Le Masculin

Après la haine au féminin, destructrice autant que créatrice, j’ai aimé aborder la question du masculin : agressif, vivant, mortel. Transmetteur ou sinon rien.

C’était mon présupposé, moi qui m’intéresse à la psychanalyse comme tout autre chose que la communication à laquelle j’avais tellement tenu jusqu’alors : rédacteur et porte-voix en entreprise, puis coach. Et psychanalyste en devenir si j’ose.

J’en suis persuadée aujourd’hui qu’au delà des paroles et des outils qui les portent, la transmission opère. Que chacun la porte en soi, et alors l’homme qui ne fabrique pas d’enfant, en fabriquerait sa réalité et son devenir transcendant.

Le masculin alors.

C’était au programme des Séminaires Psychanalytiques de Paris ce mercredi 7 décembre. C’était idéal. L’intervenant : Bruno Clavier. Psychanalyste, passionné et pratiquant l’intergenerationnel justement, la transmission inconsciente. Souvent auprès d’enfants. Là où tout est visible sans fard. Il est l’auteur chez Payot de l’ouvrage « Les fantômes des familles ». L’illustration ici est celle d’un mage de la lumière, Sorolla, actuellement exposé sur le thème de son séjour à Paris au Musée du Prado de Madrid.

Monsieur Clavier nous a livré sa clinique d’un devenir un homme.

Il a cité Simone de Beauvoir pour qui la femme ne naît pas femme mais le devient. Pour l’homme pense-t-il c’est pareil. Et c’est surtout passionnant de voir grandir les petites filles et les petits garçons et les voir dessiner la maman comme une terre, une maison, le papa plutôt le tonnerre, le soleil, et le vent. C’est ici le langage de l’inconscient le plus primaire, celui des traits lâchés, bien avant les traits domptés des mots.

Puis, regarder bouger les enfants, déjà nourrissons, les vacillements circulaires du bassin des filles, les rythmes avant arrière, rectilignes, du garçon. En consultation un petit garçon qui se cognait la tête contre les murs vient au fil des séances à ce balancement. Il se saisit de son genre. Il se saisira de son sexe à l’adolescence alors.

Son grand père maternel avait dû faire un choix impossible jadis entre la mère et l’enfant qu’elle portait dans son ventre : de quoi se casser la tête. Il avait choisi son épouse et sacrifié l’enfant.

C’est cela la filiation du garçon en ce qui concerne le masculin, son père oui, son grand-père maternel beaucoup aussi.

Et son problème à résoudre ne serait pas tant l’angoisse de castration souligne Bruno Clavier mais l’identification à celui qui a des relations sexuelles avec celle qu’il convoite : la mère.

Cette identification est possible si le père est en relation avec l’enfant, s’il lui accorde sa parole, s’il lui transmet qui il est, sans s’absenter où se dérober, à lui-même souvent !

S’il n’y a pas de parole, le garçon mime, il ne s’identifie pas. Il répète dans le sens de il duplique. Il retombera dans les ornières dans lesquelles son père s’est pris les pieds, puisqu’il aura des comportements copiés collés. Pas tellement connus et compris, puis intériorisés mais intériorisés directement  sous la forme de l’introjection. Les comportements d’infidélité ou de sabotage en font partie. Le descendant peut avoir bâti une vie plus équilibrée. Il n’en sera pas heureux car il aura une compulsion à agir comme l’ascendant.

C’est le cas par exemple d’un homme qui après chaque relation sexuelle, parfaitement satisfaisante avec sa femme qu’il aime, a besoin d’aller sur Internet et poursuivre son activité sexuelle sur des sites pornographiques.

Ceci est le clivage culturel : pour l’homme il y a la maman et la putain. Pour la femme le mari et le prince charmant. La femme historiquement réduite au foyer, à la procréation et au soin des enfants, trouve une alternative à son époux, souvent non choisi par le passé, dans la rêverie, et dans des rencontres partielles, inspirantes d’un idéal masculin. L’homme lui a des occasions de rencontre à l’extérieur qu’il investit aussi naturellement, de par son rôle d’aller chercher de quoi vivre, et son rôle de représentation.

Les deux clivages se complètent parfaitement.

Homme est celui qui s’empêche, disait Camus.

L’homme qui n’est plus un enfant, ni une femme, a conscience du temps, de l’espace, il s’inscrit dans un territoire dans lequel il a un rôle qui le dépasse, il s’inscrit dans un temps qui a un début et une fin. L’homme qui s’empêche transmet ceci autour de lui. Cette conscience que son inconscient, son infantile, lui refuse. Cette conscience de la vie et de la mort.

Après s’être identifié aussi imparfaitement soit-il, mimétique au mauvais père, l’homme peut par la psychanalyse et/ou son chemin de vie, se désidentifier aux imagos qu’il a formé dans sa tête, du masculin et du féminin, du père et de la mère. Il modèle ces imagos à son image à lui. Il accueille le féminin aussi : sa mère, et sa grand-mère paternelle. Son désir d’elles autrement, prend forme auprès de sa femme, de ses partenaires professionnelles féminines, de ses enfants.

« Tu seras un homme mon fils. » – lui dit le père. Le père de parole.

« Tu es ma femme. »

« Tu es mon enfant. Ma fille. Mon garçon. Une femme. Un homme bientôt. »

Il peut leur dire à son tour alors.

Sa femme est femme, celle qui a un sexe de femme et non un rien, celui qui lui permet de désirer la pénétration. L’homme n’a lui plus peur de la castration, qui vient par la femme : vagin insondable et dévorant sinon.

Sa fille, son garçon, sont des futurs homme et femme, sexués, puisqu’ils auront reçu la parole du père, de l’homme, du garçon.

L’homosexuel est celui qui manque de son propre sexe. Comme le hétérosexuel manque du sexe opposé. L’homosexuel a manqué de père, de parole, de celui qui transmet et se sépare. Instantanément, l’homme se sépare de l’enfant par l’éjaculation. Il revient par la parole mais c’est pour lui dire son nom : séparation symboligène qui complète l’autre séparation qu’est la naissance de la mère.

En consultation, l’homme « estime qu il va vraiment mieux quand il est capable de contacter, d’accepter et de faire vivre en lui son féminin. Appréhender au mieux ses rapports avec les femmes, les enfants et les hommes. »

Ainsi conclut Bruno Clavier ses notes dactylographiés.

Transmetteur, et connecteur. Homme de lien. Le pénis comme virgule, j’aime moi l’imaginer.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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