Comment, et surtout pourquoi, accompagner le collectif premier : le duo professionnel

Ils sont tous les deux consultants indépendants. Et pour mieux s’attaquer au « leadership au masculin », par des prises de conscience aux sommets des organisations, ils ont décidé de s’allier et de proposer une offre en duo professionnel : masculin-féminin, leadership-action.

Leur credo : l’idée même d’un « leadership au féminin » n’est aujourd’hui plus contestée, mais elle peine à se déployer dans les faits, retenue dans un combat sans fin contre le masculin. Pour sortir de l’impasse partagée, par les hommes et par les femmes, le leadership au masculin doit paradoxalement se réaffirmer !

Et que chacun, homme et femme, redevienne créatif de son impact singulier.

Nous accompagnons ces deux consultants aux élans si barbares en souplesse et en duo : André de Châteauvieux et Eva Matesanz. Et nous aimons découvrir : et le couple qu’ils ont formé, et la femme, et le mâle, qui, comme cela arrive entre nous deux, ne sont pas toujours ceux qu’on croit, si l’on croit aux apparences.

Nous sommes à la troisième séance et nous apprenons que dans l’intersession, Marianne s’en est allée chercher un autre homme, un homme public, pour qu’il les aide à « pénétrer les entreprises par le haut ». Par le bas serait-ce elle qui s’ouvrirait ? Elle en avait très peur aux séances précédentes.  » Femme sexuée à l’approche de l’homme client ceci me terrifie vrai-ment !  » Cela la tenterait-il de trop ? Ce sont nos questions cachées pour l’instant, d’accompagnateurs en duo. Voyons avec Louis si cela peut s’éclaircir sans trop de mise a l’épreuve de son intime pour commencer.

Nous apprenons ainsi tout simplement que Louis accepte de bon gré cette nouvelle péripétie de leur trajectoire en duo :

– Je n’en aurais pas eu ni l’audace de l’idée, d’approcher ce pair tout seul. Mais je vous vois bien venir, vous, les accompagnateurs, sur la thèse d’un « à la recherche du père »…

– Ah non ! Je pensais moi plutôt à un transfert filial… – Je l’interromps.

– Un transfert filial ? – Louis semble découvrir qu’il n’est pas toujours « le fils de » dans ses relations à l’autorité. Qu’il la domine à son tour et l’infantilise à souhait ! Cela semble évident une fois que c’est posé. Car vous, adulte, ne tentez vous pas souvent de prendre le rôle si bien appris de l’un ou l’autre de vos parents pour terrifier à votre tour ?

– Oui – C’est André qui développe pour le lui faire vivre avec lui plutôt que de tenter de le comprendre.

Ainsi, lorsqu’André parle à Louis dans un premier temps, en superviseur, comme à un fils, il y a des fortes chances que celui ci ressente qu’André attend quelque chose de lui. Et qu’il y oppose les résistances habituelles de son enfance. Comme quand Louis accepte un pair entre sa paire et lui, il croit s’y soumettre mais en réalité il le convoque comme à un fils à son tour. Et en faire autre chose peut être que ce que « l’on a fait de lui ».

Il est pour tant très probable qu’aussi bien André que Luc Ferry s’enferrent dans la répétition pure de ce qui se passait pour Louis jadis…

C’est le sens « générique » de l’accompagnement : le client ou le patient revit ses difficultés face à son coach ou thérapeute supposé être en meilleure posture pour les accompagner. C’est le piège caractéristique de la relation : je fais appel à toi pour que tu m’apportes un « plus que moi » et je te reproche ce qui me fut reproché autrefois.

– Revenons à votre couple. Si tant est qu’il existe encore ! – Volontairement je provoque. – L’arrivée d’un enfant évite bien de rencontres. Chacun revit son histoire, et la trajectoire commune s’estompe si l’on ne prend pas garde.

– !!!

– Sais-tu, Marianne, pourquoi te détournes-tu de Louis qui devait incarner de lui même, et pas un autre, le leadership masculin dans la conquête de votre marché ? Et sais-tu, Louis, qu’est ce que tu te refuses et que tu n’attends plus de ton père – tu n’as plus d’illusions à bercer -, mais d’un fils prêt à modeler ? C’est toi qui est face à ton développement au masculin tronqué. C’est Marianne qui est face à ses renoncements de femme qui en a tout à gagner !

Violences intimes sont nécessaires pour être à chaque fois seuls ensemble, à deux, trois, quatre ou en grand groupe du CAC 40.

– Pour moi, ce n’est pas l’homme, un autre homme, que je cherche… – lâche Marianne. – D’un retour à la matrice de la mère bien, d’un repli dépressionnaire, voire mortifère, prend la forme, il me semble, à me laisser aller à ce qui m’apparaît impensable mais que pourtant la je pense et je dis, cette esquive inattendue à ce stade du projet.

L’échéance n’est plus qu’à trois mois sur l’échéance à neuf qu’initialement ils s’accordèrent…

– Pour moi – Louis pose sa parole -, c’est peut être la sœur aînée que Marianne représente et que je laisse faire, dans le désir comme dans la peur. Et cet autre homme m’en délivre, comme ce fut le cas dans mon adolescence. Elle part avec lui et moi je dépasse mon désir incestuel sans avoir à en faire un conflit interne. Mais Oedipe reste ouvert…
Il y a dans tout collectif sur le point d’aboutir leur visée partagée, et a fortiori dans celui à deux, dont la visée est éternelle, une violence qui est première : celle de la scène originelle. Ce sera toi ou moi, avec lui ou elle.

Masculin ou féminin peu importe en effet. C’est une place pour chacun, la juste place, et en mouvement par le lien créateur, au lieu de par l’attache du lien périmé : des anciens affects qui nous laissent bien seuls. Et sans doute pas seuls ensemble. Seuls. Coupés de ceux qui nous environnent dans la plénitude à laquelle chacun de nous peut prétendre une fois l’infantile dépassé, une fois le choix fait d’un genre et d’une génération : les nôtres.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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