Premiers dépliages à l’école de la supervision

Nous sommes à la première séance au complet de la Compagnie des Superviseurs, cette proposition, qu’André et moi même, faisons ensemble de se former en groupe de pairs, comme les psychanalystes le font, au commentaire impossible des cas absents. Là où « la profession » du coaching a tendance actuellement à légiférer, contraindre, définir et maîtriser l’élan d’accompagner ceux qu’accompagnent, la force vitale qui pousse des accompagnateurs à accompagner leurs semblables et toujours différents.

Il a été déjà question, lors des rencontres individuelles la précédant, d’un questionnement d’accès à travers la supervision à la position de père, ou même de mère, supérieure. C’est notre position d’enfant, qui est revenue à la place : « à l’écart de mes parents, tout seul, comme l’est le superviseur, ni par dessus ni en dessous, mais dans une autre pièce à côté » ; ou « dans l’obligation d’assumer une responsabilité sur la fratrie, ou une médiation, qu’eux ils oblitèrent » ; ou bien « vraiment toute seule, puisque si je devais me rapprocher de quelqu’un ce serait de mon seul frère et lui jamais il ne l’a cherché ».

En cette assemblée de décembre, revient le thème du rejet, du spin off et du spin up, c’est selon. Et c’est tout à la fois.

Ainsi, Florence, qui a eu récemment le cas d’un des coachs qu’elle accompagne et qui souhaitait mettre fin à l’accompagnement de son client. Elle n’a pas su comment l’aider, dit-elle, puisque cela l’a replongée dans un rejet qu’elle a, elle-même agi, il y a quelque temps de cela. Elle a repoussé, à son goût trop violemment, une demande de sophrologie, à l’issue d’un parcours de coaching dont cette demande se voulait complémentaire.

– J’accompagne en médiation, en coaching, en supervision et en thérapie. Mais je choisis qui dans quoi j’accepte. Et quand est-ce que cela se finit !

Cela questionne beaucoup le groupe ce sujet, fort débutant en apparence, des limites d’une pratique à l’autre. Et cela embarque André dans un ici et maintenant et lui dans le champs :
– Regarde Florence comment ici tu nous aspires tous dans ton questionnement sans frontières de nos expériences personnelles et de nos pratiques professionnelles. Ce n’est pas le rejet que tu cherches mais la fusion des multiples contraires !

Pour ma part, comme la fin n’est pas une question – quoi qu’il arrive elle arrive de sa belle mort -, je replace la question aux origines de la relation, et j’avoue ma répulsion :
– Ma tendance naturelle est de n’avoir aucune envie de démarrer un accompagnement avec un inconnu, une inconnue, quelle qu’en soit la demande, l’application ou la diversion. « Qu’est ce qu’il vient encore m’emmerder celui là » est mon seul questionnement massif, jusque là je pense inconscient, mais à force de superviser et de supervision, désormais tellement présent ! Alors je crois bien que c’est pour cela qu’eux où elles s’accrochent à moi malgré moi !

Léon prend la parole sans transition : – Je me retrouve dans ce que tu dis mais mon élan est plus actif : « je ne veux pas de toi et j’irai te chercher dès la première séance ».

– Tiens ! Moi je ne m’étais pas posé la question d’un refus possible de l’autre ! Il faut dire nous sommes des coachs internes, et les cas nous sont assignés par une main invisible. – Ajoute Celia.

Karine boucle la boucle de son cheminement personnel : – J’ai détesté avoir une sœur, et j’ai même failli la tuer. C’est peut être cela que je m’interdis de faire.

Je vais alors jusqu’au bout de l’origine de mon propre élan séparateur : – J’ai fait de même avec mon frère. Mais je reconnais que c’est sur la tête des parents que pesait mon avis de recherche, morts ou vifs, alors que c’est lui dont je secouais la tête contre les murs de la maison.

N’est, et naît, peut être superviseur que celui qui s’y connaît en recherche des limites, qui excelle à les poser, les siennes, au dehors. Avec moins de casse progressivement. C’est son chemin personnel de se rassembler en dedans. Moins de conflits intérieurs, et des conflits extérieurs poussés à bout par la parole, et sublimées en collaborations. Jamais parfaites. Jamais allant jusqu’à la fusion. Ou plutôt oscillant entre celle-ci et la tout aussi brutale séparation totale.

Là où le mère s’avance du double bind, les deux faces d’un seul lien originel, le lien multiple du groupe a fait reliure de possibles.

À suivre

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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