J’étais cette foule, je suis le collectif que je choisis de rejoindre ou de créer

 » E dimme quaccheccosa, nun me lassa’ accussi.  » : je me révellais de mon absence avec un sourire idiot, sans savoir quoi dire ni lui offrir la compagnie dont elle avait besoin. Aujourd’hui, sa voix ( de la mère ) qui brisait le silence avec la phrase de la chanson (de Pino Daniele) cogne dans ma tête, comme un mal de dents.

En réalité, c’est elle qui parlait : elle suivait trois journaux par jour, celui de Naples, qu’elle lisait, elle en écoutait un autre à la radio et elle regardait les infos à la télé. Elle me donnait des nouvelles du monde à travers ses points de vue et ses sentiments. Elle prenait parti, elle défendait, accusait. Elle voulait me faire partager son indignation, son entêtement, ses sympathies. Elle m’incitait’ mais j’avais déjà mes propres incitations. Elle ne posait pas de question sur mon passé et elle ne voulait rien savoir. Pour elle, j’étais un écrivain et c’était tout.

Elle me racontait des histoires de vies bien remplies venues et évaporées, des albums d’images de sa famille feuilletés certains soirs par sa voix. J’écoutais et réécoutais des noms de personnes qui lui étaient chères et pour moi disparues. Je me sentais loin et je me trompais. Les images de son album me concernaient toutes. J’étais fait d’elles, c’étaient mes ingrédients, bien plus que des parents. A travers ces personnes, elle me parlait de moi. Elle me faisait savoir que j’étais cette foule.

A présent, elle aussi fait partie de l’histoire. Dans ma cuisine, le soir, assis à notre table déserte, je mâche mon dîner les yeux dans mon assiette et j’avale les manques dont je suis composé.

Erri De Luca
Le plus et le moins
Gallimard, 2016

Lecture de mon été, et effrayant de précision, résumé de mon livre en écriture : psychanalyse du moi social / management du je collectif. Parce que le collectif et le collaboratif et l’innovation sont en chacun de nous. Le désir existe par les manques. Osez les ! Avant tout business plan, ou journalisme de guerre comme celui d’Erri De Luca. De tout engagement, honorable, bancal sans ses origines. La trace.

La trace à la Une est celle de l’illustration de couverture de l’édition espagnole. Et le portrait de cette page et d’Erri de Luca de tout son cœur.

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Auteur : Eva Matesanz

Eva Matesanz est psychanalyste et socionalyste. Accréditée pour intervenir en entreprise en tant que coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique - la clinique c'est le cas par cas - au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation croisée des penseurs de l'inconscient et de ceux de la volonté. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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