L’accompagnement personnel en entreprise avec professionnalisme et sans artifices

Elle vient en séance psychanalytique depuis plus d’un an. Elle était au bord du gouffre, après avoir supporté un chef caractériel, une boss hystérique, et puis son équipe : dis personnes passées sous ses ordres sans foi ni loi en l’entreprise. Elle a démissionné de son équipe. Elle a tenu bon lors de l’arrivée du nouveau Directeur qu’elle ne cernait plus tellement il était simple d’approche. Cela prend du temps de perdre l’habitude d’une maltraitance si sûre. Elle a rebâti son expertise. Elle occupe aujourd’hui un de ses postes dont personne ne connaît le métier, métier d’avenir qui lui plaît, et sereine elle poursuit son analyse.

En ce début d’année les autres métiers de son Service ont été également revus et approuvés par le Directeur confirmé dans son mandat par l’entreprise. Sonia intègre une nouvelle équipe. Elle commence la séance en évoquant les rituels d’intégration auxquels elle s’est soumise.

– Il y a eu d’abord un Consultant certifié en Com Colors qui nous a fait l’état des lieux des humeurs qui entre nous transitent : ceux qui sont froids, ceux qui sont chauds, ceux qui sont en dehors et en dedans, ceux qui débordent et ceux qui ingurgitent, et comment ensemble nous pourrions équilibrer cette dynamique, de fluides et de caillots aussi parfois ! D’ailleurs, cette étape s’est ensuivie de médiations ciblées de ceux que tout oppose pour que ça relie. Chacun s’est prêté au jeu moi y comprise. Alors je ne comprends pas bien pourquoi cette fille que j’avais déjà évoquée, qui m’avait remplacé jadis lors d’un congé maternité, me sollicite rendez vous sur rendez vous ! Elle dit ne pas avoir pu exprimer le fond de sa pensée et surtout son sentiment en présence de l’étranger qui nous anime ! J’ai l’impression qu’elle me demande de faire comme vous et de lui offrir une cure psychanalytique !

– De 19 à 20 heures et ce sera cent euros la séance.

– Pardon ?

– Je vous suggérais de poser le cadre pour vérifier qu’elle s’engage à être autrement qu’en entreprise.

– Mais ! Je ne vais pas faire cela ! Même si elle accepte !

– Elle a remplacé la mère absente. Il est juste qu’elle la recherche encore. Et moi j’aime que vous en parliez. Il y a quelque chose de votre propre quête de femme et de mère qui affleure.

– Je ne comprends pas tout. Ce que je comprends de l’échec ou l’insuffisance des interventions des consultants c’est ce que vous me dites toujours : il n’y a pas de référence possible à l’extérieur sur ce que chacun vit. Il est du ressort seul de l’analysant de se découvrir. Mais nous n’allions pas poser une vingtaine de divans dans l’open Space !

– Le groupe est un divan. Le groupe a un effet divan sur chacun. Je préfère cette image à celle qui prétend qu’un groupe et une foule sont un milieu fou de contagion émotionnelle. La raison s’y perd. Je préfère reconnaître que, oui, l’inconscient de chacun émerge de tout son pulsionnel refoulé. Des bombes à retardement nous pouvons être si cet espace du collectif ne permet pas quelques pétards mais surtout de beaux feux d’artifice. Peu artificiels. La nature humaine est belle.

– Mais, alors ? Pourquoi cela tourne au consensuel en présence des tiers aidants, et à la pétaudière aussitôt qu’ils partent ?

– C’est toute la différence entre la viande aux hormones, les poules en batterie, les champs désherbés et la vache qui broute aux côtés du cheptel, les coqs et les poules qui se sautent et qui couvent, et les petits champs, vergers et potagers ouvriers. Dès que l’homme intervient de sa technologie de progrès plus personne ne « régresse » là où il est important retourner : à son manque, à sa perte, à ce qui l’a rendu humain dans son développement affectif et cognitif, l’un d’abord l’autre après.

J’avais écris dans mon blog du moment une note il y a cinq ans. Je vous la partage, vous et nos lecteurs sur ce nouveau blog. Et que puissent enfin cesser les techniques qui correspondent à l’ancienne entreprise, celle qui limitait les vagues, celle qui comme une vieille famille cherchait à préserver l’équilibre de l’ensemble en lieu et place de la transmission choisie et l’épanouissement des nouveaux leaders, ceux qui mènent sans se démener, passeurs de relais un instant, puis heureux.

Et nous reprendrons la quête du féminin sacré plus loin…

Photo de couverture en hommage à Bimba Bosé

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Eva Maria Matesanz – DÉCEMBRE 5, 2012
Comment accompagner sans déployer de technique certifiée ni dérouler de méthodo de questionnement, sans faire de vrai-faux feed back managerial ni d’autres vilains petits cadeaux ? – me demandent mes étudiants.

Avant, je répondais « de vous mêmes : votre présence suffit à l’affront ». Votre présence de corps est à l’origine du transfert. Mais c’est déroutant de renvoyer au transfert qui par essence est inconscient.

