Ces derniers jours en peuple coach, journée d’études ICF Nord

Ils se sont inscrits à cet atelier expérientiel, tout en émergences, sans transmission ni objectif clair, car ils n’avaient « pas envie de prise de tête », parce qu’ils préféraient « se laisser surprendre ». Nous sortons de la conférence en plénière (200 participants) de Thierry Chavel avec toutes les injonctions du monde : soyez les coachs subversifs que demande notre époque.
Face à l’immédiateté, aux solutions sur étagère et aux échanges virtuels, soyez présents, suspendez votre geste, ne sachez rien, ne laissez rien passer, pas de conformité. On ne peut qu’être d’accord mais alors pourquoi êtes vous resté si loin ? De nous, de ce jour, du thème qui nous réunit tous : coaching et évolutions sociétales. Les relations humaines sont invariables.
Osons alors, et autre chose que le balancement des corps proposé par la coach en énergies si peu sexuelles que nous nous tenons tous plus raides les uns que les autres en rejoignant les salons.

Au seuil de la journée ICF 2018, Eva et André

Au seuil de celui qui nous a été attribué, une affichette rappelle « La révolution du coach », un préalable aux évolutions du coaching, saisie à notre sens entre désirs et tabous.

Nous sommes en petit groupe. C’est alors un travail de groupe que nous avons articulé sans ambition aucune de produire un manifeste défensif ni d’introniser l’un d’entre nous en Ché Guevara d’un jour.

 

Deux présupposés de base :
  1. Tout groupe se solidarise autour d’un idéal commun : le plus petit commun dénominateur des fantasmes projetés. Il devient le contenant, l’enveloppe groupale qui  fait écran, face au monde extérieur – aux coaches qui se conforment ou qui brandissent leurs méthodes comme un délire assumé -, et aussi entre les membres du corps social institué.
  2. Tout groupe, en tant que corps social justement, présente des zones de stimulation. Le deuxième présupposé s’attend à des passages à l’acte. À des pulsions qui s’affichent et qui cherchent satisfaction : circuit court ou circuit long.

Petit salon du Centre du Haumont ICF Nord

Nous animons alors la phase des émergences avec deux questions simples et un exercice confondant qui finit de tromper la raison et l’injonction.

