Des cas limite en entreprise

Les cas limite assimilés à des cas asociaux s’intègrent dans l’entreprise aisément. Même si le contenu de l’inceste, de la drogue et du surinvestissement imaginaire qui désinvestit la réalité complexe et fragile de chacun, n’est souvent qu’une métaphore pour représenter l’abus, la dépendance et l’emprise vécus ou agis par certains., ce que la formation psychanalytique m’en apprend est une boussole pour tous les intervenants en entreprise.

Session du mois d’octobre au centre de santé mentale de Paris 8 : nous traitons un cas d’inceste en psychodrame psychanalytique et ouvrons sur l’enseignement de Christopher Bollas en psychanalyse intégrative, en intervention d’accompagnement professionnel possiblement intégrative si nous cessons le déni des fondements humains sur le terrain de l’entreprise. Tout intervenant sérieux doit superviser et analyser la dynamique du transfert inconscient d’affects.

La psychanalyse intégrative

La subjectivité de l’analyste, en particulier à travers ses réactions affectives, est au service du vrai self du patient lui manifestant une « reconnaissance », c’est-à-dire l’aidant à repérer, à souligner les manifestations de son « instinct de vie », sa créativité dans l’utilisation de l’objet analyste.

La visée de Bollas est clairement intégrative, divergente de celle de Freud en 1918 (Les voies nouvelles de la thérapeutique analytique) où ce dernier met l’accent sur l’analyse progressive des résistances et insiste sur le caractère spontané, voire automatique de la « psychosynthèse » chez l’analysant. Cependant, Bollas avec une langue originale, à propos de l’hésitation de l’analysant comme temps d’introjection, de constitution d’un objet interne, préparant la révélation dans l’échange avec son analyste se montre au plus près des écrits techniques de Freud, ses constatations cliniques bien avant le besoin d’échafauder une théorie qui se tient (Le début du traitement, 1913).

Pour Bollas, le patient fait un usage sélectif d’éléments de la personnalité de l’analyste. Ce dernier doit donc repérer les éléments de contre-transfert et voir à quel transfert ils correspondent.

. « Ce sont donc les différents types de transfert qui établissent la fonction des éléments de personnalité composant le contre-transfert »

À deux, analyste et analysant vont construire des « objets intermédiaires », c’est-à-dire des objets mentaux, nés du jeu entre deux subjectivités, deux dialectes de la langue : l’existence de ces deux idiomes distingue l’objet intermédiaire obtenu de l’objet transitionnel, imaginé d’un seul.

L’originalité clinique et la générosité de Ch. Bollas se révèlent dans la description de tableaux cliniques rendant compte de formes spécifiques d’oppression du vrai self et de constitution d’un faux self avec attaque de l’espace transitionnel. La « personnalité fantôme » représente un type de patients schizoïdes ayant constitué un monde d’objets « alternatifs » imaginaires, anti-évolutifs du vrai self et coupés du monde réel avec mort de la vie transitionnelle. Bollas décrit aussi l’écrasement de la vie psychique par le « traumatisme de l’inceste » sous le nom de « renversement topographique » provoqué par un père ayant détruit sa propre fonction en venant représenter le corps (muni d’un pénis à la place du sein) de la mère auprès de l’enfant.

La peur transférentielle doit alors être verbalisée par l’analyste, qui souvent éprouve d’abord dans ces conjonctures cliniques un vécu dépressif correspondant à l’éprouvé de la réalité de l’inceste.

Très intéressant est l’exemple de la toxicomanie au LSD. L’auteur propose dans sa lecture du « trip » le sens d’un scénario identificatoire et historique dans le comportement toxicomaniaque, un script de la perversion tel qu’imaginé aussi par R. Stoller. La perception endopsychique du toxicomane permise par la prise de drogue est dissociée de l’éprouvé subjectif et attaque les processus mentaux.

Dans ces portraits cliniques, Bollas expose aussi l’ « anti-narcisse », idolâtré pour son talent par sa mère, qui, de ce fait, empêche à son vrai self une relation avec elle et favorise le court-circuit du complexe d’Œdipe. II fabrique alors un faux self négatif et fataliste, rebelle, entravant sa destinée pour s’imposer un destin, seule issue face à l’objet maternel tout en restant porteur de l’espoir du conflit avec la figure du père. L’analyste, déstabilisé, devra se fier à son intuition première lors de la rencontre avec l’autre (les réelles potentialités de son patient) et déjouer la planification d’un échec de la cure.

D’un échec de l’humain dans l’entreprise désaffectivée, véritable écologie désertée depuis bien d’années.

Auteur : Eva Matesanz

Eva Matesanz est psychanalyste et socionalyste. Accréditée pour intervenir en entreprise en tant que coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique - la clinique c'est le cas par cas - au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation croisée des penseurs de l'inconscient et de ceux de la volonté. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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