Narcisse toi-même, pour un narcissisme de vie

Le narcissisme correspond au clivage du moi précoce qui précède au mécanisme premier de protection psychique adulte qu’est le refoulement. Il pose les fondations, de soi, de la relation… Du métier d’accompagnant. Il préside à notre vocation, autant qu’aux refondations que nous menons auprès de ceux au en accompagnons. Confiance, constance et courage c’est ce que je souhaite alors à mes étudiants.

Le refoulement arrive avec L’Oedipe vers l’âge de six ans, lorsque la petite fille, le petit garçon, enfouissent à jamais leurs fantasmes de sexualité infantile, et le viol de la mère et le meurtre du père, la séduction du père et la trahison féminine, la visée d’enfanter rien que pour eux, qu’ils originent.

« Oubliés » dans l’inconscient, ils remontent à la conscience régulièrement, par poussées, par moments clés, et ils teintent d’une coloration violente et sexuelle toute autre relation postérieure, à l’homme, à la femme, à l’autorité, à l’enfant, descendant. Ce qui fut interdit devient le surmoi et le moi est social, le « self » dit-on aussi selon les psychologies, par opposition au « soi » profond qu’est le moi avec ses élans libidinaux (ça), cherchant satisfaction tantôt dans le plaisir, tantôt dans le déplaisir, au delà d’un principe que Freud démonta.

Le clivage du moi, lui, correspond à la période pré-oedipienne, infantile mais aussi adolescente, celle du narcissisme primaire, où l’enfant, le pubère ensuite, ne pouvant pas concevoir sa vulnérabilité et son impuissance d’être-dépendant bâtit en lieu et place de l’absence d’une réponse immédiate et pleinement satisfaisante (le sein, son réconfort mais aussi sa dévoration, sa possession destructrice, comme le sera plus tard le désir impossible d’une disponibilité totale de maman, de l’amant), il bâtit en lieu et place du « moi idéal » de sa conception, un « idéal du moi » ou plutôt, des idéaux du moi successifs, comblant de réponses partielles son existence séparée : le caca qui reste chaud et doux collé, ses doigts de main qu’il avale et qu’il mutile, l’auto-érotisme possible de tout ce qui lui tombe sous la main, un sucre volé, son sexe érigé et qu’il est si bon de frotter, pour la fille davantage l’air de rien « se frotter ».

Ces « idéaux » cohabitent au même niveau : le caca est plaisant et vite irritant, le doigt est un téton et le marteau piqueur d’une bouche déformée, le sucre est une claque aussi vite endossée, le sexe est sans fin. Plus tard, des relations extra conjugales et des coups tentés en marge des affaires courantes seront à la fois la jouissance et la peur retrouvées. Sans que cela ne trouble l’image pleine que de soit on se fait.

 » Maman ne peux pas être méchante alors si ce sucre me vaut une tape c’est que j’aime être tapé(é) et gourmand(e). C’est moi ça. Et c’est mon idéal du moi. Et ma maman reste idéalisée par la même occasion… »

L’identité devient le composite de toutes ces choses que l’on fait sans « jugement ». Anciennes d’un temps d’enfant.

Narcisse toi-même

Le narcissisme met en échec le travail psychanalytique. Là où le refoulement peut être appréhendé un instant par le transfert sur le thérapeute d’affects anciens, le clivage se passe d’affects. C’est surtout qu’il les dénie, leur trouvant une place dans ce composite pré-cité tout aussi clivée. Ils sont là mais pas en lien. Et le sadisme ou son complémentaire le masochisme morbide, primaire, sont les seuls émois, sur la base de sensations, plutôt que de ressentir des sentiments élaborés, sur la base de pensées, de libre association, de liens : Maman est belle et douce et monstrueuse et méchante.

Pour l’accompagnateur, c’est la bourse ou la vie. Ce qui veut dire la mort en face. L’amour au bord du gouffre. Bandit des chemins de l’inconscient :

  • soit, il persévère dans la recherche d’un sens, lourd d’affects dérobés, baluchon existentiel, juste consolable et donc à nouveau réduit à l’auto-érotisme et les dépendances,
  • soit sa persévérance présente le moindre défaut, et ils sont nombreux en écho de ce Narcisse d’un seul tenant qu’est le client peu patient.

Il risque la « décompensation » : les clivages cèdent, ils ne « compensent » plus tout ce qu’ils additionnent impunément, revient l’angoisse la plus primaire d’éclatement, de morcellement, d’effondrement. Le travail de déconstruction et de reconstruction demande du temps. Ce sont les enfants boiteux de l’Oedipe qui échappent au destin tragique de Narcisse, collé à sa propre peau. Ils remarchent à nouveau. Sur la base solide d’un narcissisme secondaire, d’un narcissisme de vie et non de mort.

Le narcissisme de vie

Le narcissisme ne peux pas être considéré comme un concept achevé, non plus. Freud l’a initié, les générations successives de psychanalystes tentent de le saisir comme je le fais. C’est notre travail premier. Narcisses comme je le disais. Car le narcissisme est fragile comme un miroir qu’on se tend. Au plus précoce de notre venue au monde, pas celle de l’accouchement, mais celle de nous face au monde, tentant de le percer de tout notre nouveau. Et nous perçons de notre monde celui de nos accompagnés, et réciproquément.

La mélancolie en est la pathologie type. La fabrique à « idéaux du moi » se grippe. La mère qui a tapé lorsque on a osé dépasser la limite est perdue à jamais et indéfiniment recherchée. La mère aimante, capable d’un « masochisme créatif », est réduite en morveux. Le traumatisme reste. Il ne cède pas la place au fantasme, qui exprime lui la violence propre à l’enfant. Et la transforme dans ses propres créations autres que faire à la mère un enfant et un affront.

Le narcissisme triomphant ce serait alors. Dit « secondaire » par évolution du « primaire » dont il était jusque là question. Et puis, comme avancé plus haut, l’Oedipe recouvre tout ceci de son refoulement. Les clivages restent enfouis. Ils resurgissent à propos. À chaque fois qu’une limite peut être dépassée à nouveau sans que ce soit un « se perdre » ou perdre l’amour.

Au contraire. L’amour est vainqueur. Freud en est mort et nous l’a laissé en enseignement. Et nous qui accompagnons, le réapprenons de notre propre métier à la vie à la mort. Narcisses accompagnants.

A suivre le récit de cet héritage de Freud par Olivier Bouvet de la Maisonneuve, en Séminaire psychanalytique de Paris du 16 juin 2016. Qui a largement inspiré mon dernier cours à l’Université de Cergy Pontoise en DU Executive Coaching du 17 juin alors. Ce papier en est la trace, amorce d’un cursus nouveau : le développement psychique et relationnel de stade en stade de développement. Narcisse et Œdipe structurants ensemble et tout autant.

Complément du cours de Roland Brunner « Diagnostic de Structures psychiques, psychopathologie, indications et contre-indications au coaching ». Ce tronc de formation constitue l’approche psychanalytique du coaching.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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