Confiteor

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Je tourne enfin la 772eme page de cet ouvrage fleuve de soi, et me vient l’idée saugrenue de le relire au regard de ce que j’ai parcouru. Comme une vie que l’on souhaiterait réinitier quand le sens immanent, et non plus transcendant, est trouvé. Tard très tard…

Adria…

Ce prénom a été l’enfant, le jeune homme, le vieil homme sans transition. Non seulement dans la progression du roman, mais à chaque ligne chacun d’eux présents.

Et Sarah, à qui il s’adresse, c’est moi quand je le lis. Il m’aime quand il lui écrit. Et Bernat son ami, mon ami. Alors retourner les pages en arrière ?
Je ne puis le faire. Elles ne seraient pas les mêmes une fois les trois partis.
Reste en l’air, suspendue, comme la plainte d’un violon. Cordes sensibles qui les relient.

« Un véritable Crémone. Et si papa avait eu des scrupules, si Voigt avait été un homme honorable et n’avait pas manifesté d’intérêt pour le violon; si… Je ne serais pas en train de parler de tout cela. Si je n’avais pas eu le Storioni, je ne serais pas devenu l’ami de Bernat. Et je ne t’aurais pas connue lors d’un concert à Paris. Je serais un autre je ne serais pas en train de te parler en ce moment. Je sais bien : je t’ai tout raconté en désordre, mais c’est que ma tête est aussi un peu démeublée. Je suis parvenu à grand peine jusqu’ici, sans guère de possibilités de revoir tout ce que je t’ai écrit. Je n’ai pas le courage de regarder en arrière ; d’un côté, parce lorsque j’écrivais certaines choses je pleurais ; et de l’autre parce que chaque jour je sens qu’une chaise ou un bibelot disparaissent de ma tête. Et je me convertis peu à peu en personnage de Hopper, regardant à travers la fenêtre ou à travers la vie, le regard vide et la langue pâteuse de tabac et de whisky. »

**

Confiteor.
Si je pouvais tisser comme vous l’amour imparfait de trois, cinq, dix, trentaine de vies, à chaque instant réunies,

j’aurais

vécu.

confiteorRésumé de l’éditeur

Barcelone années cinquante, le jeune Adrià grandit dans un vaste appartement ombreux, entre un père qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une mère qui le destine à une carrière de violoniste virtuose.

Brillant, solitaire et docile, le garçon essaie de satisfaire au mieux les ambitions démesurées dont il est dépositaire, jusqu’au jour où il entrevoit la provenance douteuse de la fortune familiale, issue d’un magasin d’antiquités extorquées sans vergogne.

Un demi-siècle plus tard, juste avant que sa mémoire ne l’abandonne, Adrià tente de mettre en forme l’histoire familiale dont un violon d’exception, une médaille et un linge de table souillé constituent les tragiques emblèmes.

De fait, la révélation progressive ressaisit la funeste histoire européenne et plonge ses racines aux sources du mal. De l’Inquisition à la dictature espagnole et à l’Allemagne nazie, d’Anvers à la Cité du Vatican, vies et destins se répondent pour converger vers Auschwitz-Birkenau, épicentre de l’abjection totale.

Confiteor défie les lois de la narration pour ordonner un chaos magistral et emplir de musique une cathédrale profane. Sara, la femme tant aimée, est la destinataire de cet immense récit relayé par Bernat, l’ami envié et envieux dont la présence éclaire jusqu’à l’instant où s’anéantit toute conscience.

Alors le lecteur peut embrasser l’itinéraire d’un enfant sans amour, puis l’affliction d’un adulte sans dieu, aux prises avec le Mal souverain qui, à travers les siècles, dépose en chacun la possibilité de l’inhumain – à quoi répond ici la soif de beauté, de connaissance et de pardon, seuls viatiques, peut-être, pour récuser si peu que ce soit l’enfer sur la terre.

 

Auteur : Eva Matesanz

Eva Matesanz est psychanalyste et socionalyste. Accréditée pour intervenir en entreprise en tant que coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique - la clinique c'est le cas par cas - au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation croisée des penseurs de l'inconscient et de ceux de la volonté. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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