Du désordre des sens aux multiples sens du lien, ou du moins à quelques uns

Elle aimerait rejoindre le groupe pour la toute première fois, et pouvoir  » se dire  » de vive voix. Seulement voilà : elle est aphone depuis hier soir.

– Viens toujours… Ce qui demande à être tu est l’objet de nos supervisions à nous. – André la rassure et elle assistera, dit-elle, à la séance, en auditrice libre et en observatrice impatiente. C’est ce qu’elle aime croire, mais la vie n’attend pas.

Elle a déjà un filet de voix quand l’heure du travail nous réunit. Il y a alors elle, et il y a aujourd’hui lui, coachs en supervision de leurs pratiques professionnelles tout deux. Ce qui l’interroge lui aujourd’hui est un tout autre désordre des sens : celui de rougir inopinément.

– Enfin, surtout quand je suis très attendu… – précise-t-il aussitôt. – Moi, qui n’était pas attendu de mes parents.

À lui d’attendre maintenant, puisque c’est Joséphine qui explore sa voi (x/e) à elle d’abord.

– Elle est sexy ta nouvelle voix ! – Je tente ce qui pulse en premier pour moi. Mais elle ne veut pas de ce lait. Pas si vite. Pas si imposé.

– C’est une mésentente avec une amie qui se voulait associée lors d’une mission que je devais accompagner qui m’a laissée sans voix. – Joséphine préfère érotiser sa pensée plutôt que son corps, comme voie d’élaboration. Elle découvre ainsi d’association d’idée en libre association qu’elle collabore souvent avec des amies femmes et que souvent le cordon se rompt :

– Elles ne donnent plus de signe de vie au bout d’un moment…

– C’est fort comme image. – Je pulse à nouveau, mais j’ai retenu la leçon et je pulse des pensées pour le moment. – Tu te disais désirée tout à l’heure, à la naissance, par tes parents, lorsque Christophe a évoqué son irruption au sein d’un couple très passionnel sans aucun désir de se transcender…

– Un enfant très désiré… Cela veut dire aussi, en mon cas, quinze années infructueuses de grossesses non viables ! Pour  » me garder  » moi, ma mère à du être alitée pendant des mois !

– Et avec tes amies associées, – complète André -, c’est plutôt à leurs désirs aussi que tu te plies…

Elle s’en défend. Elle a bien balisé – dit-elle -, chaque accord et c’est équilibré comme rapport.

– Nous allons nous arrêter ici avec toi pour aujourd’hui. – Propose André, et laisser aux résistances le temps de prendre et de céder.

– Car ici – je rajoute aussitôt – point de cordon entre nous, mais plutôt un nœud, des nœuds qui se respectent. Et chacun son ombilic. Et la possibilité de  » se dire « , de lien en lien.

L’enfant rougit aussi pour pousser son premier cri. Il est temps pour Christophe de dérouler son fil rouge de soi(e).

Et il le fait sur son blog à sa manière : le blog des rapports humains… Où pulse le sang qu’il y met. Sans plus attendre. Sponta-né :
 » Me voici de retour d’une séance de supervision. Et je suis inspiré. J’ai envie de dire « forcément ». Ces mises en lumières, ces prises de conscience, ces échos qui résonnent en moi plusieurs jours durant, génèrent une dynamique interne plus intense qu’à l’habitude. Et cette dynamique, aujourd’hui, je la ressens sous forme de « lien ». Ce terme, banal en apparence, est pourtant riche de sens à plusieurs niveaux. C’est sur ces niveaux que je partage avec vous mes pensées du moment.

Comme je le disais dans l’introduction, certaines situations sont propices à faire des liens en soi.

C’est mettre en rapport deux éléments à priori distincts et s’apercevoir qu’ils ont, en fait, du sens l’un pour l’autre. Ces éléments peuvent être des pensées entre-elles, des émotions entre-elles, des situations entre-elles, des émotions et des pensées, des situations et des émotions, des situations et des pensées, etc.

Bref, c’est faire un lien, un rapport, donner du sens « vu par soi » entre deux éléments.

Je parlais de situations propices à faire des liens en soi. Je pense bien sûr à toutes les formes d’accompagnements (dont la supervision fait partie), mais aussi la lecture d’un livre, l’observation d’un fait, le vécu d’une expérience inhabituelle, l’écoute d’une conférence inspirante, l’apprentissage de quelque chose de nouveau, un rêve nocturne, etc. Il y a en effet des tas de situations qui peuvent nous conduire à faire des liens.

D’ailleurs, toutes ces situations peuvent se cumuler entre elles. Par exemple, je peux avoir suivi une séance de supervision un jour, faire un rêve dont l’interprétation est liée de façon flagrante avec le sujet abordé le lendemain et lire un article ou vivre une expérience venant confirmer le tout quelques jours plus tard…  » Lire la suite : http://www.leblogdesrapportshumains.fr/faire-le-lien-partie-12/

 

 

Auteur : Eva Matesanz

Eva Matesanz est psychanalyste et socionalyste. Accréditée pour intervenir en entreprise en tant que coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique - la clinique c'est le cas par cas - au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation croisée des penseurs de l'inconscient et de ceux de la volonté. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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