Alors, je déroule enfin moi-même mon propre tapis aidant :

– Ecoute

– Répétition

– Reformulation

L’écoute silencieuse n’existe plus dans la vie de tous les jours. Dans l’intimité du Cabinet ou du bureau, elle est aussi intimidante que libératrice. Si le client ou le collaborateur se sent « obligé » de parler, c’est qu’il vous suppose un affect.

La répétition apparaît dans la parole échangée : il y a un mot, une tournure, un contenu, un jugement, qui se répète, ou alors, la même chose à contresens. Quelque chose qui vient contredire très ponctuellement le flot. Quand le coach ou manager reprend et répète mot pour mot cette occurrence qui a un sens, le client ou collaborateur l’entend.

S’il y a résistance il opposera bien vite un « je n’ai pas dit ça » ou  » ce n’est pas tout à fait ça ». Laisser alors poursuivre le flot et à la prochaine occurrence lui faire répéter lui-même et répéter à nouveau. Ne pas insister. Attendre du psychisme éclairé la maturation inconsciente.

S’il n’y a pas de résistance et qu’une porte s’ouvre le client s’engouffrera dans une nouvelle séquence, bien de parole, bien d’abréaction, c’est-à-dire de libération d’émotions intenses. Rester suffisamment longtemps sur ce détail qui peut paraître infime (le détail de porter des cheveux courts ou longs est un exemple rencontré en ma pratique) mais qui noue et cristallise tout un ensemble de pensées et sentiments. Mettre des mots sur les maux et sur les joies. C’était de jouir enfant que nous avons encore souvent aujourd’hui mal.

La reformulation est de plus en plus possible au fil des séances. Ce n’est pas une répétition stricte des mots du client ou partenaire mais une autre histoire que le coach sous-entend à entendre et re-entendre des répétitions qui n’ont pas pu être élucidées. Le coach interprète ce qui ne se dit pas alors que « cela hurle au fond ». Il peut se tromper. Avoir raison très tôt et dans ce cas, il se reapproprie son sentiment : « C’est curieux, ou drôle, ou malaisé… Je me sens, moi, en tout cas, interpellé, amusé, gêné, à vous entendre et entendre quelque chose aussi que vous ne dites pas. » Le client va se reconnaître dans l’affect, mieux que dans le contenu, ou dans les deux d’un coup. Et à son tour en parler, reprendre ce qui lui appartient. Symboliser. Trouver enfin le sens inédit qu’il donne à un petit bout de la vie ensemble.

*

Et j’y ajoute aujourd’hui un extrait de la pédagogie merveilleusement construite par Raymond de Saussure autour de l’œuvre de Freud et sa propre pratique, fondateur de la Société Européenne de Psychanalyse.

« Il suffit de s’entendre sur ce que Freud veut dire par « diriger la marche des idées et orienter l’attention », pour dissiper tout malentendu.

( Du coaching avant son temps !)

Il ne s’agit nullement d’imposer des idées, ou de pousser un interrogatoire dans un sens précis, mais d’intervenir parfois par des remarques anodines. Si, par exemple, le patient parle d’un de ses amis en le nommant, puis d’un autre anonymement, on peut intervenir et faire remarquer la chose. Ce malade répond parfois que c’est par hasard, parfois aussi, il se souvient brusquement d’un incident plus ou moins intime ou pénible, relatif à cet ami. De même le patient peut parler, par exemple, de deux séjours faits au même endroit. Il glisse sur le premier et s’attarde à raconter mille choses insignifiantes sur le deuxième. Qu’on le rende attentif à ce fait, et il lui reviendra peut-être à l’esprit des événements plus importants de son premier séjour, que, par une sorte de défense inconsciente, il avait laissé de côté. Le psychanalyste peut intervenir dans une foule de cas analogues.
En dirigeant ainsi l’entretien, le médecin ne suggère nullement son malade, dans le sens péjoratif du mot, il ne fait que rendre attentif à des éliminations que le patient est tenté de faire inconsiemment dans la conversation. L’analyste coupe ainsi le fil logique et chronologique du récit.
De même, le médecin fera observer à son malade quelques coq-à-l’âne. Il arrive souvent que l’analysé parle d’un sujet qui lui tient à cœur, puis, arrivant à un point trop intime pour qu’il veille se livrer, il se tait brusquement et repart peu après dans des remarques qui ne le touchent pas directement, et que lui suggère son entourage immédiat. Il dira par exemple : « J’aime la couleur de votre tapis ? » ou bien : [p. 46] Ce vase vient-il de Perse ? » Il importe de faire noter ces évasions au malade, et lorsqu’elles arrivent toujours avant ou après un même sujet, on peut conclure presqu’à coup sûr que là se trouve encore du matériel refoulé. »

(Des ressourçes à libérer !)

Osons être en lien singulier et épatant.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Publié dans Slide Home, Whatever Works

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