Ne changez rien…

– Toujours ces réveils intempestifs dans la nuit.
Cela ne change pas… Cela ne change rien…

Abattue elle. Silencieuse moi coach. Et le réveil et le rêve se tissent ici même entre deux fauteuils et mon regard divan.

– Si. Ce qui est nouveau est qu’auparavant, je me réveillais tôt, et que désormais, je réussis toujours mon réveil de la nuit, mais je rate volontiers mon réveil matinal. Et je m’épuise alors… de courir et courir et courir, du lit au bureau, vers le Car et en retour.

Et puis cette semaine, sa présence est requise, non plus « au bureau » en banlieue forestière mais au sein d’une Convention inter-Entreprises. Nul besoin de courir, ni de Car, ni de fuite, ni de planque .

Elle va pouvoir se rendre, « à pied » de son tout petit nid sous les toits de Paris à la scène du monde.

– Mais je calcule mal et je cours et je cours encore et encore !

Face à ses répétitions symptôme d’un jadis, je hasarde un classique de l’accompagnement : le voyage express en enfance. Puisque moi-même j’y suis.

– C’était comment, vous, petite fille entre l’école et la maison ? Ou tout autre déplacement… En vacances, en famille, chez des amis… Qu’est-ce que cela vous évoque ?

– Le souvenir qui me vient est la première hospitalisation de ma mère…

Inconscient ne répond pas sur commande. Il s’invite en écume passée des jours présents. Entre mes doigts je tente de la retenir un instant et en faire peut être la dentelle d’un autre lendemain.

– Vous inquiétiez-vous pour elle ?

– Pas vraiment. J’étais même plutôt heureuse que cela cesse. J’en avais un peu assez de leurs querelles… À chaque fois un objet à la main – peu importe : un fusil, un couteau, une bricole qui traine dans le salon -, papa se prenait à elle et moi j’accourais protéger, de mon corps de petite fille vive, son corps de femme soumise, et lui éviter peut être le pire.

– N’aviez-vous pas peur pour vous non plus ?

– Non.

– En étiez vous complice ?

– Pardon ?

J’entends alors l’énormité que j’ai dite : complice du bourreau. Ces lapsus involontaires, de l’accompagnateur lui-même, tissent toujours la dentelle sur les vagues de l’inconscient. Mais une fois que c’est dit, je peux le dire autrement, et faire tirages papier glacé du négatif (cf. L’inconscient de l’analyste comme le négatif de la vie psychique du client – André Green).

– Avait-il de la complicité entre votre père et vous ? Vos relations père-fille semblent avoir été sympathiques, pour que vous puissiez « alchimiser » sa colère en bienveillance envers vous-même.

– Je suis la benjamine. Maman nous a souvent raconté que  » papa n’a pas toujours été comme ça ». Je pense que ce sont les bons souvenirs qu’en gardent mes aînés.
Moi je n’ai pas connu ça, mais en même temps, étant très petite quand  » papa a dérapé « , j’ai sans doute pu tisser avec lui les liens affectueux d’un bébé grand à un bébé vrai.

Et elle poursuit vaillamment la libre association de ses affects et pensées tels qu’ils affleurent à son préconscient :

– C’est qu’ils devaient tous deux traverser ma chambre d’enfant pour se rendre en leur chambre de parents. Et alors que je dormais j’entendais  » pan-pan-pan « . C’était les pas de mon père avant ou après son forfait, je n’en savais rien, mais je distinguais sa silhouette toujours son truc à la main.

– Les coups, les foulées, le « fort fait » originel, l’objet, ou même le truc, à la main. C’est une formidable condensation, comme un rêve éveillé qu’ici vous contactez, et qu’en votre vie d’aujourd’hui vous répétez.

– Je contacte surtout que je suis moi-même devenue – en famille, en amour, au boulot -, attaquante, rejetante, fugitive, impitoyable, hypersensible !?

Elle a déjà fait  » le retour vers le futur  » que conclut toute analyse. Ce ne sont plus aujourd’hui nos parents responsables de nos bêtises… Ne reste plus qu’à poursuivre de séance en séance le travail inconscient et l’intelligence de la relation.

– Nous allons nous arrêter là pour aujourd’hui. Mais vous voyez bien que vous n’avez pas tant besoin de changer vos rêves et vos courses, vos coups rates et réussis, à présent comme hier. Bien au contraire. Le temps psychique est rétif au volontaire : il est inconscient. Laissons lui faire son travail. Vous vous y retrouverez. Et surtout telle que vous êtes, ne changez rien.

(C) Caras Ionut
(C) Caras Ionut

Auteur : Eva Matesanz

Eva Matesanz est psychanalyste et socionalyste. Accréditée pour intervenir en entreprise en tant que coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique - la clinique c'est le cas par cas - au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation croisée des penseurs de l'inconscient et de ceux de la volonté. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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