Entrer en psychanalyse, pourquoi pas ?

Extraits d’un dossier vérité du magazine Psychologies de Décembre 2016, repris ces jours sur psychologies.com et ici ping – ué avec le bonheur de mes meilleurs vœux

 

« Il n’y a jamais eu autant d’analystes et de patients. – Assure le psychanalyste Olivier Douville. – C’est vrai, nous vivons une période qui voit d’un mauvais œil la perspective de prendre du temps ou, pire, d’en perdre. D’où l’engouement pour des traitements courts qui définissent à l’avance un programme de progression. Pourtant, la psychanalyse résiste ».

Il est possible d’entamer une analyse tout simplement parce qu’une petite gêne, pas trop douloureuse mais tenace, une sorte de caillou dans la chaussure, limite nos possibilités d’être bien. Certaines personnes le font juste pour être plus à l’aise avec leurs fantasmes et leur inconscient. Les gens qui sont vraiment en souffrance ne se rendent d’ailleurs pas forcément compte qu’ils devraient consulter. Le climat conflictuel de la société actuelle, avec sa violence et ses injustices, pousse aussi bon nombre d’individus qui ne vont pas forcément mal à prendre rendez vous. Ils ont besoin d’apprendre à vivre avec ce réel.

« Nous voyons de plus en plus de personnes angoissées par la vie, qui s’interrogent sur l’avenir ou qui ne supportent plus le non-sens de leur existence et de leurs actes, note une psychanalyste qui souhaite garder l’anonymat pour les besoins de son métier. Ils se gavent alors qu’ils voudraient manger moins. Ils fument un paquet de cigarettes par jour alors qu’ils en connaissent le danger. Ils rêvent d’un bel amour, mais rompent dès que quelqu’un les aime. Ou bien ils ne peuvent pas s’empêcher de faire souffrir les êtres qui comptent le plus pour eux ou de trahir leurs idéaux. »

Pour quoi entrer en psychanalyse ? Plutôt que pourquoi. Il y a d’abord « faire le point en quelques séances », oui, c’est possible, et même fréquent !


Faire le point en quelques séances

Lorsque nous sommes en difficulté avec l’amour, avec la sexualité, ou que nous avons des angoisses, faut-il consulter un psychanalyste spécialisé dans l’un de ces domaines ?

« Non, un analyste bien formé peut tout entendre ou presque, affirme Olivier Douville. Un psy qui prétendrait être sourd à la sexualité doit démissionner. Il est aussi envisageable de faire quelques séances, juste pour faire le point. Par exemple, après un attentat ou un drame personnel. Un Niçois de passage à Paris est venu me voir juste après le drame qui a touché sa ville. Le cabinet du psy accueille toute personne qui en fait la demande. » Aucune souffrance n’est plus noble qu’une autre. Qu’il s’agisse d’une phobie des araignées, des avions, d’une angoisse de l’avenir ou de l’incapacité d’aimer, notre problème en dit long sur nous, directement !

 

Découvrir ses désirs inconscients
On voit bien de quelle manière le médecin guérit : en prescrivant des médicaments. Comment le simple fait de se raconter peut-il avoir un effet thérapeutique ?

« La parole en psychanalyse est sans rapport avec la conversation ordinaire, rappelle également la psychanalyste. Cette thérapie suppose qu’en parlant nous découvrirons la vérité cachée, le désir inconscient qui guide notre existence. Car, quand nous parlons, nous disons toujours plus que nous croyons dire : c’est l’idée de base de cette discipline. »

C’est d’ailleurs pour laisser notre parole se déployer que le psy s’abstient de nous prodiguer des conseils. D’où ce fameux silence qui peut donner l’impression qu’il est indifférent, juste là pour encaisser notre argent. En fait, se taire est sa façon de parler. Tout l’art du psy est de savoir dire des choses importantes au moment où nous sommes mûrs pour les entendre.

Toutefois, souligne- t-elle, « quand le changement tarde à venir, les patients s’impatientent, exigent du thérapeute qu’il leur apporte la clé du problème sur un plateau. Et se plaignent du manque de résultat. Ils ne réalisent pas qu’en fait ils avancent… mais sans s’en rendre compte ».

Certains d’entre nous imaginent se connaître assez bien pour analyser leurs difficultés seuls ou en les abordant avec un ami.

« Nous pouvons nous intéresser à nos rêves, essayer de comprendre nos lapsus, nos actes manqués, repérer les schémas de vie répétitifs qui nous rendent malheureux et tenter de leur trouver des causes, admet Avril S. Mais connaître ses difficultés ne signifie pas savoir s’en dépêtrer. D’autant plus que, quand nous réfléchissons sur nous-mêmes, nous empruntons toujours les mêmes chemins de pensée. Nul ne peut déchiffrer seul son inconscient, qui, par définition, est… inaccessible à la conscience. La présence d’un tiers formé à l’écoute est indispensable. »

Explorer ses carences affectives
Si nous voulons juste être débarrassés d’un trouble sans savoir pourquoi il nous affecte, comme le proposent d’autres méthodes qui agissent moins en profondeur, inutile de consulter.

