Les sources inconscientes de la haine

D’après la Conférence d’ouverture de La Haine au féminin, Université de Paris Diderot

que j’ai introduit préalablement, ICI

 
Les sources inconscientes de la haine
Paul-Laurent Assoun
Le 19 novembre 2016

 

1. Définition de la haine

Qu’est-ce que c’est que la haine dans le langage courant, dans le dictionnaire, dans la linguistique que nous partageons ?

La haine est un sentiment (affect, passion) de profonde antipathie à l’égard de quelqu’un, tendant parfois à souhaiter l’abattement ou la mort de quelqu’un.

L’existence même de ce sentiment gène. Et en même temps, la haine est inspirante. Inspirer de la haine c’est imposer son existence, sa différence, à l’autre.

La phobie est une attraction irrésistible.
L’éprouvé de la violence est POUR une personne, l’aversion va VERS une chose.

La haine se définit aussi pourtant comme étant le contraire de l’amour qui est fait dans sa propre définition de sympathie, d’attirance, de bienveillance. Ô combien on est détruit par le bien qu’on nous veut… Cela ne semble pas si contraire au fond des choses.

C’est la psychanalyse qui permet de donner à chacune de ces passions sa place. Et à leurs rapports, la part du morbide et du vivant.

Freud, dans « La psychologie des masses », pointe comment « presque toute relation de sentiment intime, quelle qu’en soit la durée, laisse un sédiment de sentiment de rejet « .

Dans les « Trois essais de la théorie de sexualité », il affirme qu’il y a dans le Masculin de l’agressivité, oui, mais aussi dans la virilité, le corps est déterminant, sa sensualité.

Les Fonctions psychiques du masculin féminin se répandent dans toute son oeuvre et depuis, dans la clinique psychanalytique :

Actif-passif / phallique-castré

Le féminin se situe à priori du côté du paisible, alors que « faire naître » porte en soi, caché peut-être, comme un projet, le tuer.

La femme serait naturellement disposée à aimer, il y a une réelle spontanéité dans le rapport à l’amour de la femme du fait même d’être mère, mais elle est aussi dans la terreur. La terreur est structurelle de sa condition. Le destin de la féminité dans la culture est alors la haine, et dans la haine la femme est implacable, autant que dans l’amour.

La femme vient de, et, passe à, la haine car elle a été maltraitée, selon Freud.

Alors, comment conjuguer la haine au féminin par delà le crime ? Sans le crime qui la concrétise. La haine inconsciente de la femme.

 

2. La haine au féminin

De l’hystérique à l’érotique, le Voyage se révèle dans la phatologie. Là où ça touche le fond. Les « fous » nous donne à voir notre reflet le plus sombre.
L’érotomanie est le délire d’amour.
Le sujet est convaincu qu’il est aimé.
Elle ne lâche pas « le morceau »‘ lui il ignore qu’il aime tout simplement. Elle l’accepte, puis, après la période de grâce initiale, de don, elle lui reproche, violemment, la non reconnaissance du sentiment qu’elle lui a révélée.

Cette haine se nourrit et se développe sur un terreau d’amour.

D’un homme indifférent, de par nature presque pourrait-on dire, la femme fait un amoureux. La femme, amoureuse par nature, rend l’homme amoureux, qui ne le serait pas par nature.

Un des symptômes de la paranoïa avérée, de l’homme comme de la femme, du masculin en eux, est de s’éprendre d’une femme pour refouler qu’il ou elle veut un homme, qu’il ou elle veut rendre l’homme amoureux. C’est sa la folie de la haine et d’aimer.

Entre les hommes et les femmes, il y a l’Eros. Il y a cette co-construction, patiente, impossible. La guerre des sexes relève du pouvoir et est en cela un déni de l’Eros. Elle abat la relation.

L’Eros se termine par la haine, qui est à son tour recommencement.

« Et si je t aime prends garde à toi »
C’est cela l’amour. C’est cela Carmen, de Bizet

Alors, pourquoi la haine comme solution inconsciente ?

À quoi cela lui sert à une femme la haine ? Le harassement dont elle fait preuve ?

Procédons à un Portrait métapsychologique de la haine, pour arriver au féminin, dont elle part !
3. Approche psychanalytique de la haine

Freud ne s’installe pas dans le dualisme amour – haine.

