Comment travaille un psychanalyste en 2016 ?

Comment Travaille un psychanalyste en 2016 ?
D’après J.D. Nasio en Séminaire Psychanalytique de Paris, le 16 février 2016

Une présentation toute personnelle – la sienne, la mienne puisque mes notes d’après ma propre expérience la modèlent – et à laquelle du déroulement de la cure côté psychanalyste : l’accompagnant se sert de son inconscient pour soulager durablement la souffrance du patient.

Grâce à qui il est inconsciemment. Ce qu il est au plus profond et qu il ignore. Bien avant ce qu’il dit et ce qu’il fait, qu’il choisit de partager en conscience.

L’inconscient de l’analyste est pétri par sa propre analyse, puis celles des autres. L’analyse en groupe de pairs, la poursuite de l’analyse de son contre-transfert avec son superviseur. Ses recherches, ses lectures.

L’inconscient est assoupli, réceptif, contenant, relieur, créateur.

Comment travaillons nous avec cet inconscient ?

L’hypothèse d’une écoute analytique au delà des dires et des faits, sur le fil de l’émotion du patient, permet au psychanalyste de capter l’inconscient pétri lui de résistances, à l’aide de son inconscient capteur.

La captation est suivie d’une pensée singulière et d’une parole décisive : l’interprétation.

Ni l écoute ni l interprétation n auront de valeur que si elles apportent un soulagement

Écouter son patient n’est pas une disposition de l’esprit. L’expression d’écoute flottante correspond davantage à une écoute libérée, point passive mais bien active autour de ce qui est dit, d’aller au delà des mots, et surtout, sentir en soi l’émotion consciente et inconsciente qui sourde sous la parole.

Lorsque nous écoutons nous n’entendons plus rien, au delà des sons et des sens.
Nous entendons les mots mais nous écoutons l inconscient.

Étapes de l écoute

1) Bien avant que le patient émette le moindre son, le psychanalyste observe ses attitudes et ses comportements ; l’analyste est réceptif à tous les signes avec lesquels le patient communique.

2) Vient très vite la compréhension ou pas des paroles entendues : Quel fil tirer ? Est alors l’embarras. Un détail – impossible de savoir pourquoi celui ci et pourquoi là – attire l’attention de l’analyste. Il fait surtout silence en soi : il repousse ses états personnels, les éventuelles considérations théoriques. La concentration est une force d’inhibition et de déploiement d’énergie en un seul geste : celui au service du patient, en dépit de soi-même.

3) La pleine écoute : il s’agit de percevoir au sein de son silence intérieur (ayant quitté le moi de l’analyste) ce qui s impose : une scène, une situation scénique, une scène imagée venant de l’inconscient de l’autre. Plongé dans cette scène, le professionnel parvient dans une chaîne dissociative à ressentir en même temps qu’il est absent à lui même, ce qu’il éprouve en présence d’autre que soi. Absorbé en soi et en même temps conscient, lucide de ce qui se passe dans l’échange. Cet état dissocié du praticien, mélange de dépersonnalisation et extrême lucidité a été défini par Freud en 1923 :  » le psychanalyste se comporte de la façon la plus adéquate s’il s abandonne à lui même, s’il s’abandonne a sa propre activité inconsciente, évite le plus possible de réfléchir et d’élaborer des approches conscientes et capte l’inconscient du patient avec son propre inconscient. »

Il relève la trace d’une scène traumatique réelle ou imaginaire que le patient a oublié. Enfant battu, abusé, abandonné. Adolescent égaré dans son monde. C’est un fantasme qui surgit et qui exprime chez l’analyste l’inconscient de son patient. Le psychanalyste capte en lui même le fantasme. Il n y a pas de pont, de lien avec l’autre. Ce n’est toutefois pas de lui mais de l’autre.

C’est la réaction de surprise, le sentiment de dépersonnalisation à son tour et le silence dense du patient avant de commencer d’admettre : je n y avais jamais pensé. Et pourtant à l’instant il le pense !

4) C’est par ce qu’il y a eu identification, non par la connaissance mais par le ressenti émotionnel, une forme de double empathie envers l’émotion cachée du patient et celle manifeste dans le for intérieur du professionnel libéré du patient étant enfant : l’émotion inconsciente non reconnue par le patient. La rage souvent derrière la tristesse de l’adulte : la méchante tristesse de tant d’adultes. L’analyste s’identifie à sa créature imaginaire. Toujours pas au patient. Pas de lien, pas de pont.

5) L’analyste entre enfin en lien. Il interprète, produit la pensée de l’impensable et communique à l’analysant l’émotion qu’il vient de ressentir, au moyen de mots simples, clairs. Ou alors, c’est le choix du silence. Un choix de temporisation. Ce n’est pas que le praticien ne trouve rien à dire mais bien au contraire qu’il y a tant à dire et que ce sera progressivement. Afin de laisser au patient la protection et la liberté de son propre cheminement psychique.

Pour résumer le mouvement de l’écoute en quelques lignes :
Je fais silence en moi.
Je suis sensible à mon inconscient, à tout ce qui surgit en moi de différent.
Mon inconscient capte l’inconscient du patient.
L’inconscient de l’analysant m’apparaît comme un fantasme, dans lequel je choisis de rentrer, dont je ravive les traces, que je dramatise et que j’interprète ou traduis en un court récit que je communique au patient.

Interpréter c’est dire clairement a l’autre, dans un langage incarné, ce qu’il sait déjà mais confusément. Dans un langage désincarné. Sa parole d’enfant retenue, tue, mutilée, niée.

Pour qu’une écoute s’engage il faut avoir la volonté authentique de connaître le patient de l’ intérieur, tel qu’il s apparaît à lui même, ce qu’il ignore, ce qu’il vit, ce qu’il refoule. Je veux le connaître du dedans plus qu’il ne se connaît lui-même et de toute mon innocence.

Cette expérience de l’écoute ne se produit pas avec tous les patients ni à toutes les séances.

L’état d’écoute vient avec les années de travail. Avec des années d’écoute d’Autres, beaucoup d’autre que soi. Qui sont l’autre en soi,

Il n’y a le plus souvent pas de scène traumatique unique.

Il y a des scènes, une suite de micro traumatismes

L’enfant abusé souffre d’un excès de plaisir qu’il n’a pas pu vivre et qui lui confère sa névrose, Hystérique.

L’enfant maltraité a engrangé un excès de douleur qui lui confère sa névrose, Obsessionnelle.

L’enfant abandonné vit avec un excès de tristesse qui lui confère la Phobie de l’autre…

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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