Nous demandons à chacun de prendre la parole s’il le souhaite au sujet de son coach imaginaire. Nous précisons qu’il ne s’agit pas d’un « tour de table », que c’est comme dans un rêve : celui qui perçoit des images et des sons s’il le souhaite les profère. Au fur et à mesure que d’autres en ont, ils les superposent en fondu enchaîné.
– Ne vous souciez pas de la cohérence, ni personnelle ni de l’ensemble, ne vous occupez pas de qui parle et reparle, de à qui chacun s’adresse, de qui reste en retrait comme on vous le répète. Si la psychanalyse permet une chaîne associative, le groupe fait en toute liberté un travail psychanalytique : d’exploration authentique. Le tissu associatif répond à la complexité en présence. Celui qui parle, parle d’un autre, celui qui tait, protège un tiers, et au final tout se dit de ce qui nous réunit. Avant d’y aller, puisque nous avons beaucoup parlé souhaitez vous parler de quelque chose d’autre ? Vous ne vous connaissez de rien. Voudriez vous dire toute autre chose ? Puisque c’est entre vous que vous allez ensuite parler pour rien.
– C’est le rêve cet atelier ! Il est participatif sans nous y obliger. Vous nous invitez à parler entre nous sans nous parler. À parler sans rien affirmer en quelque sorte ! Ça tranche avec la présentation précédente alors que le thème s’y apparente ! Ça change du corps compact que la plénière a fait bouger à l’unisson, pour rester les mêmes au fond…
Et c’est parti. Chacun y va de ce qu’il ose ou n’ose pas dans son métier d’après son imaginaire du bon coach, pompé de ses modèles ou des expériences de vie. Et ça se parle, et ça ajoute quelques précautions par moments, quelques emportements aussi. Vingt petite minutes et c’est fini.
– Sans tenir compte du récit tissé ensemble, comment représenteriez vous, d’une image – un smiley -, ou d’un bruitage – beurk ou hihihi -, votre vécu ? Nous sommes aux « faits intimes ». Limitez vous si on peut dire au constat de vos ressentis qui vous sont tout personnels, justes en cela, sans les attribuer à l’extérieur.
Les interdits sautent déjà. Cela prend une tournure conflictuelle. Chacun cherche l’autre, celui qui a provoqué le rire intérieur ou la gêne, la déception, l’ennui même.
Cette séquence est encore plus courte. La deuxième phase est déjà là.
– Par quel passage à l’acte rétabliriez vous votre équilibre groupal ?
Il s’agissait de l’élaborer par la parole comme jusqu’ici nous voulions que ce soit, mais là l’une pousse une chaise restée vide on-ne-sait-pas-pourquoi, l’autre ne veut plus faire face au mur et se retournera et un autre encore s’assoit à même le sol et se déclare au repos de tout ce bal. Celle qui était restée silencieuse parle pour dire qu’elle ne peut parler en restant assise dans son coin, que cela faisait un moment qu’elle voulait prendre la tangente en effet. Les circuits courts semblent être préférés. Ils s’imposent à chaque subjectivité.
Sur ce nous faisons la pause. Nous leur demandons de ne pas se regrouper hors séance pour permettre à chacun de faire le véritable travail d’analyse au retour. Le sens intime de ce qui est recherché ne peut pas se faire sur le coup mais seulement dans l’après-coup.
Ils s’exécutent sans résistance. C’est comme s’ils ne souhaitaient rien d’autre à ce stade que de perdre de vue le portrait chinois que le groupe compose.
Entre animateurs, nous nous disons nos « faits intimes » et nos envies de nouvelle séance. Nous changeons de place aussi, nous exprimons de la peur et de la joie autant qu’ils l’ont fait. Chacun a pu sortir le monstre qui l’habite et le groupe reste entier. Il est notre partenaire sans en douter.
Une seule question pour cette deuxième séance : en quoi chacun de vous s’est vu faire ou dire ou ressentir quelque chose de très familier pour lui ? Quelque chose parmi toutes ces motions imaginaires et corporelles qui pourrait aller jusqu’à être un trait distinctif de sa demande la plus intime depuis l’enfance…
Une précision : pas besoin d’aller jusqu’à l’enfance, quelque chose de très présent par ailleurs qui se serait invité ici alors que nous nous connaissons de rien « fera l’affaire ». La profondeur que l’on suppose à la psychologie se trouve dans l’écume de tous les jours.
Sans aucune résistance, soudain, chacun évoque quelque chose de très personnel qui semblerait avoir sous-tendu son engagement dans ce travail sans les formes.
– Que pourriez-vous alors vous dire d’autre que ce que vous avez partagé dans un premier temps ? Celui qui parle précise à qui il pense s’adresser et celui qui écoute précisé s’il souhaite écouter celui qui désire lui parler.
Et ils se disent tout autre chose que ce qui les avait tantôt réunit ou opposé. Et ils reconnaissent chez les autres ce qu’ils sembleraient ignorer.
– La révolution première est celle de soi. Seriez-vous prêts après ce travail d’authentique cohésion à prendre des engagements créatifs en lieu et place des engagements « répétitifs » que nous avons vécus dans un premier temps ?
Il est difficile de l’envisager. Le temps de l’atelier est épuisé et tout engagement ouvrirait une nouvelle boucle d’inconfort. C’est cela le cœur qui fait battre  notre animation. Pour qu’un groupe collabore qui plus est dans le cadre d’une institution – l’ICF dans l cas présent -, il ne peut avoir de barbares ni de cocon : le groupe est un nœud conflictuel qui se revitalise en parcourant les mille et un nouages qu’il abrite et qui sont aussi dans le filet de l’institution qui le porte un instant.
Ce petit groupe a initié une onde de choc comme nous l’appelions de nos vœux dans notre conducteur, conflictuel entre nous, attractif et fécond ! Merci de tout cœur aux courageux – quelqu’un l’a remarqué – participants !

*
Patrick Viveret avait ouvert la journée (ICF coaching et évolutions sociétales) avec une invitation à l’éros. Il a avancé les prémisses d’une stratégie érotique sociétale dans laquelle notre invitation à érotiser l’entreprise (L’Harmattan 2018) se glisse précieusement. Les composantes de l’atelier tissé ensemble – les fantasmes, les pulsions et les conflits névrotiques – en sont.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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