La parole derrière le tag

Il aime « hashtaguer » ses photos en partage d’un #paslesplusmalheureux.
Et lui, il scande « y a pire », à longueur de ses statuts publiés.
Et moi je me dis, au vu de ma ritournelle à moi « c’est pas si grave », qu’ils doivent en avoir en leurs besaces d’enfance quelques crapauds jamais princiers.

Et j’aime vous faire le vrai récit de mon tag à moi: la gravité, retrouvée et reperdue. Libérée.

– Je prends mon plaisir, mon tout petit plaisir, là où je peux, et le reste j’évite d’y penser…

– Vous n’y pensez peut être pas consciemment, mais votre inconscient déborde de ce qui est refoulé. – Elle ne me lâchera pas, pas elle, pas cette fois-ci, pas sur son divan.

Et j’ai depuis, petit à petit, fait le lien entre ce qui a été gravé jadis, ce qui fut grave et qui le reste aujourd’hui.

Ces petits plaisirs étaient, alors comme à présent. ceux de la table, des toilettes et du lit. Universels et intimes.

Les mauvais moments que j’aurais aimé « édulcorer » étaient ceux :

– de la colère du père, le mien, puis celui de mes enfants, celle des « pairs » de métier, à table souvent, de réfectoire ou de réunion ;

– du dégoût de la mère, la mienne, et de la mère dégoûtée que je suis, et aux toilettes et hors toilettes vomir et diarrhées ;

– du froid, de l’énorme froid qui entourait ma couche, et qui l’entoure quand tu pars, absence présente du couple parental, jamais enveloppant, toujours « hors de soi ». Occupé à du « ne pas »…

Tant mieux ! Pourrait-on dire. Pour l’enfant.

– Lui faire une place dans le lit des parents, des fois c’est oui, des fois c’est non.
– L’aider à reconnaître son besoin autour du pot et/ou répondre au désir de maman.
– Rencontrer l’autre différent, le père, s’en faire manger tout cru et recracher tout nouveau.

Sauf qu’ils n’y avait pas de mots. Pas de hashtags reconnaissants.

Le rêve, c’est le rêve qui m’a révélé la forme qu’avait pris « le mal » qui, moi, me ronge, qui, de ne pas se dire, s’était tapi dans mon inconscient. Le rêve de perdre les mains, d’en faire des lambeaux de mes dents, depuis les ongles et jusqu’au coude, comme m’y encourageait ma maman, avec bien peu d’écoute et de compréhension alors : – jusqu’au sang.

– Voyez vous que c’était gravé, très grave, votre abandon ? Aux plus essentiels instants – se nourrir, s’endormir, se délester du trop -, vous avez été privée de sérénité, de sécurisation. Se mutiler étant enfant est une des plus fortes angoisses possibles, une angoisse d’anéantissement.

– C’est de parler que je m’empêchais surtout ! D’hurler mon désarroi… De respirer aussi. C’est ce qui me vient face à vous et à l’instant…

En présence de l’analyste, la véritable pensée, inattendue, pas réfléchie du tout, reflet de nous, surgit de l’analysant même. La parole nue. Et l’analyste lui apporte les soins premiers enfin. Son regard et son accueil silencieux. Je poursuis :

– Et aujourd’hui je respire, mes ongles sont longs, mes mains aiment faire, du bien et du beau, ma bouche aime dire « ce qui est » pour moi, et ce qu’elle entend de toi, de ceux que j’ai choisis, pour les aiMer, pour les aiDer. Les premiers sont mes proches. Les deuxièmes sont mes clients. Et leur parole leur appartient.

– Aujourd’hui vous êtes vous. Rien de moins. Rien de plus. Sans étiquettes floues.

 

tthe

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

Tagués avec : ,
Publié dans Slide Home, Whatever Works

Laisser un commentaire

Se former

Pour ne rien rater de nos publications et apporter vos commentaires.

Suivez-vous!