagnement humain s’essouffle enfin -, le nombre de séances selon un rythme mensuel se trouve réduit de moitié et la facturation s’impose tout à la fin : « à réception totale de la prestation » disent les mots désincarnés.

Réception totale de la prestation, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire lors d’un processus d’accompagnement ? Ou chaque instant est transformatif malgré soi et à son insu… Et où le temps psychique impose par contre une période de latence immense !

Mais c’est la pratique du Cabinet, ici convoquée par le responsable du pôle accompagnement du changement : ce sera à l’issue de la dernière séance. En clair.
Et moi je me permets de me dire, de m’affirmer sujet et non objet : – je ne sais pas accompagner lorsque la dette s’interpose entre nous deux.

– Je crains que nous ne nous engagions dans une controverse sans fin ! Je clos ici cet échange et n’attends plus que nos séances. Que vous facturerez une à une alors une fois effectuées ! – il est responsable du pôle et à la fois client / patient accompagné.

Le délai de règlement est ensuite de quinze jours. Tout ceci fait illusion, chacun la sienne, je ne puis m’empêcher de penser sans pouvoir trop rien dire désormais. Côté superviseurs, nous pouvons nous laisser croire que nous tenons séance sur facture émise. Côté clients, ils assistent à chaque séance de façon gratuite, puis ils reçoivent une alerte déshumanisée pour valider vaguement une facture qui n’est plus que grain de poussière dans un budget démesuré.

Ou comment fuir la réalité de l’être accompagné.

Et je sais que vous coachs habitués aux servitudes d’un métier sur ce point mal engagé en entreprise, n’allez pas facilement comprendre ce démon que vous allez croire m’agite.

Mais peut être que quelque part au fond de vous, vous ressentez aussi un peu le naturel de mon besoin, et pas que pour moi, pour lui donneur d’ordre, pour chacun d’eux accompagnés !

Le règlement de la séance de travail est un moment fort du processus d’accompagnement, le seul où est explicité, rendu réel, le lien qui nous tient ce temps ensemble, et la place de chacun.

Dans les faits, c’est trop souvent un moment où le travail psychique se défait ! Où le client passe à l’acte sa volonté de ne rien changer. Répéter l’infantile en lui.

L’enfant arrive au monde comme une boule d’énergie qui pour faire sa place doit détruire un peu autour de lui. Des parents suffisamment bons vont se révéler impuissants à contrer l’attaque par la pareille. Ils vont donner des limites qui contiennent cette énergie et une sécurité affective ainsi. Puis, pour aider l’enfant à grandir et se grandir ils vont lui apprendre des mots et ils vont lui permettre de les utiliser avec ou contre eux! Et trouver ensemble et dans le temps un sens et aux limites, et au don, et à la frustration.

Lorsque le client évite le dialogue autour du cadre de la relation et demande la supervision de sa pratique d’accompagnement pour seule transaction c’est l’enfant qui veut être nourri, torché, amusé. Sans plus.

Alors je laisse en suspens la réponse à cet enfant – infans, privé de parole pour l’instant. Peut être au fil des séances cette erreur originelle portera fruits. Puisque je suis Eva et puisque j’aime accompagner le naturel, le lien, le temps, la vie.

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Pour en savoir plus, il y a mon livre, de l’art du lien (éditions Kawa 2014), il y a les matinales, de l’art du lien, en 2015 programmées, et il y a toujours les groupes de supervision libres et ouverts avec André de Châteauvieux : ceux où chacun vient de lui-même, où chacun paye séance après séance sur un processus annuel engagé, et où chacun touche à sa vérité.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Publié dans Whatever Works

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