Un condensé référentiel de groupe-analyse par le Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale

 » Etre en groupe ou être en famille peut entrainer des régressions décrites par Bion sous la forme de présupposés de base. Ces présupposés de base, ont pour fonction de donner à une famille diffractée l’illusion d’une unité ou d’un cohérence,
– soit par l’attente commune d’un leader ou d’une sorte de gourou qui est perçu comme « le sauveur » (idéalisation ou dépendance),
– soit en vertu de l’idée qu’il y a un ennemi extérieur ou intérieur  à abattre et que seule l’alliance collective contre cet ennemi  peut en venir à bout (attaque fuite),
– soit  enfin, face à l’adversité, seule la participation commune à un mythe collectif  peut défendre le groupe-famille en danger, c’est l’idée qu’un couple va donner naissance à un messie porteur du salut (couplage).
IL faut ajouter que Bion oppose les groupes de présupposés de base au groupe de travail, et c’est au passage de l’un à l’autre que s’applique le travail analytique.

La visée de la thérapie familiale psychanalytique c’est  un changement de fonctionnement mental,  et qu’au sein de la famille puisse se développer une communication plus fluide, un espace imaginaire, une vie fantasmatique qui pourra permettre à chacun de s’épanouir psychiquement et surtout d’éviter les multiples passages à l’acte qui caractérisent un mode relationnel perpétuellement agissant, et souvent violent ; enfin, les présupposés de base qui peuvent régir les relations familiales trahissent une grave carence au niveau des processus de pensée, car c’est bien de la pensée qu’il est question car à des degrés divers, il nous est permis de faire le constat, chez chacun des membres de la famille de l’absence de contact avec sa vie émotionnelle, enfin de la pauvreté de sa vie psychique.

(…)

Cadre et processus

Le cadre de la thérapie familiale : Le groupe familial est convié à des séances régulières en général une fois par semaine sinon tous les quinze jours. Pour que la séance ait lieu il faut respecter une régle de séance bigénérationnelle. La règle de restitution s’applique quand un membre est absent ou lorsque l’un d’eux a communiqué un message en dehors de la séance. Le cadre a une fonction contenante essentielle limitative et symboligène permettant l’élaboration des angoisses sous jacentes à la symptomatologie

Méthode des libres associations

On peut opposer la règle du tout dire propre à l’analyse individuelle avec l’autre règle en vigueur dans la thérapie familiale analytique : dire ce que l’on a envie de dire. Dire ce que l’on a envie de dire et pas tout dire comme en analyse. Il s’agit d’associations à plusieurs. Thèse qui s’appuie sur la notion de résonnance fantasmatique chère à Didier Anzieu ainsi peut se faire l’écoute de la fantasmatique familiale.

Quand la famille présente des difficultés de fantasmatisation , il est possible de mettre en place des jeux psychodramatiques.

Les échanges verbaux et comportementaux permettent d’explorer les alliances inconscientes mais aussi des manoeuvres perverses

Pourquoi deux thérapeutes ?

Cela facilite la reconnaissance de la différence des sexes : faire apparaître dans la famille ce qu’est un couple et une véritable communication. Un couple de deux thérapeutes peut être utile car on est pris dans une dynamique groupale, on est soumis aux présupposés de base du groupe et pour s’en dégager , il y a un échange utile entre les deux thérapeutes car parfois on est pris dans l’illusion groupale et c’est souvent difficile d’en sortir.

(Cf Jeanne Defontaine : « L’intertransfert dans le groupe thérapeutique » groupal N)

Il faut souligner qu’il y a une position ambiguë des thérapeutes qui fait que dans tout groupe, il y a une sorte d’égalisation des différences. La dissymétrie essentielle à l’analyse disparaît au profit d’une symétrie qui relève de l’incestualité. En ce sens les thérapeutes font partie du groupe au même sens que n’importe qui dans le groupe, mais qu’en même temps, ils sont extérieurs au groupe du fait de leur position. L’échange des thérapeutes est utile pour ne pas se trouver pris dans l’illusion groupale.

