La soutenance d’accréditation au coaching clinique psychanalytique sur un cas d’accompagnement de l’innovation

– Conjuguez-moi le verbe « innover dans l’entreprise » a la troisième forme qu’est la psychanalyse.

C’est ce que cet autre accompagnateur, du premier type lui même attitré – le cognitivisme du consultant chevronné -, semble me demander :

– Et comment animez-vous très concrètement un groupe de cadres dirigeants, comme celui cité en référence de votre dossier de candidature, sur le thème de l’innovation ? La leur et celle qu’ils ont à promouvoir pour la pérennité et le développement de leur société. Comment faites vous – je ne puis pas le concevoir -, sans leur apporter de conseil éprouvé, sans outils de formation, sans la régression infantile des techniques créatives, ni même la méthodologie « dépassée », dites-vous, de la dynamique de groupe ? Par la « psychanalyse de groupes restreints »? Puisque c’est comme cela que vous définissez les seuls soubassements de votre pratique de coach…

Je suis en soutenance d’accréditation et cette question touche juste, elle touche au plus indicible de ce que ma pratique permet. Et le propre d’une soutenance est de savoir y apporter des réponses. Et dans ce cadre, face à des examinateurs, le silence peut être perçu comme une incapacité à raisonner, à produire, à coopérer.

Je ne peux pas questionner le jury sur ma présence à l’instant devant eux, qui les chamboule, les fait « innover ». Il en est, cela se voit, qui ne se hasardent pas a me rencontrer. De peur d’être psychanalysés malgré eux ? Cela n’existe pas. Mais l’obscurantisme des coaches à propos des origines de leur pratique, lorsque la psychanalyse migra d’Orient en Occident, et donna par réaction la systèmique, la gestalt, les TCC bien plus maîtrisables en apparence ! Je ne peux pas me permettre de leur faire élaborer leurs propres réponses aux questions qu’ils se posent et que mon existence même dans le paysage du métier fait surgir, jusqu’ici soigneusement refoulées.

Alors, je traverse le miroir ; comme si j’étais face à un groupe-analyste et que moi j’étais psychanalysant – eux sont supposés savoir et moi je me cherche dans les affects que cela suscite en moi -, j’évoque librement ce qui me vient. Comme je fais de toute façon avec un client qui n’a pas trouvé encore le plaisir de symboliser. Qui vient, avant d’être analysant, dans l’espoir d’être analysé. Qui demande ma tutelle pour bien pouvoir la combattre, la nier, la détourner, s’en emparer sans aucune responsabilité propre. Et ce faisant il agit ce qui le bouleverse. Et moi ensuite j’interprète. Et lui il accède enfin à sa place, et moi je reprends la mienne : simple témoin lucide de l’étranger que je découvre dès que je ne sais plus pour lui.

Alors, je suis face à eux, et je prends donc la parole, je tisse ensemble des pensées et leurs censures associées, qui libèrent encore davantage la pensée à les nommer ; j’avoue la venue des affects, et leur apaisement par la parole donnée ; et je risque l’aventure d’être coach-analyste avec eux, de mon propre cas, du cas qu’ils me font et moi à eux

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– D’abord, je ne suis jamais seule, nous sommes toujours deux coach-analystes. Ensuite, les participants s’engagent sur un fil de séances. C’est dans l’absence des autres et de nous deux que chacun contactera ses propres manques, ou bien projettera des pertes, des vols, des véritables castrations de la part de l’un ou l’autre ou de nous tous, sur sa propre personne ou celle d’un tiers par lui choisi comme étant un objet partiel d’elle ou de lui.

Si chacun des participants revient – il en est toujours un ou deux qui font preuve d’une grande créativité pour s’y soustraire, et prennent ainsi leur leçon d’innover « au premier degré » -, pour ceux qui « malgré tout » reviennent, « poussés par la curiosité » disent-ils, suivant peut-être la pulsion infantile de regarder des scènes interdites, dont celle qui les aura enfantés, pour ceux qui reviennent alors, il devient de plus en plus juste de prendre et reprendre la parole, de séance en séance, sans aucune interruption de notre part, juste ponctuer peu à peu ce qui pour chacun d’eux se répète comme une identité brandie, et qui semble faire symptôme. C’est la forme toute personnelle qui préside à la constitution de leurs pensées, de leurs actes ou non-agir, et des non-sentiments souvent associés. Des sensations sans plus d’affect en apparence, inachevées. Qui se déversent dans la colère ou la bouderie de leurs journées d’écoliers…

Dans tout symptôme un désir inconscient se frotte à une défense, tout aussi inconsciente, qui se dresse à la hauteur de la puissance désirante, d’où ces actes, ces volontés, ces affects si présents et à la fois si confisqués : « – Par la boîte ! – clament-ils. – Cela vient des injonctions paradoxales de prises de risques et, à la fois, d’absolu respect des consignes historiques du métier, de la culture des hommes qui l’ont fait, et auxquelles viennent s’y ajouter désormais toutes celles du durable, de l’éthique, du social, et même de l’économique ! Nous qui étions conquérants, grassement financés par l’Etat et par les fortunes des riches et aventureux.

