Recherche en paternité : l’absent mais implicite dans le contre-transfert

Elle a choisi de se faire accompagner en groupe de coachs et en duo d’animateurs, et aujourd’hui elle apporte un cri de guerre :

– Je n’aurais plus besoin ni de papa-maman ni de vous tous qui sans retenue partagez. La petite fille muette en moi désire le rester.

– Quel serait le premier pas ? – s’avance vers elle précautionneux papa supposé.

– Mon pied sur la première marche et descendre l’escalier qui m’a menée en bord de ciel !

– Avant cela – il y en a cent à dévaler – pourrions-nous écouter le groupe une dernière fois.

Et à chacun de replonger dans la blessure d’abandon premier. D’honorer le silence qui permet la liberté. Et accepter tout autant le droit de retrait.

Elle décide de rester ayant entendu ce qui est. Ce qu’elle est. Retrouvée.

Seuls « papa » et « maman » le lendemain et le surlendemain songent à l’avoir perdue peut être à jamais. Qui est cette petite fille muette qui en nous tous à parlé ? Qui nous a terrassés ? Comment poursuivre un accompagnement professionnel ?

Il s’avance encore une fois en premier : – Je reconnais, Eva, que je suis sous le coup, face à elle, d’un contre-transfert paternel. C’est elle mon père mutique et en retrait ! Et peut être que je suis moi, tout autant, le père qui lui pose peut-être problème mais dont elle ne parle jamais ! Défaillances de la mère est tout ce qu’elle a à t’opposer toi la mère des lieux !

– Attends, attends. Ce que tu viens de dire pourrait nous éclairer. Qu’elle soit pour toi le père ne te rend pas père à ses yeux. Ni moi femme, sa mère si mécanique-ment. Nous serions tous les deux une mère schizophrène en tant que duo ! Et la petite fille muette serait-elle… la lueur intérieure de son père absent ?

Lui faire de la place est notre métier désormais. De mère suffisamment bonne enfin.

 

* Le silence et l’écoute de l’accompagnateur,
* La liberté totale d’évocation de l’accompagne,
* La prise en compte, comme d’un matériau précieux, des actes quand ils surgissent, et qui actent la peur du trauma répété,
* La protection d’un cadre pour que mises en acte réfléchies elles demeurent, et non passage à l’acte non élaboré, néfaste à l’accompagnateur et aux accompagnés.

Tout y est pour permettre le processus de connaissance de soi et de développement.

Tout y est sauf l’absent mais implicite dans le contre-transfert de l’accompagnateur. Lui aussi vit un transfert d’affects anciens sur ses accompagnés. Recherche en paternité…

 

Fort Da ! De ceux qui aiment se faire porter disparus

imageIl a effectué une, puis deux séances. Il a annulé la troisième… Il a repris le fil de l’association libre une fois, puis deux, et il l’a cassé à nouveau en se privant d’une séance, puis deux, puis… – A quoi bon ? Je vais bien. Je paye s’il le faut. J’ai laissé passer la première annulation comme un « cela se vaut ». S’essayer au lien est exigeant. La deuxième était déjà facturée lorsqu’il a commis son forfait, et avec la mention légale ajoutée : « Aucune restitution ne sera acceptée. Vous êtes engagé. » La troisième était dévissée. – La séance est due. Elle a lieu en vos fantasmes les plus secrets. Ceux desquels vous jouissez hors séance cadrée. Tout le champs pour errer. L’erreur est humaine. L’humain égaré, quand il en fait son symptôme répété. J’ai reçu son chèque. Il n’est pas daté. Aucun mot ne l’accompagne. Au creux du papier vélin caché au facteur. En mes mains, colis piégé. A qui s’adresse-t-il puisqu’il ne m’est pas destiné ? De quelle aurore des choses ratée se veut-il être le crépuscule hâté ? L’accompagnateur qui se trouve ainsi tué… – Tu (n’)est que ce que j’en fais – met longtemps longtemps à se refaire. Les mots lui manquent. Comme à l’infans qu’est son accompagné. Bien pauvre rançon est le chèque de la séance de trop. Quel serait le mot qui libère ? Comme le dit un fameux publicitaire et ami : « Le mot juste et qui appelle ce n’est pas une fulgurance de deux secondes qui le crée. En vérité, le fruit de toutes les années de celui qui le profère. » L’accompagnateur que je suis, voit vanité étêtée sur le rose tableau d’autrui. Et ici le trou de lui.

