Sous cape

À la séance précédente, en groupe de supervision individuelle de coachs, en groupe et en duo*, elle évoquait ses difficultés au « finish« …

C’est comme au rugby. – imageait-elle, à sa façon toute personnelle.

– J‘ai la balle, je vois la ligne de but, et je n’ai qu’à l’aplatir. Et je sais l’aplatir ! Mais je ne veux plus me traîner dans la boue…

Là, en séance à nouveau, elle évoque ses yeux gonflés « par on ne sait quelle allergie » et les journées difficiles derrière elle, où la fenêtre, battait en rappel. Une fenêtre grande ouverte par laquelle pouvoir passer…

Car en mes rêves les fenêtres sont barrées, et j’étouffe de l’intérieur, et de ceux qui m’y possèdent et brandissent couteau à la main.

Je préfère encore les entailles, de la vitre, que je dois casser, ou de l’autre, qui peut m’atteindre et me briser le cœur, que de m’écraser au sol un jour d’hiver.

– …

– Mon père faisait ça avec ses chiens… Il les aplatissait à terre le museau dans leurs déjections pour leur apprendre la propreté… Et moi il me faisait de même, sur mon cahier de devoirs de maths ratés. Ma joue tout contre l’encre qui doit couler…

Et je m’étonne d’avoir des problèmes avec mes comptes de coach indépendant !

 

**

Sous la cape de chaque difficulté, des plus bénignes aux plus graves, dans notre vie et sur le métier, se trouve, a l’origine, une violence, ordinaire ou relevante.

Et c’est de scène en scène – contemporaine, rêvée, obscène – que le filet se détricote.

*

Annaëlle est accompagnée tout en évocations et en libres associations pour permettre à ses problèmes apparents de trouver solide fondement. Et délester la charge affective qui s’y prend.

Et la « cape » est son expression à elle, et qui émaille et scande le récit de ses problèmes :

– Je ne me croyais pas cap’, je veux dépasser le cap, il suffit de garder le cap…

Quel cap ? – s’en inquiète la coach qui en groupe de pairs se retrouve depuis peu à ses côtes, et qui découvre, surprise, peut-être, la répétition polysémique que l’association libre retient aussi à ses filets.

Annaëlle la rassure :

Etre capable, franchir la limite, persévérer…

Mais il flotte dans la pièce la cape… Le voile sur un phallus regretté ?

Manque de petite fille plutôt que de femme assumée.

Est-ce supervision le lieu ? J’ai tendance à penser que si l’on accompagne c’est qu’il y a accompagné, et qu’il mérite hommes et femmes libres et entiers.

A suivre. Puisque toute analyse est à créer. En présence. En psychodrame analytique assumé quand l’accompagnateur a fait ce même travail d’analyse sur lui et possède le cadre intériorisé.

 

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*Les clés du setting d’inspiration psychanalytique ET psychodramatique
 
La présence de deux analystes permet au client de repartir la charge affective et l’expression de ses mouvements internes. Les deux intervenants se laissent faire au « jeu » que le client instaure spontanément avec eux, ou observent celui que le client instaure avec ses pairs. Ils « improvisent », et ce faisant, ils permettent au client de « s’improviser », d’exprimer des perceptions, des fantasmes, des associations qui jusque-là ne pouvaient pas se ressentir et encore moins se dire. 

 

C’est Moreno qui a initié la pratique du psychodrame psychanalytique. Et Anzieu et Kaes l’ont repris pour leurs analyses en groupe restreint, où la présence de plusieurs analystes devenait nécessaire, pas tant en quête d’un consensus de praticiens, que d’alternatives ouvertes aux jeux complexes du groupe vivant, et de chacun des participants !
 
Et c’est André Green qui s’est fait le promoteur en une psychanalyse contemporaine, proche de notre société, individualiste, ouverte, interconnectée, d’un cadre tout simplement « intériorisé ».

 

 
Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Whatever Works

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