L’Art du Lien : courrier des auteurs

Elle referme du début de son accompagnement les pages de mon ouvrage de l’Art du Lien (éditions Kawa). Elle venait me voir entre deux portes, comme elle l’était là – bas, comme elle le fût jadis : née sans avoir pu traverser la mère, née sans qu’elle le sache de son corps. Puis grandie sans que le père lui dise qu’elle était a part aussi, de sa mère, puis de lui.

L’accompagnement se poursuit. Chaque semaine sans faillir elle entrebâille les portes de son inconscient et elle pose sa parole sur courants d’air et d’eau. Chaque semaine elle m’attend m’apprendra-t-elle. Alors, je l’invite à ne plus attendre. À déverser sur un petit carnet les mots épars, les traits, les vides, les plis de tout ce qui entre séance je m’en doute l’anime aussi.

– j’ai choisi un cahier vert, mais j’ai honte de le partager ici.

– gardez le pour vous autant qu’il vous sera ami.

Elle n’en parle plus. Et ce soir, dans l’entre-seance, comme jamais elle ne l’a fait, c’est sur mes pages courriel qu’elle écrit. Les prénoms sont changés. Les mots sont fidèlement repris :

Bonjour Eva,

J’espère que vous allez bien.

Je me permets de vous contacter car j’ai besoin d’un conseil en matière de lecture ! J’ai vu un livre qui pourrait m’intéresser et qui, je crois, pourrait m’aider à comprendre ce que je vis au plan professionnel, peut-être me donner de nouvelles pistes pour comprendre les raisons de mon immobilisme, voire me donner des clés pour sortir de tout ça. Il s’agit d’un livre de Jean-Charles BOUCHOUX, intitulé « Les pervers narcissiques ». Lorsque je lis le résumé, je reconnais Narcisse, mon patron, dans ce pervers narcissique…

D’un côté, j’ai très envie de m’atteler à cette lecture, voire hâte. D’un autre côté, je crains que cela nuise au travail que nous faisons ensemble, en me mettant sur de fausses pistes par exemple. Qu’en pensez-vous ?

Je vous remercie par avance pour votre aide.

Bonsoir Enora,

Il est vrai que je me rallie à l’idée que nous sommes tous des pervers narcissiques au fond, et que nous n’avons de cesse à en faire renoncement. Nous l’avons tous été enfants.

De plus il n’y a pas de diagnostic possible de perversion narcissique chez un individu, cette notion s’applique à la relation. Elle serait donc partagée.

Ce Monsieur que vous citez est un psychanalyste sérieux qui reconnaît la vulgarisation qu’il en fait. Je crois aussi que ce serait réducteur ce que vous pourriez en apprendre par rapport au travail déjà effectué. Mais lire ce livre ne compromettra pas non plus la suite du travail. Ce serait donner trop d’importance a l’autre et toujours pas assez à soi.

En résumé faites comme vous le voudrez.

Je vous transfère un article du monde qui m’avait semblé juste dans sa perplexité, plus réaliste que la simplification des rapports toxiques humains à l’existence de quelques pervers narcissiques plus ou moins nombreux.

C’est notre propre violence intérieure qu’il s’agit d’apprivoiser et de transformer en énergie amoureuse, créatrice, généreuse.

Voici l’article : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/03/04/les-pervers-narcissiques-ou-le-triomphe-d-un-concept-flou_4372944_3232.html

Que lisiez vous quand vous étiez enfant ? Quelles étaient vos histoires préférées ? À suivre… 😉

Bonsoir Eva et merci beaucoup pour cet article qui comporte un passage qui résume parfaitement mon état d’esprit : « L’existence du pervers narcissique est une réponse rassurante pour un individu qui a mal et qui lutte pour sortir d’une relation complexe et destructrice. »

Cela étant, mon questionnement porte plutôt sur pourquoi je me suis laissée enfermée dans une relation que je juge destructrice et pourquoi je ne réussis pas à m’en sortir. Je cherche, je noircis mon petit cahier vert mais ne trouve pas la réponse… Que je commence donc à chercher ailleurs, dans les livres notamment, en me disant que j’y trouverai peut être des pistes…

À notre rendez vous pour mes lectures d’enfance…. Et pour les notes de mon cahier vert !

Bonne soirée,
Enora

Chacun de nous est précieux

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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