Le complexe du coach et la faillite de la supervision

Le grand point aveugle des coachs d’aujourd’hui est leur supervision laissée aux plus aveugles d’entre eux. Que s’est-il donc passé ? La bulle « supervision » doit éclater.

Lorsqu’il y a déjà dix ans j’ai choisi pour métier de maturité celui de coach c’est à l’accompagnement professionnel que je faisais référence. On regroupait alors les métiers de la relation d’aide et on différenciait bien le personnel des enjeux collectifs. N’étant pas très claire sur l’axe d’appui de l’aide que je pouvais apporter, plutôt les chances du collectif – l’entreprise offre de formidables tuteurs de résilience à des collaborateurs malmenés par la vie – ou la richesse d’un imaginaire singulier, je me suis avancée sur « le marché » en tant que « coach de vie », avec une entrée par le professionnel en demande privée et par le personnel lorsque la DRH m’adressait des personnes sensibles.

Peu à peu j’ai découvert que ceux qui appauvrissaient le coaching sans s’intéresser aux subtilités de chaque accompagnement’ de par le cadre institutionnel ou os et la personnalité du coaché, étaient les coachs eux mêmes, à vouloir, par exemple, à grands traits mais pas les moindres :

– réduire la durée de l’accompagnement à quelques séances comme si c’était un impératif de la mise en acte et de l’indépendance,
– contraindre l’espace de la séance à la résolution de ce qui se présente, dans le contrat passé et dans ses empêchements,
– limiter leur implication dans la relation à quelques outils ou à la supervision de ce qui les gêne en vous.

Et le plus gênant est qu’ils ne savent même pas qu’il est possible de se saisir des limites qu’ils posent si l’on sait pourquoi.

Étant psychanalyste au terme de ma psychanalyse – d’un travail approfondi et ouvert sur soi – en même temps que coach aujourd’hui, j’ai posé quasiment les mêmes limites sur les demandes de coaching, sans la gêne désormais. Puisque nous sommes tous appelés à ce développement là, en passant ou pas par la psychanalyse ! Une bonne supervision nous doit ça.

Mais allons point par point pour éclairer les aveuglements consécutifs et sortir du complexe du coach une assez bonne fois.

Il existe dans toute relation d’aide pour la résolution d’une crise, d’un conflit, d’un décrochage personnel autant que professionnel ce qu’on appelle le contrat narcissique qui est fondé sur ce que l’on nomme le pacte dénégatif.

Les vraies théories qui ne sont pas celles peu scientifiques du coaching – la psychologie sociale, la psychodynamique de groupe et l’analyse institutionnelle les questionnent en continu – les présentent depuis déjà plus d’un siècle avec « l’expérience de Northfield ». Pourquoi le coaching nie la vie ? L’ici et le maintenant permet les improvisations les plus brillantes et les plus fausses aussi.

Tout contrat de coaching est un contrat narcissique : il va s’agir de rétablir en peu de temps et en privilégiant la personnalité telle qu’elle est, sans la déconstruire pour la faire évoluer le cadre social actuel de la personne accompagnée. Le pacte implicite entre le coach et le coaché sera alors de laisser de côté tout ce qui émerge et qui ne relève pas de cette double reconnaissance : de se reconnaître soi et de se reconnaître sur son terrain professionnel.

Le temps balisé est ce qui permet de renoncer à certains sujets. La séance orientée est ce qui permet de ne pas donner d’importance aux moments et aux thèmes de désorientation, l’outil du coach pour peu qu’il connaisse le choix d’outil qu’il a fait, et qu’il soit bien un reflet de sa propre personnalité, cet outil soutient aussi la personnalité du coaché, lui permet de s’identifier au coach tout simplement.

Ce qui reste en travers du chemin du coach – ce qui est un comble vu son caractère d’accompagnateur dans la conduite sur les chemins des autres – est la supervision actuelle des coachs. En l’état actuel des choses elle appauvrit l’expérience humaine vécue par le coach.

Alors que la supervision n’a pas d’objectifs préemptés, ni même de durée, ni de narcissisme à respecter sauf celui du superviseur – le coach se développe par le travail sur lui même – pourquoi dans les offres qui circulent en cette période chaque année apparaissent des outils, restreints ou divers pour souligner l’ouverture de pratiques, de chasse oui, des référentiels de compétences de plus en plus, ce n’est plus la personnalité singulière qui importe, ce sont les les habits d’un roi nu, et c’est nouveau, des superviseurs ACCRÉDITÉS comme dans un club glauque et pas assez « underground » en effet,  qui s’avancent deux par deux sans trop savoir pourquoi non plus. Cela brasse les réseaux. Cela renchérit la casse qu’ils infligent aux coachs les plus frais et émoulus qui confondent encore un temps le formateur qu’ils ont eu ou l ancien collègue devenu responsable de fédération vénéré avec quelqu’un capable d’accompagner leur développement inconnu de tous.

L’outil du coach c’est le coach, ses compétences résident dans sa propre structure psychique sans les connotations sociales que peuvent apporter des notions de confiance, d’éthique etc. Une structure est faite de névroses, de perversions, de psychoses, de narcissisme et d’autisme dans les meilleurs des cas. Un duo d’analystes de groupe permet à chacun et et à l’ensemble de travailler entre eux leurs propres passages à l’acte et leurs inhibitions de séance en séance et de recirculariser dans le groupe, de mettre chacun d’entre eux aussi face à leurs contributions inconscientes à une évolution plus ou moins souhaitée. Et s’il vous plaît, sans réduire au reflet systémique ou processus parallèle ce qui pour certains apparaîtrait trop vite trop net. Poursuivre la déconstruction. Ce ne sont que des parpaings. Le roc, l’irréductible de chacun, chacun y touche naturellement sans nul besoin de l’exhiber. Cela n’intéresse personne puisque chacun a le sien.

Oui. Autant je fais une différence nette entre les apports en coaching et en psychanalyse individuelle, autant en supervision de groupe le pacte dénégatif qui est naturel entre ses membres pour protéger leur union fait place avec le temps, dans une quête courageuse du collectif et des participants, à des créations qui échappent aux superviseurs en carton et qui risquent d’échapper aux sujets par loyauté à ces deux nouveaux parents, improvisés, défaillants.

Savez-vous que dans la plupart des organismes sociaux et de santé la supervision interne est confiée à des psychanalystes qui sous le devoir de réserve n’en disent rien ? Savez vous que les premiers superviseurs de coachs venaient de la psychologie sociale et de la psychanalyse (Edmond Marc, Juan David Nasio, Jean Claude Rouchy, consultez les premiers manuels construits sur des vignettes cliniques, rigoureux comme jamais plus). Comment sommes nous venus à créer cette catégorie de coachs frustrés qui avec le temps ou l’ennui mais jamais de par leur propre travail sur leur travail occupent cette place de superviseur aveugle de soi aveuglé par soi auprès des plus fragiles, les nouveaux coachs essentiellement et ceux en difficulté longtemps ?

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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