De la rivalité au droit de cité

J’avais aimé dans mon ouvrage de l’Art du Lien réunir en deuxieme partie, celle du Développement de l’enfant, aprés les premiers attachements et arrachements aveugles du nourrisson, les deux memes mouvements antagoniques qui se perpetuent. Avec, d’une part, l’edification psychique par identification aux parents, aux tuteurs, aux amis choisis, mise en évidence par la psychanalyse des processus inconscients (ce ne sont pas tant les transmissions effectives que la vie fantasmatique de l’enfant qui avais commencé par vouloir incorporer chaque Autre, et la mère en premier lieu, et qu’à ce stade il se resout à ne faire que repetir et mimer certaines caracteristiques qui composent leur identité), avec l’apparition de conflits internes a force de convoquer en soi ne serait ce que deux objets de désir s’excluant l’un l’autre comme los sont papa-maman, et davantage lorsqu’on y adjoint les relations avec la maitresse, le prof de sport et le voisin loufoque ; et d’autre part, le dépassement à chaque fois des modèles en presence par le fait qu eux à leur tour regardent ailleurs : maman regarde papa et inversamente, et ce n’est alors pas tant un conflit de les vouloir tous deux pour soi mais un défi de vouloir rivaliser avec chacun… Pour l’autre ! Et ca c est de Girard, et puisé dans toutes les intrigues des vies qui se donnent à voir : Dom Quichotte, Bovary, etc. Confirmé par les sciences, l ethologie comportementale comme l imagerie du désir.

Comment nous nous imitons les uns les autres…

 » Si les hommes, tout à coup, cessaient d’imiter, toutes les formes culturelles s’évanouiraient. Les neurologues nous rappellent fréquemment que le cerveau humain est une énorme machine à imiter. Pour élaborer une science de l’homme, il faut comparer l’imitation humaine avec le mimétisme animal […]. Si le comportement de certains mammifères, en particulier des singes, nous paraît annoncer celui de l’homme c’est presque exclusivement, peut-être, à cause du rôle déjà important, mais pas encore aussi important que chez les hommes, joué par le mimétisme d’appropriation.
Si un individu voit un de ses congénères tendre la main vers un objet, il est aussitôt tenté d’imiter son geste. Il arrive aussi que l’animal, visiblement, résiste à cette tentation, et si le geste ébauché nous fait sourire parce qu’il nous rappelle l’humanité, le refus de l’achever, c’est-à-dire la répression de ce qui peut presque déjà se définir comme un désir, nous amuse encore plus. Il fait de l’animal une espèce de frère puisqu’il le montre soumis à la même servitude fondamentale que l’humanité, celle de prévenir les conflits que la convergence, vers un seul et même objet, de deux ou plusieurs mains également avides, ne peut manquer de provoquer […].
Mettez un certain nombre de jouets, tous identiques, dans une pièce vide, en compagnie du même nombre d’enfants : il y a de fortes chances que la distribution ne se fasse pas sans querelles. L’équivalent de la scène que nous imaginons ici se voit rarement chez les adultes. Cela ne veut pas dire que la rivalité mimétique n’existe plus chez eux ; peut-être existe-t-elle plus que jamais, mais les adultes, tout comme les singes, ont appris à se méfier d’elle et à en réprimer, sinon toutes les modalités, du moins les plus grossières et les plus manifestes, celles que l’entourage reconnaîtrait immédiatement. »

…et comment désamorcer la rivalité

« Les règles du royaume de Dieu ne sont pas du tout utopiques : si vous voulez mettre fin à la rivalité mimétique, abandonnez tout au rival. Vous étoufferez la rivalité dans l’œuf. Il ne s’agit pas d’un programme politique, c’est beaucoup plus simple et fondamental. Si autrui vous oppose des exigences excessives, c’est qu’il est déjà dans la rivalité mimétique, il s’attend à ce que vous participiez à la surenchère.
Donc, pour y couper court, le seul moyen, c’est de faire le contraire de ce que la surenchère réclame : payer au double la demande provocatrice. Si on veut que vous marchiez un kilomètre, faites en deux ; si on vous frappe la joue gauche, tendez la droite. Le royaume de Dieu n’est rien d’autre, mais cela ne veut pas dire qu’il soit d’accès facile. »

Extraits de Quand ces choses commenceront…

Sous forme d’entretiens (avec Michel Treguer), une immédiate et vivante introduction à son œuvre (Arléa, Poche, 1996)

Biographie
25 décembre 1923 : naissance à Avignon.
1943-1947 : études à l’Ecole nationale des chartes.
1947 : départ aux Etats-Unis pour enseigner la littérature.
1952 : mariage avec Martha.
1961 : Mensonge romantique et vérité romanesque, premières bases de sa théorie «mimetique ».
1980 : intègre la prestigieuse université américaine Stanford, en Californie.
2005 : élection à l’Académie Française
2015 : décès à l’âge de 91 ans

Et je trouve que la relève d inspiration que je choisis a l instant où Girard vient à mourir, et en la personne de Cynthia Fleury, d être irremplaçables et en lien, avec l autre, les autres, et dans le courage d un víde qu ils ne combleront pas, même en groupe idéal, sur tout pas, je trouve que cette relève est un modèle sans surenchère possible. Au Développement Personnel et aux recherches de HP (Haut potentiel) succède peut être un jour le retour au désir Originel, celui d’être né et de mourir pour seule conquête partagée. Entre les uns et les autres le droit de Cité.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Slide Home, Whatever Works

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