Jeunesse d’un groupe humain

Elle est tombée dans un groupe humain.
Elle, c’est Catherine, proclamée par son auteur comme une jeune Lady Macbeth. Une Madame Bovary traduisent très vite les Français.

The Young Lady, sur vos écrans, accourez.

Non. Elle n’est pas tombée en amour. Elle est tombée dans un groupe humain. Elle a les rôles d’épouse, de belle fille, de maîtresse des lieux. Elle n’a aucune place, ni à prendre ni assignée.
La bonne raille son inexpérience lorsqu’elle la pare pour sa nuit nuptiale. Le beau père l’intime de rester éveillée, disponible pour ses obligations conjugales et surtout celle d’enfanter. Il lui faut un légitime héritier. Son mari, s’il la regarde, il ne l’a voit jamais. Elle est l’image d’une femme inviolable du temps révolu de son enfance, on peut le supposer, qui lui permet de retrouver un peu de corps et de se masturber.

Elle est tombée dans un groupe humain. Dans ce groupe, chacun ne voit que la scène primitive de sa propre conception et veut vite l’oublier. Ils n’occupent pas de places. Ils ne tissent pas de liens. Ils mangent, brossent, parent et déparent leurs lits et leurs corps. Seuls. Chacun tout seul. Et la menace de l’autre comme un simple rappel à la époque où chacun d’eux fut ignoré de ceux qui se rapprochèrent. Les géniteurs assassins.

Sébastien est devenu depuis peu le palefrenier de ce pauvre groupe humain, sans autre histoire que l’histoire banale de l’humanité et sans aucun destin singulier. Sébastien montre du désir pour la bonne. Un instant. Catherine s’empare de ce désir pour le faire sien. Un instant Lady Macbeth.

L’homme paraît, alors même que les deux hommes pétrifiés, les maîtres des lieux, le père et le fils, les seules places à peine ébauchées, s’effacent un temps pour affaires du monde et pour quelques plaisirs mondains peut-on aussi imaginer.

Sébastien se laisse faire au désir de Catherine. Ils prennent place à deux en tant que nouveaux maîtres. Le groupe aussitôt sort, un instant, de sa léthargie placentaire. Là où le Seigneur poussait aux dépendances croisées. Jusque là, c’était la bonne vivante à travers la maîtresse, la maîtresse à l’affût de son beau père secrètement admiré complice par ailleurs du fils dans son refus  de procréer et satisfaire le père, et cesser d’exister.

Là où le couple paraît chacun se prend à rêver d’un destin. Les places se dessinent enfin.

Sauf que le groupe est plus fort que chacun, et plus fort que le couple inédit et prometteur. Que c’est plus facile d’œuvrer pour que rien ne change, que de changer et faire oeuvre et même, chef d’œuvre : chacun moins seul, chacun pleinement individué, et des liens choisis entre eux.

Le nouveau couple n’est pas différent du maître idéalisé. Le nouveau couple conserve le groupe en l’état et tous les rituels. Il mange, il se baigne, il accueille le jour et les nuits dans des draps somptueux. C’est alors le troisième temps du groupe de base* qui se joue comme seul et funeste destin : l’attaque-fuite. Si le père revenant empêche leur union, il est empoisonné, si le mari ne répond pas à la complicité par la complicité, il est fracassé, et si l’enfant illégitime menace leur temps suspendu à s’aimer en posant un avenir d’où ils seront exclus à jamais, il est étranglé. Ce sont à chaque fois leurs têtes, leurs capacités de penser et de jouir qui leur sont ôtées. C’est à chaque fois la jeune femme idéaliste qui préserve le groupe létal des origines. Dans une régression narcissique sans cesse réactualisée. Grosse de son objet amoureux elle devient le reflet parfait de ce groupe Matrice éternelle. Hommage à un passé et à un ailleurs autre que sa destinée.

C’est cela le drame des groupes humains, et de ceux qui n’y prennent pas place, qui se laissent porter. Ce n’est que par la prise de position de chacun, assumée, qu’un groupe quitte le livret d’opéra qui lui est autrement destiné, comme dans cette pièce rendue film d’une puissante actualité.

« Je quitte la propriété avec toi », pourrait dire Sébastien et la femme vendue devient à ses côtés femme pouvant servir loyalement dans une autre propriété, logée, nourrie, payée ; « je te fais enfanter d’un enfant libre », pourrait envisager l’héritier, un enfant tout nouveau, différent d’elle et de lui, semblable dans son choix pour la vie ; « j’épouse la bonne et nous offrons nos services plus que jamais loyaux à ceux qui sauront nous employer, ici ou ailleurs », pourrait choisir Sébastien. Peu importent les arguments de l’histoire, ce qui « conte » c’est la trajectoire singulière et non les jeux sur l’échiquier toujours les mêmes, répertoriés depuis l’aube de l’humanité disais-je en préambule pressé.

L’enfant leur échappera et s’enfermera à nouveau comme son grand père un jour, quel que soit l’enfant qui voit le jour, celui du maître ou de l’esclave. Sébastien et sa femme seront deux solitudes arrangeantes, quel que soit le choix de femme qu’il s’impose. Peu importe. Tout sauf le meurtre et l’adultère originels pensées fixes obsédantes, matrice des corps prisonniers. La scène primitive d’autres que soi qui donne autant la vie que la mort, dans la seule et même seconde.

Dans un groupe de pratiques collaboratives, le groupe traverse ces formes base* décelées par Bion, de l’attaque-fuite, le couplage et l’idéalisation. Pour expérimenter des formes créatives, évolutives, ouvertes sur le monde. Et chacun trouve… Son conte. Son histoire, sa présence.

The Young Lady deviendra grande.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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