Fort Da ! De ceux qui aiment se faire porter disparus

imageIl a effectué une, puis deux séances. Il a annulé la troisième… Il a repris le fil de l’association libre une fois, puis deux, et il l’a cassé à nouveau en se privant d’une séance, puis deux, puis… – A quoi bon ? Je vais bien. Je paye s’il le faut. J’ai laissé passer la première annulation comme un « cela se vaut ». S’essayer au lien est exigeant. La deuxième était déjà facturée lorsqu’il a commis son forfait, et avec la mention légale ajoutée : « Aucune restitution ne sera acceptée. Vous êtes engagé. » La troisième était dévissée. – La séance est due. Elle a lieu en vos fantasmes les plus secrets. Ceux desquels vous jouissez hors séance cadrée. Tout le champs pour errer. L’erreur est humaine. L’humain égaré, quand il en fait son symptôme répété. J’ai reçu son chèque. Il n’est pas daté. Aucun mot ne l’accompagne. Au creux du papier vélin caché au facteur. En mes mains, colis piégé. A qui s’adresse-t-il puisqu’il ne m’est pas destiné ? De quelle aurore des choses ratée se veut-il être le crépuscule hâté ? L’accompagnateur qui se trouve ainsi tué… – Tu (n’)est que ce que j’en fais – met longtemps longtemps à se refaire. Les mots lui manquent. Comme à l’infans qu’est son accompagné. Bien pauvre rançon est le chèque de la séance de trop. Quel serait le mot qui libère ? Comme le dit un fameux publicitaire et ami : « Le mot juste et qui appelle ce n’est pas une fulgurance de deux secondes qui le crée. En vérité, le fruit de toutes les années de celui qui le profère. » L’accompagnateur que je suis, voit vanité étêtée sur le rose tableau d’autrui. Et ici le trou de lui.

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En référence au Fort Da ou compulsion de répétition morbide, source Wikipedia : « Freud conçoit d’abord, en 1914, différentes figures de la répétition, notamment le transfert. La compulsion décrit alors l’obsession à répéter qui fait suite à un échec de la remémoration. Jeu de la bobineAprès la Première Guerre mondiale, Freud découvre le traumatisme. Bien réel. Néanmoins, il élaborera la nouvelle conception de la compulsion de répétition, en 1921 à partir de l’observation d’un enfant, son petit-fils d’un an et demi. Le jeu de la bobine ou du « Fort Da » s’insère dans une remise en question du principe de moindre excitation qui seul régirait l’appareil psychique. S. Freud, dans Au-delà du principe de plaisir (1921), note que la répétition, observée dans plusieurs comportements, dont le jeu de son petit-fils Ernst, vient contredire ce principe et postule finalement qu’il existe un autre principe basé sur une compulsion de répétition, le principe de mort. Le jeu du jeune Ernst, garçon âgé d’un an et demi, sage, possédant quelques rudiments de langage, quelques phonèmes ou interjections, est simple en apparence. « Ce bon petit garçon avait l’habitude, qui pouvait être gênante, de jeter loin de lui dans un coin de la pièce, sous le lit, etc. tous les petits objets dont il pouvait se saisir, (…). En même temps, il émettait avec une expression d’intérêt et de satisfaction un « o-o-o-o- », fort et prolongé, qui, de l’avis commun de sa mère et de l’observateur, n’était pas une interjection mais signifiait « parti », en allemand « fort » (page 52, éditions Payot). Un autre jour, Freud est témoin d’un jeu à l’aide d’une bobine que l’enfant jette loin de lui en prononçant l’interjection « o-o-o-o- », et qu’il ramène grâce au fil en énonçant un joyeux « da ». Le jeu complet consiste donc en un aller retour de l’objet, dont il ne fait pas de doute que le retour devrait être le moment le plus heureux. Pourtant, remarque Freud, la répétition du premier acte du jeu est plus fréquente que le jeu complet et semble donc suffire à l’enfant. Dans un troisième temps, au cours de longues absences de sa mère, l’enfant « avait trouvé un moyen de se faire disparaître lui-même. Il avait découvert son image dans le miroir qui n’atteignait pas tout à fait le sol et s’était accroupi de sorte que son image dans le miroir était « partie » ». Au retour de sa mère, Ernst prononça « bébé –o-o-o-o » pour signifier son retour. Freud rapporte également les réactions de l’enfant dans deux situations difficiles, celle de l’absence du père parti à la guerre, puis du décès de sa mère, mais nous nous arrêterons ici au jeu du « Fort Da ». Cette situation d’un simple jeu enfantin s’avère d’une extrême richesse, Freud en développera plusieurs points d’analyse du point de vue métapsychologique. La bobine prend le statut d’objet symbolisant la mère dans sa présence et absence. L’acte de jeter cet objet correspond pour l’enfant à se séparer de la dyade mère enfant, à passer d’un registre passif à celui d’actif, nous dit Freud, afin de répondre à une pulsion d’emprise. Mais cette interprétation n’est pas suffisante pour expliquer la répétition du premier acte du jeu, celui-là même où le manque apparaît. Le jeu devant le miroir amène S. Freud à supposer à l’enfant un désir de vengeance envers cet objet frustrant. Mais un des éléments plus particulièrement remarquable de ce jeu enfantin reste l’oralisation des deux phonèmes, « fort » pour désigner la présence dans l’absence et « da » pour l’absence dans la présence qui signe un réel acte de création. Cela permet à l’enfant, nous dit S. Freud, de tolérer le renoncement à une manifestation pulsionnelle de colère quand sa mère le quitte. » De par la parole qui manque à mon cas présent…

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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