« La psychanalyse suppose que nous acceptions de nous responsabiliser sur ce qui nous arrive, précise Olivier Douville. Cette position éthique préalable la distingue des autres thérapies. »

Des exemples : nous sommes régulièrement tyrannisés par des partenaires pervers, le psy nous incite à nous interroger : « Pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi ? Pourquoi est-ce que je ne fuis pas aussitôt ? » Nous ne parvenons pas à garder un emploi, la question à se poser est : « Que s’est-il passé dans mon histoire pour que je sois incapable de trouver ma place ? » Lorsque notre vie amoureuse est un désastre, l’analyste s’abstient de nous fournir les règles du « savoir aimer » ou du « savoir séduire », comme le ferait un coach. Nous allons expérimenter nos capacités à aimer et à être aimés à la faveur du transfert, cette relation affective si particulière qui se noue entre le patient et l’analyste. Au lieu de demeurer dans l’ici et maintenant, lieu d’action privilégié des thérapies brèves, centrées sur la communication ou le comportement, nous allons explorer les manques de l’enfance, nos carences affectives les plus anciennes, en essayant de comprendre pourquoi nous aimons sur un mode masochiste.

 

Prendre du temps pour soi

 

Entrer en analyse, c’est décider de prendre du temps pour soi. Toutefois, « les premiers effets thérapeutiques peuvent être très rapides, et même immédiats, quand il s’agit de calmer des angoisses », rassure Olivier Douville. Beaucoup reprochent aux psychanalystes de ne pas proposer un programme de guérison, avec des étapes déterminées à l’avance, comme le font les praticiens des psychothérapies brèves.

« Nous ne savons pas comment va s’orienter le traitement, explique la psychanalyste. Car tout patient est unique. »

 

Et le plus important, ce qui peut prendre du temps, ce n’est pas la psychanalyse à proprement parler, mais de vivre enfin pleinement ! Ou jamais aussi alors.

 

Renoncer à ses dysfonctionnements

 

« Il m’a fallu des années pour accepter de voir que je vivais dans un mensonge permanent, se souvient Bérangère, 46 ans. Je me racontais que mes parents, malgré leur dureté, étaient aimants, que mon couple, en dépit des absences régulières de mon compagnon, était une réussite. Aujourd’hui, j’accepte l’idée de n’avoir pas été aimée enfant et je saisis que j’ai choisi un partenaire guère aimant. Mais je suis en apprentissage : pour accueillir enfin les mots d’amour et les compliments. »

S’il est une attente commune à tous les patients, c’est changer. Et, incontestablement, une analyse bien menée nous transforme : elle rend plus créatif, plus sûr de soi, plus indépendant. Ce changement ne satisfait pas forcément l’entourage. Ceux-là mêmes qui nous encourageaient à « aller parler à quelqu’un » quand nous étions déprimés, anxieux, vulnérables peuvent être déstabilisés par notre nouvelle façon d’être. « Dans cette famille d’intellos, je jouais le rôle de la jolie blonde un peu fofolle, incapable d’articuler deux idées originales, rapporte Joana, 37 ans. Quand, au bout de deux ans d’analyse, j’ai quitté mon boulot de secrétaire et tenté de vivre de ma plume, ils ont critiqué mon “inconscience”. J’étais sortie du rôle qu’ils m’avaient attribué. »

Le chemin vers la liberté peut s’accompagner de moments de stagnation ou d’angoisse, surtout vers la fin. « J’ai des crises de panique que je n’avais pas avant », se plaint Nadia, 42 ans. L’irruption de vérités douloureuses, le renoncement aux fonctionnements inadéquats, qui constituaient notre ordinaire depuis tant d’années, entraînent souvent des passages dépressifs, des problèmes psychosomatiques. Jusqu’au moment où nous aurons acquis une nouvelle position face à l’amour, aux autres, à l’existence.

« Freud l’a constaté rapidement, l’analyse ne convient pas à tout le monde, souligne Pour finir la psychanalyste. Et elle-même doit renoncer à l’espoir utopique de guérir tous les maux de l’âme.

Il semble y avoir en l’homme un besoin d’atrocité, inéducable, contre lequel elle reste impuissante. Et il y a aussi cet étrange paradoxe : ne pas guérir est, parfois, préférable à un changement qui plonge dans l’inconnu ou obligerait à renoncer à se plaindre (surtout quand on cherche à culpabiliser ses parents). Mais cela est une autre histoire. »

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Publié dans Ever Whatever, Slide Home

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