L’innovation est une histoire indienne, et maintenant je vois

Je suis allé dans ces villages. J’ai rencontré leurs responsables et leurs habitants. J’y ai vu une grande pauvreté, bien sûr, mais jamais de misère. J’y ai vu des visages heureux, des gens ouverts qui ne demandent rien de plus que de vivre une vie simple et joyeuse. Leurs champs sont propres et bien entretenus, leurs vaches sont belles et tranquilles, les déchets ne jonchent pas leurs allées de poussière. Il y a de l’eau, pas beaucoup, de l’électricité, des écoles, il y a même parfois Internet. Et les gamins pianotent sur leurs téléphones mobiles en plastique qui portent tous des noms rigolos en lieu et place des Apple et des Nokia.

J’étais venu, avec ma vanité d’homme blanc et du digital, pour les aider. Amener du pain et de l’Internet. Mais ce sont eux qui m’ont aidé.

« L’innovation, il faut aller la chercher dans les villages de l’Inde », m’avait confié avant de partir ce grand expert de l’innovation, Navi Radjou, un économiste français, originaire d’Inde qui conseille aujourd’hui les plus grandes entreprises. Je n’avais pas compris. J’avais juste souri en hochant la tête pour ne pas avoir l’air trop con. Maintenant je vois.

L’innovation, pas celle des robots et du big data, pas ici, pas encore, mais celle qui a compris que le monde est complexe, et que pour faire face à l’enfer de la crise il fallait d’abord pacifier, autonomiser, jouer la solidarité avant la compétition, rendre chaque individu plus intelligent. Innover c’est apprendre à gérer la rareté, c’est faire beaucoup avec très peu, c’est le faire en réseau. Et avancer par petits pas.

Ça commence comme ça. Pas avec des millions en recherche et développement. Ils sont de plus en plus nombreux à penser, en Europe, que la crise est une chance plus qu’une fatalité, et que c’est dans les pays les plus durement touchés que nait l’innovation. Parce que les contraintes sont plus fortes, parce que le système est affaibli, que les gens sont obligés de s’organiser entre-eux, et que tout ça pousse à être super créatifs.

Alors bien sûr, il faut les aider. Il faut les aider à rester dans leurs campagnes, à ne pas céder à la tentation d’envoyer leurs enfants travailler dans les champs plutôt qu’à l’école, à continuer d’entretenir la terre sans la tuer, à s’autonomiser, à s’ouvrir au monde et à se connecter à Internet. Et à diffuser cette vision profondément innovante et optimiste du monde. Le vrai monde, vous savez, pas Paris.

Internet fera le reste.

Il faut les aider. Le successeur de Ramajibhai, son fils, le Dr Kanubai, qui est une copie du maître en plus rigolo, moins austère, plus jovial, est un médecin et un entrepreneur. Sa nouvelle mission : porter l’école en dehors de ses murs. Maintenant que la région a été pacifiée, il veut aller chercher les derniers enfants qui échappent encore au système éducatif et que l’Etat est incapable de rencenser.

Il faut aider le Dr Kanubai à développer sa « pépinière » de villages parce que, s’ils ont réussi à s’autonomiser, la pauvreté frappe encore durement la vie des villageois. Et même si l’Inde est en forte croissance, les inégalités ne cessent de croître.

Il faut surtout l’aider à se faire connaître du reste du monde pour que son action soit comprise et imitée. Elle est un exemple pour nous, occidentaux, qui ne concevont encore trop souvent la rareté qu’à travers le mot « luxe ». Qui ne savons plus quoi faire face à la crise et aux grandes pénuries qui nous toucheront aussi. Et qui faisons parfois un peu n’importe quoi.

Benoit Raphael

Consultant en Stratégie éditoriale, intrapreneur avant d'être entrepreneur, créateur de nombreux médias sociaux et participatifs à succès (Le Post.fr, devenu Le Huffington Post, Le Plus du nouvel Observateur et Le Lab d'Europe 1), Benoît est convaincu depuis longtemps que l'avenir des médias passerait par la conversation et une production partagée. Sa rencontre avec Jean Véronis a été l'élément déclencheur d'une aventure entreprenariale et technologique au coeur de ses convictions : Trendsboard - http://www.trendsboard.com - start-up spécialisée dans l'analyse des communautés et des tendances sur les réseaux sociaux. Il partage sur E V E R M I N D sa saga d'un voyage en Inde qui lui apprend qui est au cœur de l'innovation : les hommes, au plus dépouillé alors.

Publié dans Ever Whatever, Slide Home

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