Sans odeur, sans saveur, sans y toucher ? S’en sortir aujourd’hui et demain

L'atelier des jardiniers

« À un moment donné, j’ai rejoint une équipe sans histoire. Je veux dire qu’on n’avait pas de liens entre nous, on ne se connaissait pas d’avant. C’était en plein confinement, on avait juste Zoom pour travailler ensemble. Et donc, il y avait une femme avec une voix très rauque. J’ai aussitôt pensé à une fumeuse. De longue date sans doute. Même si, bien sûr, il n’y avait pas les odeurs à distance. »

IL N’Y AVAIT POURTANT PAS D’ODEURS

C’était l’autre jour, lors d’un échange entre « télétravailleurs » d’actualité et pour longtemps peut-être dans le cadre de l’animation d’une nouvelle série « Les dossiers de l’écran » auprès de la fonction publique. Il s’agissait cette fois-ci d’un atelier en petit groupe et en libre parole pour déplier les histoires qu’on se raconte dans le travail sans contact, à distance.

André de Chateauvieux, porteur et réalisateur de cette initiative bien accueillie par le Lab de cette entité puissante, en transformation bien entamée avant la crise, accélérée par la situation, André ne s’est par porté sur ce que cela pouvait renvoyer cet univers du fumeur pour celle qui parlait. Ce n’était pas utile de savoir, c’est déjà beaucoup de mettre au jour cette dynamique de projections.

Et puis elle a continué : « Il faut dire aussi que l’univers de cette femme-là – en tout cas ce qu’on percevait de l’intérieur de chez elle, à travers l’écran – était plutôt sombre, comme embrumé. Et j’en ai parlé avec des collègues de l’équipe, ils avaient la même impression. Mais un jour, alors qu’on ne lui avait rien demandé, elle nous a dit qu’elle avait subi une opération chirurgicale au fond de la gorge. Et c’est pour ça qu’elle avait cette voix-là, très particulière. »

Ce « cinéma intérieur » n’est pas réservé au distanciel et aux équipes « sans histoire ». Oui, sans même le savoir, à chaque instant, on se fabrique plein de projections sur l’autre et de quiproquos alors. Avec plein d’effets sur nos manières d’être ensemble et de faire équipe. D’être avec soi au fond.

A LA MAISON DANS UN JOB SANS SAVEUR

 » Depuis le mois de mars nous sommes comme pestiférées.  » – Elle travaille au marketing d’un grand groupe industriel. –  » Après vingt ans d’entreprise et de missions de par le monde, je suis au rang de data scientist et le travail à distance totale m’a été imposé. Seuls les marketeurs en lien opérationnel avec le commercial, la fabrication, le marché sont admis en présence ou en réunion dans les bureaux parisiens. Pourtant l’activité est en forte mutation. Avec mes collègues, nous savons que des changements interviennent dans l’organisation. Nous avons l’impression d’en être éjectées, ou du moins mises de côté, comme les ingrédients d’un gâteau qui se ferait sans nous désormais. « 

Il y a dix ans j’accompagnais celle qui s’exprime ainsi aujourd’hui lors d’une nouvelle première séance sollicité à la volée, en visio et sans chichi.

A l’époque il s’agissait de développer une activité de loisir à loisir, en parallèle de son job prenant. Ses origines l’ont amenée naturellement à en faire une affaire de « cakes ». Délicieux et conviviaux. Avec d’autres comme elle. Cela a duré un temps. Aujourd’hui, elle est aux fourneaux à la maison. Pour son employeur et pour sa famille tout autant. Mais sans saveur, souvent.

Aujourd’hui, c’est l’appel de collectifs entiers qui s’exprime à travers elle. Le pouvoir se resserre autour de quelques uns. Et pas forcément pour changer en profondeur.

Le monde s’exprime de ces quelques explorateurs et penseurs de terrain, volontaires, en séance privée ou en atelier. Les groupes d’entraide se démultiplient. L’entreprise les favorise au mieux. Sans les ramener de suite au « brainstorming » créatif ou à la résolution de problèmes animés par des experts. Plus question d’avancer masqués. Les gens n’en veulent plus. Ils veulent respirer. Et manger sur l’herbe. La sentir à ses pieds. Aujourd’hui et demain.

SANS Y TOUCHER

Cette semaine enfin, j’intervenais lors d’une visioconférence à enjeu, sur les écosystèmes économiques et sociaux désormais. Les associations professionnelles qui ont servi traditionnellement de zone d’influence et de hub de rencontre se retrouvent débordées.

  • D’adhérents qui se cherchent une place à trouver.
  • De grands acteurs industriels et de services qui y puisent l’air du temps et le gaz et l’eau dans le gaz.

« A quoi bon bâtir un prévisionnel ? Faire émerger des idées innovantes ? Nous réfléchissons sur l’actuel, avec des états d’âme divers et nous nous confions sur ce que chacun peut ou pas engager à l’instant même. Et au lendemain, nous recommençons car ce n’est pas nous qui innovons pour nous targuer d’écosystème d’innovation, high-tech, nouvelle génération : c’est un mouvement de fond et un mouvement qui fédère les générations, les compétences, les incompétences, les risques et les conséquences. »

André et moi, nous animerons un parcours libre d’entraves institutionnelles et d’urgences écosystémiques, en petit groupe de praticiens de l’accompagnement sous toutes ses formes (formation, management, conseil, coaching, thérapie) sur toutes les questions que la transformation profonde de nos organisations et le travail à distance met en relief et amplifie. Sur toutes ces questions du travail en présence aussi. Et de la transformation voulue, menée de bout en bout. Au bout de soi. Au bout du monde, de lien en lien fondateurs de notre humanité.

S’EN SORTIR, LE COMING OUT AU NATUREL

Une série d’ateliers sur vos questions à vous par les temps qui courent, et les espaces qui bougent, sur vos histoires actuelles et d’avenir dans la participation et l’animation des équipes et des groupes, en présence, à distance et les formes hybrides entre les deux. C’est à la campagne près de Sens. À une heure de Paris-Bercy par le train. Les lundis 22 mars, 19 avril, 31 mai, 28 juin, 30 aout et le 20 septembre 2021 de 11h à 17h.

Et suivre la chaîne EvaTIPs du ComingOUT si vous aimez.

Illustration L’atelier des jardiniers au printemps, tel que ce sera pour vous accueillir en odeurs, en saveurs, sur l’herbe et en mouvement sans en douter.

Auteur : Eva Matesanz

Eva Matesanz est psychanalyste et socionalyste. Accréditée pour intervenir en entreprise en tant que coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique - la clinique c'est le cas par cas - au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation croisée des penseurs de l'inconscient et de ceux de la volonté. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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