Le singulier pluriel, en groupe-analyse de Direction 2/4

– Qui d’entre vous aimerait partager une initiative personnelle qui a été soutenue, défendue, encouragée, réalisée comme elle aurait pu tout autant s’essouffler, s’effriter, s’abîmer, et même que cela aurait été son sort le plus naturel ? Qui vous aura accompagné, vous, Dirigeant avant de l’être, être pleinement déjà, quelqu’un qui serait sans mandat sans enjeu, sans autre chose que sa sensibilité partagée, son désir d’épouser le votre ? Sponsor.

Il y a quelques résistances dans les rangs, sur le bien fondé d’une telle « confession publique », sur ce que cela dirait de chacun dans ce groupe ce que l’un d’eux seulement fût jadis sans eux… Nous insistons, Vincent et moi, co-animateurs de ce groupe-analyse de Direction, sur la singularité oui, la non valeur d’exemple, sur la valeur d’émotion. Que chacun connaît et qui est universelle et intemporelle. Et puis je précise :

– Au moins l’un d’entre nous est déjà plongé depuis que nous parlons entre nous sans le faire dans cet « autrefois et ailleurs » où il fit LA ou LES rencontres, son désir fut épouse fut épousé et il osa projeter son univers intime à l’extérieur. Puis le réaliser. Créer.

Quitter le groupe dont vous êtes si fiers, d’y tenir la sécurité de chacun, est un élan salvateur. Pour le groupe et pour chacun. Au moins l’un d’entre nous cela fait déjà quelque temps qu’il ne se relie plus aux autres ici présents dans ces évocations pensées ou parlées mais à ses autres cercles d’appartenance : ceux qui l’ont construit en particulier, la famille, l’école, les premiers « contre-maitres » de son métier.

Le DRH se reconnaît dans cette interprétation d’accompagnateurs, puisqu’il s’avance au naturel.

– Il me revient cette période où nous avons renforcé nos équipes de personnels extérieurs. J’ai vu venir qu’alors que la plupart d’entre eux, ces vacataires, faisaient admirablement « le job », leur gratification resterait limitée au contrat initial. Et que les primes de résultats exceptionnels iraient aux membres titulaires.

J’ai donc anticipé, bien avant que personne d’autre n’y pense ou le dise, ou que le problème se trouve être avéré, une proposition de pondération de ces primes pour plus d’équité entre les internes et les externes.

Ma démarche a été encouragée, de ma hiérarchie et du Codir, et le calcul était attendu. J’ai été seulement validé pour occuper mon temps à cette évaluation apprenante. Mais à prendre ou à laisser. Et cela, cette réalité, personne je crois aujourd’hui n’y était. Lorsque les montants finaux ont été connus et bien avant de les rendre publics le DRH a émis son véto à une pratique qui lui semblait dangereuse pour l’équilibre et la cohésion de l’entreprise. Une mesure juste un temps pouvait laisser des traces de l’ordre de la dette envers les seuls salariés. Les autres, les renforts, partiraient… D’autres membres du Board l’ont soutenu, et d’autres voix se sont aussi ci et là levées : chefs de service, fort contributeurs de tout temps, identifiés aux titulaires sûrement.

A mon grand étonnement c’est un collègue, sans mandat sans enjeu comme vous le dites, qui a rejoint et poussé mes arguments plus avant. Cela dépassait ainsi mon seul « entêtement », qui était aussi de l’ordre de l’affectio qui nous relie en entreprise je sens. A deux, cela devient une cause et d’autres peuvent la rallier.

Et c’est ainsi qu’une femme, déléguée du personnel, que j’avais déjà approchée dans la phase de calcul mais qui avait plutôt insisté jusque là sur la défense des personnels titulaires, a eu à coeur d’admettre la reconnaissance du travail effectué de façon collective et par les externes. Elle a pour cela très concrètement œuvré, de son activisme repensé, pour que ce transfert monétaire soit effectif de façon aussi naturelle que l’était le transfert d’effort. Elle aurait été reconnue dans son rôle tout autant et même plus peut être en défendant les personnels en place !

Je reconnais que resté tout seul je n’aurais pas pu réaliser cette avancée pour l’entreprise, qui fait désormais partie de sa culture, ouverte, collective, et j’aurais été bien mal vu sur le moment et par la suite ! Qu’à insister et permettre ainsi à d’autres de se demander pourquoi je me mettais en danger, quelle était cette idée qui me transcendait, j’ai touché juste, au coeur, avant de toucher les esprits. Et c’est peut être un peu pour cette et d’autres positions prises alors que j’étais moi même agi par des nouvelles forces vives, sans encore de statut, que je suis au fil du temps devenu DRH. Et que je suis aujourd’hui ici à me poser des questions sur comment permettre à d’autres d’avoir des élans humains, de leur trouver Sponsors, d’en concevoir des idées collectives et de les faire réalité.

À suivre

**

Un changement de personnalité s’opère, « limité bien que considérable » soulignait Balint, l’un des pères de l’analyse du travail individuel en groupe de travailleurs. Le coach en est. Un travailleur de l’entreprise devenu travailleur pour des travailleurs d’autres entreprises. Et rien que pour, en analyste, faire des autres travailleurs des analysants naturels. Pour le reste l’entreprise il s’y connaît, les modèles en pointe il a le temps de s’en imprégner, en toute liberté, mais c’est pour mieux s’en défaire tant de son expérience préalable que de sa veille prudente, lorsqu’il écoute le cas singulier, au présent, irréductible, qu’un des participants partage chargé de ses émotions, de toute son histoire. Et des résonances de ses co-participants…

Et c’est cela qui est à suivre dans cette animation d’un groupe particulier : analyse de dirigeants entre eux. Retour au chapitre 1/3

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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