La psychanalyse distingue les Pulsions du moi, narcissiques, et des pulsions sexuelles, objectales. C’est dans le développement psychique du sujet. D’autre part, elle reconnaît à tous les stades de ce développement des pulsions de vie et de mort.

La haine c’est le corrélât naturel de La Défense du moi. Vital.

Dommage, grand dommage, pour ceux dont la haine ne se forme pas.

Elle va quelque part cette haine du moi.

Dans sa forme première, elle a un effet dépressif.

Cette haine se colore d’érotisme et trouve son objet.

La haine de forme 2, c’est l affect qui montre le chemin aux pulsions de mort. L’indicateur.

Dans cette forme de haine l’affect montre la désignation de l’objet à détruire.

C’est le coup de foudre de la haine.

C’est rationnel, ce n’est pas d’instinct. C’est un choix.

La haine comme pulsion du moi est différente de celle qui désigne l’objet à exterminer. Qui ne se réinvestit pas dans le moi pour un idéal à la place d’un passage à l’acte.

La haine est efficace. Elle conçoit LA solution finale. Soulage le sujet, allège le poids de la pulsion de mort.

Dans le sujet sain cela donne l’ambivalence. Nos amours sont pétris de haine.

Il y a deux formes de haine aussi chez Lacan :

La haine jalouse et celle de l’être.

Lacan cite Saint Augustin qui pointe l’envie du frère de lait, pâle de jalousie, il regarde l’objet, mais pas tant l’objet que la jouissance perdue !

Il se met en mesure de priver l autre car il le prive, même s’il ne lui enlève plus rien. C’est la jouissance perdue qui est retrouvée.
Dans l’amour la tension est de s’enrichir l’un l’autre y compris et surtout dans le manque.

La haine de l’être passe ainsi par l’insupportable de l’existence de l’autre.

La haine, issue du narcissisme et de l’érotisme, vitaux, passe ainsi du côté de la mort.

Tout ce qui dérange l’enfant, pas encore doté de refoulement, il le met en dehors. Il le projette sur l’autre. Il ne se l’attribue pas. Il attaque le dehors pour répondre à ses propres attaques du dedans. C’est la pure haine.

Si c’est un homme de Primo Levy revient sur ce sentiment d’annihilation, de ne pas être regardé, ignoré du bourreau qui n’accorde qu’un statut de rejet, le sien, sans égard à l’apport humain de l’autre, face à soi, différent.

La conclusion en ce qui concerne la femme d’après cette première partie métapsychologique, anthropologique, de la haine serait la suivante :

L’amour et la haine ne procèdent pas du clivage d’un objet qui leur serait commun mais ils sont d’origine diverse.

– La haine vient du moi et peut se mettre au service de la pulsion de mort.

– L’amour vient de l’objet seul.

La source de l’amour et de la haine serait bien la mère seule.

 

4. Approche psychanalytique de la haine chez la femme

La mère est particulièrement source de haine dans le cas de la fille. Elle est l’objet de sa passion première, qu’elle doit immanquablement détester, pour s’en dégager effectivement. C’est le rôle de la haine. Sa fonction.

Sur la sexualité féminine, 1931, Freud décrit ce tournant. Ce « ravage » selon Lacan.

La haine chez la femme va être d’autant plus violente qu’elle va devoir liquider l’amour pour sa mère en la détestant radicalement. A la hauteur de son amour pour une femme, pour elle même.

La liaison maternelle débouche dans la haine.

La haine qui ne fait plus du bien pour faire du mal et se détourner de l’objet.

L’amour ancien va continuer à alimenter la haine, pour garder cette distance.

La femme, la figure de la passivité, de l’accueil, de la disponibilité, ne peut jamais être passive en effet !

L’homme hérite du père lorsqu’il s’éloigne de la mère. Il ne fait que s’éloigner, il ne fait pas ce travail de séparation que fait la femme.

Le travail psychique de la femme est le plus intense. Ce détournement est un travail pérenne.

Lui en vouloir ne suffit pas car elle l’aime tellement ! C’est le mot de Lacan cette fois ci construit de toutes pièces, de l’hainamouration.

La femme veut agir à l’égard de l’homme la figure de la mère. Naturellement. Culturellement.

