Le narcissisme à propos, par Olivier de la Maisonneuve, psychiatre adolescent

Le narcissisme ne peut pas être considéré comme un concept achevé. C’est la mal-structure psychique et cela va être aussi la mal-clinique de la psyché, une recherche, d’essai en erreur.

A suivre le récit de cet héritage de Freud par Olivier Bouvet de la Maisonneuve, en Séminaire psychanalytique de Paris du 16 juin 2016

Lorsque le déni du narcisse cède la place au refoulement dans la dynamique œdipienne, il est enfin un passage du traumatisme au fantasme, avec la déferlante de violence de son propre désir incestué, que l’on oubliera aussitôt, aussitôt que l’on s’en sera séparé, rapproché d’autre que soi et « les siens »

Pour Freud qui associe étroitement la réflexion, la pratique et l’implication personnelle, ce n’est pas tant dans les cas qu’il rencontre que dans ses correspondances à propos de lui même s’il perce le mystère de Narcisse à Œdipe.

Et notamment dans sa correspondance avec Fliess qui fait état d’une relation de rivalité fraternelle qui prend la place de l’inceste possible avec le père-vers.

Narcisse et Œdipe organisent notre vie psychique. Narcisse la fonde et Œdipe la structure.

8 propositions à propos de narcissisme

1. Le Narcissisme est un stade dans le développement psychique et désirant

En 1909 Freud passe de la dénomination de l’homosexuel, à la définition d’un stade dans le passage de l’auto érotisme à la relation d’objet.

L’amour de soi est une étape normale, il est développé dans son texte de 1915 « Le président Schreber », décrivant la paranoïa en tant que stade préobjectal et de délire de grandeur.

2. Le Narcissisme est un mythe agissant dans le psychisme

Dans le repli sur soi, dans la dégénérescence de l’autoérotisme, le schizophrène devient le prototype de la maladie. Pour Freud au contraire il n’y aurait pas aux stades précoces ou fixés, il n’y aurait pas de déficit mais d’excès de libido.

Freud s’accorde et nous accorde un paradigme consistant à l’emploi d’une méthode non scientifique, la mythologie, en tant que méthode connue pour explorer un domaine inconnu. Il invente ainsi de toutes pièces le mythe du père de la Horde pour signifier la psychogenèse.

« Pour introduire le narcissisme » est l’ouvrage qui place pour la première fois côte à côte les pulsions libidinales, d’objet, et les pulsions du moi, autoérotiques. La perte libère le désir attrapé dans la mère, l’investissement libidinal revient vers soi.

L’objet est idéalise, réduit à une idée, une image qui se réintroduit dans le moi ; c’est le narcissisme secondaire, celui de l’idéal du moi, qui est l’instance première permettant ensuite le refoulement et la sublimation.

Il n’y a pas de distinction fonctionnelle, la libido du moi et d’objet est la même, la distinction est topique (des lieux et des dynamiques 1914)

Le Moi moi devient l’organisateur des défenses et non, une simple image, il n’y a pas de objectivation claire, la représentation est illusoire, métaphorique.

C’est ainsi que surgit le Modèle de l hystérie, qui subit une impasse thérapeutique à partir de 1900.
3. Le Narcissisme organise le champ des névroses

Dès 1916, aux côtés des névroses de transfert, les névroses narcissiques mettent en échec la cure.

La résistance est insurmontable. Dans les névroses actuelles, celles traumatiques, sont reconnues à nouveau à les névroses narcissiques. Mais reste la différence du fantasme.

C’est là que se fait la distinction entre l’institution avec ses gestions narcissiques, et la pratique des psychanalystes libéraux plus adaptée aux névroses de transfert. Les dépressions et les états limite.

Les névroses narcissiques sont des pathologies de l’objet. L’objet est celui qui va fixer la pulsion. Il est un retour au Phallique. Une perte du but après la perte de l’objet. Le moi n’est pas pris comme un nouvel objet, de réinvestissement. Le but ne sera plus la sexualité mais l’identité, l’idéalisation des pulsions partielles de l enfant. La Pulsion génitale unifiante est perdue.

Il y a risque de décompensation dans le désir.

La réponse de Freud est son œuvre « Deuil et mélancolique » où il décrit l’éveil suite aux incidents de la vie du mécanisme pathologique qu’est la dépression et qui se substitue au mécanisme sain.
4. Le Narcissisme est une identité d’identification à un objet perdu, ce qui part comme une identification sexuelle revient.

L’Œdipe est le narcissisme réussi.
La mélancolie, un échec – lorsque le petit enfant remplace la mère bienveillante par la mère absente la psyché s’en défend par le clivage. Chez l adulte « l ombre de l objet tombé sur le moi »

Ambivalence du lien aux figures parentales, amour et haine dans le désir, la haine marque une distance. J’ai É contact, amour absence.

En 1917 Freud esquisse de la théorie du moi jusqu’en 1923 où il aborde le moi et le ça, le narcissisme et la sublimation qui est en soi une activité libidinale ne se réduisant pas à l’identification. Le ça est le vrai réservoir des pulsions moi. Le petit soi que forment le moi d’origine et le ça porte les traces des liens abandonnés, des résidus, l’identité, l’altérité, le sentiment être un autre, nous sommes des morceaux d autres…

5. La pathologie narcissique vient de la desintrication des pulsions

En 1920 avec « au delà du principe de plaisir » les pulsions sexuelles et du moi proviennent de la même source. Le moi est un objet comme les autres et il y a un peu de moi dans les objets, comme les objets sont en moi.

