Entre le fraternel et le fratricide dans les groupes humains

Toujours dans le cadre de la Conférence de l’Universite de Paris Diderot

La haine au féminin dans la civilisation : de l’alliance fraternelle au désir fratricide

Par Elisabeth Kaluaratchige 

Spécialiste des nouvelles tribus périurbaines et des adolescentes en particulier

Nous sommes tous des frères et des sœurs descendants d’un père ancestral.

Le système occidental réduit la relation de parenté au foyer ce qui avait été dénoncé par Lacan lui-même. L’Oedipe a une autre lecture dans cette ouverture là. Et la lecture totémique du départ de la Civilisation donne l’ampleur de la donne féminine.

D’après « Totem et Tabou »

Freud

Les frères privés de femmes par le père primitif tuent ce père sauvage et font alliance fraternelle, le début du collectif, de la société. Pour éviter les problèmes entre eux, ils renoncent ensuite aux femmes dans le cadre de cette même alliance, constitutive du lien social au sens large !

En effet, les femmes doivent alors quitter le clan d’origine pour aller vers un autre groupe. Leur groupe originel accueille des femmes issues des autres groupes à son tour. Dans cette entente globale – qui persiste dans les sociétés primitives et qui met en exergue notre village interplanétaire mais aussi les guerres devenues mondiales, les migrations par la réussite ou la misère -, la femme est l’objet primordial de la circulation, objet d’échange et de désir.

La femme est la vérité de l’anthropos. La femme est la haine qui permet l’amour. La haine est originelle, et l’amour un destin possible seulement. La mort, le destin naturel, nous voyons au fil de ces interventions.

Les femmes qui se plaignent d’injustice se réclament ainsi de l’injustice du frère, de son incapacité à maintenir l’alliance. Chacune de ces femmes qui prend pour mari un frère d’une autre ethnie, revient dans sa déception au père imaginaire, celui qui l’a comblée originellement. Elle cultive l’image d’un idéal d’amour ou culturel. L’image du père en tant que non châtré est une pure image. Un animal. Un Totem.

C’est la phylogenèse.

Dans l’ontogenèse, la source c’est la mère et en amont le père s’efface. Le mari ne serait que ce frère qui déçoit la femme.

De là les trois aspects de l’amour fratricide, entre humains, et la femme à l’origine de ce désir fratricide

La relation au père
La relation aux frères
La relation aux frères ennemis

Prenons la société primitive Cingalaise, contemporaine.

Le mythe de Kwennie y fait état d’une femme dotée de trois seins et de pouvoirs naturels. Dès qu’elle tombe amoureuse, elle perd son troisième sein, le phallus et son pouvoir. Elle trahit ses frères et va vers l’amant-frère d’un autre clan. Ce prince va abandonner Kwennie, malgré sa promesse d’amour. Il l’abandonne avec leurs deux enfants. Elle se tue et prend la forme d’une épée qui s’attaque aux mères des autres enfants de son mari. Elle les rend stériles, supprime toute descendance. Par le sacrifice du sanglier, la descendance est rétablie par les rois. La moindre goutte de sang est recueillie pour la vie.

Ceci révèle une clinique de la marâtre. Et une clinique de l’adolescente. Vierges toutes les deux.

Développé :

D’abord, tout mythe est un mi-dire selon Lacan. Il ne peut pas tout dire mais il dit bien la vérité.

Le prince renonce à exogamie et à la monogamie promises par l’alliance. Il reprend ses sœurs.
La femme et la mère outragée attaque les nouveaux enfants, et pas les siens ! Le père ancestral est préservé.

Dans notre civilisation occidentale cela correspond au Mythe antique de Era mariée à son frère Zeus. Elle va détruire les autres enfants de son frère et mari.

Les femmes sont condamnées par le mari ou la société (allaitement, garde d’enfants) après la survenue de l’enfant. La sexualité est faite à parts égales de courants tendres et sensuels. En soutenant les courants tendres la culture prive la femme de son épanouissement amoureux. Les enfants sont le fruit de cet amour entier. Ils sont préservés.

Ce sont les nouveaux enfants, ceux du courant sexuel confisqué, qui sont visés.

La femme vengeresse annule à son tour le temps de l’histoire de son mari, qui lui échappe, elle revient au père imaginaire.
Le terme marâtre vient de matrastra : presque mère.
C’est la femme du père, pas tant la mère, la fille de père dans le cas de la vierge, qui ne respecte pas les liens familiaux du mari qui est un frère.

En résistant aux exigences des frères, les femmes restent en lien au père.
Ceci explique par exemple les passages à l’acte des adolescentes qui se déflorent.
Pourquoi devenir l’objet des frères ?

La femme refuse le mari de l’alliance fraternelle, incertaine, et reste incestueusement soudée, au père qui lui assure un idéal.

Ce n’est que par la sublimation qu’elle peut jouir du père imaginaire.

La femme n’est pas capable de sublimation, dit Freud. Oui, en effet, pas celle de la culture, mais une forme de pureté de corps, d’idéal spiritualiste. C’est aussi un reste de rancune contre les frères qui ont tué le père.

Enfin, il y a la lutte contre les frères ennemis où qu ils soient. C’est le cas des adolescentes de banlieue qui ne voulant pas être « échangées », transgressent les lois de leur propre territoire. La mère est perçue comme étant complice du père et de l’alliance fraternelle. elles sont dans la culture originelle mais dans le destruction de mort qu’est le désir pur maternel, le giron, le repos, la haine originelle, la mort, c’est la perte du désir de vivre sa vie dans la culture, ce n’est pas le désir du père, mais du pire. Mettre fin à l’alliance sociale signifie mettre fin au lien, à la sexualité et à la transmission. A la vie vivante.

Ce sont des Antigones : je veux la mort, ma mort.

En se mettant à la place du mort, destin inexorable de la haine sans d’autres options – Philias, Eros -, elles sauvent. Peut-être, si elles font symbole. 

Le font-elles dans notre monde contemporain où les héros sont dans des toiles et dans les ondes en l’air, et pas tellement dans les ornières de la réalité la plus terre à terre ?

Comme Antigone, elles font symbole de leur corps que nous foulons… Inexorablement.

Illustration Sorolla au Prado

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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