J’écris une histoire d’ange

Je feuillette Facebook, j’ai la gueule de bois, le marteau de vulcain en guise de casquette. Un hydravion passe on dirait un hanneton obèse. Comme la mer dort à plat ventre, sans même une ride au front, les surfeurs bodybuildés ont troqué leur planche contre des jet skis et ils me raient le bleu. Où j’ai mis le fusil à lunettes. C’est vrai je suis jaloux des jeunes sportifs avec des sourires d’orthodontiste. Moi je suis un intello avec le verbe haut et la braguette ouverte. Je fume, je bois, c’est dimanche, je pense à mourir d’ennui, Dieu n’ à toujours pas honoré mon invitation à déjeuner. Le dimanche est un jour perplexe. De désorientés. Ici on va à la plage, ailleurs on va en forêt, on monte un col, on va faire pipi dans le bocage. On se laisse pousser des ailes mais comme les poules on ne sait pas décoller. Moi j’écris des conneries, le voyage en moi-même. Quoi foutre à la plage à part bouffer du sable et tacher son livre avec de l’ambre solaire ? Si encore mon petit était la on pourrait faire capitaine de pédalo et hisser nos couleurs. On inventerait un drapeau à nous: nos empreintes de mains blanches la petite la grande sur fond bleu. Et voguent les endimanchés et que je t’embroche de la méduse. Saloperies de méduses, c’est toujours ceux qui n’ont pas de cerveau qui viennent t’envahir. Mais mon petit n’est pas la. Non il n’est pas là. Alors dans mon orgueilleuse solitude, avec mon licoul dans le crâne, j’écris une histoire d’ange, je vois des anges partout en ce moment. Un ange à l’aile brisée qui viendrait frapper à ma porte et passerait quelques jours de convalescence avec moi. Je sais, c’est un rêve de centaure, je ferai mieux d’aller à la plage.

Chronique Ajaccienne

Denis Parent
A propos

Denis Parent est un journaliste, réalisateur et écrivain français né à Cambrai le 28 novembre 1954. D'abord journaliste spécialisé dans le cinéma (Première, Studio Magazine, Ciné Cinéma), c'est en tant que réalisateur que Denis Parent se fait connaître. Il est l'auteur de plusieurs courts métrages dont "Va au diable", et d'un long, "Rien que du bonheur", une comédie avec Bruno Solo. Ancien étudiant en lettres, c'est aussi dans ce domaine qu'il exerce ses talents : scénariste de bande dessinée, auteur de nouvelles et de pièces de théâtre, depuis son île, en toute clandestinité. Il a publié ainsi "Perdu avenue Montaigne vierge Marie" (2008), "Un chien qui hurle" (2011), "Grand chasseur blanc" (2014), et aujourd'hui "Sanguinaires" (janvier 2016), le second tome d'une trilogie dite "nomade". Le troisième "Une fleur de frangipanier, un verre de Saint Julien et un baiser" devrait paraitre dans les deux ans. Le point commun de ces livres, comme leur titre générique l'indique: des histoires de gens qui fuient, bougent, voyagent, cherchent. Bref refusent la sédentarité, l'immobilisme. En partage sur E V E R M I N D les coups de cœur, et au coeur, d'Eva.

Publié dans Ever Whatever, Slide Home

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