Accompagner l’angoisse de notre temps : angoisse de liquéfaction

Il y a deux chemins, deux lits de rivière, pour se développer enfant. Celui de l’enfant avec ses compétences propres, qui se prend pour le sein puis s’en déprend, puis le convoite puis il s’en passe. Et il court vers le père et ses pairs. Puis, celui de l’enfant dépendant de la mère puis rien.

Le premier avale la mère, le deuxième désire et redoute de se faire avaler d’elle. Cet enfant n’a de sein ni de dessein. La mère n’a pas su apporter un sentiment de continuité d’existence de par ses tristes ou folles réponses, désordonnées, inadaptées. Toujours trop tard. Toujours trop peu.

Cet enfant qui n’a pas pu se départir de ce qu’elle ne savait pas donner, pour prendre ailleurs. Cet enfant vit dans l’angoisse de liquéfaction*, de l’écoulement de son existence, de la vidange de ce à quoi il est promis sans jamais l’atteindre. Cet enfant lorsqu’il trouve l’autre qu’il aime et l’aime. Cet enfant a peur de l’autre et peur de lui même. Cet enfant cherche son père.

Cet enfant devient en grandissant, en se consolidant s’il l’ose, son père et sa mère. Et il se rapproche de pairs. Cet enfant ne cherche plus son manque à l’extérieur. Cet enfant n’accuse plus ceux qu’il aime. Cet enfant ne s’aime pas. Il s’aime peu à peu dans ce qu’il s’empêche et qu’il déploie. Cet enfant devenu solide ne redevient plus liquide mais gaz. Sublime de soi.

Ces enfants liquéfiés, que je recueille, comme ce fut mon cas, ces enfants que j’accompagne, ces enfants qui grandissent à mon contact sont la sublimation de ma propre angoisse. Et moi la main dans leurs eaux qui échappent à mes doigts, j’accouche encore une fois de moi.
*L’angoisse de liquéfaction, moins connue que celles de morcellement, d’effondrement, d’éclatement, d’anéantissement, est une angoisse de fuite et de toujours possible réunion, et en cela une angoisse promise à du bel accompagnement. C’est l’angoisse de mes tripes, de mon expérience acquise et en cela m’a spécialisation. C’est l’angoisse de notre monde qui se dérobe tout le temps. Connecté et en mouvement.

D’inconscient à inconscient, réapprendre le management

 
 
imageElle est responsable d’un point de vente en cette chaîne à succès. Et elle est désignée coachée de l’année. « Une année ratée », dit-elle.
 
– Mon superviseur est parti sans préavis, et j’ai du assumer seule une des plus grandes boutiques de l’enseigne, ajoute-t-elle. Pour une première expérience de management c’était trop ! Alors apprenez-moi à mieux m’organiser et à motiver mon équipe. Quelques repères et je reprendrai de plus belle !
 
– Passons d’abord un peu de temps sur votre motivation à vous… et sur votre assise, lui rétorque le coach. Il remarque en passant qu’elle se tient en bord de son fauteuil, et le lui confie : – êtes-vous bien installée ici-même ?
 
– Merci bien mais c’est la façon naturelle dont je m’assois. Alors ! Comment procédons-nous ?
 
– Comme vous le faites là. Parlez-moi de vous comme ça vous vient naturellement.
 
Le coach se laisse alors aller, sans trop y penser, à la détente que sa cliente se refuse net. Il se cale dans son fauteuil et repose sa tête en arrière. La manageuse l’imite sans y prêter attention… Sauf que, très rapidement, elle sursaute et se relève :
 
– C’est l’image de mon père mort quand j’avais 8 ans qui m’assaille soudain !
 
 
L’inconscient s’invite en la relation. Un lapsus du corps et il prend son séant. 
Un lapsus… de l’accompagnant ! Il met en acte ce que son client évite à son tour pour une raison inconsciente refoulée. 
 
Autant de directivité, d’efficacité et d’aplomb suggéraient déjà fort une « angoisse de mort ». Lâchant ses résistances d’un mouvement du corps et de quelques mots, cette femme dirigeante a replongé à son insu dans le drame de son enfance ; un drame dont elle a perdu tout souvenir. Alors qu’elle a en tête la relative déconvenue d’un responsable hiérarchique absent, son inconscient lui fait revivre les conditions, complètement inacceptables aux yeux de l’enfant qu’elle était alors, de la disparition tragique de son père.
 
Comment retrouver ses marques en tant que manager, figure d’autorité, quand la figure originelle a manqué ? En relation avec son coach, re-connaisseur de l’indicible et modèle de renouveau.
 
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Si vous êtes coachs expérimentés, superviseurs ou thérapeutes, alors Eva Matesanz et André de Châteuvieux aiment vous inviter à un atelier inédit et de rentrée :

 

L’inconscient, outil inné pour accompagner

Ce sera le vendredi 20 septembre à l’Atelier de l’Art de Changer, Paris 9.
Une journée ni clinique ni chamanique, dans un lieu propice au retour à soi, et animée sur le mode singulier de la supervision en groupe de pairs et en duo, pour prendre soin de ce que nos confrères psychanalystes nomment « l’inconscient instrumental ».