(…)
(Le travail de conduite-analyse)

Certains analysent chaque transfert individuel pour montrer, dans un second temps, leurs interactions et d’autres ont immédiatement la groupalité en tête, négligeant ainsi les problématiques individuelles problématiques qui sont également en jeu dans le groupe mais peuvent faire obstacle au travail de groupe quand elles prennent le devant de la scène. Ainsi, l’interprétation du transfert est au cœur du travail analytique avec les familles, les groupes ou les couples.Y-a-t-il un ou plusieurs transferts ? L’usage du pluriel se justifie parce qu’il existe différents types de transfert en thérapie groupale et familiale. Selon Béjarano, il y a plusieurs types de transfert dans le groupe : le transfert central sur le thérapeute, les transferts latéraux entretenus par les différents membres du groupe, le transfert sur le groupe en tant que totalité et le transfert sur l’ « out group ».

Ce que nous pouvons remarquer, c’est la profonde interférence entre ces diverses modalités du transfert.
Dans le couple par exemple, le transfert entre conjoints est incontestable quoiqu’ils ne soient pas tous deux dans une relation analytique .Il s’agit là d’un transfert latéral : mais ce transfert latéral entre les deux partenaires d’un couple n’est pas indépendant du transfert effectué sur le thérapeute, le lien entre les conjoints fait partie du mouvement transférentiel global.
Dans le processus groupal de la cure, le clinicien doit trouver la bonne distance pour analyser le transfert de son groupe en traitement. Cette bonne distance à trouver est analogue à ce qui se passe avec la vision : il existe un point d’accommodation à partir duquel la vision est optimale, ni trop près, ni trop loin.
Dans la cure, il s’agit, pour l’analyste, de penser cette notion ; cette possibilité d’exercer sa capacité de rêverie ou « fonction alpha » (W. Bion) impose une condition, celle d’une nécessaire dissymétrie. Autant, dans l’analyse individuelle, cette nécessité de la dissymétrie apparaît comme évidente et facile à gérer, autant dans les groupes, la dimension égalitariste représente une pente incestuelle quasi inévitable.

Aussi, l’analyste oscille-t-il entre deux positions : dans l’une, il fait partie intégrante du groupe au même titre que n’importe quel autre membre et dans l’autre, il adopte une position impliquant la distance indispensable à l’analyse du transfert. Il arrive ainsi que l’analyste soit conduit, à son insu, à participer à la dynamique groupale comme en témoigne Didier Anzieu dans ses débuts de groupaliste, veillant à la fois à maintenir une dissymétrie tout à fait nécessaire à l’analyse, qu’elle soit individuelle ou groupale.

C’est sur ce point que l’on prend conscience de la nécessité d’être deux thérapeutes pour analyser l’inter-transfert et éviter l’obstacle majeur à l’analyse du transfert : celui de la collusion. Le thérapeute doit donc se déprendre de cette absorption par le groupe pour accéder à une position d’extériorité. Ceci fait partie de la dynamique groupale la plus ordinaire. Lorsque nous avons affaire à des familles très incestuelles, il faut lutter continuellement contre cette tendance groupale qui consiste à tenter de combler la dissymétrie, voire tenter de la faire disparaître.  »

Le travail d’inter-vision en inter-séance, ou d’analyse « institutionnelle » devient le principal outil de changement. Et pour les participants, deux outils : l’engagement dans la durée, et l’ouverture aux propositions des professionnels auxquels ils choisissent de remettre leur confiance, dans un plein transfert individuel, aux origines du parcours consenti.

Illustration à la Une Kate Parker Photography toujours

L’article in extenso sur le site de la source Collège de Psychanalyse Groupale et familiale : http://www.cpgf.fr/Articles/Items/6.htm

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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