Elle met en acte sa mère contre son mari. C’est ainsi qu’elle l’aime. C’est ainsi que l’homme l’accueille aussi. Il a hérité du père, il hérite de la mère.

La relation maritale est une revanche de la femme cherchant la destruction de l’homme pour parvenir à détruire en soi la mère.

Toute la vie passionnelle de la femme vient de cet amour rationnel.
La haine en est la forme paradoxale.

Ce serait le destin de la haine première. Mais il y a une post histoire : le lien aux frères et sœurs.
Il s’agit ici d’une haine qui passe par le spéculaire. Vol des uns aux autres. Don aussi peut-etre.

C’est sans compter sur l’adolescence, où un autre foyer de la haine s’allume pour la femme qui le devient : la perte de la virginité.

« Le tabou de la virginité » est dans l’œuvre de Freud depuis 1918. Il fait état de L’agression défloratrice. Il y a un vécu inconscient de la perte du penis dans la vierge. L’homme doit lui enlever quelque chose.

L’acteur de cette haine n’est pas le moi de la femme en ce moment d’Extreme passivation où le sang, la castration, revient dans le réel et fait tache.

C’est la perte d’un presque rien, même pas un organe mais une membrane. Freud, connaisseur de l’anatomie féminine dans sa position de médecin, utilise toutefois le terme d’organe. Car c’est bien à la perte d’un organe psychique, d’un attribut phallique que la femme consent. Et sa pulsion sexuelle se projette sur l’objet qu’est l’homme.

L’homme s’attire l’hostilité de la femme.

Un fond de haine qui n’est pas tant due à la défloraison, souhaitée, souvent recherchée, mais à la constitution de l’homme comme déflorateur avec une diminution de la valeur sexuelle, une blessure ou vexation narcissique, et par là narcissisation possible, ou destruction encore une fois. C’est la narcissisation possible par la perte.

Il y a bien eu Séparation d’un placenta des qu’on naît.

La dépression anatomique devient psychique pour naître à la pensée.

La défloraison s’accompagne d’Angoisse de castration, de passivation. La rétraction narcissique, se retirer de la transaction, c’est une haine infantile. L’impuissance donne la hargne. Ne pas se retirer, se réclamer de la perte c’est une haine « efficace », qui exprime la rage.

C’est aussi ce qui bloque toujours la fin de l’analyse : la perte.

La haine chez la femme est ainsi le produit d’une conjonction inconsciente :

La mère est un ravage pour la fille. L’homme aussi. La femme va de ravage en ravage. C’est le fantasme de la fille. Elle puise sa capacité de haïr du fantasme de ravage.

Une femme c’est un déçu de l’amour.

La Détonation se fait à partir de la perte de l’illusion, la Décompensation de l’illusion.

Dans « Malaise dans la culture », Freud aborde comment plus tard les femmes entrent en opposition avec les voies de culture et jouent un rôle retardateur du développement alors qu’elles ont elles-mêmes posé les fondements de la culture en présentant l’enfant au dehors. C’est le chemin du besoin à l’amour.

Sans les femmes, il n’y aurait pas de culture mais elles mêmes dans la culture se constituent du côté de la pulsion de mort et font de l’amour et de la mort de l’homme, un art.

Il y a du mortifère dans l’usage de l’enfant. L’enfant est un gain de jouissance de la femme.

( – Je n’ ai fait de moi même que l’enfant… – Disait récemment une patiente chez moi, Eva)
 » Détruire, dit-elle, un impératif.  »
Marguerite Duras

5. Conclusion

A la question de la femme qui avant tout s’adresse à la femme elle-même et la confond, et l’éclaire !

 » Pourquoi tant de haine ?  »

La réponse est une vie entière !

Pour la femme il s’agirait de détruire, oui, sans plus d’atermoiement détruire, et d’en faire une loi !

C’est la figure d’Antigone et sa symbolique qui affirme la vérité, et amène la mort, qui amène la vie vivante.

Il s’agirait de remettre en place en psychanalyse cette dialectique. De permettre au sujet de refonder ses affects.

Comme  » là où était le ça, le sujet doit advenir  » : Là ou était la haine, la femme, l’homme, humanisés, peuvent advenir…

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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