***

 

En référence au Fort Da ou compulsion de répétition morbide, source Wikipedia : « Freud conçoit d’abord, en 1914, différentes figures de la répétition, notamment le transfert. La compulsion décrit alors l’obsession à répéter qui fait suite à un échec de la remémoration. Jeu de la bobineAprès la Première Guerre mondiale, Freud découvre le traumatisme. Bien réel. Néanmoins, il élaborera la nouvelle conception de la compulsion de répétition, en 1921 à partir de l’observation d’un enfant, son petit-fils d’un an et demi. Le jeu de la bobine ou du « Fort Da » s’insère dans une remise en question du principe de moindre excitation qui seul régirait l’appareil psychique. S. Freud, dans Au-delà du principe de plaisir (1921), note que la répétition, observée dans plusieurs comportements, dont le jeu de son petit-fils Ernst, vient contredire ce principe et postule finalement qu’il existe un autre principe basé sur une compulsion de répétition, le principe de mort. Le jeu du jeune Ernst, garçon âgé d’un an et demi, sage, possédant quelques rudiments de langage, quelques phonèmes ou interjections, est simple en apparence. « Ce bon petit garçon avait l’habitude, qui pouvait être gênante, de jeter loin de lui dans un coin de la pièce, sous le lit, etc. tous les petits objets dont il pouvait se saisir, (…). En même temps, il émettait avec une expression d’intérêt et de satisfaction un « o-o-o-o- », fort et prolongé, qui, de l’avis commun de sa mère et de l’observateur, n’était pas une interjection mais signifiait « parti », en allemand « fort » (page 52, éditions Payot). Un autre jour, Freud est témoin d’un jeu à l’aide d’une bobine que l’enfant jette loin de lui en prononçant l’interjection « o-o-o-o- », et qu’il ramène grâce au fil en énonçant un joyeux « da ». Le jeu complet consiste donc en un aller retour de l’objet, dont il ne fait pas de doute que le retour devrait être le moment le plus heureux. Pourtant, remarque Freud, la répétition du premier acte du jeu est plus fréquente que le jeu complet et semble donc suffire à l’enfant. Dans un troisième temps, au cours de longues absences de sa mère, l’enfant « avait trouvé un moyen de se faire disparaître lui-même. Il avait découvert son image dans le miroir qui n’atteignait pas tout à fait le sol et s’était accroupi de sorte que son image dans le miroir était « partie » ». Au retour de sa mère, Ernst prononça « bébé –o-o-o-o » pour signifier son retour. Freud rapporte également les réactions de l’enfant dans deux situations difficiles, celle de l’absence du père parti à la guerre, puis du décès de sa mère, mais nous nous arrêterons ici au jeu du « Fort Da ». Cette situation d’un simple jeu enfantin s’avère d’une extrême richesse, Freud en développera plusieurs points d’analyse du point de vue métapsychologique. La bobine prend le statut d’objet symbolisant la mère dans sa présence et absence. L’acte de jeter cet objet correspond pour l’enfant à se séparer de la dyade mère enfant, à passer d’un registre passif à celui d’actif, nous dit Freud, afin de répondre à une pulsion d’emprise. Mais cette interprétation n’est pas suffisante pour expliquer la répétition du premier acte du jeu, celui-là même où le manque apparaît. Le jeu devant le miroir amène S. Freud à supposer à l’enfant un désir de vengeance envers cet objet frustrant. Mais un des éléments plus particulièrement remarquable de ce jeu enfantin reste l’oralisation des deux phonèmes, « fort » pour désigner la présence dans l’absence et « da » pour l’absence dans la présence qui signe un réel acte de création. Cela permet à l’enfant, nous dit S. Freud, de tolérer le renoncement à une manifestation pulsionnelle de colère quand sa mère le quitte. » De par la parole qui manque à mon cas présent…