Freud aborde le Mythe de Eros et de la pulsion de mort avec la méthode scientifique.
Eros est l’amour réunification.
La Mort est le but ultime.
Eros un détour et sa fonction culmine dans la reproduction.

La Pulsion du moi et sexuelle sont réunies dans la pulsion libidinale. Eros dans le lien à l’objet qu’est la mort envahit le narcissisme. Alors que les pulsions de vie sont perturbatrices, celles de mort font leur travail sournoisement. Il en découle des bizarreries de fonctionnement, des mouvements sadiques, une libido de destruction de l objet associé à la conquête de l’objet.

Psychologie collective et analyse du moi phénomènes de foule et dépendance à un chef idéal du moi, 1921

Symptôme de dépendance dans les pathologies narcissique, hantise de l indépendance du névrosé. Hantise en dernier ressort du transfert massif !

L’angoisse de castration marque le retour du masochisme infantile dans le psychisme.

La forme ultime d’angoisse de mort est le désinvestissement. Le moi se rigidifie sur lui même. Il Renonce à l objet.

Distinction moi idéal première identification à la mère et idéal du moi composante sadique clivée, Les apports réguliers de Eros par la mère permettent de tenter d’apaiser cette instance. Et lorsque Œdipe survient, survient le surmoi qui intègre l amour dans la relation.

Névroses narcissiques sont alors la mélancolie, l’annihilation de la mère, un idéal du moi narcissique identifié à la culpabilité seule identité du mélancolique, sa méchanceté, sa défaillance. L’accusateur sur-moi prend toute la place.

6. Le déni est l’organisateur

Le Destin de la représentation devient le déni.
Le représentant de la représentation est refoulé.
Il y a surtout refoulé de l’affect.
C’est le symptôme de Freud décelé par Mélanie Klein. Son point aveugle.
Dans « Totem et tabou » Freud aborde le déni de la culpabilité.
Il renonce à la névrose narcissique en tant que névrose grave.

La Dissociation ou clivage prend la place du déni.

Il y a lutte contre le traumatisme, contre les perceptions externes qui lui rêvelent ses propres défaillances.

Dans le déni de réalité l’émotion prend la forme de représentations corporelles.

En 1938 , dans « clivage du moi », Freud fait la synthèse du déni de perception ou d’angoisse ; le succès n’ai atteint qu’au prix d’une déchirure dans le moi.

Les failles que nous nous reconnaissons nous permettent le plaisir, et nous annoncent la mort. Le déni en tant que mécanisme de petite enfance, cède la place au refoulement, confirme Mélanie Klein.

 

7. Le narcissisme est quelque chose d’indicible qui nous met entre la vie et la mort.

En 1939, avec « Moïse et le monothéisme », Freud redevenu hégélien, il est de retour à la pensée.
En faisant l’analyse du mythe, il décrit l’histoire du développement humain comme un passage du polythéisme au monothéisme avec le meurtre du père de la horde .
Avec l’acceptation de la mort, la vie prend son socle dans la mort.

Après le narcissisme réduit à la haine de « L’avenir d une illusion », en 1927, et « Malaise dans la culture », 1929, survient le dépassement du narcissisme des petites différences.
La réponse est le narcissisme de l’universalité.
8. Le narcissisme est universel.

Le Mythe du meurtre du père instaure une loi d’amour né de la culpabilité, de la perte, de la mort. Eros rassemble des individus qui partagent un désir haineux.
Le Bonheur individuel cède le pas sur intérêt collectif.
La Pulsion de mort s étend au groupe social.

C’est le retour de « psychologie des masses » (1921), où l’on amour narcissique mère enfant agit, à condition pas se faire déborder par le sexuel.

C’est le retour du masochisme créatif de la mère, de son dévouement, sa fantaisie, plutôt que le sadisme destructeur de l’enfant, le tyran.

Le sursaut d’Eros c’est la pensée, vient ainsi le triomphe du narcissisme organisé par le masochisme.

Le Surmoi réunion d’Eros et de la pullmsion de mort nous réconcilie avec nous mêmes et avec les autres.

 

Conclusion

Le narcissisme est un concept pour penser le psychisme
Il est à l’interface de l’individuel et le collectif.

Le narcissisme s’accomplit par l’amour
Narcisse et Oedipe sont inséparables dans la vie psychique. Œdipe donne des mots à Narcisse. Le Moi se différencie du ça. La haine qui colle se détache dans un surmoi transcendant, généreux.

Le narcissisme est la pathologie qui ne vient pas d’avant mais d’après, celle pour penser, panser l’avenir, celle de la créativité. L’amour restaure cet avenir. Difficiles, défaillants, les ados, si nous les aimons, ils sortent de leur dépression. Et vous et moi alors.

Olivier de Maisonneuve est psychiatre à Sainte Anne et sa spécialisation est la dépression adolescente.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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