Leurs désirs ne sont pas tant que ça retenus dans une boîte, ils sont retenus dans leur propre psyché. Il est temps de l’explorer et la conquérir davantage qu’un marché :  » – Vous faites le choix d’une boîte, vous y faites carrière pour la plupart de vous longeve, pour d’autres c’est un passage assumé et vous revendre ailleurs… Vous faites le choix d’une boîte comme d’une matrice nouvelle. Comme d’une famille nucléaire qui se trouve avoir des oncles et des tantes partout dans le monde.
Comment avez vous, chacun de vous, quitté le ventre de la mère ? Comment vous êtes vous échappés par le jeu et la rêverie, puis par des choix de carrière osée, de votre famille aussi étendue soit-elle ? »  »

Et l’un évoque sa naissance à l’autre bout de la terre. Son goût des déplacements comme des renaissances certaines. Et l’autre ces inventions d’enfant, de trois bricoles dans sa chambre il en faisait un de ces premiers robots du transhumanisme qui nous hante. Et l’autre me glisse en aparté, femme haut responsable de la qualité :  » – moi, c’est enfermée dans les WC que j’échappais à la confusion familiale et je faisais mes devoirs sans ciller. Comme aujourd’hui, dans ma tour de verre et sur toutes ces filiales qui bruissent de leurs erreurs.  »

Alors, je ne sais pas comment font ils ensuite pour innover. Je ne sais pas comment avons-nous pu animer sur un thème imposé. Après des séances d’une telle liberté. Le goût qu’elles nous laissent, nous, à André et à moi à ses côtés – même si dans leur « retour de satisfaction » aux RH ils se disent « déroutés », et surtout grâce à ce résultat « mitigé » – c’est que le métier d’innover commence a rentrer, que le métier d’homme s’épanouit, que le goût des autres nous l’avons nous encore développé un pas plus loin avec elles et avec eux. Qu’ils le partagent davantage sans trop l’avoir remarqué. Qu’ils le vivent avec celles et ceux qu’ils retrouvent désormais, Et tant que nous serons ensemble, et non chacun à « se protéger », nous inventerons sans le savoir « autre que soi » et l’autre en soi. Innover est un verbe sans objet.

– Nous ne pratiquons pas le même accompagnement. Je suis moi même consultant en conduite de projets innovants. – me confie à ce point de mon déroulé au naturel ce président de jury d’un soir, et il ajoute -, je ne sais ni pourquoi ni comment mais je vois bien et je vis en mes interventions tout ce dont vous parlez. Bienvenue parmi les professionnels de l’accompagnement dont la pratique singulière peut être réfléchie, ressentie et partagée en groupe de pairs, et c’est cela pour nous d’être accrédité.

Innover est un verbe qui n’a qu’une forme. Et c’est celle avec sujet.

Eva Matesanz
A propos

Eva Matesanz est Psychanalyste et Coach professionnel. Chargée d'enseignement universitaire, et auteure, elle remet la clinique psychanalytique au coeur de la relation d'accompagnement y compris en milieu business comme cela est naturel dans les pays anglo-saxons et d'influence hispanique, milieux de diaspora et de fertilisation des penseurs de l'inconscient. Eva Matesanz co-anime avec André de Chateauvieux des espaces de réflexion et d'action collectives inédites : Mars et Venus sur le divan, au sujet du masculin-féminin, L'accompagnement collaboratif, car comment accompagner les collectif sans s'y astreindre soi-même en équipe de consultants, de managers ou de coachs. Et Érotiser l'entreprise, à l'adresse des RH des entreprises collectives. Diplômée d’études supérieures en management à Madrid, en partenariat Erasmus avec l’ESC Bordeaux, et titulaire d’un Master 2 Affaires Internationales à l’Université de Paris Dauphine, elle effectue un parcours de management dans des grands groupes multinationaux de l’industrie et des services IT. Elle s'y forme aux pratiques systémiques et à la communication et en fait son premier métier. La psychanalyse à titre personnel lui permet de faire de l'accompagnement individuel et d'organisation , son métier de maturité, et de se faire une place de référence en quelques années. Coach accrédité Senior de la fédération CNC. Chargée d'enseignement universitaire et auteure d'ouvrages de management. E V E R M I N D est son blog collectif de diffusion d'idées mais surtout d'infusion sensible des rapports humains. Bienvenue à vous.

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Publié dans Whatever Works

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