Les évaporés

 

Les évaporés C’est le visage de son père qu’elle cherche dans la foule. Il n’y est pas. Elle croit le reconnaître cent fois, des hommes sur le point de disparaître, avalés par le flot, elle les appelle pour qu’ils se retournent, en vain.

Ce n’est jamais anodin un retour. Le plus simple en matière de voyage, c’est encore de partir. En revenant, c’est sa vie qu’elle mesure, sa vie qui tient en cet écart entre les promesses de son enfance et la nostalgie d’un souvenir.

(…) Elle ne cherche plus son père dans son rêve, puisqu’il n’y est pas. Il est dans un autre rêve. Il porte un col roulé noir, conduisant sa fourgonnette pour venir au secours de familles poursuivies par les dettes ou la radioactivité. Il porte des baskets pour ne pas faire de bruit et des gants, chuchotant des ordres brefs dans le noir. Laissant des faux indices qu’il avait récupérés ou imprimés lui-même, cartes de visite ou factures pointant vers d’autres adresses où l’on ne trouverait rien, si la police, l’assurance ou les mafieux de la banque essayaient de remonter une trace. Elle sourit dans son sommeil en se disant qu’elle n’avait jamais imaginé son père au travail, lorsqu’il était courtier. Elle a le sourire de son père, elle le sait depuis qu’elle a récupéré dans ses affaires de bureau sa carte professionnelle.

Sur les berges de le Kamogawa elle croise Richard B. C’est étonnant. Il porte une chemise hawaïenne et se promène, le nez en l’air comme elle l’a toujours connu. Il est entouré d’étudiants rieurs, éméchés, trop contents de pouvoir essayer leurs trois mots d’anglais. Elle se demande s’il va rester dans son rêve , lorsqu’il sera reparti en Californie. Elle lui dit au revoir avec la main. Il ne l’a pas remarquée. Et elle continue de marcher, les lumières d’autres quartiers s’allument à leur tour, les rues se vident et le temps passe, emporté par le vent sur les bords de la rivière comme des poussières de Japon. C’est chez elle. Elle reprend le cours de sa vie.

Les évaporés
Thomas B. Reverdy
Flammarion

Je me suis évaporée une fois, puis deux, puis trois, mais jamais, jamais encore, je ne suis revenue. Ce roman délicat m’en donne le goût. Peut être qu’un jour je revivrai qui je suis.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Publié dans Ever Whatever, Slide Home

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