Rangez vous deux par deux ! En groupe de pairs alors.

Ce sont les rangs a l’école, c’est ce qui est attendu en société, de s’encoupler. En entreprise, quel est ton binôme chef-subordonné, ennemi ou soumis, disciple et successeur désigné ? C’est ce à quoi l’analyse systémique d’un groupe de travail est tentée de le réduire « pour rendre toute sa complexité » : les alliances, les oppositions, les triangulations qui ne sont que prises d’otage par ces duos présumés d’un pantin. Mais par delà ces comportements observables, et mesurables – le sociogramme en réunion qu’arborent les consultants du changement -, ces mises en scène défensives que chaque sujet agite pour tenter de brouiller l’accès à ses contradictions et à un monde interne débordant, il est des affinités inconscientes, négatives et positives peu importe, avec tous ceux qui en sont. Sans exception. Quel est d’un groupe le fondement ? Le groupe existe puisque chacun « s’y retrouve » inconsciemment.

 » Chacun de vous est moi. Pas une part de moi non. Moi tout entier et jamais complet en même temps.  »

Il nous est appris d’avoir honte de nous, de nos penchants naturels, de ne pas fixer l’inconnu, de répondre aux questions qu’il pose comme il l’attend, de ne pas répondre a ses certitudes et à ses affirmations dont il ne veut voir en face que la confirmation. Mais dans notre for intérieur, et souvent cela se voit au dehors, tel collègue suscite en nous des sentiments contradictoires, tel autre nous fait nous oublier, il prend toute la place, tel autre au contraire élargit notre perception de nous mêmes, avec lui tout semble permis et des ailes nous poussent dans l’esprit. Et tout ceci en même temps alors qu’ils sont tous présents, pendant la session de groupe puis dans la tête longtemps. Et tout ceci échappe aux meilleurs coachs d’équipe, consultants d’organisation. Au mieux, se fiant aux mises en scène ou même pas, parce qu’il se croit fin observateur, enfant voyeur qui ne se connaît pas, le coach voudra ranger deux par deux ceux que lui même assimile inconsciemment au couple de ses parents lorsqu’il était enfant. Selon le prisme du kaléidoscope changeant de sa perception. Autant de couples que, de couleurs, il leur a connu. Ou deux trois schémas figés depuis.

Mais non. Une seule personne est en lien avec tous les autres en même temps. Et en lien avec les absents : sujet de plusieurs groupes d’appartenance lorsqu’il est sujet riche de soi, il en fait des correspondances, il veille à son équilibre, jamais enfermé dans le groupe en présence. Et c’est dans cette multitude, chaque jour, que nous nous grandissons.

Alors, mettez vous par millions et nous serons, jamais les mêmes, toujours un monde à nous seuls. Seul. En liens. Longtemps, longtemps.

Freud aborde le cas du collectif dans la quatrième partie de Totem et Tabou pour illustrer sa théorie sur les mécanismes universels qui, d’après lui, fondent l’homme social. Il propose les séquences suivantes : le meurtre du père initial puis le remords, la crainte et l’adoration du patriarche abattu par les fils. Habités par l’insoutenable désir de prendre sa place, après l’avoir dévoré, ils ont ensuite déplacé sa représentation sur celle d’un animal dont ils ont fait leur totem. C’est ainsi que Freud interprète la fonction de l’animal totémique dans les « sociétés primitives ». D’après lui, l’enfant, tout comme le primitif, ferait l’expérience des origines de l’humanité. Ce que le primitif a autrefois agi en acte (meurtre et cannibalisme), l’enfant le joue dans ses jeux et dans son imagination avec sérieux. Et c’est à ces mêmes mécanismes que le névrosé en difficulté, et en groupe toujours on l’est, se trouve fixé dans ses fantasmes. L’homme civilisé, pasteurisé, encouplé, embauché et possiblement psychanalysé, il réussit à dépasser ses complexes archaïques à l’aide de déplacements :

– le cannibalisme s’est transformé en identification : plutôt que de dévorer le père, on se contenterait aujourd’hui d’incorporer certaines de ses qualités ; et un groupe est une source inépuisable de pairs père ;

– le meurtre est devenu rivalité et challenge : il s’agit de faire mieux que le père, d’accéder à un savoir plus complet, plus nuancé, plus en expansion permanente, d’un groupe à l’autre ;

– Et au désir incestueux s’est substitué la capacité de choix et donc de renoncement. Renoncer à voler la femme du père, ou son poste de directeur, et se sentir libre d’une réalisation personnelle, d’un couple, d’un groupe et de tant d’autres.

Alors, si vous observez un groupe, ou mieux, lorsque vous en faites partie, observez plutôt vos envies de meurtre et d’inceste et comment elles évoluent au contact du plus grand nombre. dans des groupes à taille humaine. Plusieurs groupe d’appartenance. La foule anonyme, nous y reviendrons, n’est plus un groupes de pairs père. Elle est la mère toute puissante.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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